Les pluies redonnent vie aux principaux cours d’eau (images satellites)

L’amélioration de la situation hydrique, perceptible au niveau des barrages, s’est traduite par un relèvement du niveau des principaux cours d’eau, auparavant gravement touchés par la sécheresse.

Des plans d’eau surgissent

Après les récentes intempéries, plusieurs plans d’eau ont surgi dans les régions de Doukkala-Abda et de Casablanca-Settat, créant une situation qui n’avait plus été observée depuis longtemps en décembre, en raison de la sécheresse.

L’analyse des relevés pluviométriques confirme cette tendance exceptionnelle. En effet, entre le 1ᵉʳ décembre 2025 et le 12 janvier 2026, les données des stations météorologiques révèlent que :

Cumul pluviométrique enregistré entre le 1ᵉʳ décembre et le 13 janvier dans la station météorologique de Nouasser/Casablanca (source : Organisation mondiale de météorologie).
Cumul pluviométrique enregistré entre le 1ᵉʳ décembre et le 13 janvier dans la station météorologique de Tétouan (source : Organisation mondiale de météorologie).
Cumul pluviométrique enregistré entre le 1ᵉʳ décembre et le 13 janvier dans la station météorologique d’Ouarzazate (source : Organisation mondiale de météorologie).

Sur le terrain, ces apports hydriques ont eu des conséquences directes sur les infrastructures. Au niveau de l’oued Kourifla, près du barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, la crue a submergé un pont, coupant ainsi la route reliant Aïn Aouda à Rommani (via Had Brachoua).

Image satellitaire montrant l’inondation d’Oued Kourifla aux environs d’Aïn Aouda.

Dans le bassin du Sebou, la situation hydrique est tout aussi positive. Le barrage de garde, situé près d’Ouled Ameur, a atteint 85 % de sa capacité, stockant ainsi 34 millions de mètres cubes. Les images aériennes témoignent de la revitalisation du réseau hydrographique sous l’effet des pluies persistantes. Parallèlement, le canal d’assèchement du Sebou, conçu pour évacuer le surplus hydrique, a saturé et inondé les terres avoisinantes.

Inondation des parcelles aux abords du canal de Sebou.

Au nord de Sidi Yahya Gharb, l’eau est réapparue dans la merja de Sidi Ameur après des années d’assèchement complet, redonnant vie à des lacs naturels qui n’étaient plus visibles que sur des cartes topographiques vieilles de 50 ans et plus.

Au nord de Sidi Yahya, plusieurs étangs historiques se sont remplis d’eau suite aux récentes précipitations.

Plus au nord, aux environs de Ksar Lekbir, Oued Makhazine a provoqué dès décembre des inondations sur de larges superficies agricoles aux environs de Risana. Aujourd’hui, les débordements se limitent toutefois à ses berges.

Plusieurs zones submergées près d’Oued Makhazene aux environs de Ksar Lkbir.

Cette amélioration spectaculaire bénéficie également à l’oued Oum Er-Rabia, dont les sources avaient été gravement affectées par sept années de sécheresse consécutives.

En amont, le niveau du barrage Ahmed El Hansali se rapproche désormais de sa capacité moyenne, lui qui peinait ces dernières années à atteindre le quart de son volume.

En aval, l’embouchure d’Oued Oum Er-Rabia connaît une situation inédite. L’embouchure du fleuve, bloquée par l’ensablement et le manque de débit depuis plusieurs années, a finalement pu percer le cordon dunaire pour rejoindre l’océan grâce à la puissance du courant rétabli.

Après les récentes intempéries, la montée des eaux de l’Oued Oum Er-Rbia lui a permis de retrouver l’océan, franchissant enfin une embouchure bloquée depuis des années.

Le bilan hydrique n’exempte pas de la nécessité de repenser une gestion optimisée des ressources

L’amélioration actuelle de la situation hydrique ne signifie pas que la sécheresse est définitivement écartée, ni que l’on peut revenir sans précaution aux anciennes pratiques. Au contraire, ce répit doit être saisi comme une opportunité pour rationaliser en priorité notre consommation d’eau agricole, qui absorbe près de 80 % de la demande, et ce dans une logique de développement à la fois socio-économique et durable.

Malgré cette embellie, les traces de la sécheresse restent visibles aux quatre coins du pays. Ces traces attestent clairement qu’un épisode pluvieux, même intense, ne suffit pas à effacer des années de pression sur les ressources souterraines, qui sont par nature difficilement renouvelables.

