Équivalence des diplômes. Les médecins généralistes diplômés d’Ukraine et de Russie en colère

Douche froide, le 3 février dernier, pour les médecins généralistes diplômés de quelques universités ukrainiennes et russes.

Ce jour-là sont publiées au Bulletin officiel des décisions du ministre de l’Enseignement supérieur (prises le 3 janvier) apportant des changements de taille au processus d’obtention de l’équivalence de leurs diplômes.

Plus précisément, la durée des stages à effectuer au Maroc, nécessaires pour obtenir cette équivalence, passe à deux ans et demi, voire trois ans, au lieu de deux auparavant. Il s’agit, entre autres, des lauréats de l’Université d’État de médecine de Zaporije et de la Kharkiv National Medical University pour qui les stages au Maroc passent respectivement à trois ans et à deux ans et demi.

Pour les lauréats de l’Université d’État de Tchouvarie I.N. Oulaynov en Russie, cette période de stage a été fixée à trois ans.

Dix ans pour devenir médecin généraliste

Ces nouveaux changements ont provoqué une levée de boucliers dans les rangs des médecins généralistes concernés, dont la plupart ont rejoint le Collectif des médecins généralistes lauréats d’Ukraine et de Russie (CMGLUR), une organisation créée il y a près d’une année.

Ce collectif, qui revendique 500 membres, a estimé que ses adhérents seront particulièrement lésés par ces nouvelles dispositions. Dans un communiqué, ce collectif dit s’élever contre « la démarche unilatérale » du ministère de l’Enseignement supérieur et l’absence de toute forme de concertation avec les concernés.

Les membres de ce collectif se disent déterminés à mener toutes les formes de protestation possibles pour amener le département de tutelle à rectifier le tir.

« Initialement, notre collectif militait pour réduire la durée du stage de deux à une année, et voilà qu’on se retrouve avec six mois supplémentaires, voire une année », s’insurge un membre de ce collectif qui n’a pas souhaité être cité.

« Les études de médecine généraliste en Russie ou en Ukraine nécessitent une année préparatoire et six ans d’études. De retour au Maroc, nous attendons six mois pour faire aboutir la demande d’équivalence. Si l’on y ajoute la durée du stage telle qu’elle vient d’être prolongée par le ministère, cela donne dix ans pour être médecin généraliste. C’est excessif et exagéré », commente notre interlocuteur.

La validation des cursus, au cas par cas

Médias24 a sollicité à maintes reprises une réaction du ministre de l’Enseignement supérieur aux revendications du CMGLUR, mais Azeddine Midaoui n’a pas souhaité donner suite à nos demandes et relances.

Un fin connaisseur des secteurs de la santé et de l’enseignement supérieur nous apporte un éclairage. « Quand on soumet une demande d’équivalence de diplôme, on fournit aussi une idée globale du cursus suivi, et le ministère maîtrise parfaitement la nature des cursus des universités étrangères et suit régulièrement les changements qui y interviennent », affirme notre interlocuteur pour qui le volet théorique ne pose généralement pas de problèmes.

« Mais, quand on en vient au volet pratique, j’ai tendance à donner raison au ministère dans ce cas précis. N’oublions pas que nous parlons des lauréats des universités de deux pays qui sont en guerre après une longue pandémie », poursuit le spécialiste.

Un praticien de longue date, qui a dirigé plusieurs services au ministère de la Santé, opte pour un « discours plus franc ». « Il faut crever l’abcès. Tout d’abord, pourquoi ces jeunes Marocains choisissent-ils l’Ukraine et la Russie alors qu’aucun problème ne se pose avec les lauréats formés en France et au Sénégal, par exemple ? » , s’interroge notre interlocuteur qui a eu à encadrer les stages de centaines de lauréats d’Ukraine et de Russie, et a donc une idée très précise de la formation qu’ils ont suivie.

« Pour les diplômés auxquels vous faites référence, la prolongation de la durée de leur stage au Maroc doit être considérée comme une aubaine pour eux, mais aussi pour le secteur de la santé du pays », conclut le praticien.

LIRE AUSSI

https://medias24.com/2022/08/25/etudiants-marocains-dukraine-miraoui-detaille-les-solutions/

Nasser Bourita s’entretient à New York avec son homologue russe, Sergueï Lavrov

Ces entretiens ont eu lieu en marge de la 79è session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Par ailleurs, Nasser Bourita a eu des entretiens avec plusieurs autres de ses homologues étrangers.

Ivan Gren, bâtiment de guerre russe, est arrivé au port de Casablanca

Comme l’annonçait Médias24 en exclusivité, le bâtiment de guerre russe, Ivan Gren, est arrivé ce mardi 24 septembre au port de Casablanca pour une escale technique de trois jours.

Selon des sources sûres, et au moment où nous mettons en ligne, ce navire manœuvrait au large de Casablanca avant de jeter l’ancre à la base navale de la Marine royale, la première et plus grande base navale du Royaume. D’ailleurs, un imposant dispositif sécuritaire a été déployé aux alentours de cette base navale.

Si rien n’a filtré sur l’escale du navire russe à Casablanca, des sources sûres ont affirmé à Médias24 que des rencontres allaient être tenues entre des responsables des marines des deux pays pour un échange d’expériences.

Le navire Ivan Gren est le premier bâtiment d’assaut et de débarquement de l’histoire moderne de la Russie. Il a été construit dans les chantiers de Kaliningrad sur la côte baltique.

