Pénurie hydrique. L’impact sévère du réchauffement climatique sur les cours d’eau

L’impact des changements climatiques s’intensifie. En raison de sa position géographique au nord du Grand Sahara, le Maroc subit des phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents, dont le plus dévastateur est la sécheresse.

Sa fréquence a considérablement augmenté : le pays est passé de 5 épisodes de sécheresse en 40 ans (1940-1979) à 10 épisodes en seulement 22 ans (1980-2002). Aujourd’hui, le Maroc est impacté par sept années consécutives de sécheresse, qui entravent considérablement son développement socio-économique.

Lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants, tenue ce mardi 14 octobre 2025 et portant sur la politique gouvernementale de l’eau, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a précisé : « Nous en sommes à la septième année consécutive de sécheresse. Nous abordons probablement déjà une huitième. Les apports hydriques enregistrés depuis le début de la saison, soit du mois de septembre jusqu’à aujourd’hui, ne dépassent pas les 160 millions de mètres cubes. Nous sommes donc dans une situation critique, même si l’année dernière a connu une amélioration relative par rapport aux années précédentes».

En plus des projets de mobilisation des eaux non conventionnelles en cours de développement, notamment la station de dessalement, Nizar Baraka a rappelé l’importance des barrages pour réduire le déficit hydrique exceptionnel que connaît le Maroc.

Le pays a ainsi achevé la construction de six barrages durant les trois dernières années et prévoit de finaliser, à l’horizon 2027, onze grands barrages, quatre barrages moyens et 155 barrages collinaires.

Une année 2024 en demi-teinte : le mirage de l’amélioration face aux séquelles de la sécheresse

Durant la saison dernière (septembre 2024 à mai 2025), le bilan hydrique du Maroc a présenté une image contrastée. Après un début de saison prometteur, marqué par des précipitations supérieures à la normale dans l’est du pays, les mois de novembre, décembre et janvier se sont révélés particulièrement secs. La tendance ne s’est inversée qu’à partir de la mi-février, avec un retour significatif des pluies en mars et avril 2025.

La pluviométrie moyenne enregistrée sur l’ensemble du territoire s’est élevée à 112 mm. Ce chiffre masque une autre réalité : s’il représente un excédent de 85,4 % par rapport à la saison précédente, marquée par une sécheresse intense (60,5 mm), il reste déficitaire de 18,4 % par rapport à la normale (1991-2020). Ce déficit se confirme au niveau national, atteignant un total de 20 %.

Au niveau des bassins, la situation est également négative pour la plupart des bassins hydrauliques, avec des baisses notables de -30 % dans le Tensift et -22 % dans le Sebou. En revanche, le bassin de Guir-Ziz-Ghris fait figure d’exception, affichant une augmentation remarquable de +67 %.

De son côté, l’enneigement constitue une source importante pour alimenter les cours d’eau et également les nappes souterraines. Durant la saison précédente, les montagnes ont enregistré un enneigement significatif totalisant 45 jours de neige recensés dans le Grand Atlas et le Rif et une superficie couverte de 14.000 km².

Par rapport à 2024, les réserves des barrages ont légèrement augmenté pour atteindre le seuil de 40% en mai 2025, alors qu’aujourd’hui et malgré quelques précipitations disparates les réserves totales ne dépassent pas 32%, dont la moitié est stockée dans le bassin de Sebou et de Loukkous.

Impact du changement climatique sur les cours d’eau (étude scientifique)

Une étude scientifique récente, menée par une équipe franco-marocaine, a évalué l’impact des changements climatiques sur l’écoulement des cours d’eau dans le bassin supérieur de l’Oum Er Rbia, en amont du barrage Ahmed El Hansali.

Selon le scénario intermédiaire (RCP 4.5), les débits des rivières Oum Er Rbia, Srou et Ouaoumana, objets de cette étude scientifique, devraient connaître une réduction du débit annuel moyen allant de 16,2 % à 26 %.