L’exemple du lac Dayet Aoua, à sec depuis 2019, est éloquent. L’absence de remise en eau prouve que les processus de régénération naturelle ne se sont pas activés, probablement parce que la surexploitation de la nappe phréatique locale dépasse son seuil de renouvellement. Or, c’est ce renouvellement qui permettrait à l’eau de résurgir dans ce lac, qui fut il y a peu encore un moteur de développement local. Toutefois, l’espoir demeure, car l’histoire montre que ce lac a déjà connu des cycles d’assèchement par le passé.

Malgré les récentes précipitations, la retenue de Dayet Aoua est restée asséchée (comparaison de son évolution entre 2016 et 2026).

Aux alentours, d’autres plans d’eau comme Dayat Hachlaf et Dayat Ifrah n’ont pas non plus retrouvé leur niveau, alors que les parcelles agricoles qui exerçaient une pression sur les ressources en eau ont également été impactées.

Aux alentours de Dayat Aoua, Dayat Ifrah a subi le même sort (comparaison entre 2021 et 2026).

De son côté, le lac Aguelmam Azegza a conservé de l’eau, bien que son niveau reste inférieur à celui d’il y a huit ans. Cette résilience s’explique probablement par une pression agricole moins dense dans ses environs immédiats par rapport à la zone de Dayet Aoua.

Le niveau du lac Aguelmam Azgza baisse de façon inquiétante (comparaison de son évolution entre 2016 et 2026).

L’enneigement récent de l’Atlas devrait favoriser une recharge progressive des nappes.  Cependant, il est désormais évident que les efforts doivent se concentrer sur la maîtrise de l’irrigation privée, en limitant, pour chaque périmètre, les volumes prélevés à un seuil compatible avec la recharge naturelle des aquifères.

Cette approche commence à se concrétiser, mais reste encore trop limitée. À l’échelle nationale, l’Agence du bassin de Guir-Ziz-Ghéris a ainsi décidé de limiter l’irrigation à un périmètre de 15.000 hectares, avec une dotation maximale de 8.000 mètres cubes par hectare. Selon des estimations scientifiques, le modèle basé sur ce plafonnement permettrait de contenir la baisse du niveau des nappes entre 10 et 40 mètres, marquant une première étape vers une exploitation équilibrée.

Lors d’une séance publique à la Chambre des représentants, Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, a annoncé que l’amélioration de la situation hydrique est due à un cumul pluviométrique moyen de 108 mm (représentant un excédent de 95 % par rapport à la moyenne saisonnière) et à une superficie neigeuse qui s’est stabilisée autour de 25.000 km².

Cette amélioration de la situation hydrique s’est matérialisée par une hausse des stocks dans les barrages, dont le taux global de remplissage a dépassé 46%. Plusieurs barrages de capacité moyenne ont atteint 100 % de leur capacité, de même que deux grands barrages, à savoir le barrage d’Oued El Makhazine et le barrage de Sidi Mohammed Ben Abdellah, ce dernier affichant un taux de remplissage de 99,25 %.

Un événement. Trois forages profonds pour la recherche d’eau dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra

Le ministère de l’Équipement et de l’eau a lancé un appel d’offres international pour réaliser trois forages profonds au niveau de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra.

D’une portée stratégique pour la région, le forage de ces puits profonds permettra l’accès à la nappe profonde (ou nappe fossile) du Désert. La réussite de ces forages devrait ouvrir la voie à un nouveau modèle de gestion des ressources hydriques dans les provinces du Sud. Ce modèle est déjà en cours d’accélération et de consolidation grâce à un nombre important de stations de dessalement, dont celle de Dakhla, qui sera la première alimentée par les énergies renouvelables.

Ci-dessous, cartographie des nappes superficielles et des nappes profondes du Maroc:

Ces trois forages profonds totaliseront une profondeur cumulée de 3.600 mètres et seront répartis dans trois provinces de la région, avec un premier forage de 1.000 mètres exécuté à Tah au nord de Laâyoune, un deuxième de 1 000 mètres à Boucraa à l’est de Laâyoune, et le dernier, d’une profondeur de 1 600 mètres, situé à Lemsied au nord de Boujdour.

D’une durée de 12 mois, l’enveloppe budgétaire mobilisée pour ce projet s’élève à environ 26,4 millions de dirhams.

