Procès Bioui – Naciri : Ce qu’ont dit les témoins en 9 audiences

Alors que le procès s’approche de son épilogue en première instance, nous revenons sur les témoignages qui se sont succédé depuis le 10 juillet 2025 devant la cour d’appel de Casablanca. La liste des témoins a évolué au fil des semaines. Certains ajoutés, d’autres introuvables faute d’adresse, dont trois proches de Abdenbi Bioui.

Et si les dépositions ont parfois divergé, une constante demeure : la majorité d’entre elles ont concerné Saïd Naciri, tantôt mis en cause, tantôt défendu, dessinant un tableau complexe des faits au cœur du dossier.

Ces auditions montrent surtout que les autres accusés occupent un rôle périphérique, tandis que Bioui et Naciri concentrent l’essentiel de l’attention, tant de la Cour que de l’opinion, en raison du poids des accusations qui pèsent sur eux.

> Hésitations d’un acquéreur

Le 10 juillet 2025, Abdessamad A. a comparu comme premier témoin. Il a expliqué avoir acquis un appartement à Saïdia auprès d’un certain Fouad Y., qu’il croyait propriétaire. Lors de son audition, il a déclaré ne pas vouloir “porter préjudice à qui que ce soit” et a multiplié les hésitations, peinant à reconstituer les détails de la transaction. Fouad Y. affirme pour sa part n’avoir joué qu’un rôle d’intermédiaire pour le compte de Saïd Naciri, accusation que l’ex-président du Wydad rejette catégoriquement.

Ces imprécisions laissent subsister un doute sur l’identité réelle du vendeur et sur la chaîne des transferts de propriété.

Mais ce témoignage n’a pas été révélateur, du moins aucune information de grande importance n’en a émané. Contrairement au second témoin entendu ce jour là, puis à une seconde occasion.

> L’ancien bras droit de Ben Brahim témoigne 

Les auditions des 10 et 18 juillet ont mis en lumière des accusations plus tranchées. Taoufik Z., ancien directeur de la société de Hadj Ben Brahim, a affirmé que les véhicules importés de Chine par la société Al Fassi Brothers Al Kabida – dont certains ont été saisis avec 40 tonnes de résine de cannabis – ont été mis en circulation sans homologation et qu’une partie a été cédée à Abdenbi Bioui.

Selon lui, Saïd Naciri a joué le rôle d’intermédiaire pour faciliter l’obtention des documents nécessaires.

Le témoignage de Taoufik Z., livré avec calme et maîtrise malgré quelques contradictions relevées, a éclairé la Cour et l’opinion sur le mode de vie de Hadj Ben Brahim au Maroc, et surtout sur l’ampleur des flux financiers qu’il manipulait entre 2013 et 2016.

> Un ancien ami devenu opposant

Le 31 juillet, Abdelwahed Chaouki, dirigeant de Bibankom et député (PAM), a livré un témoignage défavorable à son ancien ami, Saïd Naciri.

Abdelwahed Chaouki a expliqué que, lorsque la police judiciaire s’est intéressée à Saïd Naciri en 2023, celui-ci a cherché à justifier des dépôts d’argent sur son compte datant de 2014 : selon Saïd Naciri, il s’agissait de dons de supporters et d’amis, versés pour “sauver” le club en difficulté.

“Deux ou trois mois avant son arrestation, Saïd Naciri est venu dans mon bureau et m’a demandé de signer un document attestant que je lui avais remis 8 millions de dirhams en cash, comme contribution au Wydad. J’ai refusé, car c’était faux”, a-t-il déclaré lors de son audition le 24 juillet dernier.

Abdelwahed Chaouki a aussi affirmé avoir vu Saïd Naciri et Wissam N. se retirer ensemble pour discuter du départ de ce dernier de la villa en 2016, en contrepartie de 1 million de DH. Un point qui structure plusieurs des contestations autour de l’appartenance de cette propriété.

> Latifa Raafat se défend et défend Naciri 

Le 2 octobre, Latifa Raafat, évoquée à plusieurs reprises lors de l’audition des accusés, a enfin témoigné. Elle a raconté son bref mariage avec El Hadj Benbrahim, le présentant comme un homme oisif, souvent sans signes matériels évidents de richesse, et qui passait son temps à fumer la chicha chez elle.

Elle a assuré n’avoir jamais assisté à une transaction suspecte et a expliqué s’être sentie initialement rassurée par l’existence d’une société de voitures et d’un passeport diplomatique. Latifa Raafat a reproché à Saïd Naciri d’avoir porté atteinte à sa réputation, en l’accusant d’organiser des fêtes arrosées dans la villa de Californie ; confrontée à l’ex-président du Wydad, elle a confirmé devant la Cour n’avoir jamais vu celui qu’elle présente comme son ex-mari remettre de l’argent à Naciri, contredisant ainsi certains PV antérieurs.

> Trois témoins et leurs contradictions

Le 9 octobre, la Cour a entendu trois témoins dont les déclarations visaient Saïd Naciri : Fatima A. (ex-secrétaire du WAC), Redouane N. (cheikh de la zaouia Naciria, Zagora) et Khalil M. (notaire à Oujda). Chacun a livré un récit distinct, parfois contradictoire, et le notaire a même engagé sa situation professionnelle en raison d’irrégularités relevées lors de son témoignage.

