Premiers détails sur le nouveau plan de sécurité parasismique du Grand Agadir

L’élaboration d’un nouveau plan de sécurité parasismique du Grand Agadir est en cours. 

Ce plan, issu d’une étude menée par un bureau international, vise à anticiper les risques, améliorer les connaissances et garantir la sécurité des populations face aux aléas sismiques dans cette région vulnérable.

Il y a 65 ans a eu lieu le violent séisme d’Agadir, c’était le 29 février 1960. Malgré le temps écoulé, la mémoire de ce drame et la nécessité de protéger la ville demeurent présentes dans les esprits.

Le Wali de la région Souss Massa, Gouverneur de la préfecture d’Agadir Ida Ou Tanane, Said Amzazi, a présidé en janvier dernier une réunion consacrée à ce projet, co-financé par le Fonds de Lutte contre les effets des Catastrophes Naturelles (FLCN) et la Région Souss-Massa.

Où en est le projet de sécurité sismique du Grand Agadir?

Ce projet de sécurité sismique comporte cinq phases :

Le projet, retardé en raison de la pandémie de Covid, est passé, depuis 2022, à la vitesse supérieure pour compenser les retards accumulés. Les rapports de Phase 1 et de Phase 2 ont été élaborés et validés par le Comité de Pilotage en dates du 2 décembre 2019 et du 20 juin 2024 respectivement.

Il permettra de promouvoir une planification urbaine efficace et durable, qui utilise le foncier de manière intégrée, en actualisant les données disponibles avec les dernières avancées scientifiques et en fournissant de nouvelles données auparavant indisponibles.

La région du Grand Agadir concernée par l’étude est celle couverte par le Schéma Directeur de l’agglomération du Grand Agadir. Ce schéma s’étend sur une superficie de 2 200 km² et englobe, en plus d’Agadir, les agglomérations environnantes dont Taghazout, Drarga, Inezgane, Ait Melloul, Lqliaa, Sidi Bibi, Biougra…

Carte du périmètre du Grand Agadir – Source « Note de synthèse- Grand Agadir pour la Mobilité et les Déplacements Urbains (GAMDU) – Agadir / Septembre 2024 »

Le choix d’une zone étendue se justifie par la diversité et la complexité des phénomènes à étudier, afin de mener efficacement une étude pour la prévention et la gestion intégrée des risques multiples au Maroc.

Au terme de cette étude, un document d’aide à la décision permettra à l’action publique d’assurer la sécurité des populations et des biens face aux risques naturels, tout en favorisant un aménagement du territoire harmonieux et respectueux de l’environnement.

En conséquence, l’administrateur public, en charge de la gestion du territoire, doit mettre en place des mesures de sauvegarde, en tenant compte des risques identifiés.

Le rapport de la première phase a recensé en détail les données disponibles, utilisées pour l’établissement des zonages des aléas considérés afin d’élaborer une délimitation préliminaire.

L’approbation de la phase II, clé de l’étude

Les travaux réalisés pour le projet de sécurité sismique afin de caractériser et de limiter l’ensemble des risques dans le Grand Agadir ont consisté en une étude par télédétection utilisant des images satellites et aériennes, une étude géologique détaillée de 900 sites, le recensement de l’ensemble des failles actives dans le secteur avec 100 sites analysés, ainsi que le recours à la géophysique avec la réalisation de 35 profils en sismique réfraction des ondes P, 85 profils en inversion des ondes de surface, 550 mesures du bruit de fond selon la méthode H/V, et 379 sondages pour des études géotechniques.

À ces études s’ajoute un diagnostic individuel de 392 bâtiments importants pour évaluer la stabilité des structures en cas des tremblements de terre, dont 63 évalués en termes de fréquence de résonnance.

Ces études ont permis la production de 14 nouvelles cartes thématiques couvrant la région d’Agadir. Ces cartes incluent la carte tectonique et microtectonique, la carte géotechnique, la carte de microzonage sismique, ainsi que les cartes d’aléas d’inondation, de glissements de terrain, de submersion marine et d’érosion côtière.

Il ressort également de cette phase II des cartes prévisionnelles de scénarios pour chaque aléa identifié, y compris ceux liés aux changements climatiques.

Etape prochaine, une carte d’aptitude à l’urbanisation

La carte d’aptitude à l’urbanisation est un document introduit par le ministère de l’intérieur en 2008 et qui accompagne les différents documents d’urbanisme afin d’atténuer les effets des catastrophes naturelles.

La prochaine étape consistera, en moins de 6 mois, à la livraison d’une carte d’aptitude à l’urbanisation du Grand Agadir à haute résolution, compte tenu des dernières technologies d’évaluation et de prévision des risques naturels mobilisées.

Cette carte permettra d’actualiser les connaissances déjà établies de risque sismique ainsi que des autres risques naturels possibles. Elle devrait permettre de distinguer quatre catégories distinctes au sein du Grand Agadir :

La carte sera accompagnée d’un rapport explicatif et d’un règlement. Ce dernier explicitera les modalités d’utilisation de la carte et, surtout, les choix méthodologiques qui sous-tendent sa conception, offrant ainsi une transparence essentielle à sa bonne interprétation.

En plus d’être un outil d’aide à la décision, cette carte constituera, par la suite, la base pour la réalisation des plans d’intervention en cas de crise (modes d’intervention et d’évacuation, besoins en matériel et en effectifs…) ainsi que d’un schéma de gouvernance (dispositifs organisationnels et répartition des actions à prendre en charge par les acteurs identifiés de chaque secteur).

Cette étape constituera la quatrième phase de l’étude de sécurité sismique d’Agadir.

Agadir, une ville historiquement exposée aux aléas naturels

La ville d’Agadir et ses environs ont été frappés par plusieurs catastrophes naturelles mais c’est le risque sismique qui reste le plus subi. Le séisme d’Agadir, survenu le 29 février 1960 à 23h40, a causé la mort de 12.000 personnes et détruit la majeure partie de la ville (75% des bâtiments).

Cette catastrophe reste gravée, à ce jour, non seulement dans la mémoire des Gadiris, mais aussi dans celle de tous les Marocains. Un séisme dévastateur, qui a nécessité une mobilisation nationale exceptionnelle.

Face à l’ampleur des dégâts, le Sultan Mohammed V ordonna la reconstruction complète de la ville.

Le 17 janvier 1961, Feu Hassan II, prince héritier en cette date, approuvait le Plan directeur et d’aménagement de la Nouvelle Agadir, qui réglementent la construction et l’urbanisation d’une nouvelle ville au sud de l’ancienne, détruite par le séisme.

Ce plan était le fruit d’une consultation d’architectes et d’urbanistes de renom, tant nationaux qu’internationaux. Également, des études géologiques ont permis, pour la première fois au Maroc, de déterminer les zones dangereuses, principalement la zone de Founty et celle d’Al Kasbah, qui ont été déclarées inconstructibles.

Des images de la ville d’Agadir aujourd’hui, filmées avec le drone de Médias24:

La sismicité dans la région Agadir est due à la présence d’un système de Faille dont la Faille de Tizi N’Test. Ce système ne correspond pas seulement en une grande faille mais d’un système de faille en relais, semblable à ceux dans le rift la Corne de l’Afrique (Mustaphi et al., 2017). Outre la faille principale, la ville d’Agadir est également traversée par des failles d’ordre locale, telles que la faille de la Kasbah, Tildi et Lahouar.

Depuis le séisme dévastateur de 1960 et la reconstruction, la ville a connu plusieurs autres secousses sismiques, souvent de magnitude faible à moyenne mais sans subir de dommages.

Les tremblements de terre les plus importants ont eu lieu au large, dans l’océan Atlantique, et n’ont causé que des frayeurs. Récemment, le séisme d’Al Haouz, bien que la région soit située à proximité de la faille de Tizi n’Test, a eu un bilan moins lourd que d’autres région, témoignant d’une résilience sismique initié depuis les années soixante.

Carte de l’historique des foyers des séismes près d’Agadir ( Ennassiri et al., 2021)

Outre le risque sismique, d’autres phénomènes sont fréquents dans la région d’Agadir. Les inondations, qui, en raison du réchauffement climatique, deviennent soudaines et violentes, en font partie. En 2022, des pluies torrentielles ont causé de graves inondations qui ont submergé plusieurs maisons dans le quartier d’Anza, situé dans le nord de la ville.