Afin de promouvoir l’emploi local, le prestataire retenu devra assurer qu’au moins 20% de l’effectif requis pour la réalisation du projet sont issus de la commune, de la préfecture, de la province ou de la région.

Ces trois forages devront être verticaux et rectilignes et seront réalisés selon la méthode de foration mixte (air et/ou boue) en circulation directe ou inverse. L’entrepreneur est tenu de descendre les tubages dans tous les cas au niveau contracté, faute de quoi il s’engage à refaire un autre forage à proximité immédiate du premier, à ses propres frais.

Si l’on ne tient pas compte des nappes fossiles, les ressources hydriques dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra sont très limitées à cause de l’environnement désertique, en plus que la majorité des nappes sont salées à l’exception de la nappe de Foum El Oued.

Afin de répondre aux besoins des habitants dans ce contexte, auquel s’ajoute le fait que le transfert d’eau est trop coûteux, la ville de Laâyoune a été dotée, dès 1995, de la première station de dessalement au Maroc.

La capacité de cette dernière a été augmentée avec une nouvelle station mise en service en 2022. Cette nouvelle usine possède un débit d’eau potable de 300 l/s produit à partir de forages côtiers. De plus, elle dispose de la possibilité d’une prise d’eau de mer directe qui permettra de doubler sa production d’eau potable et d’alimenter également la première usine de dessalement.

Le Maroc compte de nombreuses nappes profondes et très profondes, qui se sont formées il y a des siècles ou des millénaires. Une partie d’entre elles se trouve dans les provinces sahariennes.
En raison de leur profondeur, généralement de quelques centaines de mètres et davantage, le coût d’extraction est très élevé en énergie.

Jusqu’à présent, le Maroc a préféré garder intact le stock stratégique de nappes fossiles, hormis quelques cas isolés. Il n’y a pas eu non plus de sondages systématiques, de reconnaissances étudiées ou de stratégie élaborée dans ce domaine.

Les trois forages de Laayoune Sakiet Hamra est donc un événement qui présage peut être de l’élaboration d’une doctrine dans ce domaine.

Eaux souterraines, rivières, barrages : une étude révèle l’ampleur de la pollution hydrique au Maroc

Une équipe de recherche marocaine, provenant principalement de l’Institut international de recherche en eau (IWRI) et relevant de l’Université Mohammed VI Polytechnique, a mené une étude cartographique pour quantifier et évaluer la pollution hydrique au Maroc. Cette étude a été récemment publiée dans la revue scientifique Hydrology : Regional Studies, un journal spécialisé dans l’analyse des problématiques hydrologiques propres à chaque région.

L’étude a mobilisé des données collectées à partir de 25 barrages, 29 aquifères et 172 points de mesure dans des rivières. Ces données ont été fournies par la Direction générale des eaux et les agences des bassins hydrauliques du Maroc, qui effectuent des évaluations régulières de la qualité de l’eau.

Ces évaluations institutionnelles s’appuient sur un réseau de surveillance et des analyses in situ des paramètres hydrochimiques et bactériologiques.

Qualité des eaux souterraines : des nappes fragiles, entre surexploitation et contamination

L’examen de la carte issue de cette étude montre un contraste évident dans la qualité de l’eau des aquifères. En tête, les aquifères du Causse moyen atlasique, d’Ogbane (Loukkos) et de Laou disposent d’une excellente qualité d’eau.

En second lieu, les aquifères de Fès-Taza et de Aïn Béni Mathar (l’Oriental) présentent une qualité d’eau moyenne.

Carte de classification des aquifères du Maroc selon leur degré de pollution (Miftah et al.,2025).

En revanche, une grande partie des aquifères sont contaminés et pollués, affichant une qualité médiocre à mauvaise pour différentes raisons.

Dans le nord du Maroc, l’aquifère de Nekor figure parmi les plus pollués. Fortement minéralisé, il présente des concentrations élevées de chlorures, attribuables à la présence d’argiles évaporitiques dans le bassin ainsi qu’à l’intrusion d’eau de mer.

Dans le bassin du Sebou, l’ensemble des aquifères souffre d’une qualité d’eau très médiocre, principalement en raison d’une pollution aux nitrates. Cette contamination résulte de l’utilisation excessive d’engrais azotés, du rejet d’eaux usées non traitées et de l’élevage intensif.

