City Club en redressement : le syndic neutralise une action de BoA

Bank of Africa subit les premiers effets du redressement du réseau City Club. Le juge-commissaire a ordonné la suspension de l’exécution d’une créance de 2 MDH réclamée par la banque à City Nakhil, salle rattachée au groupe de Jonathan Harroch.

Rendue le 2 décembre, l’ordonnance suit la saisine du syndic Abdelmajid Rais, qui fait jouer les mécanismes du Code de commerce pour geler les poursuites individuelles visant des dettes antérieures à l’ouverture du redressement. La créance visée découle d’un jugement d’avril 2025, désormais mis en pause en attendant le traitement collectif du passif.

BoA reste le principal créancier du réseau. Ses créances cumulées dépassent la quarantaine de millions de dirhams, selon les décisions que Médias24 a pu consulter. City Nakhil n’est qu’un échantillon du contentieux : la banque détient déjà plusieurs jugements en paiement contre diverses entités City Club, dont Sacha Edy, société pivot de la galaxie Harroch.

Sacha Edy a ouvert la voie au redressement. Déclarée en cessation de paiement en août 2025, elle a été la première à basculer sous procédure, avant l’extension à près d’une trentaine de sociétés où elle détient, directement ou par ricochet, des participations (confusion de patrimoine). Toutes ces entités peuvent désormais geler les actions de recouvrement, y compris les voies d’exécution déjà enclenchées.

Cette protection reste toutefois temporaire. Elle court le temps d’élaborer un plan de continuation, qui pourrait déboucher sur un rééchelonnement des dettes sur dix ans. Les créanciers devront déclarer leurs créances et se positionner dans le cadre du futur plan. À terme, les City Club devront suivre des échéanciers serrés. Et tout manquement pourrait rouvrir la voie à la liquidation judiciaire.

City Club : 37 sociétés désormais sous redressement

Le redressement judiciaire du groupe City Club gagne encore du terrain. Le tribunal de commerce de Casablanca a ordonné l’extension de la procédure ouverte contre la société Sacha Edy, pilier de la galaxie Harroch, à dix nouvelles entreprises connexes.

Rendu le 10 novembre, le jugement concerne Wellness Social, City Club Medina, City Club Mall, City Club Bouskoura, Aïn Diab Fitness, Unique Bouskoura, RH Location Maroc, City Salé II, Wellness Guéliz et Initiative Nation Sportive.

Cette nouvelle extension fait suite à une requête du parquet, initiée par la procureure du Roi Souad Kamili, à l’origine d’un premier jugement ayant déjà rattaché vingt-sept sociétés du réseau à la procédure.

Le tribunal a confirmé Abdelmajid Rais en qualité de syndic. Désormais dirigeant effectif du groupe, il se charge de sa gestion intégrale, de l’élaboration du plan de redressement et de la préservation des actifs, sous la supervision du juge-commissaire Badr Eddine Lemaâdeb.

La date de cessation des paiements, déjà fixée pour Sacha Edy, est désormais étendue à l’ensemble du périmètre placé sous contrôle judiciaire. Le jugement, exécutoire de plein droit, confirme la mise sous tutelle économique du réseau. Une proposition de « solution » aux difficultés du groupe est attendue dans les huit mois. Le syndic doit dresser un bilan économique et social avant toute orientation : plan de continuation, cession partielle ou liquidation.

À l’origine, une plainte collective des salariés

Tout a commencé par une plainte déposée en juillet par des salariés de City Club auprès de la procureure du Roi Souad Kamili. Ils y dénoncent des arriérés de salaires, l’absence de déclarations à la CNSS et une gestion assurée depuis la prison par le fondateur du groupe, Jonathan Harroch.

Saisie de cette plainte, la magistrate a ouvert une enquête économique et constaté l’existence d’un état de cessation de paiement aggravé, confirmé par plusieurs jugements bancaires et saisies exécutoires.

Le tribunal a ensuite placé Sacha Edy en redressement judiciaire, posant les fondations de la procédure actuelle. Ce jugement a marqué le point de départ d’une série d’extensions sans précédent, regroupant désormais 37 sociétés d’un réseau qui repose sur un schéma d’éclatement. Chaque salle – ou entité – opère sous forme de société commerciale (SARL) indépendante, avec, souvent, un capital minimal de 10.000 DH et un dirigeant unique : Jonathan Harroch.

Les motifs à l’origine de l’extension ne sont pas connus. Généralement, cette mesure fait suite au constat de flux anormaux entre entités pourtant distinctes, ou de confusion de patrimoine avec l’entreprise initialement mise en redressement.

Sur le plan financier, le groupe City Club affiche un endettement judiciaire dépassant 43 millions de dirhams, selon un bilan provisoire établi par Médias24 sur la base de jugements rendus depuis 2025.

La majeure partie du passif est constituée de créances au profit de Bank of Africa, qui a obtenu plusieurs condamnations en paiement contre des sociétés du réseau. À cela s’ajoutent des procédures engagées par la CNSS, comprenant des saisies-exécutions et des ventes judiciaires de fonds de commerce.