La ville d’Agadir est également fortement exposée à l’érosion côtière, due principalement à l’accentuation des phénomènes de réchauffement climatique. Une récente étude a estimé que le trait de côte d’Agadir-Taghazout reculera de 12 mètres d’ici 2050 et de 51 mètres à l’horizon 2100.

Vers un développement économique et social renforcé par de nouveaux documents d’urbanisme

La carte d’aptitude à l’urbanisation, ainsi que l’ensemble des recommandations formulées dans le cadre des actions de gouvernance, de sensibilisation et de formation, devront être prises en compte et intégrées dans les futurs documents d’urbanisme d’Agadir pour une meilleure résilience contre les catastrophes naturelles et les effets imminents du réchauffement climatique.

En pleine rénovation urbaine, le plan d’aménagement d’Agadir en cours d’élaboration devrait s’orienter dans le respect des directives de cette étude. Il devrait prendre le relais du programme de développement Urbain d’Agadir 2020-2024 présenté devant le roi Mohammed VI, le 04 février 2020.

Le plan d’aménagement prévu complétera le plan d’aménagement sectoriel du nouveau pôle urbain, de santé et de sport d’Agadir, homologué en 2022. Ce dernier bénéficie d’une situation stratégique au cœur de la ville, à la limite des piémonts d’Agadir et des montagnes qui l’entourent, au nord-est de la ville. Le développement de cette zone prévoit la construction d’équipements structurants qui bénéficieront à l’ensemble du Grand Agadir.

Le nouveau pôle urbain, actuellement en aménagement différé (en attente de la concrétisation des projets structurants), est conçu selon des principes de mixité et de connectivité fonctionnelle. Ce secteur est destiné à devenir un véritable centre de centralité, notamment grâce à la future gare multimodale et au développement du grand stade d’Adrar. Une attention particulière est également portée à l’intégration paysagère, en mettant en exergue la topographie et les composantes naturelles du site.

Kenza Sabouni revient sur l’optimisme des CFO marocains : 93% confiants pour 2025 (entretien)

Pour sa troisième édition, la CFO Survey de PwC Maroc, intitulée « Bâtir l’avenir avec optimisme », explore les priorités des directions financières marocaines à l’horizon 2025. Malgré un contexte économique mondial marqué par des crises et des incertitudes, les directeurs financiers interrogés affichent une confiance notable.

Réalisée auprès de 111 dirigeants issus de 13 secteurs variés, l’étude met en avant des axes stratégiques majeurs, tels que la digitalisation, le pilotage de la performance et l’intégration des critères ESG. Ces leviers apparaissent comme essentiels pour renforcer la résilience et l’agilité des organisations.

Dans ce cadre, Médias24 s’est entretenu avec Kenza Sabouni, associée chez PwC Maroc, qui partage sa vision des défis à venir. Elle explique comment les directions financières doivent anticiper les risques, répondre aux attentes des parties prenantes et devenir des acteurs centraux de la transformation stratégique des entreprises marocaines. Plus qu’un rôle traditionnel, elles conjuguent désormais innovation technologique et responsabilité environnementale.

Kenza Sabouni : L’optimisme croissant des directeurs financiers marocains, peut être imputé à plusieurs éléments à savoir les réformes économiques et les initiatives gouvernementales qui instaurent actuellement un environnement propice, bénéfique et surtout dynamique pour les entreprises, générant des opportunités sans précédent.

Ces réformes visent à encourager et soutenir les investissements nationaux et internationaux, incluant la simplification des procédures administratives, la modernisation du cadre juridique et la promotion de la transparence. De ce fait, des projets économiques d’envergure voient le jour. Ils visent à promouvoir les énergies renouvelables, le développement des infrastructures, des technologies de l’information et des investissements dans les secteurs de la santé et de l’éducation, afin d’améliorer les conditions de vie des citoyens (ennes).

Principalement des leviers opérationnels qui leur permettront de gagner en agilité et en flexibilité, et qui leur permettront surtout de dégager la ressource la plus précieuse aujourd’hui, à savoir le temps : le temps de se concentrer sur les tâches importantes, le temps de prendre du recul, le temps de mener les réflexions nécessaires à leur repositionnement dans un environnement économique incertain… La digitalisation des processus est essentielle dans ce cadre pour automatiser les tâches, renforcer l’efficacité opérationnelle et garantir une meilleure agilité.

Par exemple, une entreprise ayant digitalisé ses processus de gestion des stocks peut rapidement ajuster ses commandes en fonction des fluctuations de la demande, évitant ainsi les surstocks ou les ruptures de stock. Cette agilité permet non seulement de réduire les coûts, mais aussi de répondre plus efficacement aux besoins des clients. De plus, le soutien à la prise de décision basée sur des analyses de données fiables et en temps réel est crucial pour agir de manière proactive.

60% des directions financières marocaines envisagent d’investir dans la technologie d’ici 2025 pour optimiser leurs processus et renforcer leur agilité

En plus des moyens de financement classiques disponibles, les entreprises marocaines devront optimiser leur portefeuille de projets. Cela implique de ne conserver que les projets offrant une rentabilité significative ou ceux dont les objectifs sont alignés avec la stratégie à long terme de l’entreprise. Ces approches et projets permettent aux entreprises marocaines de rester compétitives et de s’adapter aux évolutions rapides du marché tout en optimisant leurs ressources et en maîtrisant leurs coûts.

Les obstacles inhérents à un déficit de compétences spécialisées, à des coûts et investissements substantiels de mise en œuvre, ainsi qu’à des préoccupations légitimes et avérées concernant la sécurité des données, demeurent significatifs.

Néanmoins, les entreprises et les directions financières ne peuvent se permettre de renoncer à l’intelligence artificielle, compte tenu des opportunités et des attentes considérables qu’elle suscite. Plusieurs stratégies peuvent être envisagées aujourd’hui par les entreprises et par les directions financières en particulier :

Des investissements dans la formation continue qui peuvent prendre la forme de programmes de formation internes ou encore des collaborations avec des institutions académiques ayant pour objectifs de promouvoir des formations spécialisées et des mises en pratique, des collaborations avec des startups spécialisées en IA pour développer des solutions sur mesure, l’adoption de solutions IA accessibles et modulaires pour réduire les investissements initiaux et faciliter l’intégration progressive des technologies. Et enfin, le lancement de projets IA à petite échelle comme projet pilote avant de le déployer sur une population plus importante.

Il est crucial de souligner que la compétence des collaborateurs et collaboratrices et leur sensibilisation aux comportements qui augmentent le risque de cybercriminalité constituent effectivement la première ligne de défense. Les directeurs financiers sont bien conscients de l’importance de ce levier.

Les entreprises et les directions financières ne peuvent se permettre de renoncer à l’intelligence artificielle, compte tenu des opportunités et des attentes considérables qu’elle suscite

Cependant, il existe également d’autres actions complémentaires qui peuvent être mises en œuvre pour renforcer la sécurité comme la réorganisation de la direction financière autour de processus automatisés et digitalisés pour réduire les erreurs humaines et augmenter l’efficacité. Par exemple, l’utilisation de logiciels de gestion financière automatisés peut aider à détecter les anomalies et les transactions suspectes en temps réel ou encore l’intégration de l’utilisation des robots-conseils pour automatiser certaines décisions financières et réduire les risques d’erreurs humaines. Ces outils peuvent analyser de grandes quantités de données et fournir des recommandations basées sur des algorithmes sophistiqués.

La Direction financière peut envisager le processus de gestion des comptes fournisseurs en utilisant des solutions de reconnaissance optique de caractères (OCR) pour numériser et traiter les factures ou encore une banque peut déployer un système de Machine Learning pour surveiller les transactions en temps réel et détecter les activités suspectes, telles que des retraits inhabituels ou des transferts de fonds vers des comptes non vérifiés.

L’inflation est perçue par les directeurs financiers comme le principal risque auquel ils doivent se préparer et duquel ils doivent se protéger. En effet, malgré la baisse des niveaux de l’inflation en 2024, la crainte de voir ce risque survenir est toujours présente dans l’esprit des directeurs financiers. Qu’elles soient transitoires ou permanentes, les entreprises, par l’intermédiaire de leurs directeurs financiers, doivent ajuster continuellement leurs priorités stratégiques.