Le bassin d’Oum Er-Rbia abrite plusieurs aquifères pollués, caractérisés par une forte minéralisation ou des concentrations de nitrates dépassant les normes autorisées. Les activités anthropiques, notamment les rejets d’eaux usées industrielles et domestiques, favorisent l’infiltration de nitrates depuis la surface vers ces aquifères.

L’aquifère de Doukkala-Abda, l’un des principaux aquifères du bassin d’Oum Er-Rbia, connaît une dégradation de sa qualité en raison des activités agricoles régionales, notamment l’emploi intensif d’engrais et de pesticides. L’intrusion d’eau de mer, confirmée par des concentrations élevées de sodium et de chlorure ainsi que par une conductivité électrique importante, accentue la salinité des eaux souterraines. De plus, les déjections animales, les activités industrielles, le fumier et les pratiques d’assainissement inadéquates contribuent probablement à la contamination par les nitrates.

Dans la région Souss-Massa, la qualité des eaux des aquifères de Souss et de Chtouka s’est détériorée avec le temps. La pollution grave par les nitrates provient principalement des activités agricoles et de l’intrusion marine. En revanche, l’aquifère de Tiznit présente une contamination bactérienne liée à des pratiques d’assainissement insuffisantes.

Dans le Sahara marocain, les aquifères du Crétacé du Sahara et de Foum El Oued affichent une qualité faible à très faible, due à des facteurs naturels. La forte minéralisation des eaux souterraines, principalement très salées, résulte de la lithologie de la région.

La pollution des aquifères en nitrates

La contamination par les nitrates est la forme de pollution la plus préoccupante causée par l’activité agricole intense. Les aquifères dépassant le seuil de l’Organisation mondiale de la santé (une teneur supérieure à 50 mg/l) sont principalement les aquifères atlantiques : ceux de la Chaouia, de Doukkala, de Berrechid, de Mnasra Gharba et du Souss. Dans les régions internes, les aquifères les plus pollués en nitrates sont ceux du Saïss et de Triffa au nord-est du Maroc.

Carte du Maroc illustrant les aquifères les plus pollués par les nitrates (violet pour les aquifères fortement pollués, bleu pour les aquifères à faible teneur en nitrates).

À cela s’ajoute l’intrusion d’eau de mer, qui ne cause pas directement la contamination des nappes phréatiques par les nitrates. Cependant, sa forte salinité peut potentiellement limiter le processus de dénitrification, un mécanisme clé pour la réduction des nitrates.

D’autres facteurs ont également contribué à l’augmentation de la concentration en nitrates dans les aquifères, notamment des facteurs climatiques tels que la succession de périodes de sécheresse et la diminution des précipitations. L’ensemble de ces facteurs combinés risque de dégrader davantage l’état des aquifères si aucune mesure n’est prise, comme l’explique l’équipe de recherche de l’UM6P.

En plus de la concentration en nitrates, les auteurs ont utilisé la conductivité électrique et la concentration en chlorures pour évaluer les aquifères les plus adaptés à la consommation d’eau potable. Il s’agit principalement de ceux de Témara, du Rif, de la Moulouya, de Guelmim, du Haouz et d’Errachidia.

Certains aquifères plus riches en nitrates peuvent être utilisés pour certains types d’agriculture où les nitrates présents dans l’eau peuvent agir comme un fertilisant direct pour les cultures, favorisant leur croissance.

Vulnérabilité et pollution des eaux de rivières au Maroc

Les eaux des rivières marocaines, particulièrement vulnérables à la pollution, subissent une dégradation significative en raison de multiples pressions anthropiques. Les analyses de la qualité de l’eau, réalisées par la Direction générale de l’Eau entre 2018 et 2020, révèlent une hétérogénéité marquée selon les stations de mesure. Environ 63% des stations affichent une qualité modérée, tandis que 37% d’entre elles, situées principalement en aval des points de rejet domestiques et industriels, présentent une contamination notable.

Carte montrant la qualité des eaux des rivières à partir des stations de mesures (Miftah et al., 2025).

En particulier, l’étude met en évidence une situation alarmante dans les bassins du Sebou et du Bouregreg, où plusieurs stations enregistrent une qualité d’eau mauvaise à très mauvaise. Cette dégradation résulte de l’impact combiné de l’urbanisation, de l’agriculture intensive et des activités industrielles. Ainsi, les rivières de ces bassins montrent des concentrations élevées en plusieurs indicateurs de pollution, notamment la demande biochimique en oxygène (DBO), qui évalue la pollution organique, la demande chimique en oxygène (DCO), qui mesure la charge polluante globale, ainsi que des niveaux élevés de nitrates et de coliformes fécaux.