Entré en service en juin 2018, ce navire est capable de transporter 13 chars d’assaut ou 36 véhicules blindés de l’infanterie, deux hélicoptères d’attaque et un système d’artillerie. Pour les équipages, il peut recevoir jusqu’à 300 éléments de la marine russe.

Cette escale a été minutieusement préparée par les autorités des deux pays pendant près d’un mois, affirment nos sources.

Le navire Ivan Gren, pièce maîtresse de la marine russe, attendu au port de Casablanca

Selon des sources sûres, cet imposant bâtiment de la marine russe jettera les amarres au port de Casablanca le mardi 24 septembre et quittera le 27 du même mois.

Nos sources précisent que des tractations pour préparer cette escale ont duré près d’un mois entre les autorités russes et marocaines.

« Il s’agit d’une escale technique pour permettre à l’équipage de se reposer et pour les besoins de ravitaillement », précisent nos sources.

Ce vendredi 20 septembre, une réunion est prévue au port de Casablanca entre des diplomates russes et des responsables marocains pour mettre la touche finale à cette escale.

Lors de sa halte au port de Casablanca, l’équipage du bâtiment russe aura des échanges et des rencontres de travail avec des responsables de la Marine royale. Des visites à bord ne seraient pas exclues et bénéficieraient plutôt aux membres de la communauté russe installée au Maroc.

Le navire Ivan Gren est le premier bâtiment d’assaut et de débarquement de l’histoire moderne de la Russie. Il a été construit dans les chantiers de Kaliningrad sur la côte baltique.

Entré en service en juin 2018, ce navire est capable de transporter 13 chars d’assaut ou 36 véhicules blindés de l’infanterie, deux hélicoptères d’attaque et un système d’artillerie. Pour les équipages, il peut recevoir jusqu’à 300 éléments de la marine russe.

L’or atteint des pics historiques, voici les raisons de la hausse du cours

Le cours de l’or va de records en records ce mois d’août. Après avoir franchi la barre des 2.500 dollars l’once en milieu de mois, le cours du métal jaune frôle les 2.530 dollars. Un niveau historique. En 5 ans, le prix de l’once a bondi de plus de 66%.

Mais comment expliquer cette progression, notamment depuis le début de l’année 2024 où le cours a progressé de près de 22% ?

L’or est considéré par les investisseurs comme une valeur refuge. Généralement, son prix augmente en temps de catastrophe ou de forte incertitude.

Mais d’autres facteurs peuvent participer à l’évolution de son prix.

Un climat global anxiogène et une anticipation de baisse des taux d’intérêt

Premièrement, l’instabilité joue un rôle fondamental dans la hausse des cours de l’or. Dans la récente hausse du cours de l’or, bien qu’elle ne soit pas l’unique facteur, elle contribue à la progression du prix de l’once.

Une source du monde de la finance nous explique que « les conflits internationaux, tels que la guerre en Ukraine et d’autres tensions mondiales, ont renforcé l’attrait de l’or en tant que valeur refuge. En période d’incertitude, les investisseurs se tournent vers l’or pour protéger leur capital ».

D’ailleurs, le cours avait connu un pic spectaculaire lors de l’annonce du confinement à l’international et a franchi la barre symbolique des 2.000 dollars l’once en août 2020.

La récente hausse cette année est également conduite par les anticipations de baisse des taux directeurs des grandes banques centrales, notamment de la FED américaine, après un cycle de resserrement monétaire inédit entamé en 2022. Cela poussera les investisseurs à se diriger vers des produits présentant plus de rendements.

« Les marchés anticipent que les banques centrales, en particulier la Réserve fédérale américaine, pourraient réduire les taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Une baisse des taux rend les investissements en obligations moins attrayants, ce qui pousse les investisseurs à se tourner vers l’or », explique notre interlocuteur.

Un dollar faible et des banques centrales qui diversifient leurs réserves d’or

L’un des autres facteurs pouvant expliquer la hausse des cours de l’or est la dépréciation du dollar depuis les derniers mois. En octobre 2023, un dollar permettait d’acheter 10,3 dirhams. Aujourd’hui, la même somme en dollar permet d’acheter 9,67 dirhams.

Cette dépréciation de la monnaie américaine a joué un rôle dans la hausse des cours du métal jaune, car ce dernier est libellé en dollars. « Une baisse de la valeur du dollar américain a contribué à l’augmentation du prix de l’or. Comme l’or est libellé en dollars, un dollar plus faible rend l’or moins cher pour les acheteurs dans d’autres devises, augmentant ainsi la demande », explique notre source.

Enfin, la demande d’or mondiale a favorisé la hausse du prix de l’once. Notamment dans une logique de diversification de la part des banques centrales de certains pays. « Les banques centrales de plusieurs pays, notamment la Chine et la Russie, ont accru leurs réserves d’or pour diversifier leurs actifs et réduire leur dépendance vis-à-vis du dollar, ce qui a soutenu les prix », conclut notre interlocuteur.

Le russe Geropharm a commencé à fournir de l’insuline glargine au Maroc

Le premier lot de 97.000 stylos-seringues contenant de l’insuline glargine à action prolongée a été expédié vers le Maroc, rapporte le site spécialisé russe Gxp News, ajoutant que « le contrat de Geropharm avec le Royaume pour la fourniture d’insuline est valable jusqu’en 2026 ».