Quant au scénario pessimiste (RCP 8.5), ces cours d’eau devraient connaître des baisses de débit pouvant atteindre 44 % d’ici 2100, tandis que les hausses de températures pourraient potentiellement doubler, atteignant des pics allant jusqu’à 100 %.

La réduction substantielle des précipitations annuelles et saisonnières aura un impact significatif sur l’approvisionnement en eau de ce bassin. Les projections indiquent une diminution progressive des apports : de 80 à 137 hm³ pour la période 2025–2050, de 136 à 191 hm³ pour la période suivante (2051–2075), et enfin, une baisse allant de 118 à 288 hm³ entre 2076 et 2100.

D’ici 2050, les débits des rivières Oum Er Rbia, Srou et Ouaoumana – qui sont des contributeurs essentiels à l’approvisionnement en amont du barrage – connaîtront une diminution notable durant l’hiver, la saison la plus cruciale pour la disponibilité en eau. Cette baisse, observée dans les deux scénarios climatiques, sera respectivement de 14,6 % à 19,3 % pour l’Oum Er Rbia, de 36,1 % à 41,7 % pour le Srou, et de 48 % à 50,8 % pour l’Ouaoumana.

D’ici 2100, la baisse des débits devrait atteindre un pic de 38,6 % pour l’Oum Er Rbia et d’environ 67 % pour les rivières Srou et Ouaoumana, entraînant des pertes en eau estimées à 58 hm³, 69 hm³ et 10 hm³ respectivement.

Bien que ces facteurs n’aient pas été modélisés dans cette étude, les auteurs estiment que d’autres facteurs, tels que les activités humaines (notamment la déforestation, l’intensification agricole et les mauvaises pratiques de gestion agricole) peuvent influencer significativement les régimes d’écoulement des cours d’eau.

Rappelons que le barrage Ahmed Al Hansali, tout comme celui d’Al Massira, est confronté à une baisse drastique de ses réserves. Actuellement, son taux de remplissage dépasse à peine les 16 %. Ce chiffre contraste fortement avec celui du 3 mai 2018, la dernière année, où le barrage était presque plein, affichant un taux de retenue de 97,7 % (soit environ 652,8 millions de mètres cubes).

Les projections climatiques sur la disponibilité des cours d’eau au Maroc

Développée par le World Resources Institute (WRI), la plateforme Aqueduct permet d’évaluer les risques liés à l’eau, tels que les inondations, les sécheresses et le stress hydrique. Elle s’appuie sur une méthodologie évaluée par les pairs, ainsi que sur les meilleures données disponibles, pour générer une modélisation fiable.

Au Maroc, le risque d’épuisement des ressources en eau est estimé très élevé sur l’axe Casablanca-Rabat, s’étendant vers l’est jusqu’à Béni Mellal, représentant la zone de plus grande vulnérabilité au Maroc. C’est une région qui concentre également une part majeure de l’activité agricole et industrielle du Maroc.

La pression sur les ressources hydriques est considérée comme élevée le long de l’axe Tanger-Larache, aux environs de Fès, ainsi que dans le sud d’Agadir vers Tiznit et Tafraout.

Le risque est classé de faible à moyen dans des régions comme la Chaouia, le Gharb, la côte méditerranéenne et le Sud-Est du pays. Enfin, une pression faible est observée dans la région de l’Oriental et sur l’axe Khénifra-Azilal.

La variabilité hydrologique dans les bassins marocains présente deux dimensions distinctes. D’une part, la variabilité saisonnière (fluctuations au cours de l’année) est considérée comme moyenne à élevée dans le bassin du Sebou, la Chaouia et le plateau des phosphates, mais faible dans la région s’étendant d’El Jadida à Safi, Benguerir, l’Oriental et une partie du Sud-Est.

D’autre part, la variabilité interannuelle (fluctuations d’une année sur l’autre) est jugée extrêmement élevée dans la région de Taroudant jusqu’à Sidi Ifni. Elle est élevée le long de l’axe côtier Agadir-Essaouira et Casablanca-Tanger, moyenne le long d’Oued Sebou et de la côte méditerranéenne, et faible à moyenne aux environs d’Ouarzazate.