De nos jours, il est plus complexe d’envisager une stratégie à long terme qu’auparavant. Une vision ou une orientation générale peut être définie, mais une stratégie rigide et immuable est difficilement applicable. Les entreprises doivent avant tout se concentrer sur la maîtrise des coûts, la gestion de la trésorerie, qui constitue le nerf de la guerre, les optimisations internes, ainsi que sur la mise en place de procédés de production et d’approvisionnement innovants et inédits. Il est donc essentiel de rompre avec les méthodes classiques pour s’adapter aux nouvelles réalités économiques.

Se recentrer sur la création de valeur par des procédés internes, penser en dehors des limites et trouver des solutions pratiques et innovantes est crucial. Cela inclut l’adoption de technologies avancées, l’amélioration continue des processus et l’exploration de nouvelles opportunités de marché. En adoptant une approche proactive et flexible, les entreprises peuvent non seulement surmonter les défis posés par l’inflation, mais aussi renforcer leur résilience et leur compétitivité à long terme.

Une gestion efficace de la trésorerie permet aux entreprises de maintenir leur stabilité financière et de se prémunir contre les impacts négatifs de la hausse des prix. En optimisant les flux de trésorerie, en réduisant les coûts, en améliorant la gestion des créances, en investissant prudemment, en utilisant des technologies financières et en maintenant une réserve de liquidités, les entreprises peuvent renforcer leur résilience et naviguer avec succès dans un environnement économique incertain.

Pour instaurer et surtout diffuser une véritable culture “Cash”, les directions financières doivent sensibiliser toutes leurs équipes à l’importance de la gestion des liquidités : en formant les équipes, en partageant des exemples concrets et pratiques pour démystifier les notions financières, en intégrant des indicateurs de performance liés au cash dans les revues de performance individuelles et collectives de l’entreprise, et surtout encourageant des comportements favorisant la génération de liquidités

66% des directions financières intègrent des éléments RSE dans les revues de performance

Les entreprises marocaines utilisent aujourd’hui divers indicateurs externes et internes pour évaluer leur impact sur l’environnement ainsi que sur leurs propres structures. Ces indicateurs incluent, entre autres, les émissions de CO2, le taux d’utilisation des énergies renouvelables, le pourcentage de déchets recyclés, et le taux d’utilisation des fournisseurs locaux par rapport aux fournisseurs internationaux, ainsi que des PME par rapport aux grandes entreprises.

En intégrant ces indicateurs dans leurs stratégies, les entreprises marocaines peuvent non seulement améliorer leur performance globale, mais aussi renforcer leur engagement envers la durabilité et la responsabilité sociale. Une approche holistique et bien mesurée permet de maximiser les bénéfices des initiatives RSE tout en contribuant positivement à la société et à l’environnement.

Avec une planification financière rigoureuse, des actions ayant pour principal objectif l’optimisation des coûts, la diversification des sources de financement, le suivi des performances, la gestion des risques et l’innovation technologique, les directions financières marocaines parviennent à équilibrer les objectifs de rentabilité avec les investissements nécessaires pour une transition énergétique durable. Ces stratégies permettent non seulement de soutenir la croissance économique, mais aussi de contribuer à la protection de l’environnement et à la durabilité à long terme.

Effectivement, nous observons ces derniers temps beaucoup d’évolutions dans le sens du repli sur soi et de la relocalisation des entreprises. Cela tend vers un monde plus local. Cependant, il est important de noter que la technologie s’impose à grande vitesse, transformant les modes de production et de consommation. Parallèlement, les critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance) deviennent de plus en plus une exigence des consommateurs, qui cherchent à soutenir des entreprises responsables et durables. Cette dynamique crée un équilibre entre la localisation des activités et l’adoption de pratiques durables et technologiques, façonnant ainsi le monde de demain.

Maroc-BAD : trois accords de financement de 3,6 MMDH

Le Maroc et la Banque africaine de développement (BAD) ont signé, jeudi 5 décembre à Rabat, trois accords de financement d’un montant total de 344,7 millions d’euros (plus de 3,6 milliards de DH).

Le premier accord de prêt, signé entre la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah, et le président de la BAD, Akinwumi Adesina, porte sur un montant de 120 millions d’euros. Il est destiné à financer le Programme d’appui au renforcement de la gouvernance économique et de la résilience au changement climatique qui permettra d’opérer des réformes majeures dans la gouvernance économique et sectorielle, notamment celle en cours des entreprises publiques.

Le deuxième accord, d’un montant de 104,7 millions d’euros, a été signé par le directeur général de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), Tarik Hamane, la vice-présidente de la BAD chargée du Développement régional, de l’intégration et de la prestation de services, Nnenna Nwabufo et le directeur de Tamwilcom, Hicham Serghini. Cet accord est destiné à mettre en œuvre le Projet de digitalisation, de renforcement de la production et d’amélioration de la performance de l’eau potable. Il permettra de renforcer la sécurisation de la production d’eau potable, l’amélioration des performances techniques dans plusieurs régions et agglomérations urbaines du Maroc, et de soutenir la digitalisation des processus.

D’un montant de 120 millions d’euros, le troisième accord a été signé par le directeur général de Nador West Med, Jamal Benjelloun, le directeur général de la BAD pour l’Afrique du Nord, Mohamed El Azizi et le directeur de Tamwilcom, Hicham Serghini. Il est destiné à soutenir le Projet d’aménagement de la zone d’activités industrielles du port de Nador West Med. Il permettra notamment de renforcer et de diversifier l’offre portuaire du Maroc en consolidant son rôle de plateforme logistique industrielle, tout en favorisant le développement économique et social de la région de l’Oriental.

Cette accord permettra, en outre, d’aménager des espaces économiques et des unités industrielles et logistiques au sein du port.

Younes Sekkouri au Forum MEDays : construire des sociétés résilientes, un impératif global

Les travaux de la 16e édition du Forum international MEDays, organisée cette année sur le thème « Souverainetés et résiliences : vers un nouvel équilibre mondial« , ont pris fin le samedi 30 novembre à Tanger, avec la participation de plusieurs chefs de gouvernement.

Quatre jours durant, d’une grande intensité, le Forum a réuni près de 300 intervenants de très haut niveau, issus de 127 pays, et un public de 7.000 participants autour de débats visant à approfondir la conversation continentale et globale au sujet de la consolidation des souverainetés nationales ou régionales (institutionnelle, politique, territoriale, sécuritaire, économique, alimentaire, énergétique, sanitaire) et la construction d’une résilience partagée, en réponse aux crises mondiales multiples.

Dans un monde en pleine reconfiguration géopolitique, le discours de Younes Sekkouri a résonné comme un appel à repenser les paradigmes face aux défis globaux émergents.

Dès le début de son intervention, il a interpellé l’auditoire autour de la définition de la question clé de notre époque : « Devons-nous nous préparer pour la prochaine pandémie ? » ou bien « Notre devoir est-il plutôt de bâtir des sociétés résilientes capables de s’adapter aux chocs et crises de l’avenir ? ».

La différence entre les deux est notable. Si se préparer à la prochaine éventuelle pandémie correspond à la mise en place de politiques d’infrastructures essentiellement, le fait de construire une société résiliente va bien au-delà et nécessite un travail de fond sur les plans sociétal, social et économique.

Cette réflexion a orienté le débat sur la nécessité de renforcer les capacités de résilience et de préparation des sociétés. Revenant sur les enseignements de la crise sanitaire liée à la Covid-19, Younes Sekkouri a souligné les faiblesses de nombre de structures institutionnelles dans le monde, et plaidé pour leur réorganisation afin d’anticiper efficacement les défis futurs.

Pour aborder ces défis, le ministre propose de revisiter trois loyautés :

→ Tout d’abord, la loyauté vis-à-vis de la société de l’ordre en opposition à la société de l’égalitarisme. Deux visions opposées du monde qui font intervenir chacune à sa manière le rôle des jeunes générations.

Si la société de l’ordre suppose une hiérarchie, un temps et une façon ordonnée pour interagir avec les aspirations de la société, la société de l’égalitarisme fait ressortir des aspirations pressantes des jeunes générations qui veulent redéfinir l’ordre et parvenir à leurs objectifs.