L’augmentation de ces paramètres traduit une origine anthropique marquée de la pollution. Les rejets d’eaux usées urbaines, l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais, ainsi que les pressions environnementales, telles que l’érosion des sols, contribuent de manière significative à la détérioration de la qualité des eaux de surface. Par conséquent, des mesures concertées sont indispensables pour atténuer ces impacts et préserver ces ressources vitales pour l’écosystème et les populations.

L’état des barrages : une qualité d’eau supérieure

Entre 2018 et 2020, les données de la Direction générale de l’Eau ont révélé des niveaux de qualité variables pour les eaux des barrages marocains. Environ 78% des barrages présentaient une qualité excellente à bonne, 17% une qualité moyenne, et seulement 5% étaient classés comme ayant une qualité médiocre.

Carte de classification de 25 barrages selon leur degré de pollution (Miftah et al., 2025).

Comparées aux autres sources d’eau fraîche, les eaux des barrages constituent de bonnes ressources pour l’adduction en eau potable, bien que certaines zones soient affectées par des pollutions spécifiques.

Dans le bassin du Sebou, le barrage d’El Kansara se distingue par une qualité d’eau médiocre, marquée par des concentrations élevées en phosphore total et en nitrates, particulièrement durant la période hiver-printemps, ainsi qu’un déficit significatif en oxygène dissous. Ces conditions traduisent une forte influence des activités anthropiques, notamment l’utilisation intensive d’engrais agricoles.

De même, dans le bassin du Bouregreg, les barrages de Himmer, Kreima et Zamrine affichent une qualité médiocre, caractérisée par un appauvrissement en oxygène et une prolifération de chlorophylle-a, indicateur d’une croissance excessive d’algues.

Cette dégradation est principalement attribuée aux activités anthropiques à proximité, telles que le ruissellement de fertilisants agricoles et les rejets provenant de fosses septiques dans le bassin versant. Ces apports en nutriments favorisent l’eutrophisation, entraînant une accumulation de matière organique dans les lacs de barrage.

Barrages du Maroc : un gain de 317 millions de m³ d’eau en deux jours

Évolution globale des ressources hydriques

Les dernières données relatives aux ressources hydriques nationales révèlent une évolution positive du taux de remplissage des principaux barrages du Royaume. Entre le 12 et le 14 mars 2025, le taux moyen de remplissage est passé de 30,4% à 32,3%, soit une augmentation de 1,9% en seulement deux jours, selon les données du ministère de l’Eau et de l’Équipement.

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En termes de volumes, cette progression représente un apport supplémentaire de 317,13 Mm³ cubes d’eau, portant les réserves globales à 5.440 Mm³, contre 5.123 Mm³ deux jours auparavant.

Depuis le 1ᵉʳ mars 2025, les réserves des barrages du Maroc ont enregistré une augmentation significative de 756,46 Mm³, représentant près de la moitié de la consommation annuelle totale estimée entre 1,5 et 1,7 MMm³.

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Top 6 des barrages : état des réserves hydriques et leur évolution sur deux jours

 

1. Barrage Al Wahda, principal barrage du Royaume: réserves de 1.439,23 à 1.547,93 Mm³ (+108,70 Mm³). Taux de remplissage: 40,9% à 43,9% (+3,1%), représentant 34,3% de l’apport national. Capacité totale: 3.522,25 Mm³.

2. Barrage Oued El Makhazine : réserves: de 520,07 à 561,44 Mm³ (+41,4 Mm³). Taux de remplissage: 77,3% à 83,4% (+6,1%), soit 13% de l’augmentation nationale. Capacité: 672,85 Mm³, le barrage le plus proche de son remplissage optimal.

3. Barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah : réserves: de 457,50 à 491,85 Mm³ (+34,3 Mm³). Taux de remplissage: 46,9% à 50,5%, franchissant la barre symbolique des 50%. Représente 10,8% de l’augmentation nationale. Capacité: 974,78 Mm³.

4. Barrage Idriss 1er : réserves: de 303,89 à 337,94 Mm³ (+34,1 Mm³). Taux de remplissage: 26,9% à 29,9% (+3%), soit 10,7% de l’apport national. Capacité: 1.129,56 Mm³, l’un des grands barrages les moins remplis proportionnellement.