La raréfaction croissante des ressources hydriques au Maroc confirme que la gestion du risque climatique ne peut plus être conjoncturelle mais structurelle.

Les programmes de mobilisation des eaux non conventionnelles, l’accélération des chantiers de barrages et la réutilisation des eaux usées constituent des leviers essentiels, mais ils devront être accompagnés d’une refonte des usages et d’une gouvernance intégrée des bassins.

Le Maroc a atteint des niveaux record de baisse des nappes phréatiques (Baraka)

Le Maroc connaît aujourd’hui des ruptures et des changements inédits au niveau de son cycle de l’eau, expose le ministre de l’Équipement et de l’eau.

« Nous sommes en train de vivre la septième année consécutive de sécheresse. Historiquement, le Maroc n’a jamais dépassé quatre ans consécutifs de sécheresse. Nous avons enregistré, en 2023, 1,8 degré de plus que la norme, soit plus que le seuil fixé aux termes de l’Accord de Paris sur le climat qui est de +1,5 degré. Chaque jour, nous assistons à l’évaporation de 1,5 million de m³, due à l’augmentation de la température. En 2023, nous avons également dépassé la température record de 50 degrés, notamment à Agadir ».

Les précipitations ont connu une amélioration par rapport à l’année dernière. Néanmoins, nous restons en deçà de 45% par rapport à la moyenne habituelle

« Ce mois de janvier, nous sommes à 3 degrés de moins comparé à la normale, à cause des épisodes neigeux. Nous avons cumulé environ 3.000 km² de neige, soit l’équivalent de 1,5 milliard de m³ qui entrent dans les nappes phréatiques et dont une partie va aux nappes souterraines. Les précipitations ont connu une amélioration par rapport à l’année dernière. Néanmoins, nous restons en deçà de 45% par rapport à la moyenne habituelle« .

Une situation particulièrement délicate

« Entre 1940 et 2024, la moyenne des apports en eau était de 22 MMm³. De 2018 à aujourd’hui, cette moyenne se chiffrait à 3,7 MMm³. Nous sommes dans une situation particulièrement délicate. Pour garantir l’eau agricole et l’eau potable, nous sommes contraints de surexploiter les nappes souterraines. Nous consommons de 6 à 7 MMm³. Mais nous avons un déficit de 3 MMm³, ce qui se traduit par une baisse des nappes souterraines. Nous avons atteint des niveaux record de baisse des nappes souterraines. Nous avons atteint 7 mètres de baisse par an dans les régions de Zagora et d’Errachidia et 3,5 mètres de baisse par an dans la région de Berrechid. Nous risquons de nous retrouver demain sans capacité hydrique au niveau des nappes phréatiques ».

À cause du réchauffement climatique, le Maroc perdra entre 30% et 50% de ses capacités hydriques en fonction des zones

« Selon les données actualisées du dernier recensement, nous sommes aujourd’hui autour de 600 m³ par habitant par an. Je tiens à rappeler que nous étions à environ 2.600 m³ par habitant par an en 1960. Nous nous acheminons vers la pénurie hydrique (seulement 500 m³ par habitant par an à l’horizon 2040). À cause du réchauffement climatique, le Maroc perdra entre 30% et 50% de ses capacités hydriques en fonction des zones ».

« Les apports en eau dans les barrages ont par ailleurs connu une baisse importante. La situation est meilleure cette année. Le niveau de remplissage des barrages a connu une amélioration de 72% par rapport à l’année dernière, mais une baisse de 73% par rapport à la normale. Le taux de remplissage des barrages est aujourd’hui de 27,7% contre un taux de 23% en 2023. Il y a une légère amélioration qui a concerné essentiellement l’Oriental et le Sud-Est ».