Résoudre cette équation est un acte politique fondamental dans le sens de la résilience. Une société résiliente est une société en paix avec elle-même, où les générations ne s’opposent pas et où les choix respectent la solidarité intergénérationnelle.

Il a plaidé pour une réorganisation des modes d’interaction intra-société afin de mieux répondre aux aspirations des jeunes générations. Soulignant l’importance d’une participation accrue de la société civile, il a mis en avant le Nouveau Modèle de développement (NMD), initié selon la vision du Roi Mohammed VI, comme un cadre stratégique essentiel pour bâtir une société plus inclusive avec des mécanismes plus agiles.

→ Dans le même élan, le ministre a appelé à revisiter la deuxième loyauté liée aux modes de coopération internationale. Il a relevé les limites des cadres hérités de l’après-Deuxième Guerre mondiale pour faire face aux défis actuels, et a salué le rapprochement stratégique entre le Maroc et le Commonwealth comme un exemple concret d’alliance destinée à renforcer la résilience mutuelle dans un monde multipolaire.

→ Sekkouri a plaidé pour une révision des dogmes en matière de politiques économiques traditionnelles. Cette troisième loyauté a fait l’objet d’une rupture au Maroc. En prenant pour exemple les choix stratégiques du Maroc, notamment dans le domaine des énergies renouvelables avec les investissements dans l’hydrogène vert, il a illustré comment innovation, durabilité et cohésion sociale peuvent se conjuguer pour garantir la paix sociale.

Cela étant, il a mis sur la table les nombreux défis qu’il reste à relever. Il a également mis en avant le rôle crucial du dialogue social et des réformes structurelles dans la réussite de ces transitions audacieuses..

Dans un monde marqué par des tensions croissantes, notamment au Sahel et entre grandes puissances, Younes Sekkouri a rappelé que la souveraineté, loin d’être un obstacle, peut être un levier pour renforcer la coopération internationale et promouvoir des politiques inclusives. Ces réflexions trouvent un écho particulier dans les efforts du Maroc pour concilier transformation économique et paix sociale, sous le leadership du Roi Mohammed VI.

Un an après le séisme, Marrakech confirme sa résilience

En ce mois de septembre 2024, nous revoilà dans les rues de Marrakech. Un an après le séisme, la ville a vite retrouvé son rythme habituel. Les souks bourdonnent à nouveau de vie, les touristes flânent dans les ruelles de la médina et la place Jemâa El Fna est animée comme à l’accoutumée.

Ce retour à la normale avait été constaté quelques semaines après le séisme, avec l’organisation réussie des Assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale du 9 au 15 octobre 2023, preuve de la capacité de la ville à se relever et à se renforcer face aux défis. L’organisation de cette grand-messe internationale, un mois seulement après le séisme, a été un moteur pour que la ville se ressaisisse rapidement.

« Cet événement d’envergure internationale a renforcé la mobilisation des autorités et des habitants, permettant à Marrakech de retrouver son dynamisme tout en jouant un rôle central dans le soutien aux zones environnantes plus affectées », nous déclare un opérateur touristique de la place.

Cela a également permis à la ville de préserver son statut de destination touristique internationale. Les chiffres sont éloquents : durant le mois d’octobre 2023, Marrakech a accueilli 291.903 touristes, contre 288.129 en octobre 2022, selon les chiffres de l’Observatoire marocain du tourisme.

A fin 2023, la ville était déjà à 3,3 millions d’arrivées touristiques, en hausse de 38% par rapport à l’année précédente. La tendance haussière s’est poursuivie début 2024 avec des pics d’affluence dès les premiers mois de l’année.

Dans les rues de la ville, les structures de soutien toujours présentes pour stabiliser les bâtiments touchés n’ont pas empêché les touristes de profiter pleinement de la ville. Par ailleurs, certains établissements, notamment des musées, ont subi un processus de reconstruction plus lent, peut-on constater.

Le défi de la reconstruction

Derrière cette reprise, les souvenirs du séisme restent malgré tout gravés dans les esprits. « Nous avons eu peur, mais nous avons aussi appris à être forts », déclare Laila, propriétaire d’un riad dans l’ancienne médina, dont l’établissement a été fortement touché par le séisme.

Comme beaucoup d’autres Marrakchis, elle se souvient de l’angoisse des premières heures, mais aussi de l’élan de solidarité qui a suivi. Comme beaucoup d’autres riads construits en pisé, sa structure avait été affaiblie. « Malheureusement, des ajouts en béton armé sur ces fondations traditionnelles ont aggravé la situation, entraînant des chutes lors du séisme », nous explique-t-elle.

Interrogée sur le processus de reconstruction, notre interlocutrice admet avoir fait face à une « nouvelle situation difficile, marquée par l’absence de business et de visibilité. Les sinistrés ne savaient pas toujours quelles autorisations demander pour effectuer les réparations, avant l’intervention des autorités locales et des subventions de l’Etat ».

Laila, qui n’a pas attendu l’intégralité de l’aide de l’Etat pour effectuer les travaux de reconstruction, affirme avoir reçu un premier virement, d’un montant de 250.000 DH, il y a environ trois mois, et attendre une seconde tranche de l’aide.

Après une fermeture en septembre, son établissement a rouvert en juillet. « La reprise a été excellente, voire meilleure qu’avant », affirme-t-elle.

Préserver l’identité architecturale de la ville

Riche de son patrimoine culturel, la ville de Marrakech a entrepris la rénovation de plusieurs sites touchés par le séisme, un an après la catastrophe.

Au niveau de la province de Marrakech, 3.335 dossiers de reconstruction ont été déposés, dont 3.076 ont obtenu des autorisations, soit environ 93% de l’ensemble des demandes, nous déclare Khalid Errami, chef de service des affaires foncières à l’Agence urbaine de Marrakech.

À ce jour, 2.020 chantiers ont été ouverts, représentant 66% des autorisations délivrées, ajoute le responsable.

Dans l’ancienne médina, qui est particulièrement complexe en raison de l’entrelacement des bâtiments, 2.551 dossiers ont été soumis et 2.341 ont déjà reçu des autorisations.

Notre interlocuteur n’omet pas les multiples contraintes de ce processus, notamment l’interdépendance des structures, la complexité des plans et les expertises nécessaires pour intervenir dans certaines zones.

La fragilité des anciens bâtiments a également un impact sur les bâtisses avoisinantes, rendant l’intervention des bureaux d’architectes difficile, explique-t-il.

Cependant, « des efforts considérables ont été déployés pour surmonter ces obstacles tout en préservant les caractéristiques architecturales traditionnelles et authentiques de l’ancienne médina », poursuit le responsable.

Du côté de l’Éducation nationale, après une évaluation pour déterminer l’impact du séisme sur les établissements scolaires, ces derniers ont été classés selon le degré d’affectation. « 154 établissements ont été identifiés pour réhabilitation, dont 76 complètement réhabilités », nous déclare Moha Ait Mellouk, directeur provincial de l’Education nationale à Marrakech.

Pour les autres, les taux d’achèvement des travaux varient entre 70 et 90% ». Les marchés pour lancer les travaux d’autres établissements seront lancés d’ici fin décembre ».

Une seconde tranche de travaux est prévue pour février, visant les 54 établissements les plus touchés, afin de garantir leur disponibilité pour les élèves avant la fin de l’année scolaire.

Soutenir les petits commerces

Pour assurer la reprise du commerce et de l’industrie dans les zones touchées, les autorités locales ont mis en place un plan d’action spécifique en collaboration avec la Chambre de commerce et le ministère de l’Industrie et du commerce.

En effet, un recensement des points de vente sinistrés a été réalisé, permettant de recueillir des données précises sur l’impact du séisme. 2.323 points de vente ont été recensés, dont 58% dans la province d’Al Haouz, 24% à Chichaoua, et 18% à Marrakech, nous explique Mohamed Essafi, délégué régional du commerce et de l’industrie à Marrakech-Safi.