Un stylo-seringue durera environ 8 à 12 jours pour un patient, a déclaré Geropharm, soulignant que les endocrinologues au Maroc reçoivent déjà le médicament et le prescrivent aux diabétiques. « Il existe 2,3 millions de diabétiques au Maroc », rappelle GPX news.

L’insuline glargine de Geropharm a été enregistrée au Maroc en juin 2023. Au total, l’entreprise a reçu des certificats d’enregistrement pour ce produit dans cinq pays. L’entreprise est également en négociation avec des partenaires aux Émirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, en Iran et au Yémen.

Exportations agricoles. Comment les importateurs est-européens voient les produits marocains

Les échos des négociations et autres échanges s’échappent d’une salle certes close, mais qui a vocation à ouvrir de nouveaux horizons. Ce mardi 17 octobre, les coursives d’un hôtel huppé d’Agadir accueille la rencontre BtoB organisée par Morocco Foodex, terrain de rencontre entre des importateurs de fruits et légumes des pays de l’Est et des opérateurs marocains. 

Ce rendez-vous s’inscrit dans les missions de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Morocco Foodex). Le but est de trouver de nouveaux clients et donneurs d’ordres. Il s’agit également de leur présenter la qualité des produits marocains. 

La vingtaine d’importateurs concernés sont principalement originaires d’Europe de l’Est (Roumanie, Lituanie, Russie, Pologne, République tchèque). « Notre choix s’est porté sur cette région d’Europe, car l’offre marocaine est bien positionnée en Europe de l’Ouest mais peu connue dans les pays de l’Est », indique El Mehdi El Alami, directeur de la promotion et du développement à Morocco Foodex.  

Jurga Pociūtė et Roberta Voronice, respectivement chef de catégorie de produits et chef de projets commerciaux de la société lituanienne Maxima International Sourcing, ont accepté de répondre à nos questions.  

La qualité du produit avant tout

En termes de produits, les pays de l’Est sont demandeurs d’agrumes, de tomates, de concombre, de poivron et de fruits rouges. Principalement en hiver, à l’image de la société Maxima International Sourcing, spécialiste dans l’importation de fruits et légumes en provenance des quatre coins du monde. 

Jurga Pociūtė et Roberta Voronice, respectivement chef de catégorie de produits et chef des projets commerciaux de la société lituanienne Maxima International Sourcing.

L’entreprise lorgne les tomates rondes marocaines en particulier, mais aussi tous les autres fruits et légumes disponibles. « Jusqu’ici, nous importions des produits agricoles marocains, mais indirectement. Cette année, nous avons directement importé des tomates en nous adressant aux producteurs », indique à Médias24 Jurga Pociūtė. 

« Néanmoins, la production n’était pas très bonne, donc nous avons un gap à combler, d’où notre présence à cet évènement BtoB », poursuit-elle. Même si les représentantes de Maxima International Sourcing semblent enthousiastes à l’idée d’importer des fruits et légumes produits au Maroc, leurs critères de sélection sont avant tout dictés par la qualité du produit.

Divergence sur les modalités de paiement

« En premier lieu, nous cherchons des producteurs pour négocier directement avec eux et nous assurer d’une bonne qualité », indique Roberta Voronice. « Chaque produit a différentes spécifications », reprend-elle, « Mais de manière générale, on juge le produit selon des critères précis tels que la taille, la couleur, le taux de sucre, le calibre et bien sûr le packaging. » 

« Mais le plus important est la qualité premium », complète Jurga Pociūtė. Sur cet aspect, la société lituanienne ne risque pas d’être déçue. En revanche, outre l’utilisation de palettes européennes, sur laquelle insistent les importateurs, les modalités de paiement sont parfois un obstacle à la conclusion de deals commerciaux. 

« Les producteurs marocains préfèrent un paiement à l’avance, alors que nous avons l’habitude de payer à la réception », souligne notre interlocutrice. Dans le cas où un terrain d’entente est trouvé, encore faut-il que les producteurs marocains puissent répondre aux exigences des acheteurs des pays de l’Est en matière de transport. 

« Si la marchandise est envoyée par camion, nous souhaitons une réception en sept à huit jours. Et dix à douze jours à partir du moment où le bon de commande a été signé », avance Jurga Pociūtė.

« Nous essayons de trouver des solutions en termes de logistique et de transport, car ce sont les défis de demain », reprend le directeur de la promotion et du développement à Morocco Foodex.  

Actuellement, le timing est conditionné par le moyen de transport vers les pays de l’Est, lequel est choisi et assumé par l’exportateur ou l’importateur, selon les cas. Les bateaux passent par le port de Rotterdam avant d’être redirigés vers l’est du continent. Pour ce qui est des camions, leur destination finale est le client. Mais ces moyens de transport sont de plus en plus coûteux à cause de la hausse des prix du pétrole.  

Par ailleurs, certains opérateurs marocains ont des centres relais et des plateformes commerciales qui leur permettent de dispatcher leurs produits. Tandis que d’autres ont des partenaires commerciaux à qui ils envoient la marchandise. 

https://medias24.com/2023/10/17/reportage-comment-morocco-foodex-seduit-les-importateurs-europeens-de-fruits-et-legumes/

Reportage. Comment Morocco Foodex séduit les importateurs européens de fruits et légumes

Agadir. Tomates, agrumes, framboises… Dans le Souss, les récoltes de plusieurs cultures ont pris du retard à cause de l’été indien qui n’en finit pas. Une contrainte qui n’a pas empêché Morocco Foodex d’exposer à des importateurs étrangers le processus de production et de conditionnement qui doit assurer la qualité des fruits et légumes marocains qui leurs sont destinés. 