Aujourd’hui, seulement 55% des ressources en eau dans les barrages sont destinées à l’agriculture, ce qui est largement en deçà des besoins de l’agriculture

« Par le passé, 85% des ressources en eau dans les barrages allaient à l’agriculture. Le reste à l’eau potable. À cause de la baisse importante en apports en eau, et le fait que nous sommes descendus à 3,3 MMm³ en apports en eau en 2023 et 2024, nous avons dû privilégier l’eau potable (910 Mm³) au détriment de l’agriculture. Aujourd’hui, seulement 55% des ressources en eau dans les barrages sont destinées à l’agriculture, ce qui est largement en deçà des besoins de l’agriculture ».

La politique des barrages a contribué largement au maintien de la garantie de l’alimentation en eau potable et de l’eau agricole, malgré les changements climatiques, note Nizar Baraka. « Sa Majesté a apporté une nouvelle impulsion en accélérant le rythme de réalisation des barrages, mais aussi en apportant d’autres formes de mobilisation d’eau à travers ce que nous appelons les eaux non conventionnelles. Aujourd’hui, nous avons 154 grands barrages, avec une capacité de 27 MMm³. Nous avons 150 petits et moyens barrages. Nous sommes en train d’en construire d’autres. Nous avons 16 stations de dessalement qui existent déjà, avec une capacité de 277 Mm³. Nous avons également 17 ouvrages de transfert d’eau entre les barrages ».

Les ressources en eau au Maroc, entre surexploitation et réglementation défaillante: le diagnostic du CESE

Malgré la mise en place de nombreux dispositifs par les pouvoirs publics, tels que les procédures d’autorisation et de contrôle de l’exploitation pour réguler l’accès à ces deux ressources dont dépendent de nombreux secteurs au Maroc, celles-ci continuent de subir des pressions accrues, menaçant le développement durable et la sécurité humaine du pays.

Ces pressions sont principalement dues à l’exploitation excessive et illicite, ainsi qu’à d’autres formes de dégradation. Cette situation peut être attribuée, selon les témoignages collectés par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) auprès des acteurs concernés, au fait que l’application des mécanismes adoptés pour la gestion et le contrôle de l’exploitation se caractérise souvent par une efficacité limitée, qui ne permet pas de freiner la détérioration ou l’épuisement de ces ressources naturelles vitales et stratégiques.

D’autre part, cette réalité pourrait également s’expliquer par l’existence de lacunes et de dysfonctionnements, qui ont trait notamment aux capacités limitées des intervenants concernés et au chevauchement de leurs compétences, au déphasage entre les normes établies et à leur mise en œuvre sur le terrain, ainsi qu’à la persistance de pratiques informelles et illicites.

Dans ce premier article, nous allons nous concentrer sur les ressources en eau, leur réglementation, contraintes ainsi que sur les recommandations du Conseil économique, social et environnemental pour une exploitation durable. Un autre article sera dédié aux carrières.

La réglementation en vigueur pour les ressources en eau

Pour ce qui est des ressources en eau, le système d’autorisation pour leur exploitation est encadré par des textes législatifs et réglementaires mis en place au Maroc dès 1925, dont l’évolution a été influencée par les mutations de la situation hydrique du pays, qui ne cesse de se dégrader depuis les années 1960. Elle est également impactée par les changements à caractère économique, social, politique, environnemental et climatique aux niveaux national et territorial, mais aussi par les engagements conventionnels du pays au niveau international.

Le système d’autorisation actuel permet à l’agence de bassin hydraulique (ABH), en tant que principal gestionnaire du domaine public hydraulique (DPH) au niveau du bassin versant d’assurer le suivi de l’exploitation des ressources en eau, de définir les quotas de prélèvement autorisés selon les usagers et les types d’exploitation et d’activer les mécanismes de contrôle pour lutter contre l’exploitation ou la dégradation des ressources en eau disponibles.

Selon la loi en vigueur, toute exploitation du DPH doit être effectuée en conformité avec ses dispositions et doit être soumise à une autorisation ou une concession préalablement délivrée par l’ABH, lesquels sont assortis d’un ensemble de restrictions liées principalement à l’existence des périmètres de sauvegarde ou d’interdiction, l’existence de restrictions dans les contrats de gestion participative pour l’exploitation des eaux superficielles ou souterraines, ou aussi, l’impact potentiel des activités d’exploitation sur l’environnement ou la durabilité des ressources en eau.