5. Barrage Mohamed V : plus forte progression relative: taux de remplissage de 49% à 61,6% (+12,5%). Réserves: de 117,2 à 147,13 Mm³ (+29,92 Mm³), représentant 9,4% de l’apport national. Capacité: 239 Mm³.

6. Barrage Ahmed Al Hanssali : réserves : de 60,29 à 74,06 Mm³ (+13,8 Mm³). Taux de remplissage modeste: de 9% à 11,1% (+2,1%), constituant 4,3% de l’apport national. Capacité: 668,16 Mm³.

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Barrage Mohammed V : un taux d’avancement de 54% pour les travaux de surélévation

Le Maroc connaît une accélération dans la mise en œuvre de grands projets de barrages, conformément aux directives royales. Actuellement, 16 grands barrages sont en cours de construction à travers le Royaume. Parmi ces projets figure en tête la surélévation du barrage Mohammed V dans la région de l’Oriental, « une étape cruciale pour renforcer la sécurité hydrique et soutenir le développement de la région », souligne le ministère de l’Équipement et de l’eau.

Construit en 1967 sur l’oued Moulouya à environ 55 kilomètres au nord de la ville de Taourirt et à 65 kilomètres au sud de la ville de Nador, le barrage Mohammed V « a joué un rôle essentiel dans l’approvisionnement en eau potable des populations de la région de l’Oriental, ainsi que dans l’irrigation et la production d’énergie hydroélectrique.

Cependant, au fil des décennies, ce barrage a fait face à d’importants défis, notamment une réduction de sa capacité de stockage due à l’envasement. « Sa capacité est passée de 730 millions de m³ à 651 Mm³, affectant ainsi sa capacité à répondre aux besoins croissants en eau ».

Le projet de surélévation et ses objectifs

Pour faire face à ces défis, le projet de surélévation du barrage Mohammed V a été lancé afin de porter sa capacité de stockage à 981 Mm³. Cela renforcera sa capacité à répondre aux divers besoins en eau, notamment pour :

– garantir l’approvisionnement en eau potable pour les habitants de la région ;

– fournir de l’eau pour l’irrigation dans la basse Moulouya, soutenant ainsi le secteur agricole et contribuant à la durabilité de la production agricole ;

– protéger contre les inondations en réduisant les risques de crues soudaines qui menacent certaines zones avoisinantes ;

– produire de l’énergie hydroélectrique, renforçant ainsi les sources d’énergie propre dans la région.

Sécheresse. Le bassin d’Oum Er-Rabia est le plus impacté, voici pourquoi

Il n’y a pas si longtemps, le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rabia (BHOER) était considéré comme l’un des principaux châteaux d’eau du Maroc. Cependant, la sécheresse persistante et l’activité humaine ont inexorablement contribué à l’épuisement de ses ressources. Parmi les dix bassins hydrauliques du Royaume, l’Oum Er-Rabia est le seul à avoir enregistré un déficit au cours de l’année écoulée.

L’équilibre déjà fragile entre la demande et l’offre hydriques s’est progressivement effondré, entraînant des coupures d’eau fréquentes dans les villes et localités alimentées par ce bassin. L’agriculture en fait également les frais. En attestent les récentes campagnes oléicoles, largement en deçà des espérances.

Dans l’attente de conditions climatiques plus clémentes, le ministère de l’Équipement et de l’eau a mis en place un plan d’action axé sur une gestion optimisée des ressources existantes. Une nécessité pour faire face à l’important recul du niveau des eaux du bassin de l’Oum Er-Rabia, qui ne dispose actuellement que d’environ 240 millions de mètres cubes, contre 4,45 milliards de mètres cubes en 2010. 

De fait, deux des trois plus grands barrages du pays, Bin El Ouidane et Al Massira, cumulent à peine 120 millions de mètres cubes sur une capacité de stockage de 3,8 milliards de mètres cubes.

L’Ighil M’Goun et l’Oum Er-Rabia

Situé au centre-ouest du Royaume, le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rabia s’étend sur 35.000 km². À l’est, il est délimité par les montagnes du Moyen et du Haut-Atlas. A 4.071 mètres d’altitude, l’Ighil M’Goun en est le point culminant. Plus haut sommet du Maroc, après le Toubkal (4.167 m) et l’Ouanoukrim (4.089 m), l’Ighil M’Goun est la principale source d’approvisionnement en eau pour les zones en aval.