Devant la Cour, Fatima A. a modulé ses propos antérieurs : si elle a déclaré à la police judiciaire avoir vu six véhicules arriver puis disparaître du parking du club en présence de Saïd Naciri, elle a nuancé devant les juges. Elle a maintenu avoir observé l’arrivée des véhicules en présence du directeur de la sécurité, mais elle a réfuté que Saïd Naciri les avait personnellement amenés. Quant à l’accusation d’avoir été forcée par Saïd Naciri à signer une déclaration sur l’honneur, elle a expliqué avoir “entendu” une tierce personne à côté de lui, lui proposer cette idée, sans soutenir que l’ordre venait directement de son ex-patron.

> Attestation honorifique contre une i10  ? 

Redouane N. a confirmé qu’il avait rédigé, à la demande de Saïd Naciri, une attestation honorifique en faveur d’un ressortissant malien. Il a aussi reconnu avoir reçu une voiture offerte par Hadj Ben Brahim, précisant toutefois qu’il réclamait une voiture à Naciri depuis longtemps, ce qui relativise l’idée d’un don spontané.

> Doutes et irrégularités autour d’un acte notarié

Le notaire Khalil M. a livré un témoignage qui a semé le trouble : il a présenté une minute d’acte de vente signée en 2014 entre Saïd Naciri et une acheteuse du nom de Najat A., mais s’est montré incapable d’établir qui avait signé en premier.

La minute, qu’il a sortie de son dossier (un geste que le parquet a qualifié d’irrégulier), ne comportait pas d’indications claires sur les signatures ; l’adresse de Saïd Naciri figurant dans l’acte ne correspondait pas à celles figurant sur ses pièces d’identité.

De plus, le détail des paiements soulève des contradictions : l’acte mentionne un prix de 740.000 DH payé en deux parts : un prêt bancaire de 400.000 DH et 340.000 DH “remis au vendeur” ;  tandis que la comptabilité du notaire indique 700.000 DH crédités sur le compte de l’étude, laissant 40.000 DH non justifiés.

Le parquet a consigné ces anomalies dans le PV et mis en doute la régularité de certaines pratiques.

> Rétractations et confusion

Le 16 octobre 2025, la Cour a entendu Abdellah A., beau-frère de Saïd Naciri, dont l’audition a viré à la confusion. Abdellah s’est rétracté à plusieurs reprises et a contredit des déclarations antérieures faites à la BNPJ et au juge d’instruction.

Il est passé d’une prétendue direction du complexe Benjelloun à la reconnaissance d’un simple rôle de coursier rémunéré en espèces (2.000 à 4.000 DH par mois). Le président Torchi a relevé l’incohérence : le témoin affirme déposer les courses “chez lui” sans jamais s’être rendu à la villa de Californie que Saïd Naciri occupe, levant un sérieux doute sur la portée de son témoignage.

Interrogé sur les voitures présentes au parking du Wydad, Abdellah A. a fourni des versions divergentes : il a parlé de Kia et de Hyundai, puis a nié voir les voitures importées de Chine par Hadj Ben Brahim. Ses contradictions ont porté sur les dates, les couleurs (alors que les voitures importées par Ben Brahim étaient blanches) et la chronologie des retraits opérés par des mécaniciens.

Le président Torchi l’a mis en garde sur le risque de faux témoignage; visiblement malentendant et confus, le témoin n’a pas apporté les éclaircissements attendus.

> L’ancien chauffeur de Ben Brahim charge Naciri 

Les audiences des 23 et 30 octobre 2025 ont été centrées sur Nabil D., ancien chauffeur de Hadj Ben Brahim, dont le témoignage a nourri débats et contestations.

La Cour a longuement délibéré avant de l’entendre sous serment, après des confrontations sur ses antécédents judiciaires en Mauritanie. Devant les juges, Nabil a confirmé avoir travaillé pour Ben Brahim dès 2013, détaillé ses allers-retours entre le Maroc, Dakhla et Nouadhibou, et évoqué des périodes d’incarcération.

Nabil D. a indiqué avoir vu cinq camions importés de Chine acheminés à Abdenbi Bioui, confirmant ainsi les propos de son ancien collègue, Taoufik Z.

Il a aussi décrit plusieurs transferts en espèces : 1,3 MDH remis à un tiers près de Zagora, 2,5 MDH (qu’il a dit ensuite être 2,2 MDH) confiés à la femme de ménage Fatima F., et un sachet de 1,5 MDH déposé dans la Maserati de Saïd Naciri en 2013. Ces montants, et la divergence entre les chiffres cités à la police et devant la Cour, ont servi la stratégie de la défense visant à discréditer la consistance du récit.

Le témoin a raconté qu’il a vécu dans la villa du quartier Californie près d’un an, à la demande de Ben Brahim, et qu’il a empêché des tentatives d’entrée de la part de Saïd Naciri puis d’Abdenbi Bioui.

Le 30 octobre, la défense a porté un coup d’éclat en produisant un jugement mauritanien qu’elle présente comme preuve que Nabil D. est resté détenu à Nouadhibou à des dates incompatibles avec son récit de présence en Mauritanie et au Maroc. Le parquet a contesté la valeur probante de ce document faute d’exequatur et a obtenu le rejet de la demande de placement en garde à vue du témoin.

Sous la pression des questions, Nabil D. s’est montré hésitant sur le contenu exact d’une valise qu’il dit avoir transportée entre Ben Brahim et Bioui.

Ces rétractations ont renforcé les doutes sur la fiabilité de certaines affirmations, sans pour autant vider le dossier de ses éléments centraux : échanges d’argent en espèces, transferts de véhicules et occupation litigieuse d’une villa.

> Dernière ligne droite : plaidoiries et délibéré à venir

Les neufs audiences tenues entre le 10 juillet et le 30 octobre ont multiplié témoignages, confrontations et incohérences. Les éléments matériels (saisies de véhicules, actes notariés, transferts en espèces) et les éléments humains (rétractations, contradictions, confrontations) façonnent un dossier complexe où la crédibilité des témoins joue un rôle central.