Du dimanche 15 au jeudi 19 octobre 2023, l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Morocco Foodex) a en effet reçu une délégation composée d’une vingtaine d’importateurs de fruits et légumes, originaires notamment de Pologne, de Russie, de République Tchèque, de Lituanie et de Roumanie.

Objectif ? « Renforcer la confiance dans les produits frais marocains sur les marchés à forte valeur ajoutée et trouver des opportunités commerciales entre les opérateurs nationaux et les importateurs de la délégation », annonce Morocco Foodex. Un processus encadré par le projet « Amélioration des débouchés commerciaux à haute valeur ajoutée dans le secteur horticole au Maroc« . 

Soutenu par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et l’Union européenne, le projet a pour cadre le Programme européen pour le commerce et la compétitivité

« Cette mission BtoB offre une meilleure compréhension des consommateurs et donneurs d’ordres européens« , explique à Médias24 El Mehdi El Alami, directeur promotion et développement de Morocco Foodex. D’autant que la proximité du Maroc avec l’Europe fait du pays une source idéale de produits horticoles frais.

La tomate, lun des fleurons de la production agricole nationale

Les réunions et négociations commerciales entre exportateurs marocains et importateurs européens ont été précédées d’une visite de vergers et d’une station de conditionnement d’agrumes. Un second déplacement a eu lieu dans une des stations de conditionnement du groupe Lymouna-Matysha, l’un des principaux producteurs et exportateurs marocains d’agrumes et de primeurs.

La délégation d’investisseurs européens a eu droit à une démonstration du processus de conditionnement des fruits et légumes exportés. A commencer par les tomates, puisque la région d’Agadir totalise 87% des exportations et 64% de la production nationale de ce fruit légumier. 

Ce qui en dit long sur l’expertise des opérateurs du Souss en la matière. Malgré les conditions climatiques difficiles, les résultats des exportations marocaines de tomates relatives à la campagne 2022-2023 sont dans le vert, comptabilisant 700.000 tonnes exportées et des recettes de plus de 10 milliards de dirhams.

Si les exportations de tomates marocaines affichent des résultats satisfaisants, ce n’est pas en raison d’une hausse de la quantité exportée, « qui est quasiment équivalente à celle de la campagne précédente », assurait à Médias24 une source professionnelle, dans un précédent article.

L’explication se situe plutôt au niveau « d’une moyenne de prix supérieure à celle des précédentes campagnes (13,95 DH/kilo), tous segments de la tomate confondus », poursuit notre source. Le respect rigoureux des réglementations sanitaires en vigueur dans les pays exportateurs n’y est pas étranger non plus. 

« Nos équipes ciblent constamment une qualité premium à travers toutes les étapes de notre chaîne de valeur respectant des cahiers de charges très stricts« , assure Taquie-Dine Cherradi El Fadili, président-directeur général, du groupe Lymouna-Matysha, possédant « 400 ha de serres dont 150 hectares de fruits rouges, 780 ha d’agrumes et 1.600 hectares de terrains pour d’éventuelles extensions », précise-t-il en s’adressant aux investisseurs européens.   

Un cahier des charges strict

Le PDG de la société dont la stratégie est basée sur une synergie et une intégration du savoir-faire depuis les pépinières jusqu’aux plateformes internationales, en passant par les domaines de production agricole et les stations de conditionnement, insiste sur l’un des fondements de ce commerce international : le respect de règlementations sanitaires. 

Raison pour laquelle un protocole a été mis en place entre les opérateurs, Morocco Foodex (certificat de conformité) et l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (certificat phytosanitaire), pour que les producteurs et les conditionneurs soient en phase avec l’ensemble des exigences sanitaires pratiquées aux quatre coins du globe.

En outre, les opérateurs marocains multiplient les points de contrôles qualité pour se prémunir de toutes contaminations et virus sur l’ensemble de la chaîne de valeurs. Sans oublier l’ensemble des certifications demandées par les pays importateurs. A l’entrée de l’usine de conditionnement, deux voies s’offrent aux camions transportant les produits : 

– La route de l’export : dans le cas où le directeur de ferme possède les autorisations qui prouvent qu’il a du produit exportable; 

– La route du marché national : si le produit présente des coups de chaleur ou des anomalies dans le calibre. 

La réception de la marchandise est également strictement encadrée. Les nouveaux arrivages de tomates par exemple n’entrent pas en contact avec les produits destinée à l’export ou au marché local. Leur qualité est d’abord contrôlée avant qu’ils soient envoyés dans une calibreuse de tomate où la main-d’œuvre est quasiment proscrite dans l’optique d’éviter les impacts à destination. 

Après triage, les tomates non-exportables sont envoyées au marché local via un conduit mécanique. En parallèle, toutes les caisses qui ont été vidées repartent immédiatement et n’entrent pas en contact avec d’autres éléments.  Dans cette usine de conditionnement, 350 tonnes de tomates cerises et olivettes sont traitées par jour, entre autres produits.