Il influence l’hydrologie et l’écologie de l’ensemble du bassin, dont le réseau hydrographique est dominé par le fleuve Oum Er-Rabia, long de 550 km. Il prend sa source dans le Moyen-Atlas avant de se déverser dans l’océan Atlantique. Le bassin est également alimenté par de nombreux affluents, tels que les rivières Tassaout, El Abid, Lakhdar et Melloul.

Mais aussi les Asifs Ouamana, Srou, Chbouka, Ouirine, Gzef, El Touim et Faragh. Des cours d’eau qui traversent quinze structures hydriques, dont Bin El Ouidane, Ahmed El Hansali et Al Massira. Des barrages essentiels à la production de l’énergie hydroélectrique, à l’approvisionnement en eau potable et surtout à l’irrigation des terres agricoles.

Construit dans les années 1950, le barrage Bin El Ouidane était un symbole de la politique du Maroc pour lutter contre la sécheresse. Au même titre que celui d’Al Massira. Aujourd’hui, les ambitions de développement économique à travers le tourisme et l’agriculture ont été mises en suspens pour assurer l’approvisionnement en eau potable. Et pour cause, les réserves de ces retenues artificielles d’eau ont grandement décliné. 

Évolution du taux de remplissage du barrage de Bin El Ouidane au cours des six dernières années.

 

Évolution du taux de remplissage du barrage Al Massira au cours des six dernières années

Inefficacité hydrique et pression anthropique

Les raisons derrière la baisse de l’offre hydrique dans le bassin de l’Oum Er-Rabia sont multiples. Aux taux d’évaporation élevés, compris entre 1.600 et 1.800 mm par an, s’ajoutent « des rendements des réseaux de distribution qui ne dépassent pas 70 % dans la plupart des centres urbains et des pertes d’eau au niveau des réseaux d’irrigation supérieures à 40%”, selon le ministère de l’Equipement et de l’eau.

Plus important encore, après les sécheresses de 2005, 2010 et 2022, “l’année hydrologique 2022-2023 a enregistré un déficit de précipitations de 38% par rapport à la moyenne annuelle, ce qui a eu un impact négatif sur les apports en eau des barrages, avec un déficit de 69 %”, précise la même source. 

Evolution de la sécheresse (en rouge) dans le bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia

2002 2022

 

En outre, une récente étude atteste que le stress hydrique s’intensifie depuis 20 ans dans ce bassin à mesure que les superficies irriguées et les zones urbaines s’étendent, « en particulier dans les parties ouest et sud du bassin, où l‘intensité de la croissance urbaine semble s’accélérer avec le temps. Des augmentations substantielles des zones construites étant observées entre 2010 et 2022 par rapport à la décennie précédente », soulignent ses auteurs.  

D’un côté, l’utilisation accrue de l’irrigation et des cultures à haute valeur ajoutée mais qui nécessitent d’importantes quantités d’eau, contribue au stress hydrique au sein du bassin. Tout en épuisant et polluant les nappes phréatiques à raison de 50.000 tonnes de nitrates par an. De l’autre, l’urbanisation a aggravé la pénurie d’eau en réduisant la recharge des aquifères et en augmentant le ruissellement de surface par manque de végétation.

En conséquence, les coupures d’eau potable sont fréquentes dans des villes comme Béni Mellal. Le secteur agricole est également fortement impacté, puisque la dotation à partir des barrages dans la région de Béni Mellal-Khénifra n’a pas dépassé les 60 millions de mètres cubes lors de la campagne agricole précédente.

De fait, seulement 205.000 hectares ont été irrigués sur les 721.000 ha inscrits au programme d’assolement par la Direction régionale de l’agriculture de Béni Mellal-Khénifra. Les rendements des cultures, notamment arboricoles, ont pareillement été affectés. L’impact est tel que le prix de l’huile d’olive dépasse désormais les 110 DH le litre pour la deuxième année de suite. 

Planification urbaine et développement de l’offre

Idéalement, le retour des années pluvieuses ferait le plus grand bien au bassin hydraulique d’Oum Er-Rabia. Mais pour l’heure, plusieurs mesures ont été prises pour surmonter la crise hydrique qui y sévit. Les ressources du bassin OER “seront renforcées avec un volume supplémentaire compris entre 400 et 500 millions de mètres cubes par an en provenance du bassin du Sebou”, assure le ministère de l’Equipement et de l’eau. 

Le plan d’action du ministère vise aussi à améliorer la capacité de stockage de l’eau d’environ 2 milliards de mètres cubes au niveau des principaux affluents de l’Oued Oum Er-Rabia. Au programme également, une réduction de 10 % du taux d’envasement des barrages d’ici 2050. 