La Cour entre désormais dans la phase des plaidoiries : avocats et parquet vont tenter de transformer ces fragments de récit en une thèse cohérente, avant que les juges ne rendent leur délibéré.

Affaire Bioui-Naciri : un proche de Hadj Ben Brahim témoigne

Attendu depuis plusieurs semaines, le témoignage de Nabil D., ancien chauffeur de Hadj Ben Brahim au Maroc, vient mettre la lumière sur plusieurs zones d’ombre. Cela dit, le flou autour de certaines de ses déclarations vient en créer de nouvelles, exploitées par la défense.

Voici le détail de ce qu’il a dit durant l’audience du 23 octobre.

De potentiels témoins écartés

10h11. Dès le début de l’audience, les avocats de la défense demandent à prendre la parole pour présenter une requête : selon eux, trois témoins potentiels sont présents dans la salle. Leur témoignage peut éclairer la cour quant au début des travaux de la villa, dont ils se sont eux-mêmes occupés. Autrement dit, leur témoignage viendra trancher la question de savoir quand la villa a été transmise à Saïd Naciri.

Le procureur général du Roi intervient pour rappeler que la cour a déjà rejeté, le 31 juillet dernier, la demande visant à entendre ces témoins. D’ailleurs, le président Torchi “confirme” ladite décision de la cour.

Mais les avocats insistent. Ils demandent que les potentiels témoins quittent la salle, au cas où la cour accepte, plus tard, de les entendre. Ils sont appelés un à un à la barre et priés de quitter la salle.

10h23. Le président Torchi appelle Nabil D. à la barre. Il s’agit de l’ancien chauffeur de Hadj Ben Brahim au Maroc.

À la question habituelle de savoir s’il a des antécédents judiciaires, le témoin indique avoir été détenu quelques mois en Mauritanie, avec Hadj Ben Brahim, pour des faits de corruption.

Pour Me Messaoudi et Me Jadoui, avocats de Saïd Naciri, ces antécédents judiciaires sont graves. Ils estiment que le témoin ne peut être entendu qu’à titre indicatif, sans qu’il ne prête serment.

Or, le procureur général du Roi est d’un autre avis. Il estime quant à lui qu’on ne peut parler d’antécédents que si c’est enregistré sur la fiche anthropométrique. Ce qui n’est pas le cas. Pour lui, le témoin doit prêter serment avant d’être entendu.

“C’est lui-même qui avoue avoir des antécédents. De plus, nous ne pouvons avoir accès à des données personnelles telles que la fiche anthropométrique. C’est au parquet de se renseigner et de nous dire ce qu’il en est”, insiste Me Jadoui.

La cour décide de prendre vingt minutes pour délibérer sur la question.

Nabil D. à la barre

11h33. Finalement, la délibération aura pris plus d’une heure. Au retour des magistrats, le président Torchi annonce que la cour a décidé d’entendre le témoin après qu’il ait prêté serment. Mais avant, elle appelle à la barre Fatima F., ancienne femme de ménage de Hadj Ben Brahim. Elle a été convoquée par voie du parquet et s’est finalement présentée au tribunal.

Le président Torchi s’assure de son identité puis lui demande de quitter la salle. Il veut d’abord entendre Nabil D., qu’il interroge sur sa relation avec Hadj Ben Brahim.

Le témoin explique qu’il a travaillé pour lui en tant que chauffeur, précisément au sein de son entreprise basée à Mohammedia, et ce, depuis 2013.

Le président Torchi lui rappelle ses déclarations devant la police judiciaire en 2023, dans lesquelles il a raconté son parcours, avec Hadj Ben Brahim en Mauritanie en 2014, avant de revenir à Dakhla pour y vivre deux mois, puis avant un nouveau retour vers la Mauritanie où il a été incarcéré pendant huit mois à la prison de Nouadhibou.

Ce sont des déclarations que le témoin confirme à nouveau. Ensuite, le président le confronte à ses déclarations au sujet de 11 camions importés de Chine dont une partie a été transmise à Abdenbi Bioui.

“C’était en été 2014. Cinq des camions ont été envoyés à Abdenbi Bioui”, indique le témoin. Selon lui, il s’est même rendu à l’entrepôt où étaient entreposés ces véhicules et y a vu Abdenbi Bioui.

Dans ses déclarations à la police judiciaire, Nabil D. avait indiqué que 2 autres camions avaient également été envoyés à Abdenbi Bioui par la suite. Mais le témoin nie. Il confirme uniquement les 5 premiers. Il s’agit d’un point important sur lequel Abdenbi Bioui rebondira par la suite.

Mais avant, ce sont les sommes d’argent qui intéressent. Nabil D. avait déclaré à la police judiciaire avoir remis 1,3 MDH à une personne dans les environs de Zagoura, sur instructions de Hadj Ben Brahim.

Il a également déclaré avoir récupéré la somme de 2,2 MDH auprès d’une personne, à la demande de Hadj Ben Brahim, puis les avoir remis à la femme de ménage de ce dernier, Fatima F. Celle-ci a alors déclaré à Nabil D. que c’est Saïd Naciri qui allait passer récupérer cette somme.

Encore des transactions en cash

Toujours selon ses déclarations à la police judiciaire, Nabil D. assure avoir vu, en 2013, Saïd Naciri au showroom de son patron, à Rabat, où celui-ci a remis à l’ancien président du Wydad un sachet contenant 1,5 MDH. L’argent a même été déposé dans sa Maserati.