Pour soutenir ces commerces, une enveloppe budgétaire totale de 136 millions de DH a été allouée, répartie en trois tranches :

– 20% de l’aide totale est accordée sur la base de la demande déposée par le commerçant dont le local a été recensé et expertisé, et dont le dossier a été approuvé par les comités local et central.
– 50% de l’aide est versée après que le commerçant ait fourni l’autorisation de reconstruction ou de rénovation, ou tout autre document équivalent délivré par les autorités compétentes.
– 30% de l’aide restante est versée à la fin des travaux, après que le commerçant ait soumis une attestation de fin des travaux délivrée par l’architecte ou toute autre attestation de conformité fournie par les autorités compétentes.

(Source : ministère de l’Industrie et du commerce)

En plus des remboursements liés à la reconstruction ou à la réhabilitation, chaque point de vente bénéficie d’une enveloppe de 20.000 DH pour l’équipement et la modernisation.

Le processus de remboursement progresse selon le responsable, avec une expertise en cours à Al Haouz, tandis que les commerçants de Marrakech et Chichaoua seront prochainement évalués pour garantir des remboursements « en temps opportun ».

Interrogé sur le processus de reconstruction des commerces, notre interlocuteur explique que cette opération est intimement liée à l’Habitat, notamment dans les rues où les points de vente se trouvent sous des habitations.

Cette réalité rend les interventions complexes et impose que certaines actions soient menées après la finalisation des reconstructions.

(Source : ministère de l’Industrie et du commerce)

Analyse. Quelle stratégie scientifique pour la résilience post-sismique?

Un an après le séisme d’Al Haouz, d’une magnitude de 6,9 sur l’échelle de Richter, l’activité sismique dans la région a diminué considérablement. Entre le 1 septembre et le 9 septembre 2024, seulement une secousse de faible magnitude a été enregistré par les sismogrammes. Survenue hier à 21h09 (GMT+1), une secousse d’une magnitude de 3 degrés sur l’échelle de Richter a été enregistrée au Sud-Est de la commune de Tizguine (aux environs d’Amizmiz). Elle a été faiblement ressentie par la population mais largement partagée sur les réseaux sociaux.

L’enregistrement du sismogramme à la station Averroes, le 9-10 septembre 2024, avec l’événement sismique enregistré à 21h 09 (GMT+1).

Le mois d’aout a été marqué par trois principales secousses d’une magnitude inférieur à 3 degrés. La plus intense était d’une magnitude de 3 sur l’échelle de Richter (selon l’Institut portugais), enregistrée le 5 août à 13h20 (GMT+1) au sud d’Amizmiz, dans les environs du douar Imi N’Ourmer. Cette secousse avait été faiblement ressentie dans le Haouz.

L’enregistrement du sismogramme à la station de Tiouine, le 5 août 2024, avec l’événement sismique enregistré à 12h20 (GMT).

Quant au mois de juillet, il avait été marqué par deux événements sismiques de faible magnitude. Le premier avait été enregistré à 1h19 du matin le 2 juillet 2024, avec une magnitude de 2,6 sur l’échelle de Richter (base de données du Pr Tajeddine Cherkaoui). Le second, moins intense, d’une magnitude de 1,9, s’était produit dans le premier quart d’heure du 3 juillet 2024 (selon les données de l’Institut national de géophysique). Son épicentre était situé entre Amizmiz et Azegour et n’avait été ressenti que par quelques personnes.

Ces événements renforcent les explications de l’Institut national de géophysique concernant leur récurrence, et marquent un retour à la normale de la zone après le séisme du 8 septembre 2023.

La secousse tellurique de magnitude 2,6, enregistrée à 1h19 le 2 juillet 2024, dont l’épicentre a été localisé entre Amizmiz et Azegour (Station Tiouine).

La secousse sismique la plus intense survenue après le séisme du 8 septembre 2023 s’était produite le 2 janvier 2024, avec une magnitude de 5,1 sur l’échelle de Richter et dont l’épicentre avait été localisé dans la commune Aït M’hamed dans la province d’Azilal.

Depuis cette date, la fréquence et la magnitude des secousses ont diminué, avec une magnitude moyenne des secousses dépassant rarement les de 2,5 degrés sur l’échelle de Richter.

Un autre fait remarquable est la modification de l’activité sismique dans la région d’Al Hoceima. L’activité sismique habituelle y avait cessé pendant la période du séisme d’Al Haouz pour ne reprendre qu’en 2024, coïncidant ainsi avec la diminution de l’activité sismique dans la région d’Al Haouz.

Sismogramme de la secousse tellurique de magnitude 5,1 sur l’échelle de Richter survenue le 2 janvier 2024, dont l’épicentre était situé dans la commune Ait M’hamed (station Tiouine).

Le séisme du 8 septembre 2023 est la preuve que le risque sismique est une réalité omniprésente, même dans des régions où l’activité tectonique semble moins importante. De ce fait, l’intérêt scientifique est essentiel pour mieux contrôler le risque et réduire au minimum les dégâts.

Avant le séisme d’Al Haouz, la majorité de la recherche sismique se concentrait sur la région d’Al Hoceima, caractérisée par une activité intense due au jeu d’une microplaque, celle de la mer d’Alboran.

Un an après le séisme d’Al Haouz, une révision du règlement parasismique a été entreprise pour environ 80 communes. Cette révision, fondée sur une étude sismique menée par le département de l’Habitat, a révélé des niveaux d’accélération sismiques supérieurs dans ces zones. En conséquence, des mesures de construction parasismique plus strictes devront être définies et appliquées à l’ensemble de ces 80 communes.

Le bilan de la recherche scientifique 

L’enjeu de la recherche scientifique à l’échelle mondiale est de trouver le moyen de prédire les séismes, du moins les plus intenses. À ce jour, cela reste impossible en raison de la complexité du suivi des paramètres qui conduisent au déclenchement d’un tremblement de terre.

Cependant, il est possible d’évaluer le risque sismique à long terme pour les régions les plus actives. Bien que la prédiction à court terme (de quelques heures à quelques jours) d’un séisme reste un objectif hors de portée, les chercheurs explorent différentes pistes pour identifier d’éventuels signaux précurseurs. Parmi ces pistes, on retrouve l’analyse des variations dans l’activité sismique, comme l’augmentation ou la diminution du nombre de petits tremblements de terre, ainsi que l’étude des anomalies du champ électromagnétique.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, un hackathon organisé du 16 au 17 septembre 2023 avait conduit à la victoire de cinq projets d’IA permettant d’améliorer la préparation, la réponse et la récupération en cas de tremblement de terre. Parmi les projets lauréats, le projet ML4Quake qui s’appuie sur la base de données sismiques italienne INSTANCE pour améliorer la prédiction des séismes. Il vise à porter le délai d’alerte de 3 à 5 secondes après le séisme à 10 secondes avant le séisme, en exploitant les dernières avancées en matière de Machine Learning. Cependant, la disponibilité limitée de données complètes des formes d’ondes sismiques et les contraintes liées à l’utilisation de formes d’ondes de 120 secondes limitent l’efficacité de ces systèmes d’alerte précoce.

Depuis le séisme d’Al Haouz, la communauté scientifique a intensifié ses travaux pour décortiquer cet évènement inhabituel dans la région à travers diverses thématiques. Le nombre d’articles indexés dans la base de données Scopus, en relation avec le séisme, a augmenté de 54,3% depuis 2020.

Cette croissance est observée dans l’ensemble des thématiques liées à la sismicité, avec plus de 70 papiers de recherche recensés depuis le 8 septembre 2023. Cela témoigne de l’intérêt croissant de la communauté scientifique nationale et internationale pour décrypter les différentes problématiques en relation avec cet événement.

Les travaux recensés se sont principalement focalisés sur les sciences de la Terre pour analyser les causes et les mécanismes du séisme, sur la médecine pour évaluer les impacts sanitaires, sur l’urbanisme pour améliorer la résilience des villes face à de futurs événements similaires, et sur l’informatique pour développer des outils de simulation et de prévision.

La majorité des publications en relation avec les sciences de la Terre se sont intéressées particulièrement aux mécanismes à l’origine du séisme. Un appel à contributions pour un numéro spécial de la revue scientifique The Seismic Record, visant à rassembler les recherches les plus récentes sur les séismes survenus au Maroc et en Afghanistan, devrait se clôturer à la fin du mois de juillet 2024 et aboutir dans les mois prochains à une dizaine de publications.

 

Parmi ces recherches essayant d’expliquer le phénomène, une étude a réussi à mettre en évidence un schéma de propagation de la rupture sismique particulièrement irrégulier lors du sinistre.