« 30 à 35% est destiné au marché local. Soit 250 tonnes à l’export et 100 tonnes pour le marché local ou africain« , indique Taquie-Dine Cherradi El Fadili. Les produits réservés au marché local sont vendus aux enchères à plusieurs acheteurs nationaux. Les produits à l’export sont quant à eux conditionnés (barquette, du cinq, six ou quatre kilos…) et envoyés directement dans des frigos. 

Cap’export, un service qui assure l’accompagnement des primo-exportateurs 

Traité en produit fongique, le camion qui doit transporter la marchandise est mis en maintien de températures (8°C). Une demi-heure avant le chargement, un chien passe pour contrôler la présence d’un produit illicite à bord et se prémunir contre les mauvaises surprises. En vingt minutes chrono, les caristes chargent les marchandises. Toute l’étape est filmée par une caméra de vidéo-surveillance. 

Un processus long et coûteux qui laisse peu de place à l’approximation, maîtrisée par les producteurs expérimentés. Quid des petits producteurs qui ont de grandes ambitions à l’export ? « Morocco Foodex a mis en place « Cap’export », un service qui a pour vocation d’accompagner les primo exportateurs, tant dans l’identification du besoin et l’audit à l’export que dans l’accompagnement sur les marchés internationaux », affirme El Mehdi El Alami.  

De surcroît, le projet mené conjointement avec la FAO et la BERD assure la transmission d’une expertise internationale qui accompagne les opérateurs et Morocco Foodex dans l’élaboration et l’établissement d’une stratégie dédiée à ces opérateurs. Avec la qualité pour leitmotiv. 

« Aujourd’hui, l’origine Maroc est une origine crédible et qui n’est plus positionnée sur le prix mais sur la qualité, à l’instar de ses concurrents européens », conclut le directeur promotion et développement de Morocco Foodex.  

Importations de blé tendre : plus de trois mois de consommation sécurisés à des prix raisonnables

« La situation est très confortable aujourd’hui », apprend Médias24 auprès d’un opérateur du secteur. « Les importations se poursuivent toujours, dans de bonnes conditions », précise-t-il.

Plus de trois mois de consommation sécurisés

« A ce jour, nous disposons d’un stock qui couvre plus de trois mois de consommation au niveau des unités industrielles. Nous sommes donc à l’abri », rassure notre source.

« Nous attendons encore le blé argentin, qui arrive sur le marché durant les mois d’octobre et novembre, et d’autres bateaux qui viennent de Russie », les importations depuis ce pays ayant repris il y a quelques semaines dans le but de sécuriser une quantité de 25 millions de quintaux, pour laquelle les importateurs profitent d’une prime forfaitaire de l’Etat dans le cas où le prix de revient sorti port serait supérieur à 270 DH le quintal.

Les 25 millions de quintaux en passe d’être sécurisés ?

Pour rappel, vers la fin du mois de juin dernier, l’Office national interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL) avait annoncé la mise en place d’un système de restitution à l’importation du blé tendre entre le 1er juillet et le 30 septembre 2023, pour une quantité maximale de 25 millions de quintaux.

« Cette quantité correspond à six mois de consommation. Ce stock pourrait être sécurisé, comme il pourrait ne pas l’être, en raison de plusieurs facteurs limitants », nous explique-t-il, assurant toutefois que les opérateurs « font de leur mieux ».

« Importer une quantité aussi importante en trois mois revient à exercer une pression sur les ports, ce qui peut causer des problèmes d’ordre logistique. Les banques ne facilitent pas non plus la tâche. 25 millions de quintaux, c’est l’équivalent de 7,5 milliards de DH, qu’il faut mobiliser avec un taux de financement qui atteint 7 à 8%. Ce n’est pas évident ; le volet financier pose problème en effet ».

Toujours concernant l’aspect financier, notre source indique que « le retard de remboursement des restitutions sur le prix du blé tendre importé auparavant s’élève à près de 1,7 MMDH », ce qui place les opérateurs dans une situation financière délicate.

Cependant, « ceci n’empêche pas la poursuite des importations durant les mois d’octobre et novembre prochains pour y parvenir. Nous continuons d’importer d’Europe également, notamment de France, de Roumanie, de Pologne et d’Allemagne, et allons bientôt nous orienter vers l’origine d’Amérique latine« .

Du blé à un prix référentiel de Russie ?

Notre interlocuteur de rappeler : « Nous avons lu ces derniers jours dans les médias que la Russie compte fournir le Maroc en blé tendre à un prix référentiel. Reste à savoir quelles sont les quantités prévues, quel est le type de blé qui sera importé et quelle est sa qualité. Ce sont des questions qui restent, à ce jour, sans réponse ».

En effet, Vladimir Baibakov, ambassadeur de Russie au Maroc, a récemment déclaré à l’agence de presse russe TASS que son pays est prêt à fournir du blé au Maroc à un prix raisonnable.

« La Russie et le Maroc s’achètent mutuellement les produits les plus demandés sur leurs marchés respectifs. Le charbon et les produits pétroliers représentent une grande partie des importations marocaines, tandis que la Russie achète des agrumes et du poisson. Nous sommes prêts à fournir du blé à un prix raisonnable au marché marocain. Dans un contexte de nouvelles conditions géopolitiques et d’exacerbation des crises énergétique et alimentaire, un tel partenariat est particulièrement important », a-t-il indiqué.

Quid des prix ?