En matière de contrôle d’exploitation, le champ d’intervention de la police de l’eau comprend l’accès à toutes les installations/infrastructures hydriques, ainsi que la vérification des autorisations d’exploitation ou du fonctionnement de l’installation. Les pratiques de prélèvements illicites d’eau se sont par ailleurs répandues ces dernières années, notamment dans un contexte de sécheresse récurrente. En 2017, le nombre des préleveurs d’eau non autorisés a été estimé à plus 102.264, contre 52.557 préleveurs autorisés. Le ministère de l’Equipement et celui de l’Intérieur ont recensé des points d’eau abandonnés et non équipés de mesures de sécurité, ce qui a débouché sur l’identification de 292.089 points, dont seulement 30.646 autorisés, soit environ 10%. Une situation qui impacte négativement la sécurité hydrique du pays. En 2023, le pourcentage des puits et forages non autorisés a été estimé 80%.

Chevauchement des compétences, faibles moyens et lenteur de la procédure d’octroi des autorisations

La mise en œuvre de ces mécanismes d’autorisation et de contrôle d’exploitation demeure ainsi limitée et n’a pas empêché la surexploitation et l’exploitation illicite des ressources en eau. Cela s’ajoute aux impacts du changement climatique, ainsi qu’aux différentes formes de dégradation d’origine naturelle.

La mise en œuvre limitée de ces mécanismes s’explique par plusieurs contraintes et insuffisances, qui continuent de caractériser la gouvernance de l’eau, notamment une faible application des lois et règlements existants, la complexité et la lenteur des procédures d’octroi des autorisations, l’absence de cadre juridique ou l’actualisation nécessaire de certains aspects liés à ces mécanismes, une faible coordination entre les acteurs et des chevauchements des compétences, des capacités humaines, logistiques et financières insuffisantes, notamment en matière de contrôle, et des systèmes d’information inexistants ou inachevés.

Les principales contraintes entravant la mise en œuvre de ces mécanismes dans le domaine de l’eau se présentent comme suit :

– L’existence d’un nombre important de préleveurs d’eau non-intégrés dans le régime d’autorisation et d’un nombre d’autorisations de déversement des eaux usées très limité, malgré les efforts importants déployés par les ABH pour généraliser ce régime et lutter contre l’exploitation anarchique du DPH ;

– La complexité et la lenteur de la procédure d’octroi des autorisations ou des concessions, pouvant atteindre jusqu’à trois mois ;

– L’octroi des autorisations pour l’exploitation du DPH n’est pas une attribution exclusive de l’ABH, puisque les Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA) exercent aussi la même attribution dans les grands périmètres irrigués, souvent sans coordination avec les ABH ;

– L’attribution limitée du numéro d’inventaire des ressources en eau aux points d’eau ;

– L’insuffisance des moyens humains et matériels mis à la disposition des ABH ;

– La multiplicité des missions assurées actuellement par les ABH est de nature à grever leur performance en matière de gestion du DPH ;

– Les capacités logistiques et techniques limitées en matière de contrôle d’exploitation de l’eau. Actuellement le pays dispose d’un nombre insuffisant d’agents de police de l’eau, qui assurent parallèlement d’autres fonctions administratives ;

– Un chevauchement des compétences et des responsabilités avec les autres intervenants dans le domaine du contrôle, conjugué à une coordination limitée entre les agents de la police de l’eau et d’autres administrations et corps de police ;

– Le suivi judiciaire des procès-verbaux d’infractions dressés par les agents de police des carrières, à la demande des ABH, s’avère souvent lent ;

– Le faible recours aux méthodes modernes de contrôle pour détecter et identifier les pratiques d’exploitation de l’eau sur le terrain ;

– Le faible recouvrement des redevances liées à l’exploitation des ressources en eau avec une accumulation importante des arriérés à recouvrer ;

– La faiblesse des quantités déclarées des déversements des eaux usées dans le DPH et les redevances y afférentes ;