Cette irrégularité serait liée à la présence d’une zone de haute résistance au sein de la faille de Tizi N’Test. Initialement bloquée par cette zone, la rupture s’est finalement propagée générant une libération brutale d’énergie sous forme d’ondes sismiques à haute fréquence, ce qui explique l’intensité élevée du séisme.

Cette tendance croissante à la production scientifique en lien avec le séisme d’Al Haouz devrait déboucher sur plus de recherches à l’échelle nationale. En effet, une dizaine de sujets de thèse de doctorat portant sur les thématiques de géophysique et sismologie, d’astrophysique, de psychologie, de sociologie et d’économie des catastrophes liées au séisme sont en cours de préparation à l’échelle des universités marocaines. Une partie de ces travaux est soutenue financièrement dans le cadre du nouveau statut de doctorant-moniteur, compte tenu de la priorité accordée à ce type de recherches.

L’impact sur la santé

Quarante ans après le séisme d’Agadir de 1960, une étude pionnière a été menée en 2006 afin d’explorer la persistance de douleurs mentales chez les populations ayant survécu à ce drame. Parmi les survivants du séisme d’Agadir sondés, 25% présentaient des symptômes mentaux minimes, 37% des symptômes modérés et 37,5 % des symptômes sévères. Ces symptômes persistants sont apparus dans les six premiers mois suivant le séisme, s’exprimant sous la forme d’un syndrome de stress post-traumatique. Cet impact psychique à long terme peut se manifester de diverses façons, allant de simples reviviscences de l’événement à des troubles plus complexes tels que les troubles de la personnalité, les crises de panique, de l’anxiété généralisée ou les troubles du sommeil…

Les récentes études publiées ont mis en évidence ces symptômes psychiques parmi la population sinistrée d’Al Haouz, particulièrement chez les enfants qui nécessiteront un suivi psychologique à long terme pour éviter des cas de stress post-traumatique comme ce fut le cas après le séisme d’Agadir.

Outre l’impact psychologique, les patients souffrant de maladies chroniques, en particulier du cancer, sont les premiers à être menacés par la surcharge des services de santé en cas de séisme. Bien que l’impact sur la fonctionnalité des systèmes de santé ait été minime durant le séisme d’Al Haouz, une équipe de recherche marocaine a réaffirmé l’importance de mettre en place des registres médicaux informatisés, centralisés et harmonisés. Ces registres devraient contenir les plans de soins individualisés de chaque patient, ce qui permettrait d’assurer, d’une part, une prise en charge efficiente des patients et, d’autre part, de pallier les perturbations causées par la fermeture de certains hôpitaux en cas de séisme.

Prolifération continue des fake news

Un an après le drame, l’impact psychique continue d’être alimenté négativement par des lives sans fondement sur les réseaux sociaux, en particulier sur TikTok et YouTube. L’un donne la parole à un scientifique hollandais qui prédit un séisme sérieux au Maroc, un autre fait passer de petites secousses pour un tremblement de terre en interrogeant des sinistrés pour estimer l’intensité du séisme au lieu de citer les mesures effectuées par les sismographes, etc. D’autres créateurs de contenus recourent à des voix générées par l’intelligence artificielle de façon plus malveillante pour diffuser des informations erronées sur des séismes violents pouvant frapper le pays dans les prochains jours ou rapporter des séismes fictifs en se référant à des pseudo-sources de l’Institut national de géophysique.

Cet Institut reste l’autorité nationale de référence en matière de surveillance sismique au Maroc. Bien qu’il joue un rôle important dans l’évaluation permanente des risques sismiques, la stratégie actuelle de communication privilégie la diffusion d’informations sur les séismes les plus ressentis. Cette approche, tout en étant compréhensible pour des raisons psychologiques, ouvre un couloir à la prolifération des fake news.

L’importance d’une nouvelle réflexion autour de l’Institut national de géophysique

Le séisme d’Al Haouz a été l’occasion de mettre en exergue le rôle de l’Institut national de géophysique. À la veille du séisme d’Al Haouz, une intensification du travail de l’Institut s’est fait ressentir, à travers le déploiement rapide de stations temporaires dans le périmètre de l’épicentre du séisme. L’installation de nouvelles stations permanentes, actuellement en cours, renforcera encore davantage ce système de veille. Toutefois, la localisation optimale de ces nouvelles stations, qui doit être basée sur des études approfondies, pourrait se heurter à des contraintes foncières liées à l’occupation préexistante de certains sites.

Afin de mieux affronter les risques sismiques à venir, l’Institut national de géophysique doit renforcer ses capacités, notamment en matière de surveillance et d’évaluation des aléas sismiques. Pour y parvenir, un budget plus important est nécessaire pour :

Reportage. La commune d’Ouneine à Taroudant, un an après le séisme du 8 septembre

A Ouneine, la vie a repris ses droits malgré les difficultés. De nouvelles constructions sortent de terre, d’autres tardent. Mais, ce vendredi 30 août, le paysage est clairement différent de ce que nous avons relevé il y a un an sur les mêmes lieux où nous avions couvert les conséquences du séisme quelques jours après.

Fortement impactée par le séisme d’Al Haouz, la commune d’Ouneine compte environ 67 douars se situant au sud de la commune de Talaat N’Yaakoub et à environ 25 kilomètres de l’épicentre du séisme (à vol d’oiseau).

Sur la route montagneuse qui mène à notre destination, le ballet incessant des engins et camions transportant les briques est remarquable.

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Sur le chemin, notre route est interrompue à plusieurs reprises par les sources d’eau qui jaillissent de la montagne. Certaines de ces sources étaient, en septembre 2023, un des petits miracles qui atténuait l’ampleur du drame.

Les sources d’eau nées du séisme, toujours là

La commune qui était fragilisée par une sécheresse sévère avant le séisme du 8 septembre 2023, a vu au lendemain surgir des sources d’eau nouvelles.  À l’époque, l’équipe de Médias24 avait constaté et documenté l’apparition de ces sources d’eau au lendemain du séisme, accompagnée de l’augmentation du débit d’eau des sources anciennes.

Un cours d’eau est apparu à Douar Ait Yahya au lendemain du séisme d’Al Haouz (09/09/2023)

Certains experts craignaient que cela ne se soit que temporaire. Un an après, elles sont toujours là.

Bien que le débit de certaines sources ait diminué ces derniers mois, plusieurs d’entre elles continuent d’alimenter la région, répondant ainsi aux besoins de la population en eau pour la consommation et l’irrigation de la petite agriculture.

Source jaillissante en cascade d’une montagne à Ouneine (01/09/2024) ph-médias24

En arrivant à Ouneine, comme c’est souvent le cas dans les centres ruraux, il y avait une certaine animation parmi les habitants, bien que ce ne soit pas un jour de Souk. Rentrée scolaire oblige.

Au loin, nous apercevons une file d’enfants attendant devant un petit studio de photographie.

Nous poursuivons notre route vers notre destination, le village d’Ait Yahya. Tout au long, s’offre à nous les images des briques éparpillées, les débris encore présents par endroits, et les chantiers de constructions…

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 » Un an après le triste drame d’Al Haouz, les opérations de reconstruction avancent. C’est que le calendrier est serré après les phases de déblaiement, les études topographiques et géotechniques, les opérations de recensement des maisons détruites ainsi que les délais de recours « , nous déclare Ridouane El Meghrani, le président de la commune.

À l’échelle de ce territoire, environ 634 autorisations de construction ont été octroyées sur un total de 822 demandes déposées, nous apprend notre source.

 » Nous nous attachons à ce que les opérations de reconstruction se déroulent dans les meilleures conditions. Une assistance a été apportée aux populations pour les accompagner dans leurs démarches d’obtention de leurs kits de construction. Également, nous veillons par le suivi à ce que certaines installations, telles que l’électricité, soient réalisées en parallèle aux opérations de constructions pour ne pas endommager ou détériorer ultérieurement les constructions nouvelles « , nous explique-t-il.

A Ouneine, la reconstruction à plusieurs vitesses

Les différents villages d’Ouneine témoignent d’une dynamique certaine de reconstruction. Les chantiers sont nombreux et le béton est roi. Le gris des constructions en cours contraste avec les couleurs des habitations anciennes ou celles des abris provisoires.