Ces chiffres ne représentent qu’une partie du passif global, qui sera précisé à l’issue de la vérification des créances menée dans le cadre du redressement.

City Club : le parquet veut étendre le redressement à 28 entités du réseau

Le redressement de Sacha Edy, holding de Jonathan Harroch, pourrait impacter l’intégralité des sociétés dirigées par ce dernier. Selon nos informations, le tribunal de commerce de Casablanca examine la possibilité d’élargir la procédure pour couvrir l’ensemble du groupe.

Ce dossier est à l’examen depuis la mi-septembre. À l’origine : une demande d’extension initiée par Souad Kamili, procureure du Roi près la juridiction commerciale. C’est cette même magistrate qui avait initié la requête de redressement visant Sacha Edy, dont on a constaté la cessation de paiement. Désormais, elle souhaite étendre ce régime aux sociétés « dont les parts sont détenues » par cette entité considérée comme le vaisseau amiral du groupe.

Selon nos informations, le ministère public a déjà dressé une première liste des sociétés potentiellement impactées. On compte pas moins de 28 entreprises, souvent des salles de sport greffées à la célèbre chaîne City Club. Elles ont été citées une à une dans ce procès où elles ont été introduites via le mécanisme de mise en cause (interventions forcées). En voici la liste :

  • Shazal
  • Wellness Nation Sportive
  • City Nakhil
  • City Club El Jadida
  • City Club Bourgogne
  • City Club Tanger
  • City Club Anfa
  • City Club Agadir
  • City Club Zerktouni
  • Fitness & Food
  • City Club Agdal
  • Fitness Equipment
  • Gymnas Avenue
  • City Club Ziane
  • City Club Lissasfa
  • Val de Forme
  • City Club Témara
  • City Orika
  • Club Stretch
  • Amazonia Fitness
  • City Aïn Sebaâ
  • City Racine
  • City Émile Zola
  • City Salé
  • City Mohammédia
  • City Hay Hassani
  • Valley Agadir
  • Anfa Fitness

La demande est traitée par un trio de juges présidé par le magistrat Fahd Makhlafi. Le dossier est examiné en chambre de conseil, c’est-à-dire à huis clos. Une audience se tenait ce lundi 6 octobre, au moment même où nous rédigions ces lignes.

Nous avions révélé dans un précédent article les motifs derrière la mise en redressement de Sacha Edy, mais nous n’avons pas eu accès aux raisons précises de la demande d’extension.

Selon le Code de commerce, « la procédure ouverte peut être étendue à une ou plusieurs autres entreprises par suite de confusion de leur patrimoine avec celui de l’entreprise soumise à la procédure, ou lorsqu’il s’agit d’une personne morale fictive » (article 585).

Dans la pratique, une telle mesure est souvent envisagée lorsque la justice soupçonne des flux financiers anormaux entre la société en redressement et d’autres entités. Son objectif est d’accroître les chances de recouvrement des créanciers, notamment lorsque la société initialement visée ne dispose pas d’actifs suffisants pour couvrir l’ensemble du passif.

L’extension vise aussi à prévenir la dispersion des actifs entre plusieurs sociétés liées et à préserver l’égalité de traitement entre créanciers, en reconstituant une base patrimoniale unique.

Or la structure du groupe Harroch illustre cette complexité. Chaque salle de sport du réseau City Club est exploitée sous forme de société à responsabilité limitée, souvent dotée d’un capital social symbolique d’environ 10.000 dirhams. Plusieurs de ces entités ont contracté leurs propres engagements bancaires, au nom de structures juridiquement autonomes, mais rattachées au même gérant, Jonathan Harroch.

Ce morcellement, déjà abordé par Médias24, complexifie tout recouvrement et pose la question de l’étendue réelle des garanties mobilisables au sein de ce réseau éclaté.

City Club : Sacha Edy en redressement, les dessous du jugement

L’avenir de City Club se joue désormais au tribunal de commerce de Casablanca. Déclarée en cessation de paiement, leur entité gestionnaire, Sacha Edy, est en redressement judiciaire depuis le 19 août. C’est le constat officiel d’une situation que l’on sait inquiétante, tant le groupe de Jonathan Harroch croule sous les actions judiciaires.

Médias24 avait révélé la décision dès son prononcé. Parvenu à nos soins, le contenu du jugement apporte quant à lui des révélations troublantes sur l’origine et les raisons d’une telle décision.

Nous ne sommes pas dans un schéma classique, où la procédure est enclenchée à la demande d’un créancier mécontent ou de l’entreprise elle-même. Ici, c’est la procureure du Roi qui a saisi le tribunal, sur la base d’une plainte déposée fin juillet par un groupe de salariés. Ces derniers, employés dans plusieurs salles City Club de Casablanca (Aïn Sebaâ, Lissasfa, boulevard Mohammed V, Abdelmoumen, Zerktouni, Anfa), décrivent une situation sociale alarmante depuis l’incarcération de leur patron, Jonathan Harroch, en novembre 2024.