– Le faible recours à la délimitation des périmètres de sauvegarde et d’interdiction ;

– Un très faible recours aux contrats de nappes ou contrats de gestion participative en tant qu’outil de rationalisation de l’utilisation du DPH ;

– Les comités techniques des conseils des bassins hydrauliques sont très peu actifs et se réunissent occasionnellement avec des ordres de jour et des délibérations n’ayant pas toujours un lien avec l’exploitation des ressources en eau ;

– L’absence d’un système d’information intégré sur l’eau au niveau central ;

– La faiblesse des dispositifs d’information et de sensibilisation des citoyens et citoyennes sur le cadre législatif et réglementaire régissant l’exploitation des ressources en eau.

Les recommandations du CESE pour une exploitation durable

Partant de ces constats, et afin de lutter contre les surexploitations et l’exploitation illicite des ressources en eau, ainsi que plusieurs pratiques notamment de rente, de corruption, d’activités informelles, d’évasion et de fraude fiscales, le CESE propose un ensemble de recommandations, dont nous citons quelques-unes :

– Assurer l’effectivité des textes législatifs et réglementaires en vigueur, en veillant à une mise en œuvre effective des mécanismes d’autorisation et de contrôle des ressources en eau, à la simplification des procédures, et au respect des délais réglementaires d’octroi des autorisations, ainsi qu’à la régularisation de la situation des exploitants illégaux ;

– Améliorer la gouvernance dans les secteurs de l’eau au regard de son impact sur l’effectivité et l’efficacité des mécanismes d’autorisation et de contrôle. Il conviendrait, à ce titre :

Dans certaines régions, le sol s’enfonce de 1 à 5 cm par an à cause de la surexploitation des nappes

Ressources stratégiques pour le Royaume, les nappes phréatiques sont toutefois excessivement sollicitées. De fait, elles sont en proie à l’intrusion marine et à la pollution, mais pas seulement. La surexploitation des aquifères cause également l’affaissement des sols. Un phénomène appelé subsidence et qui peut avoir de fâcheuses conséquences à l’avenir.

D’après une étude (voir ci-dessous en fin d’article) récemment publiée dans la revue scientifique Nature, 73% des zones en subsidence se situent dans des régions cultivées ou urbaines et sont la manifestation des conséquences d’un pompage excessif des aquifères. Le Maroc est d’autant plus concerné que la surexploitation des eaux souterraines dans le pays s’établit à 1,11 MMm3/an, notamment dans les bassins hydraulique de Sebou, Souss-Massa, Oum Er-Rbia. 

Un phénomène d’origine anthropique 

Si le Maroc est épargné en comparaison avec des pays asiatiques comme le Vietnam ou la Chine, dont la subsidence est estimée à plus de 5 cm par an, le phénomène atteint de 1 à 5 cm annuellement dans le Royaume en fonction des endroits, selon la même étude. 

Le phénomène de subsidence ou d’affaissement des sols peut être de nature tectonique ou thermique. Sauf que la cartographie globale de cette subsidence, comme indiqué dans l’étude précitée, a aussi mis en lumière une autre cause, d’origine anthropique.

« C’est un sujet d’actualité dans le monde entier, surtout dans les pays où il y a des terrains instables et une diversité géologique avec des roches de différents types, à l’instar de l’Espagne, l’Iran ou encore la Chine », précise d’emblée à Médias24, Lahcen Benaabidate, enseignant chercheur en hydrogéologie. 

« Prenons un aquifère que l’on exploite de manière excessive. Quand l’aquifère est surexploité, il n’y a quasiment plus d’eau dans la roche, les pores qui se vident deviennent une zone de faiblesse. En conséquence, la roche s’effondre sur elle-même. Cet affaissement influence le sol en surface ».

Détérioration des infrastructures et inondations

Le pompage excessif a donc pour principal impact la subsidence. « Cela cause de gros problèmes, sachant que certaines villes sont bâties sur des aquifères, les constructions peuvent en pâtir en subissant des fissures », indique L. Benaabidate.  