Les nouvelles maisons côtoient les anciennes, les tentes et autres abris de fortune.

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Loin des chiffres, l’observation sur le terrain révèle une grande variabilité dans les rythmes de reconstruction.

Les milliers de répliques très intenses, enregistrées dans toute la zone au cours des premiers mois suivant le séisme d’Al Haouz, ont retardé le démarrage des opérations de reconstruction. Celles-ci n’ont pu commencer qu’après la réalisation d’études géotechniques et topographiques complètes, permettant de cartographier les zones constructibles et de décider des autorisations de construire.

Même parmi ceux qui ont débuté leur chantier, le degré d’avancement diffère. Certains, peu nombreux, font appel à des entreprises de construction. La majorité recourt aux tâcherons ou à des artisans-maçons.

Le recours à des entreprises de construction est plus rapide et relativement plus économe, car celles-ci arrivent à mobiliser une main d’œuvre, particulièrement rare, et à s’approvisionner en matériaux de construction. La livraison des logements standards se fait à un prix équivalent à l’aide de l’Etat.

Les tâcherons, eux, livrent des maisons semi-finies, selon le modèle architectural type, à un coût inférieur aux subventions publiques. Cependant, des acteurs locaux nous ont signalé qu’ils sont moins appréciés, car certains compromettent la qualité du bâti en réduisant les quantités de béton et de fer, ce qui ne respecte pas les normes parasismiques.

A Ouneine, une grande partie des habitants rencontrés ont opté pour les artisans payés par jour de travail. Et c’est au propriétaire d’acheter les matériaux de construction. Les témoignages, comme à Al Haouz, font état d’une hausse des prix des matériaux – particulièrement le sable pour le cas d’Ouneine et des prix de transport.

Un nouveau départ pour Lahcen

Lahcen, père de famille du village Tameterga, est parmi les bénéficiaires du programme de reconstruction des habitations détruit par le séisme d’Al Haouz.

Il a bénéficié d’une subvention de 80.000 DH pour reconstruire son logement, partiellement détruit par le séisme.

Après avoir obtenu l’accord, il a obtenu tous les kits nécessaires pour la reconstruction et a choisi de travailler avec un artisan maçon.

D’une superficie de 50 mètres carrés, le nouveau logement de Lahcen suit un plan architectural type composé  d’un salon, deux chambres, cuisine et salle de bain. Il a bénéficié des différents versements selon l’avancement des travaux de sa maison :

(1) Première tranche : 20.000 dirhams une fois le fondement effectué ;

(2) Deuxième tranche : 20.000 dirhams une fois le dallage effectué ;

(3) Troisième tranche : 20.000 dirhams une fois la structure effectuée ;

(4) Quatrième tranche : 20.000 dirhams une fois le plancher haut effectué.

Toutefois, son choix l’a conduit à dépasser le budget alloué par l’Etat. Les travaux lui ont coûté au final un montant de 120.000 dirhams en raison des choix faits pour les travaux de finition de sa maison.

Il nous explique que l’aide mensuelle des 2.500 dirhams l’a amplement aidé à couvrir les frais.

Des cas qui n’ont pas bénéficié témoignent

Si plusieurs, comme Lahcen, sont arrivées à achever leurs projets de constructions, ou sont en passe de le faire, d’autres personnes n’ont pas bénéficié du soutien de l’Etat. Au cours de notre reportage, nous avons rencontré deux cas avec qui nous avons échangé.

Brahim, père de six enfants, se présente comme habitant du Douar Tanjjemcht Akradest. Il n’a pas bénéficié de l’aide de l’Etat parce que, comme il nous l’explique, la commission du recensement a classé son logement comme « habitat secondaire ».

Interrogée sur ce cas, une source autorisée nous explique que l’Etat a été confronté un phénomène particulier pendant le séisme. À l’annonce des aides en 2023, « des centaines de tentes se sont installées dans la semaine du séisme à l’échelle de la province par des personnes venues d’autres villes ». « La priorité est accordée aux personnes qui habitaient les douars au moment du drame et qui ne disposent d’aucun domicile », ajoute notre source.

Brahim, lui, insiste qu’il réside bel et bien dans le douar Tanjjemcht Akrad et pas ailleurs. Il a déposé un recours. La réponse des autorités est restée inchangée.

Autre cas rencontré, Mohammed, 41 ans, natif du douar Ait Yahya, marié sans enfants. Il nous explique qu’il a été « exclu » du soutien de l’Etat. Il exprime son incompréhension au micro de Médias24 et s’interroge sur les raisons.

Des sources des autorités locales apportent la réponse. Le cas des familles nombreuses vivant sous le même toit s’est posé. « Cette configuration est courante dans le milieu rural marocain, notamment en montagne, où les habitations sont de grande taille et où le fils, après le mariage, continue d’habiter dans le logement familial ou bien, il construit une extension dans la maison. Dans de tels cas, les commissions de recensement doivent déterminer celui qui assume les dépenses familiales. C’est lui qui bénéficie de la subvention ».

Nos sources expliquent qu’il y a des cas compliqués même parmi ceux ayant été inscrits parmi les bénéficiaires. Il y a ceux qui avancent dans leurs projets et avec qui tout se passe bien, et les autres. Parmi ces autres, se trouvent des bénéficiaires qui, après avoir reçu la première tranche, n’ont pas entamé les travaux de construction et ont dilapidé cette somme pour d’autres fins.

Le système ne permet pas de débloquer les autres tranches tant que les travaux n’ont pas été entamés. Ces personnes se retrouvent toujours en habitation temporaire à la recherche de solutions.

Sonasid : une bonne résilience en 2022 grâce à l’efficacité opérationnelle et à la fibre d’acier

Le groupe a organisé, le 20 mars, une conférence de presse à Casablanca pour présenter ses résultats 2022.

Une année qui a été jalonnée de challenges pour le sidérurgiste, qui a dû faire face à une forte contraction sur le marché de la construction, notamment le logement social qui consomme 15.000 tonnes de rond à béton par mois, du fait de l’inflation persistante.

Le groupe affiche en 2022 un chiffre d’affaires en croissance de 10% à 4 851 MDH, parvenant à maintenir son EBITDA à 303 MDH en 2022, en progression de 1% par rapport à l’année précédente, ce qui représente 6% du chiffre d’affaires annuel. Un résultat obtenu grâce notamment à la bonne exécution du programme stratégique, axé sur le renforcement de la compétitivité, l’optimisation des coûts fixes et le développement de nouveaux relais de croissance, qui a permis de maîtriser l’impact de la contraction du marché de la construction.

Le RNPG est ressorti en baisse de 20% à 86 MDH, en raison de la baisse des volumes et d’un impact non récurrent lié à la réévaluation de l’ensemble des actifs et passifs d’impôts différés (selon la norme IAS12), dans le cadre de la hausse de l’impôt sur les sociétés prévue par la loi de finances 2023. Dans la même lignée, le dividende recule de 21% à 30 dirhams par action au titre de l’année 2022.

Un retrait de la demande amorti par de bonnes performances opérationnelles et un bon dynamisme de la fibre d’acier

Malgré un bon effet prix, durant l’année 2022, le groupe a subi une forte contraction de la demande durant le second semestre. « Dans ce contexte, Sonasid a connu une année 2022 compliquée, notamment avec l’arrêt de la construction des logements sociaux qui consomment 15.000 tonnes par mois de rond à béton. Cela s’est vu sur la baisse dans la consommation de ciment l’an dernier. Grâce à notre stratégie de performance opérationnelle, nous avons pu amortir ce choc et maintenir notre EBITDA à niveau. C’est aussi le fruit de nos nouveaux projets comme la fibre d’acier », souligne le directeur général du groupe, Ismaïl Akalay. Le directeur financier, Youssef Hbabi, a précisé que la contraction du marché avait compté pour 60 MDH et l’effet de change négatif avait pesé pour 31 MDH en 2022.