« Le niveau de prix est très intéressant », confirme notre opérateur, « en comparaison avec les autres marchés. L’Etat égyptien, à titre d’exemple, importe du blé tendre à 270 dollars le quintal, tandis que nos opérateurs l’importent à 240 dollars/q. Le gap est très important, ce qui démontre que notre système est performant. »

Et de conclure : « Actuellement, le coût de marchandise, avec toutes les charges, départ port de Casablanca, se situe aux alentours de 285 DH le quintal, ce qui reste raisonnable » au vu des rebondissements à l’échelle internationale.

La Corée du Sud discute d’accords de partenariat économique avec sept pays, dont le Maroc

La Corée du Sud est en phase de pourparlers pour signer un Accord de partenariat économique (APE) bilatéral avec 7 pays :  le Maroc, le Kenya, la Tanzanie, la Thaïlande, le Pakistan, la Serbie et la République dominicaine, rapporte l’agence de presse sud-coréenne Yonhap.

L’APE est conçu pour tisser des liens commerciaux bénéfiques avec des pays partenaires, allant au-delà d’une simple libéralisation des marchés, poursuit la même source.

« Ces sept pays, dotés d’un fort potentiel de croissance, offrent d’importantes opportunités de collaboration gagnant-gagnant avec la Corée du Sud », a souligné dans ce sens, Roh Keon-ki, vice-ministre des Négociations commerciales à Séoul.

« Ces nations peuvent constituer des pivots stratégiques permettant à la Corée du Sud d’étendre son réseau commercial à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté.

Le marché marocain suscite également l’intérêt de la Russie. En effet, le président Vladimir Poutine a déclaré le 2 août dernier que la Russie préparait des accords commerciaux avec plusieurs pays africains dont le Maroc, l’Égypte, l’Algérie et la Tunisie.

« Nous préparons des accords sur une zone de libre-échange avec le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et l’Algérie. C’est toute l’Afrique du Nord. Il y a beaucoup plus de points de développement sur le continent et il y a des pays très intéressants », avait indiqué le chef d’État russe lors d’une rencontre avec des membres du gouvernement.

Vladimir Poutine a souligné la nécessité d’exploiter les liens politiques étroits avec l’Afrique pour renforcer les relations commerciales. Évoquant le récent sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, il a insisté : « Le sentiment d’amitié est réciproque entre nous et l’Afrique. Nous devons convertir cette confiance politique en collaborations économiques fructueuses. »

Le Niger serait-il le théâtre d’une nouvelle guerre au Sahel ?

Ecrivain, réalisateur et journaliste mauritanien, Lemine Ould Mohamed Salem est considéré comme un des meilleurs experts du Sahel. Il couvre, depuis Paris où il est basé, l’actualité de la région pour plusieurs médias européens, et est l’auteur de plusieurs livres et documentaires sur le jihad et la montée du salafisme au sud du Sahara et dans le monde musulman, tels que Le Ben Laden du Sahara, un livre enquête publié en 2014 aux éditions La Martinière, sur Mokhtar Belmokhtar, l’émir local de la branche saharienne d’Al Qaida, et L’histoire secrète du Djihad, livre paru en 2018 chez Flammarion, tiré de plusieurs mois d’entretien avec le bras droit de Ben Laden. Il est également le réalisateur de Salafistes, film documentaire sur les djihadistes tourné pendant trois ans au Mali, en Mauritanie, en Tunisie, en Syrie et en Irak.

Dans cet entretien, il nous livre sa lecture du putsch militaire qui a eu lieu au Niger dans la soirée du jeudi 27 juillet. Un nouveau coup d’Etat militaire, mené par la garde présidentielle du président élu Mohamed Bazoum, avec à sa tête le Général Tchiani, dans un pays jusqu’alors considéré comme stable politiquement, et surtout comme le partenaire de choix des Occidentaux − la France en particulier − dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Depuis, les évènements se sont vite enchaînés, ajoutant une couche supplémentaire à la tension qui émaille déjà la région : condamnations internationales du coup d’Etat ; réunion d’urgence de la Cédéao, dont le Niger est membre, et lors de laquelle celle-ci a appelé le Général Tchiani à rendre le pouvoir au président élu au risque d’intervenir militairement pour rétablir l’ordre ; la convocation, le week-end dernier par le président français Emmanuel Macron, d’un Conseil de défense pour évaluer la situation sur place ; l’évacuation par les forces françaises des ressortissants français et européens du Niger ; la déclaration d’une alliance entre les pouvoirs militaires au Mali et au Burkina Faso, qui ont annoncé que toute intervention militaire contre le Niger serait considérée comme une déclaration de guerre contre eux également… Bref, tout laisse à penser que l’on n’est pas loin d’une intervention militaire qui risque d’embraser la région, sur fond d’une guerre par procuration entre Occidentaux et Russes.

Ce risque est-il réel ? Quels sont les acteurs qui pourraient intervenir ? Quelles seraient les conséquences d’une nouvelle intervention militaire sur la région ? Quel rôle le Maroc peut-il jouer ? Les réponses de notre expert.

Médias24 : Le coup d’Etat militaire au Niger contre le président élu, Mohamed Bazoum, a provoqué une série de réactions des partenaires du pays. Hormis les militaires au pouvoir au Mali et au Burkina Faso, le putsch a été condamné par tous. La France, dont plus d’un millier de militaires sont stationnés au Niger dans le cadre de la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel, a tenu un Conseil national de sécurité, puis entrepris d’évacuer ses ressortissants du Niger. L’organisation régionale, la Cédéao, a pris des sanctions diverses et envisage même une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. Une opération militaire contre les putschistes est-elle à prendre au sérieux ?