La même année, il affirme que Abdenbi Bioui a reçu de la part de Hadj Ben Brahim la somme de 6,5 MDH. Les deux transactions portaient apparemment sur des appartements que leur a vendus Hadj Ben Brahim.

Tous ces propos ont été confirmés par le témoin devant la cour. Il a néanmoins indiqué que la somme remise à la femme de ménage était 2,5 MDH et non pas 2,2 MDH ; et qu’il n’y a aucune certitude que les deux dernières transactions citées ci-haut concernaient des opérations de ventes immobilières, à sa connaissance.

Par la suite, le témoin affirme qu’en 2016, alors que son patron était en prison en Mauritanie, et que lui logeait dans sa villa au quartier Californie, il a reçu la visite de Saïd Naciri qui a tenté de rentrer dans la villa. “Je l’en ai empêché”, affirme-t-il, en précisant qu’un mois plus tard, Abdenbi Bioui a lui aussi tenté la même chose, en vain.

Il expliquera plus tard, qu’après avoir été libérés de Mauritanie, Hadj Ben Brahim lui a demandé de s’installer dans sa villa au quartier Californie. Ensuite, après l’avoir averti de la visite des deux hommes, Hadj Ben Brahim lui a demandé de ne pas les laisser prendre la villa. “J’ai alors compris qu’il n’était pas réellement propriétaire”, déclare le témoin.

“C’est un homme déséquilibré”

12h14. Saïd Naciri est appelé à la barre pour une confrontation. Il n’y va pas par quatre chemins : “Il ne sait pas ce qu’il dit. C’est un homme déséquilibré. Et ça se verra lorsque mes avocats poseront leurs questions. Son témoignage n’est pas contradictoire mais complètement faux. Comment peut-il témoigner de choses qu’il n’a pas vues ? De plus, il change de versions à chaque fois. On lui a dicté quoi dire !”.

Saïd Naciri n’en dira pas plus. C’est à Abdenbi Bioui de se présenter pour une confrontation. Malade, il arrive sur une béquille et tient un papier en main. Il indique avoir noté quelques observations : “Nabil D. affirme avoir connu son patron l’été 2013 à Mohammédia. Or, Hadj Ben Brahim avait déclaré que la première fois qu’il était venu au Maroc, c’était l’été 2013, mais qu’il s’était directement rendu à Saïdia”, déclare-t-il pour souligner l’incohérence des deux versions.

“Nabil D. dit qu’il a été placé en détention en Mauritanie. Il nous raconte une histoire selon laquelle il est allé en Mauritanie puis a passé deux mois à Dakhla avant de retourner en Mauritanie où il a été incarcéré. Je demande, si possible, à ce qu’il précise la date exacte de son incarcération en Mauritanie”, poursuit-il.

Le troisième point évoqué par Abdenbi Bioui concerne les cinq camions importés de Chine par Hadj Ben Brahim. “Je suis poursuivi pour avoir reçu sept camions. Or, Nabil D. et Taoufik Z. ont tous les deux déclaré que je n’en ai reçu que cinq. Justement, les cinq camions que j’ai reçus sont aujourd’hui saisis ensemble. Aucun d’entre eux n’est celui saisi avec de la drogue”.

“Je veux avoir la chance de me défendre”

12h33. Abdenbi Bioui ne sera pas autorisé à commenter davantage. Bien qu’il ait précisé au président Torchi qu’un récent examen médical effectué mardi a révélé la présence de caillots sanguins risquant de déclencher une crise cardiaque “à tout moment”. “Et pourtant, je suis là parce que je veux avoir la chance de me défendre”, a-t-il déclaré avant d’être remercié.

Le procureur général du Roi prend ensuite la parole. Il demande au témoin de préciser pendant combien de temps il a habité dans la villa de Hadj Ben Brahim. “Depuis mon retour de Mauritanie, soit en août 2015”.

Le témoin indique que pendant près d’un an, il y a habité avec sa femme et son enfant. Et que pendant cette période les factures d’eau et d’électricité n’ont pas été payées.

“Les factures se sont cumulées jusqu’à l’arrivée du Libanais Wissam N. (bras droit de Hadj Ben Brahim, ndlr)”, indique le témoin.

12h47. C’est au tour des avocats de la défense de poser leurs questions. Me Meskini commence par poser les siennes et faire ses observations.

Me Meskini souligne que Hadj Ben Brahim avait lui-même déclaré avoir remis, sans intermédiaire, 2,4 MDH à sa femme de ménage, Fatima, afin que celle-ci les remette à Saïd Naciri en guise de paiement d’un appartement.

Il interroge ensuite le témoin sur les 1,5 MDH remis à Saïd Naciri dans sa voiture. Le témoin déclare qu’il avait été missionné par son patron pour le faire. C’est lui qui a précisé le montant qu’il devait transporter avant qu’il ne se désiste et décide de faire la transaction lui-même.

Il affirme avoir vu le coffre de son patron, Hadj Ben Brahim, plein d’argent directement posé dans le coffre, sans sachet. Cela dit, il ne sait pas comment Saïd Naciri a pu transporter cette somme dans sa propre voiture.

Cette hésitation du témoin est utilisée par la défense pour appuyer le “déséquilibre” de ses propos. Et c’est sur ce doute que le président Torchi lève l’audience.

Procès Saïd Naciri : son beau-frère se rétracte à la barre

À la cour d’appel de Casablanca, ce jeudi 16 octobre, le témoignage de Abdellah A., beau-frère de Saïd Naciri, a viré à la confusion. Rétractations en série, contradictions sur les voitures entreposées au Wydad et sur la résidence de Saïd Naciri, interventions fermes du président Torchi, etc. L’audience du jour a été rythmée par les hésitations d’un témoin clé (ou supposé l’être).