D’autres manifestations de ce phénomène sont également observables. « Sur les routes, on peut apercevoir un affaissement du sol goudronné et des fissures, sans pour autant qu’il y ait un mouvement tectonique. Cet affaissement peut être attribué à ce phénomène, mais de manière hypothétique. Cela dit, pour statuer avec précision, il faut des études hydrogéologiques (caractéristiques géologiques, sens d’écoulement des oueds, mécanique des roches…) », souligne-t-il.

L’autre problème est le soubassement, « c’est-à-dire que le sol et la roche s’affaissent et finissent par toucher l’eau contenue dans l’aquifère, ce qui peut causer des débordements et des inondations. En effet, l’eau qui s’infiltre ne peut plus circuler latéralement à cause de l’affaissement de la roche », précise notre interlocuteur. Résultat : l’eau se dirige vers le haut, donnant lieu à des inondations (El marja en arabe).

Néanmoins, bien que l’ensemble des scientifiques que nous avons sondés sur le sujet indiquent que le phénomène est bel est bien réel, les études qui y sont consacrés sont quasi inexistantes. 

« S’il y a peu d’études, c’est parce que cela demande d’abord des études sur la mécanique des roches qui coûtent cher car elles sont faites par des laboratoires de génie civil. En plus, la roche doit être extraite via un carottage car elle est en sous-sol. En revanche, c’est possible dans le cadre d’une coopération avec des organismes étrangers », avance Lahcen Benaabidate. 

D’ailleurs, ces études sont quasi obligatoires en amont de la construction de grands édifices, à l’instar des barrages. Mais elles ne sont pas rendues publiques et demeurent un mystère, tout comme les solutions pour endiguer ce phénomène. 

« Jusqu’à présent, les études sur le sujet ne trouvent pas de solution. Ce sont des études qui se limitent à l’identification du risque et aux illustrations de ce phénomène que l’on peut apercevoir à la surface de la terre », conclut M. Benaabidate. La solution évidente réside dans une exploitation mesurée des aquifères. 

L’ONEE s’enquiert de la qualité des eaux du bassin versant de Sakia Hamra

Du fait d’une demande croissante et d’une pluviométrie déclinante, les ressources en eau se raréfient dans le pays. Par conséquent, leur mobilisation s’avère difficile et nécessite des traitements de plus en plus poussés.

En cause, l’exposition de ces ressources hydriques à de multiples pollutions (urbaine, industrielle, agricole). En altérant la qualité de l’eau, les charges polluantes menacent la pérennité de ces usages et la santé des populations.

Une étude a été lancé par la Direction de l’assainissement et de l’environnement relevant de l’Office. Elle a pour but de s’assurer de la qualité des ressources destinées à l’alimentation en eau potable dans le bassin versant de Sakia Hamra et d’évaluer le risque de pollution encouru par les ressources en eau souterraine et superficielle exploitées et exploitables par l’ONEE-Branche eau.

Cette étude permettra de définir les actions nécessaires pour préserver la qualité des eaux des ressources menacées.

Concrètement, elle se divise en deux missions. La première consiste à réaliser un diagnostic détaillé de l’état actuel de tous les captages et prises d’eau (entre 200 et 300) ONEE-Branche eau et leurs conditions d’exploitation.

L’étape suivante réside dans le dégagement des travaux d’urgence pour protéger les captages et prises d’eau menacés par la pollution. Un dossier de consultation des entreprises (DCE) sera élaboré pour la réalisation des travaux d’urgence dégagés.

La première mission se conclut par la caractérisation des contextes géologique, hydrogéologique et hydrologique de ces captages et prises d’eau.

Lors de la seconde mission, il s’agira de réaliser une analyse approfondie des risques et menaces de pollution dans les aires d’alimentation des captages et dans les bassins versants des prises les plus menacés.

Pour finir, un plan d’action global à court, moyen et long terme sera adapté aux enjeux de pollution identifiés au niveau des aires d’alimentation des captages et des bassins versants des prises les plus menacés.