Lemine Ould Mohamed Salem : Les partenaires étrangers du Niger préfèrent sans doute ne pas en arriver à ce stade. Mais ils semblent contraints d’agir si le général Abdourrahmane Tchani, le chef de la garde présidentielle qui dirige les putschistes de Niamey, ne renonce pas à son coup d’Etat.

La Cédéao, qui est en quelque sorte le mandataire régional des partenaires du Niger, ne peut pas reproduire les erreurs commises au lendemain des putschs au Mali, au Burkina et en Guinée. Ses hésitations et son manque de fermeté avaient permis aux putschistes, dans ces trois pays, de jouer les prolongations et de mener les transitions comme bon leur a semblé.

Au Niger, la Cédéao joue ce qui lui reste de crédibilité, d’autant qu’il s’agit du pays dont le président a été élu et qui ne connaissait pas de crise politique majeure.

– Pensez-vous que la Cédéao ait les moyens d’effectuer une intervention militaire efficace ?

– Si la Cédéao intervient au Niger, ce ne sera pas la première fois qu’une telle situation surviendrait dans un pays membre. L’organisation ouest-africaine a déjà mené plusieurs opérations militaires pour mettre fin à des crises politiques internes, notamment en Gambie, au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau.

– Peut-on envisager une coordination entre la Cédéao, la France et les Etats-Unis, deux puissances présentes sur place avec des bases militaires et des soldats ?

– C’est évident. Si elle intervient au Niger, la Cédéao le fera en étroite collaboration avec l’Union africaine (UA), l’Union européenne, la France et les Etats-Unis d’Amérique, qui sont aux premiers rangs des partenaires du Niger et hostiles au renversement du président Mohamed Bazoum. Ces puissances étrangères, dont certaines disposent d’une présence militaire au Niger, pourraient notamment apporter aux contingents de la Cédéao des appuis techniques et logistiques : mise à disposition de satellites de renseignements, drones, avions de transport de troupes et de combats, etc.

– Comment qualifiez-vous la réaction des pouvoirs militaires au Mali et au Burkina, qui se sont empressés de déclarer que toute attaque contre les putschistes du Niger serait perçue comme une déclaration de guerre contre leurs propres pays ? Cela ne risque-t-il pas d’embraser toute la région ?

– Le Burkina et le Mali sont gouvernés par deux régimes issus de coups d’Etat et qui sont eux-mêmes confrontés à des problèmes sécuritaires graves et complexes. Comment est-ce qu’ils pourraient mobiliser des soldats ou des moyens militaires à l’extérieur de leurs pays ? Ça relève, à mon avis, beaucoup plus de la rhétorique politicienne que de l’intention réelle.

– Est-il possible que la main de la Russie et de sa milice Wagner soit derrière tout cela ? Assiste-t-on à une sorte de guerre par procuration entre la Russie et l’Occident dans cette zone du Sahel ?

– Le Sahel comme d’autres régions d’Afrique est devenu une terre de rivalité entre les Occidentaux et les Russes. Mais il semble très difficile de croire aujourd’hui que la Russie soit derrière le coup d’Etat du général Tchiani au Niger.

S’il est acculé ou mis sous forte pression par la Cédéao et ses alliés, il n’est pas à exclure, cependant, que ce dernier finisse par chercher un appui extérieur, notamment en Russie. C’est la puissance la mieux placée aujourd’hui pour faire alliance avec ce genre de régime, même si cela pourrait passer par le recours aux miliciens de Wagner, la compagnie militaire privée russe qui est déjà en activité dans certains pays africains comme le Mali voisin.

Des signes déjà visibles rendent cette hypothèse assez probable. Comme lors du coup d’Etat du capitaine Ibrahim Traoré survenu l’année dernière au Burkina Faso, on observe depuis les premières heures du putsch de Niamey une suractivité sur les réseaux sociaux de comptes − en grande partie présumé faux − qui défendent le renversement de Bazoum et appellent la Russie au secours du coup d’Etat au Niger, empruntant également la rhétorique panafricaniste, anti-française et plus généralement anti-occidentale, comme cela est visible autour du Mali et du Burkina, deux pays ayant mis fin à toute présence militaire française sur leurs territoires.

– Le Maroc a-t-il un rôle à jouer dans tout cela ?

– Le Maroc n’est ni membre de la Cédéao, ni du G5 Sahel. Ce qui lui ôte un statut d’acteur régional qui doit obligatoirement s’impliquer.

En revanche, Rabat a des intérêts économiques, politiques et stratégiques au Niger et dans la région. Les Marocains ne peuvent donc pas être indifférents à ce qui se passe au Niger.

S’il est sollicité par la Cédéao, un espace politique et économique auquel il est lié par des intérêts divers, le Maroc jouera naturellement le rôle qui lui est demandé. Mais l’organisation ouest-africaine comprend en son sein des pays qui pourraient ne pas être enthousiastes à l’idée de voir Rabat impliquée dans une crise comme celle du Niger. Ça pourrait être le cas du Nigéria. Ce géant politique et économique de la Cédéao est très proche politiquement de l’Algérie, qu’il soutient dans l’affaire du Sahara qui l’oppose au Maroc via le Front Polisario.