Entre souvenirs flous et déclarations en décalage avec celles livrées auparavant à la BNPJ et au juge d’instruction, le témoin n’a pas réussi à apporter les éclaircissements attendus.

Premières rétractations

10h18. En début d’audience, le président Torchi appelle les témoins restants : Abdellah A., Fatima F. et Karim A. Seul Abdellah A., beau-frère de Saïd Naciri, est présent dans la salle 8. Les deux autres seront convoqués à la prochaine audience via le parquet.

Le président Torchi rappelle au témoin ses déclarations du 21 octobre 2023. “Vous aviez déclaré occuper le poste de directeur du complexe Benjelloun à l’époque, et avoir été nommé par Saïd Naciri sept ans auparavant. Vous le confirmez ?”, interroge le président.

Je n’avais aucune fonction dans le club. J’allais m’y asseoir en attendant que Saïd Naciri m’appelle pour faire des courses pour lui”, répond le témoin.

Le président l’interroge alors sur la nature de ce travail. Le témoin explique qu’en contrepartie de ces services et courses effectuées, il recevait entre 2.000 et 4.000 DH par mois, en espèces, directement de Saïd Naciri, “chez lui”. Il précise que le domicile de ce dernier est un appartement proche du complexe Mohammed V. Or, l’ancien président du Wydad affirme résider dans une villa à Californie, boulevard Mekka. Saïd Naciri avait en effet déclaré avoir acquis la villa en 2019, mais s’y être installé dès 2017.

Quoi qu’il en soit, Abdellah A. a travaillé aux côtés de Saïd Naciri jusqu’en 2023 et reste son beau-frère. Comment expliquer qu’il n’ait jamais visité la villa, alors que son travail consistait notamment à lui faire des “courses de légumes” qu’il précise déposer “chez lui” ?

Les fameuses voitures sur le parking du Wydad

Le président Torchi l’interroge ensuite sur les voitures stationnées dans le club du Wydad. Le témoin avait déclaré à la police judiciaire les avoir vues, mais devant le tribunal, il se rétracte. Il admet avoir vu “beaucoup de voitures”, notamment des modèles Kia et Hyundai. Or, ce ne sont pas celles auxquelles le président fait référence. Le juge reviendra plus tard sur ce point, constatant plusieurs autres rétractations.

— “Alors, la BNPJ a menti dans ce procès-verbal ?”, demande le président.

— “Dieu seul sait”, répond le témoin, visiblement dépassé et confus, d’autant qu’il est malentendant. Il commence à évoquer un chèque datant de 1990 mentionné par la BNPJ, mais le président le coupe et revient au sujet des voitures.

— “Où sont-elles passées ?”, demande-t-il.

— “Je ne sais pas”.

— “Vous avez aussi déclaré à la BNPJ qu’après un an, Saïd Naciri vous a dit d’accueillir trois mécaniciens venus au club pour remettre les voitures en marche”.

— “Non, ce sont les employés du club qui m’ont informé de cela”, affirme le témoin.

— “Mais vous avez dit que, sur instruction de Saïd Naciri, vous aviez autorisé ces mécaniciens à emmener les voitures en deux fois, puisqu’ils étaient trois et qu’il y avait six véhicules”, poursuit le juge, tandis que le témoin nie.

— “Devant le juge d’instruction, vous avez dit que c’était en 2018 ou 2019 que vous aviez vu ces cinq voitures dans le parking”, insiste le président Torchi.

— “Oui, j’ai dit les avoir vues”.

— “Mais vous aviez affirmé que les mécaniciens les avaient déjà récupérées avant cette date”.

— “Je n’étais pas sur place quand ils les ont retirées”.

Un coursier qui n’a jamais vu la villa

10h50. Le procureur général du Roi demande au témoin s’il a déjà consulté la carte grise de la Hyundai i10 qui lui a été offerte par Saïd Naciri pour savoir à qui elle appartenait. Le témoin répond qu’il n’y a jamais prêté attention.

Le représentant du parquet l’interroge ensuite sur ses visites à la villa de Californie, boulevard Mekka. Le témoin assure ne jamais s’y être rendu et précise avoir commencé à travailler pour Saïd Naciri en 2018. Là encore, une question se pose : comment pouvait-il lui faire des courses pour “chez lui” sans jamais aller à la villa ? La question n’a pas été creusée davantage.

Saïd Naciri est ensuite invité à commenter le témoignage de son beau-frère. L’ex-président du Wydad déclare ne pas comprendre la présence de ce témoin dans le procès, puisque les faits évoqués n’ont pas eu lieu en sa présence. Selon lui, Abdellah A. n’a commencé à travailler pour lui qu’en 2018, alors que les voitures entreposées au Wydad l’étaient entre 2014 et 2015.

“Pourquoi faire venir dix personnes pour témoigner que les voitures étaient sur place, alors que moi-même je ne le nie pas ?”, s’indigne Saïd Naciri.

Le président Torchi le recadre aussitôt : “Je vous demande de présenter vos remarques, pas de témoigner à la place du témoin”. Saïd Naciri est remercié. Il retourne vers le box des accusés.

Son avocat, Me M’barek Meskini, prend ensuite la parole. Il veut “mettre au clair, une fois pour toutes, quelques zones d’ombre”. “De quelles voitures parle le témoin lorsqu’il dit en avoir vu dans le parking du Wydad ? Des voitures chinoises ou des modèles Kia et Hyundai ?”.

Le témoin est catégorique : “Je parle des i10 et des Kia”.