Le groupe a en effet lancé son projet de fibre d’acier, dont la production et les premières ventes ont été réalisées en décembre 2022 dans son usine de Nador. « Il était prévu que cette production démarre au 4e trimestre, mais il y a eu des retards causés par l’équipementier qui devait nous livrer les équipements », explique le DG. Une partie de cette fibre, dont la majorité est destinée à l’export, a été vendue, notamment à la France, dans le cadre de la réalisation du métro parisien. « Nous participons à la construction de ce métro avec la fibre d’acier. Nous avons également exporté en Afrique du Sud et alimenté le marché local avec des industriels qui construisent des usines », précise Ismaïl Akalay.

La directrice marketing et commerciale du groupe, Assia Baraka, a d’ailleurs confirmé cette bonne dynamique export, avec une ambition de réaliser d’ici 3 ans 15% du chiffre d’affaires total du groupe à l’export, dont 5% représentés par la fibre d’acier. Cette année, la fibre jouera son rôle de relai de croissance grâce à un effet d’année pleine avec une capacité de production de 20.000 tonnes par an.

Le groupe entend aussi développer de nouveaux projets de développement d’acier à forte valeur ajoutée pour doubler son EBITDA d’ici 2025. « Nous avons commencé avec la fibre et avons d’autres projets que nous lancerons cette année. Nous avons l’ambition de nous appuyer sur notre centre de recherche et sur la transformation des nuisances de la sidérurgie en valeur ajoutée, comme la poussière d’acier. Tout cela permettra l’amélioration opérationnelle de nos usines », explique Ismaïl Akalay. Le groupe compte également appuyer cela à travers des investissements importants de l’ordre de 140 MDH à 150 MDH cette année.

La dynamique en 2023 pourrait être boostée par l’annonce des aides aux logements

Le directeur général confiait que l’année 2023 avait commencé comme s’est terminée l’année 2022. Une demande assez faible est perceptible, notamment du fait de l’arrêt du logement social. « Le logement social est quasiment à l’arrêt du fait de la hausse des matériaux de construction. Nous sommes tous dans l’attente de l’annonce de l’aide aux primo-acquéreurs des logements sociaux. Si cela est annoncé, je pense que ce sera une très bonne nouvelle », note le DG du groupe.

Parallèlement, des annonces d’investissements ont été faites sur l’infrastructure. « Le ministre a annoncé que 45 MMDH seront dépensés cette année ; nous surveillons donc la situation et serons au rendez-vous pour profiter de cette opportunité », poursuit Ismaïl Akalay.

Le groupe pourra aussi profiter du retrait des produits turcs du marché marocain cette année, notamment du fait de la catastrophe engendrée par le séisme. « Erdogan a annoncé un besoin de 4 millions de tonnes d’acier pour reconstruire ce qui a été détruit lors du séisme. Cela conduira donc la production turque vers son marché domestique et non vers l’exportation. Nous aurons donc un niveau de produits sidérurgiques turcs très faible cette année », explique le directeur général.

Le groupe compte également profiter de son acier vert pour s’offrir des opportunités d’export au sein de l’Union européenne, à l’arrivée effective de la taxe carbone en 2026.

Une préparation à la mise en place de la taxe carbone

Dès juillet 2022, le directeur général du groupe nous informait que Sonasid allait bénéficier d’un processus de certification de son acier vert par un bureau en Europe, du fait que le groupe produit son acier à partir d’énergie renouvelable à 85%.

La directrice marketing et communication a expliqué durant la conférence que « dès la fin de cette année, il faudra déclarer les émissions de carbone par produit. Entre 2023 et 2025, il s’agira simplement d’une déclaration des émissions et à partir de 2026, des droits seront appliqués en fonction des émissions de carbone ». Le groupe est en cours de certification auprès de l’institut technique du Luxembourg, qui a commencé à faire le compte des émissions de CO2 du groupe. « Ce travail théorique est terminé, nous attendons un second certificateur qui devrait venir sur le terrain. Nous espérons être certifiés courant de cette année », explique le dirigeant.

Le groupe cherche également à atteindre les 100% d’énergie renouvelable avec l’installation de 4 MWh, notamment avec l’installation, dans un premier temps, du parc photovoltaïque de Nador en juillet dernier.

Témoignage : comment Capgemini s’est adaptée à la crise du Covid-19

Les enseignements économiques de la crise du Covid-19 sont inépuisables. Idriss Elasri, directeur général de Capgemini Engineering Maroc, en a apporté la preuve à travers un témoignage à l’occasion d’une table ronde sur le thème « Leadership et résilience face aux incertitudes », organisée mardi 7 juin par le Moroccan Leadership Institute.

L’ancien membre du comité directeur de LafargeHolcim Maroc avait pris ses fonctions à la tête de Capgemini Engineering Maroc un mois avant le début du confinement en mars 2020.

En dépit d’un timing loin d’être idéal et d’un genou fracturé qui a réduit sa mobilité, l’empêchant de rencontrer ses nouveaux employés, Idriss Elasri et son comité directeur se sont armés de résilience, notamment pour éviter les licenciements collectifs. Un positionnement adaptatif qui nous amène à aborder la notion de résilience économique, définie comme la faculté de maintenir la production proche de son potentiel malgré un choc. Pour y parvenir, Capgemini Engineering Maroc a entrepris plusieurs mesures solidaires et innovantes.

Être attentifs aux signaux faibles pour anticiper les événements

Afin d’anticiper les situations potentiellement perturbatrices – telles qu’un éventuel confinement – et de mobiliser à temps des solutions de repli, Idriss Elasri a observé assidûment l’évolution de la situation sanitaire dans le monde.

« Nous avions renforcé notre réseau informatique, et une semaine avant l’instauration du confinement, nous avions testé le télétravail pour effectuer les ajustements nécessaires et ne pas être pris de court », explique-t-il.

Se concentrer sur la solution plutôt que sur les problèmes annexes

L’incertitude croissante liée aux développements de la pandémie de Covid-19 a occasionné de multiples contraintes. « Il nous a fallu être à l’écoute des problématiques et des obstacles rencontrés par les salariés, sans pour autant dévier de notre cap qui consistait à trouver une solution globale à la situation plutôt que d’essayer de résoudre les problèmes à moitié », affirme Idriss Elasri.

Dans le cas de Capgemini Engineering Maroc, dont l’activité a été drastiquement réduite, la direction a demandé aux salariés de convaincre leurs clients de conserver un seuil minimal d’activité. « Nous avons également exploré de nouveaux marchés en restructurant notre offre pour toucher de nouveaux clients qui rencontraient des problèmes auxquels nous pouvions apporter des solutions », ajoute le directeur général.

S’appuyer sur des valeurs de solidarité et innover 

Solidarité, exemplarité, résilience et obstination : telles sont les valeurs qui ont permis à l’entreprise de s’extirper de la crise économique générée par la pandémie sans trop de dégâts. Deux mesures en particulier ont incarné sa résilience et son aptitude à faire face à l’imprévu.

En premier lieu, l’instauration de la semaine de quatre jours. Une mesure qui s’est traduite par une réduction des salaires à hauteur de 20%, « à commencer par le comité directeur pour donner l’exemple. Cette baisse a ensuite été généralisée à l’ensemble du personnel en leur expliquant que c’était une solution viable pour ne pas recourir à la casse sociale ».

Dans un second temps, une banque de congés a été mise en place avec l’implication des salariés. « Avec 6 millions de dirhams de provision de congés non consommés, il nous a semblé évident de demander aux employés qui avaient des congés de les prêter à ceux qui n’avaient pas de travail », défend Idriss Elasri. Il assure que plus de 600 salariés sur les 1.750 que comptait alors l’entreprise étaient en cessation d’activité.

Grâce à ce dispositif, la société a tenu le choc jusqu’en mai 2020, avant que le dispositif gouvernemental d’aides aux entreprises ne prenne le relais, notamment à travers le chômage technique et l’exonération de charges sociales. « Nous avons pu maintenir les emplois pendant deux mois supplémentaires, contrairement à plusieurs de nos concurrents. »

La banque de congés symbolise le degré de solidarité et d’innovation qui ont été nécessaires au groupe pour trouver une parade aux incertitudes relatives à la crise économique. « En temps d’incertitude, avoir une démarche innovante s’impose, d’autant que les solutions classiques sont inefficaces », justifie Idriss Elasri.

Aujourd’hui, Capgemini Engineering Maroc récolte les fruits de sa résilience, puisque l’entreprise compte désormais près de 3.000 salariés. « Nous continuons à recruter », assure son directeur général.