– L’Algérie voit depuis quelques années des pouvoirs frontaliers s’effondrer l’un après l’autre. Comment pourrait-elle réagir dans le cas du Niger ?

– Le Niger et l’Algérie sont très proches. Ce sont des pays voisins ; il y a une continuité humaine entre les populations frontalières des deux pays. Il y a aussi beaucoup d’intérêts communs entre les deux Etats.

L’Algérie suit évidemment de très près ce qui se passe chez son voisin du sud-est. Elle a condamné le coup d’Etat tout en mettant en garde contre les conséquences d’une intervention militaire étrangères au Niger. Mais vu la tradition algérienne vis-à-vis des pays frontaliers, il est peu probable qu’elle aille plus loin.

– Est-ce que l’Algérie pourrait cautionner une intervention militaire française au Niger ?

– Le gouvernement algérien a déjà exprimé ses réserves sur une éventuelle intervention militaire étrangère au Niger.

Quant à la France, après le retrait contraint de ses soldats du Mali et du Burkina après dix ans de présence dans ces pays, et dans un contexte où partout en Afrique se développe un sentiment hostile vis-à-vis de Paris que résument les slogans aujourd’hui affichés dans plusieurs pays africains, comme « France dégage », il devient impensable de voir les autorités françaises envoyer une nouvelle fois leur armée dans un pays africain.

– Une intervention militaire française est à écarter ?

– La France pourrait appuyer la Cédéao avec des conseillers militaires, du renseignement, du matériel de combat, etc. Mais elle ne pourrait plus intervenir physiquement dans un pays africain, à moins qu’elle soit suicidaire.

Une telle intervention ne sera pas acceptée par les opinions africaines et ne servirait qu’à conforter les sentiments anti-français en Afrique. Au Niger, même ceux qui sont contre le putsch finiraient alors par se rallier aux militaires.

Le Sommet Russie-Afrique consacre le principe d’une participation limitée aux seuls Etats reconnus par l’ONU

La Russie a invité tous les Etats africains avec lesquels elle entretient des relations bilatérales, et qui sont reconnus par l’ONU, et ce, malgré la pression qu’auraient exercée certains pays, comme l’Afrique du Sud et l’Algérie, en abusant de leur amitié avec Moscou pour imposer une quelconque participation du « polisario » à ce sommet.

La décision russe, adoptée souverainement pour la deuxième fois consécutive, n’est donc pas une prise de position dictée dans l’urgence du moment pour les besoins de l’événement en question. Elle s’entend désormais comme un principe, qui ne souffre d’aucune ambiguïté, d’une participation restreinte aux Etats africains reconnus par l’ONU, entouré de toutes les garanties juridiques et diplomatiques qui président à l’organisation de ce sommet et au-delà.

En témoignent l’ensemble des documents qui ont été adoptés à l’issue de ce sommet, notamment les quatre déclarations et le plan d’action, qui consacrent de manière claire et sans équivoque, le format de participation.

D’ailleurs, le paragraphe introductif de l’ensemble de ces documents officiels reprend la formulation suivante : « Nous Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Fédération de Russie et des Etats africains reconnus par l’Organisation des Nations unies (ci-après dénommés la Fédération de Russie et les Etats africains) et représentants de l’Union Africaine et des organisations leaders d’intégration de l’Afrique. »

Ce principe ainsi consacré de manière solennelle dans les documents officiels du travail de cette grand-messe russo-africaine a établi, de manière claire et définitive, que seuls les 54 Etats membres de l’Union africaine reconnus par l’ONU sont membres de ce sommet.

La décision adoptée par la Russie tranche, de manière décisive et sans équivoque, avec celle qu’avait adoptée l’Union européenne qui, sous la présidence française, avait, en violation de la légalité internationale, invité le chef du « polisario » au Sommet UE-UA qui s’était tenu à Bruxelles en février 2022.

D’ailleurs, la présence contestée et contestable du chef de la milice du « polisario » avait entamé le sérieux de cette fameuse réunion et suscité gêne et réprobation de nombreux pays présents, outrés par le fait que l’UE a toléré la participation de cet individu poursuivi par plusieurs instances judiciaires européennes pour crimes de guerre et pour violation des droits de l’Homme.

Ainsi, l’UE, qui considère le Maroc comme un partenaire stratégique et privilégié, s’est laissée infliger un intrus bien encombrant. Bien que ni ses institutions ni ses Etats membres ne reconnaissent ce dernier, l’UE s’est paradoxalement montrée consentante en offrant, lors du sommet de Bruxelles, un strapontin à un criminel notoire, qui a dénoncé l’accord du cessez le feu signé sous l’égide de l’ONU et menace la sécurité du Maroc, au-delà, la paix et la stabilité dans le voisinage immédiat de l’UE.

Jalouse de l’intégrité territoriale de ses Etats membres face aux poussées séparatistes qui n’en épargne presque aucun, l’UE devrait l’être tout autant de la sécurité et de la stabilité du Maroc, qu’elle considère − à juste titre − comme un partenaire stratégique et privilégié. C’est dire que la fermeté et l’intransigeance sur les questions de principes est un choix qui paye. Plusieurs partenaires du Maroc ont fait ce choix. La Russie, qui a franchi le pas dès 2019, persiste et signe à présent, en respectant les engagements pris.