Cela signifie qu’il n’a pas vu les voitures importées de Chine par Hadj Ben Brahim et entreposées au club, ce qui remet en question ses déclarations devant la BNPJ et le juge d’instruction.

Interrogé sur la couleur des véhicules, il précise : “Gris, blanc, marron et rouge”. Or, toutes les voitures importées de Chine par Hadj Ben Brahim étaient blanches.

Le président Torchi brandit alors le PV de son audition par le juge d’instruction : “Vous avez pourtant déclaré devant le juge d’instruction que toutes les voitures étaient blanches ! Faites attention, le faux témoignage est puni par la loi”.

“Je n’ai pas fait attention. Certaines étaient blanches, oui. S’il m’avait demandé toutes les couleurs, je lui aurais précisé qu’il y en avait d’autres”, répond le témoin.

11h05. Le président met fin à l’audition ; sans doute la plus difficile de la journée, tant le témoin semblait confus, malentendant et en totale contradiction avec ses précédentes déclarations devant la BNPJ et le juge d’instruction.

Avant de lever l’audience, le président fixe la prochaine au 23 octobre.

Escobar du Sahara : à la barre, Latifa Raafat règle ses comptes

Escobar du Sahara : un procès sans l’accusé principal, Abdenbi Bioui ?

L’ancien parlementaire s’est absenté pour des raisons médicales qui lui ont valu un passage en salle d’opérations, à en croire sa défense, qui plaide pour un renvoi d’au moins une semaine.

« L’accusé est à l’hôpital pour subir des interventions chirurgicales. Une première a déjà eu lieu en attendant la deuxième. Il n’a pas comparu pour des raisons qui échappent à sa volonté. Nous réclamons un report pour protéger ses droits », a souligné Mohammed El Houssaini Karrout, avocat d’Abdenbi Bioui, poursuivi pour trafic international de stupéfiants.

« Avez-vous un certificat médical pour prouver la situation de l’accusé ? », demande le président Ali Torchi. Ce à quoi la défense de l’accusé répond par une négation tacite, renvoyant au parquet général la possibilité de s’en enquérir.

Le représentant du ministère public, justement, s’est opposé à l’idée d’un report. Pour lui, on peut reprendre l’examen du dossier qui en est au stade de l’audition des témoins (parmi ceux présents, la chanteuse marocaine Latifa Raafat).

« Il n’existe aucun obstacle à ce que les témoins qui n’ont pas de liens avec l’accusé soient entendus aujourd’hui par la Cour », explique brièvement le magistrat « debout ».

Cette remarque à priori anodine donne lieu à une objection ferme de la défense, qui craint une potentielle atteinte aux droits de la défense.

« Le postulat du ministère public supposerait que l’on sache d’avance ce qu’un témoin va dire. Sachant que ce dossier est censé impliquer une connexité entre les accusés », rétorque Me Karrout, appuyé par deux autres avocats de la défense. Pour la partie Bioui, recueillir des témoignages en l’absence de ce dernier empêcherait des confrontations séance tenante en cas de déclarations compromettantes.

Après délibéré, le juge Ali Torchi a accepté la requête de la défense. Le dossier a été renvoyé à l’audience du 2 octobre. La prochaine étape sera marquée par l’audition de Latifa Raafat, un témoin phare de cette affaire de trafic international de drogue.

Procès Bioui : entre conflits familiaux et coups de pression

Lors de sa deuxième comparution, Abdenbi Bioui a répondu aux questions du président Torchi, notamment sur sa relation avec plusieurs protagonistes de l’affaire, dont Hadj Ben Brahim, Allal H., et son ex-femme Samia M. Il a nié connaître certains témoins, rejeté les accusations de complicité dans des opérations immobilières suspectes et réfuté toute falsification de procuration, affirmant avoir agi dans le cadre légal.

Cette audience du 19 juin a également porté sur l’affaire de vol impliquant son ex-belle-mère, Jamila B. Abdenbi Bioui l’accuse d’avoir quitté l’appartement avec 15 valises de biens de valeur, dont des montres et bijoux estimés à plus de 6 millions de dirhams. Mais, l’ancien président de la région de l’Oriental est suspecté d’avoir faussement accusé son ex-belle-mère de vol pour contraindre son ex-femme à retirer une plainte contre lui, pour faux.

Il est également suspecté d’avoir orchestré de faux témoignages contre Abdellatif M., le frère de son ex-femme, pour le faire tomber pour coups et blessures dans le même objectif.

Abdenbi Bioui nie tout en bloc et tente de prouver son innocence. Voici ce qu’il a dit.

“Mon dernier contact avec Hadj Ben Brahim était en septembre 2014”

13h56. Pour sa deuxième comparution, Abdenbi Bioui arrive en jean et pull bleu, une tenue sobre. Les cheveux plus courts qu’à l’accoutumée, un changement notable dans son apparence. Il tient un classeur d’où il sortira plus tard quelques pièces du dossier.

Le président Torchi commence par l’interroger sur ses liens avec Saïd L. Abdenbi Bioui affirme ne pas le connaître. Selon le magistrat, cet homme travaillait pour Hadj Ben Brahim. Il a apporté un témoignage contre Abdenbi Bioui et Saïd Naciri.

Cet homme a déclaré à la police judiciaire avoir assisté à la remise des clés de la villa au profit de son employeur, Hadj Ben Brahim. “Au début, mon employeur vivait dans un appartement à Maârif, près de ‘Paul’. Ensuite, il a déménagé dans une villa au quartier Californie. J’étais là le jour où Saïd Naciri a remis les clés, en présence de Abdenbi Bioui”.