Dans leur plainte, les salariés affirment que la société ne paie plus régulièrement leurs salaires, tout en continuant à prélever les cotisations CNSS sans jamais les reverser. Ils dénoncent aussi l’absence d’assurance accidents du travail, l’accumulation des loyers impayés qui expose les salles à des expulsions, et des pratiques de gestion opaques. Selon eux et tel que repris par la procureure dans sa demande, les abonnements encaissés servent « à régler des problèmes personnels du propriétaire » ou « sont détournés hors des intérêts des salariés ».

Ces témoignages se cumulent avec des faits déjà établis. Le tribunal relève que Sacha Edy a été condamnée dans plusieurs dossiers, notamment à verser plus de 19 millions de dirhams à Bank of Africa.

La société est également visée par des saisies inscrites au registre du commerce, dont 1,59 million de dirhams au profit de la CNSS et 4 millions de DH pour BOA. Des procédures d’expulsion menacent plusieurs salles de sport.

En retenant ces éléments, le tribunal conclut que l’entreprise se trouve bien en état de cessation de paiements, incapable de faire face à son passif exigible avec son actif disponible.

La juridiction a donc ordonné l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Compte tenu de la détention de Jonathan Harroch, le syndic désigné, Me Abdelmajid Rais, se voit confier la gestion complète de la société. Le juge-commissaire chargé du dossier est Badreddine Lamaddab.

La date de cessation de paiements a été fixée à 18 mois avant le jugement. Une période d’observation s’ouvre, au terme de laquelle il reviendra au tribunal de statuer sur un éventuel plan de continuation, une cession ou une liquidation.

Dans son jugement, le tribunal souligne l’importance de préserver les emplois et de protéger les créanciers face aux pratiques décrites. Derrière la procédure, ce sont des milliers d’abonnés et des centaines de salariés qui attendent de savoir si le réseau City Club pourra être maintenu à flot.

Une information relayée le 2 septembre par plusieurs médias marocains fait état d’une « cession imminente » du groupe City Club, assortie d’un plan d’investissement de 80 millions de dirhams.

Les articles, qui citent des « sources proches de la direction de l’entreprise », ne dévoilent pas l’identité du mystérieux repreneur et ne s’appuient sur aucune confirmation judiciaire.

La cession fait néanmoins partie des issues possibles d’un redressement judiciaire.

Redressement pour Sacha Edy, entité de Jonathan Harroch

Gestionnaire des marques City Club, Unique Fitness ou encore UFC Gym au Maroc, la société Sacha Edy est officiellement en cessation de paiement.

Le groupe de Jonathan Harroch a fait l’objet d’un jugement de redressement judiciaire, apprend Médias24 de source judiciaire.

La décision a été rendue le 18 août par le tribunal de commerce de Casablanca, en pleine vacances judiciaires. Selon nos informations, l’ouverture de la procédure a été sollicitée par Souad Kamili, procureure du Roi près cette juridiction.

Le magistrat Badreddine Lamaddab a été nommé en tant que juge-commissaire chargé de la procédure. Il supervisera l’action de l’expert Abdelmajid Rais, désigné en sa qualité de syndic judiciaire.

Ce dernier devra, dans un délai de huit mois (prorogeable une seule fois), dresser un bilan complet sur la situation de l’entreprise. De ce futur rapport découlera une proposition de « solution » aux difficultés de la société. Les options possibles sont un plan de continuation, un plan de cession ou la liquidation judiciaire.

Documentés par nos soins depuis près d’un an, les tracas financiers du groupe Harroch sont notoires, mais sont aujourd’hui constatés par le pouvoir judiciaire.

Ils se sont manifestés par une série de saisies opérées par la CNSS sur les fonds de commerce des salles de sport liées à la même entité. Ils se sont exacerbés à la suite de l’arrestation du dirigeant en novembre 2024 pour de graves soupçons de « traite d’êtres humains ». Ces faits font l’objet d’une instruction judiciaire toujours en cours.

Depuis, le groupe est régulièrement visé par des actions en paiement généralement initiées par Bank of Africa, qui ressort comme un des principaux créanciers. La banque a obtenu plusieurs jugements condamnant soit directement la société Sacha Edy (19 MDH), soit d’autres entités gravitant autour de cette entité.

Le jugement de redressement donne une bouffée d’air à l’entreprise, qui sera provisoirement immunisée contre les assauts de ses créanciers. L’ouverture de la procédure signifie l’activation d’une « période d’observation » qui s’étendra sur la période de préparation de la solution.

Un intervalle qui implique l’interdiction ou la suspension des actions individuelles visant le paiement ou le recouvrement (saisies, etc.) par les créanciers des sommes d’argent dont l’origine est antérieure au jugement de redressement.

Les créanciers devront s’inscrire dans la procédure collective en déclarant leurs créances, tout en espérant récupérer leur dû dans le cadre d’un potentiel rééchelonnement de dettes. Cette piste dépend néanmoins de l’adoption d’un plan de continuation, qui pourrait théoriquement s’étendre sur dix ans.