En matière de gestion de la demande en eau, il s’agira de réduire les besoins agricoles à travers l’irrigation au goutte-à-goutte, l’amélioration de l’efficacité des réseaux de transport et de distribution d’eau potable pour atteindre au moins 80 % de rendement. Pour ce qui est de la préservation des ressources en eau, le ministère s’est principalement donné pour mission de réduire de 50 % le déficit des eaux souterraines d’ici 2030 pour atteindre l’équilibre d’ici 2050.   

Enfin, en termes de planification urbaine, les auteurs de l’étude susmentionné préconisent “l’intégration des infrastructures vertes pour atténuer les effets de la réduction de l’infiltration et de l’augmentation du ruissellement, renforçant ainsi la résilience urbaine face à la sécheresse”.

Heatmap. Un nouvel été qui bat tous les records au Maroc

Le 1er août 2024 marque le nouveau « jour du dépassement », date à laquelle l’humanité a épuisé toutes les ressources naturelles que la Terre peut renouveler en un an. En 1968, l’humanité consommait environ 0,8 fois les ressources que la Terre pouvait régénérer en un an, soit un excédent de 20%. En 2024, nous sommes sur le point de dépasser 1,8 fois cette capacité, ce qui représente un surplus de consommation de 80%. Autrement dit, nous utilisons l’équivalent de 1,8 des ressources de la Terre pour subvenir à nos besoins actuels et il est donc logique de constater une intensification des effets du réchauffement climatique face à une demande qui dépasse la capacité de régénération de la planète.

Le Maroc, comme l’ensemble des pays méditerranéens, est confronté aux effets de plus en plus marqués du réchauffement climatique, amplifiés par les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les modèles climatiques indiquent que ces tendances devraient s’étendre à l’Europe, qui a d’ailleurs enregistré des températures record cette année. Dans notre pays, les données climatiques sont sans équivoque : les températures grimpent, les vagues de chaleur se succèdent à un rythme alarmant, et leur intensité ne cesse de croître.

L’année dernière, les températures ont atteint des niveaux records, dépassant largement les normes saisonnières. Agadir, par exemple, a enregistré le 11 août 2023 une température exceptionnelle de plus de 50°C. En 2024, cette tendance s’est accentuée avec un hiver d’une douceur inédite. Le mois de février a connu des températures estivales, avec plus de 35°C à Agadir et Safi, et 34°C à El Jadida et Nouaceur, près de Casablanca au lieu d’un maxima ne dépassant rarement les 20°C au moins dans les zones côtières nordiques.

Cette situation d’aridité met en péril non seulement la population, mais aussi, et surtout, les ressources naturelles, en particulier les réserves en eau. L’augmentation des températures accentue l’évaporation, aggravant ainsi le déficit des barrages déjà fragilisés par le manque de précipitations.

Cet été, le mois de juillet a été marqué par des vagues de chaleur exceptionnelles, avec des températures dépassant 45°C dans plusieurs régions du pays. Ces conditions extrêmes ont entraîné un drame à Beni Mellal, où 21 personnes ont perdu la vie. De même, le risque d’incendies de forêt est extrêmement élevé en raison de ces longues périodes de canicule intense qui dessèchent le couvert végétal.

Relevées par nos soins, les données satellitaires montrent comment évoluent les températures dans les différentes régions du Maroc au cours de cette saison estivale. Le constat est évident, les couleurs orange et rouge marquant des températures entre 40 et 50°C enregistrées au sol à 11 heures du matin (GMT+1), et qui prennent plus d’ampleur même dans les régions côtières.

25 juin 2024

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3 juillet 2024

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11 juillet 2024, journée la plus chaude de la Terre

 

21 juillet 2024, début d’une canicule record au Maroc

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L’augmentation des températures est un indicateur visible de la dégradation accélérée de notre planète. Les défis environnementaux actuels exigent plus que des actions individuelles ; ils nécessitent une réponse collective et des engagements forts à l’échelle mondiale. Malgré l’Accord de Paris, les progrès en matière de préservation de la planète face au réchauffement climatique restent insuffisants. Plusieurs pays industrialisés ont mis en doute les objectifs de cet accord, et aucune décision significative n’a fait l’unanimité jusqu’à présent, malgré les conséquences concrètes et de plus en plus visibles du changement climatique.