Abdenbi Bioui conteste fermement. “Je ne le connais pas du tout. La villa, je l’ai vendue à Belkacem Mir. Je ne peux pas vendre un bien qui ne m’appartient pas. Et puis, il ne donne ni date ni année pour situer cet événement”.

Le président Torchi interroge ensuite l’accusé sur ses liens avec Hadj Ben Brahim. Il évoque les déclarations de ce dernier, qui affirme avoir, après sa sortie de prison en Mauritanie, séjourné quinze jours au Sénégal. Pendant ce séjour, il dit avoir échangé avec Abdenbi Bioui, notamment à propos de la villa.

“Vous pouvez vérifier l’historique des appels avec les moyens techniques disponibles. Mon premier contact avec Hadj Ben Brahim remonte au 2 novembre 2013, et le dernier date de septembre 2014. Sauf une fois, où il m’a appelé depuis la Mauritanie, et j’ai raccroché. Quand je l’ai connu, il s’est présenté comme un homme d’affaires et m’a montré un passeport diplomatique”, déclare Abdenbi Bioui.

L’ex-président de la région de l’Oriental réagit en voyant un extrait du PV d’audition de Hadj Ben Brahim projeté à l’écran. Ce dernier y fait référence à lui en le surnommant “le Oujdi” et “le Maltais”.

“Quand on appelle quelqu’un par ce genre de surnom, c’est qu’il vit ailleurs. Par exemple, on dit ‘le Fassi’ pour quelqu’un qui vient de Fès. Mais moi, je n’ai jamais quitté Oujda. Il a utilisé ces surnoms pour crédibiliser son scénario”, affirme l’accusé.

“Si une preuve existe, alors c’est que c’est vrai”

Il est ensuite interrogé sur sa relation avec Allal H. “Je l’ai connu en 2015, quand il était président de commune et moi président de région”, déclare-t-il, en insistant sur le fait qu’aucune preuve ne démontre un contact entre eux avant cette date.

Mais le président Torchi revient sur les déclarations de Hadj Ben Brahim. Ce dernier affirme qu’à la fin de l’année 2013, il a invité Allal H. et son frère, leur a offert des costumes, puis les a emmenés passer une soirée à Aïn Diab. Le lendemain, selon lui, Abdenbi Bioui les aurait rejoints dans la villa du quartier Californie.

“À cette époque, je ne connaissais pas Allal H. En plus, il parle de la villa en 2013, alors que Belkacem Mir y habitait jusqu’en 2014. Ses employés l’ont confirmé. Vous pouvez vérifier si j’y ai mis les pieds, ne serait-ce qu’une seule fois pendant cette période. Si une preuve existe, alors c’est que c’est vrai”, répond Abdenbi Bioui.

6 millions de DH de bijoux “volés”

14h17. “Intéressons-nous au vol de Jamila B., la mère de votre ex-femme Samia M. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?”, lance le président Torchi à l’adresse d’Abdenbi Bioui, toujours à la barre.

“J’ai déposé plainte auprès du procureur du Roi, la procédure a suivi son cours normalement. Un jour, je suis rentré chez moi et mes affaires avaient disparu. J’ai d’abord cru à un cambriolage. Mais le concierge m’a dit que Jamila et Samia étaient passées. Samia s’est absentée de 10h à 14h30, et elles sont parties avec 15 valises”, explique Abdenbi Bioui.

-“Elles avaient les clés ?”, demande le président Torchi.

-“Ma femme et moi y habitions, elle avait donc les clés”, indique l’accusé.

-“Qu’est-ce qui a été volé ?”, demande le magistrat.

-“Des montres, des bijoux et des objets de décoration”, précise Abdenbi Bioui.

Pour être plus précis, le président Torchi affiche la plainte déposée par Abdenbi Bioui le 25 juin 2013, dans laquelle il détaille les objets prétendument volés et leurs valeurs.

La plainte porte sur des faits de vol, d’abus de confiance et de complicité. Elle concerne 200.000 DH en espèces, trois montres (une Franck Muller à 190.000 DH, une Rolex sertie de diamants à 800.000 DH, et une Breguet à 300.000 DH), ainsi que des bijoux, pour une valeur totale estimée à 6 millions de dirhams, selon le plaignant.

“Ce n’est pas beaucoup ?”, interroge le magistrat.

“C’étaient des investissements”, répond Abdenbi Bioui. Il précise qu’il offrait parfois des cadeaux à son ex-femme, et qu’il lui achetait aussi des bijoux à sa demande, mais uniquement dans l’idée de les revendre ensuite. C’était un accord entre eux, affirme-t-il.

– “Si on offre quelque chose à quelqu’un, l’objet appartient à cette personne, non ?”, lance le magistrat.

– “C’était un coup de poignard. Et Samia n’était même pas là. Elle avait honte de ce qu’avait fait sa mère et espérait qu’elle reviendrait sur sa décision. Elle ne m’a raconté tout ça que plus tard. Même après notre divorce, nous sommes restés en bons termes. Je continue à lui verser une pension trois fois supérieure à ce que le tribunal a fixé. Elle a même présenté un désistement en ma faveur en 2024, devant le juge d’instruction”, répond Abdenbi Bioui.

– “Vous étiez mariés à l’époque ?”

– “Oui”.

– “Pourquoi avoir porté plainte sans la consulter ?”

– “Elle ne me répondait pas. J’ai su ensuite que c’était par honte”.

Un coup de pression ?

Le président Torchi rapporte aussi la version de Jamila B., ex-belle-mère d’Abdenbi Bioui. Selon elle, seules les affaires de sa fille ont été déplacées ce jour-là. “Il a porté plainte contre moi pour faire pression sur ma fille, afin qu’elle retire sa plainte contre lui pour falsification”.

