Textile. Le passage à un modèle de produits finis « nécessite un écosystème solide et opérationnel »
Le textile marocain enregistre un recul à l’export. Ce recul est dû à trois facteurs expliqués par Ryad Mezzour au Parlement, dans le cadre des discussions du budget sectoriel lors de l’examen du PLF 2026.
« D’abord, le pouvoir d’achat, puisque notre principal marché est l’Europe, et que le pouvoir d’achat en Europe a quelque peu diminué. Ensuite, la fermeture de certains marchés, notamment le russe qui s’est totalement fermé, contribue à ce recul. Enfin, la disparition de certaines marques avec lesquelles nous travaillions, qui ont elles-mêmes fermé ou fait faillite, en particulier en France, contribue également à ce recul. Deux marques… j’espérais que l’un de nos producteurs les rachèterait« .
Le ministre fait référence à des donneurs d’ordre français, comme Camaïeu, Pimkie ou Naf Naf, dont la faillite a eu des retentissements sur le secteur textile marocain.
« Pour vous donner un exemple : une marque aujourd’hui bien connue, distribuée et vendue massivement au Maroc, était à l’origine une marque française. Elle a été rachetée par des investisseurs d’un autre pays qui la distribuent aujourd’hui dans le monde entier. C’était à l’origine une marque française bien établie. Ces investisseurs fabriquaient déjà pour cette marque, puis ont été sollicités pour distribuer ses produits en Turquie. Quand la marque a connu des difficultés et fait faillite, ils l’ont rachetée et ont commencé à la distribuer dans le monde entier. C’est ce genre de situation qui crée des opportunités ».
« Nous avons essayé de racheter certaines marques, mais nous le ferons encore, inchallah, car cela permet aussi de bénéficier d’un nom commercial fort, ce qui donne plus de poids à la distribution », révèle le ministre.
La marque dont parle Ryad Mezzour n’est autre que LC Waikiki, qui, à l’origine, était une marque française avant d’être rachetée par la société turque Tema Textile en 1997.
Le plus marquant, c’est que l’industrie textile turque a récidivé avec le rachat récent de l’enseigne Naf Naf par le groupe turc Migiboy Tekstil. Ce dernier a offert plus de 1,5 million d’euros pour reprendre l’iconique enseigne française, en redressement judiciaire.
Rompre avec la sous-traitance pour bâtir un secteur à forte valeur ajoutée
Ryad Mezzour estime que « le textile est aujourd’hui le secteur le plus menacé sur le plan industriel, en raison de sa faible productivité ». Il explique que c’est un secteur sur lequel il faut agir avec force et rapidité : « rapidité dans la création, rapidité dans l’intégration du fil et du tissu, rapidité dans la production des accessoires, et surtout rapidité dans le développement de nos propres marques ».
« Jusqu’à présent, nous avons toujours travaillé en sous-traitance, en répondant aux demandes de nos donneurs d’ordres : ‘Faites ceci, faites cela’. Nous avons tout fait : respect des normes de sécurité, environnementales, de qualité, etc. La pression a été constante. Mais nous n’avons pas réussi à en tirer une forte productivité. Aujourd’hui, il faut passer à une maîtrise complète de la marque et de la valeur ajoutée qu’elle génère. C’est pourquoi j’insiste : nous devons maîtriser notre production et nos marques ».
Cette orientation reste toutefois conditionnée à la mise en place d’un véritable écosystème industriel, financier et logistique. À l’heure actuelle, ces conditions demeurent encore loin d’être réunies pour permettre une telle transformation du secteur textile au Maroc.