Premiers détails sur le nouveau plan de sécurité parasismique du Grand Agadir
L’élaboration d’un nouveau plan de sécurité parasismique du Grand Agadir est en cours.
Ce plan, issu d’une étude menée par un bureau international, vise à anticiper les risques, améliorer les connaissances et garantir la sécurité des populations face aux aléas sismiques dans cette région vulnérable.
Il y a 65 ans a eu lieu le violent séisme d’Agadir, c’était le 29 février 1960. Malgré le temps écoulé, la mémoire de ce drame et la nécessité de protéger la ville demeurent présentes dans les esprits.
Le Wali de la région Souss Massa, Gouverneur de la préfecture d’Agadir Ida Ou Tanane, Said Amzazi, a présidé en janvier dernier une réunion consacrée à ce projet, co-financé par le Fonds de Lutte contre les effets des Catastrophes Naturelles (FLCN) et la Région Souss-Massa.
Où en est le projet de sécurité sismique du Grand Agadir?
Ce projet de sécurité sismique comporte cinq phases :
- la collecte et l’interprétation des données,
- la caractérisation et le zonage des risques,
- l’établissement de la Carte d’Aptitude à l’Urbanisation et de la Notice Règlementaire,
- l’établissement du Plan d’Intervention et du schéma de gouvernance
- l’établissement du plan d’action relatif à la sensibilisation et à la formation.
Le projet, retardé en raison de la pandémie de Covid, est passé, depuis 2022, à la vitesse supérieure pour compenser les retards accumulés. Les rapports de Phase 1 et de Phase 2 ont été élaborés et validés par le Comité de Pilotage en dates du 2 décembre 2019 et du 20 juin 2024 respectivement.
Il permettra de promouvoir une planification urbaine efficace et durable, qui utilise le foncier de manière intégrée, en actualisant les données disponibles avec les dernières avancées scientifiques et en fournissant de nouvelles données auparavant indisponibles.
La région du Grand Agadir concernée par l’étude est celle couverte par le Schéma Directeur de l’agglomération du Grand Agadir. Ce schéma s’étend sur une superficie de 2 200 km² et englobe, en plus d’Agadir, les agglomérations environnantes dont Taghazout, Drarga, Inezgane, Ait Melloul, Lqliaa, Sidi Bibi, Biougra…

Le choix d’une zone étendue se justifie par la diversité et la complexité des phénomènes à étudier, afin de mener efficacement une étude pour la prévention et la gestion intégrée des risques multiples au Maroc.
Au terme de cette étude, un document d’aide à la décision permettra à l’action publique d’assurer la sécurité des populations et des biens face aux risques naturels, tout en favorisant un aménagement du territoire harmonieux et respectueux de l’environnement.
En conséquence, l’administrateur public, en charge de la gestion du territoire, doit mettre en place des mesures de sauvegarde, en tenant compte des risques identifiés.
Le rapport de la première phase a recensé en détail les données disponibles, utilisées pour l’établissement des zonages des aléas considérés afin d’élaborer une délimitation préliminaire.
L’approbation de la phase II, clé de l’étude
Les travaux réalisés pour le projet de sécurité sismique afin de caractériser et de limiter l’ensemble des risques dans le Grand Agadir ont consisté en une étude par télédétection utilisant des images satellites et aériennes, une étude géologique détaillée de 900 sites, le recensement de l’ensemble des failles actives dans le secteur avec 100 sites analysés, ainsi que le recours à la géophysique avec la réalisation de 35 profils en sismique réfraction des ondes P, 85 profils en inversion des ondes de surface, 550 mesures du bruit de fond selon la méthode H/V, et 379 sondages pour des études géotechniques.
À ces études s’ajoute un diagnostic individuel de 392 bâtiments importants pour évaluer la stabilité des structures en cas des tremblements de terre, dont 63 évalués en termes de fréquence de résonnance.
Ces études ont permis la production de 14 nouvelles cartes thématiques couvrant la région d’Agadir. Ces cartes incluent la carte tectonique et microtectonique, la carte géotechnique, la carte de microzonage sismique, ainsi que les cartes d’aléas d’inondation, de glissements de terrain, de submersion marine et d’érosion côtière.
Il ressort également de cette phase II des cartes prévisionnelles de scénarios pour chaque aléa identifié, y compris ceux liés aux changements climatiques.
Etape prochaine, une carte d’aptitude à l’urbanisation
La carte d’aptitude à l’urbanisation est un document introduit par le ministère de l’intérieur en 2008 et qui accompagne les différents documents d’urbanisme afin d’atténuer les effets des catastrophes naturelles.
La prochaine étape consistera, en moins de 6 mois, à la livraison d’une carte d’aptitude à l’urbanisation du Grand Agadir à haute résolution, compte tenu des dernières technologies d’évaluation et de prévision des risques naturels mobilisées.
Cette carte permettra d’actualiser les connaissances déjà établies de risque sismique ainsi que des autres risques naturels possibles. Elle devrait permettre de distinguer quatre catégories distinctes au sein du Grand Agadir :
- Les zones à risque faible, susceptibles d’être ouvertes à l’urbanisation ordinaire ou situées dans des zones déjà urbanisées.
- Les zones à risque moyen, qui nécessiteront des dispositions particulières à prendre par les promoteurs et les aménageurs (stabilisation des talus, traitements des sols etc.) ;
- Les zones à risque fort, qui nécessiteront des dispositions particulières à prendre par l’autorité publics (stabilisations talus, traitement des sols, prise en compte d’effets de site sismiques, renforcement des structures, dispositions constructives spéciales …) ;
- Zones non aptes à l’urbanisation, qui présentent des risques non rectifiables.
La carte sera accompagnée d’un rapport explicatif et d’un règlement. Ce dernier explicitera les modalités d’utilisation de la carte et, surtout, les choix méthodologiques qui sous-tendent sa conception, offrant ainsi une transparence essentielle à sa bonne interprétation.
En plus d’être un outil d’aide à la décision, cette carte constituera, par la suite, la base pour la réalisation des plans d’intervention en cas de crise (modes d’intervention et d’évacuation, besoins en matériel et en effectifs…) ainsi que d’un schéma de gouvernance (dispositifs organisationnels et répartition des actions à prendre en charge par les acteurs identifiés de chaque secteur).
Cette étape constituera la quatrième phase de l’étude de sécurité sismique d’Agadir.
Agadir, une ville historiquement exposée aux aléas naturels
La ville d’Agadir et ses environs ont été frappés par plusieurs catastrophes naturelles mais c’est le risque sismique qui reste le plus subi. Le séisme d’Agadir, survenu le 29 février 1960 à 23h40, a causé la mort de 12.000 personnes et détruit la majeure partie de la ville (75% des bâtiments).
Cette catastrophe reste gravée, à ce jour, non seulement dans la mémoire des Gadiris, mais aussi dans celle de tous les Marocains. Un séisme dévastateur, qui a nécessité une mobilisation nationale exceptionnelle.
Face à l’ampleur des dégâts, le Sultan Mohammed V ordonna la reconstruction complète de la ville.
Le 17 janvier 1961, Feu Hassan II, prince héritier en cette date, approuvait le Plan directeur et d’aménagement de la Nouvelle Agadir, qui réglementent la construction et l’urbanisation d’une nouvelle ville au sud de l’ancienne, détruite par le séisme.
Ce plan était le fruit d’une consultation d’architectes et d’urbanistes de renom, tant nationaux qu’internationaux. Également, des études géologiques ont permis, pour la première fois au Maroc, de déterminer les zones dangereuses, principalement la zone de Founty et celle d’Al Kasbah, qui ont été déclarées inconstructibles.
Des images de la ville d’Agadir aujourd’hui, filmées avec le drone de Médias24:
La sismicité dans la région Agadir est due à la présence d’un système de Faille dont la Faille de Tizi N’Test. Ce système ne correspond pas seulement en une grande faille mais d’un système de faille en relais, semblable à ceux dans le rift la Corne de l’Afrique (Mustaphi et al., 2017). Outre la faille principale, la ville d’Agadir est également traversée par des failles d’ordre locale, telles que la faille de la Kasbah, Tildi et Lahouar.
Depuis le séisme dévastateur de 1960 et la reconstruction, la ville a connu plusieurs autres secousses sismiques, souvent de magnitude faible à moyenne mais sans subir de dommages.
Les tremblements de terre les plus importants ont eu lieu au large, dans l’océan Atlantique, et n’ont causé que des frayeurs. Récemment, le séisme d’Al Haouz, bien que la région soit située à proximité de la faille de Tizi n’Test, a eu un bilan moins lourd que d’autres région, témoignant d’une résilience sismique initié depuis les années soixante.

Outre le risque sismique, d’autres phénomènes sont fréquents dans la région d’Agadir. Les inondations, qui, en raison du réchauffement climatique, deviennent soudaines et violentes, en font partie. En 2022, des pluies torrentielles ont causé de graves inondations qui ont submergé plusieurs maisons dans le quartier d’Anza, situé dans le nord de la ville.
La ville d’Agadir est également fortement exposée à l’érosion côtière, due principalement à l’accentuation des phénomènes de réchauffement climatique. Une récente étude a estimé que le trait de côte d’Agadir-Taghazout reculera de 12 mètres d’ici 2050 et de 51 mètres à l’horizon 2100.
Vers un développement économique et social renforcé par de nouveaux documents d’urbanisme
La carte d’aptitude à l’urbanisation, ainsi que l’ensemble des recommandations formulées dans le cadre des actions de gouvernance, de sensibilisation et de formation, devront être prises en compte et intégrées dans les futurs documents d’urbanisme d’Agadir pour une meilleure résilience contre les catastrophes naturelles et les effets imminents du réchauffement climatique.
En pleine rénovation urbaine, le plan d’aménagement d’Agadir en cours d’élaboration devrait s’orienter dans le respect des directives de cette étude. Il devrait prendre le relais du programme de développement Urbain d’Agadir 2020-2024 présenté devant le roi Mohammed VI, le 04 février 2020.
Le plan d’aménagement prévu complétera le plan d’aménagement sectoriel du nouveau pôle urbain, de santé et de sport d’Agadir, homologué en 2022. Ce dernier bénéficie d’une situation stratégique au cœur de la ville, à la limite des piémonts d’Agadir et des montagnes qui l’entourent, au nord-est de la ville. Le développement de cette zone prévoit la construction d’équipements structurants qui bénéficieront à l’ensemble du Grand Agadir.
Le nouveau pôle urbain, actuellement en aménagement différé (en attente de la concrétisation des projets structurants), est conçu selon des principes de mixité et de connectivité fonctionnelle. Ce secteur est destiné à devenir un véritable centre de centralité, notamment grâce à la future gare multimodale et au développement du grand stade d’Adrar. Une attention particulière est également portée à l’intégration paysagère, en mettant en exergue la topographie et les composantes naturelles du site.





