Pour situer les faits, il faut rappeler que la villa de Californie a été vendue par Abdenbi Bioui en 2013. Sur les papiers officiels, l’acheteur est Belkacem Mir, même si Hadj Ben Brahim affirme l’avoir achetée aussi. Peu importe l’acquéreur, il faut s’intéresser au vendeur. Le réel propriétaire de la villa, à l’époque, était Samia M. Elle accuse son ex-mari d’avoir falsifié une procuration pour vendre le bien. Pour faire retirer cette plainte pour faux, Abdenbi Bioui aurait faussement accusé sa belle-mère de vol. C’est en tout cas la version de la belle-mère, mais également de Samia, même si elle s’est rétractée par la suite. Nous y reviendrons.

Une longue discussion s’ensuit alors au sujet des bijoux. La Cour les projette sur les écrans, mais aucune photo ne montre de bijoux pour homme. Selon Abdenbi Bioui, la photo d’une de ses montres a été retirée, ce qui prouve que ses bijoux ont été dissimulés.

D’ailleurs, une personne l’a aidé à prouver ce vol : Dalila B., amie du couple Bioui. Elle affirme que les bijoux ont été cachés chez elle, à son insu. Après avoir été “menacée” par Abdenbi Bioui, elle a enregistré une femme de ménage de la famille, qui lui a confié avoir caché le sac de bijoux chez Dalila.

“Elle a perçu cela comme des menaces, mais moi, je lui ai simplement dit que je suivrais la procédure légale”, déclare Abdenbi Bioui.

15h20. Il est ensuite interrogé plus en détail sur sa relation avec Dalila B. Cette dernière est aussi mise en cause dans l’affaire et a déjà été entendue par la Cour. Lors de son audition, le juge l’a questionnée sur les 1.002 appels échangés avec Abdenbi Bioui et sur leurs voyages aux dates concordantes à l’étranger, mais aussi à Ifrane, à l’hôtel Michlifen.

Abdenbi Bioui a été interrogé uniquement sur les appels et le séjour à l’hôtel Michlifen.

Il explique que les nombreux appels ont eu lieu pendant la période où l’affaire de vol était au centre des tensions, sachant qu’elle était impliquée. Pour le voyage à l’hôtel Michlifen aux mêmes dates, Abdenbi Bioui affirme qu’il n’y est allé que trois fois, “et toujours à la demande des enfants”. Selon lui, si elle s’y trouvait en même temps, ce n’est qu’une coïncidence, d’autant plus qu’elle était aussi accompagnée de ses enfants.

Le président Torchi l’interroge ensuite sur le moment et les circonstances de l’arrestation de Jamila B. Celle-ci, convoquée par la BNPJ, a été arrêtée sur la route entre Oujda et Casablanca. On l’accuse d’avoir organisé, voire ordonné cette arrestation.

“Une personne de la famille m’a informé que Jamila B. prévoyait de se rendre à Casablanca pour se cacher chez une amie”, explique Abdenbi Bioui.

– “Saviez-vous qu’un avis de recherche avait été lancé contre elle ?”, demande le président Torchi.

– “Mon avocat à Casablanca, Me Benmalek, m’a dit que les procédures étaient faites. C’est mon avocate à Oujda, Me Faraji, qui m’a informé de l’émission de l’avis de recherche à Oujda”, répond l’accusé.

“Je ne vais pas le corrompre pour des faits vieux de dix ans”

Il est ensuite interrogé sur sa relation avec le policier Saïd T., également accusé dans cette affaire. Il était en charge de l’enquête sur le vol imputé à Jamila B. “Je l’ai rencontré au moment des faits, puis je l’ai revu lors des événements de Jerada. En 2023, il m’a demandé de l’aider à trouver un logement à Saïdia. Je lui ai donné le contact d’un agent immobilier à qui je confie mes appartements via une agence. Mais cet agent ne gérait pas que mes biens”, explique Abdenbi Bioui

– “Cet agent lui a-t-il loué votre appartement gratuitement pendant une semaine ?”, demande le magistrat.

-“Je n’ai pas eu le temps de vérifier si l’agent a été payé, l’enquête avait commencé. Mais sachez que si j’avais croisé Saïd T., je n’aurais pas accepté d’être payé. De toute façon, je ne vais pas le corrompre avec une location à 6.000 ou 7.000 DH pour des faits vieux de dix ans !”, répond-il.

15h54. Sur les accusations de coups et blessures visant le frère de Samia M., Abdellatif, le président Torchi cite plusieurs témoins. Selon eux, c’est Abdenbi Bioui qui leur aurait demandé de témoigner contre Abdellatif, pour qu’il soit condamné. Ils affirment qu’il a tout organisé. L’un d’eux, aussi mis en cause dans l’affaire, a été appelé à la barre et a confirmé ces propos face au juge. Il affirme avoir présenté un faux témoignage à la demande d’Abdenbi Bioui, contre Abdellatif M.

“Je ne les connais pas. Et ce n’est pas ce qu’ils ont dit devant le juge d’instruction. J’en connais un depuis son enfance. Il a menti contre moi, pensant que je lui avais bloqué des camions. Aujourd’hui, je vous demande de le convoquer pour qu’il prête serment. S’il confirme ses accusations, alors considérez que tout ce qu’on dit sur moi est vrai”, déclare-t-il, sûr de lui.

Plainte et désistement en cinq jours

Le président Torchi revient sur le cas de Samia M. À l’écran, un désistement apparaît, légalisé au consulat du Maroc à Paris, signé par l’intéressée le 1er juillet 2013. Pour rappel, la plainte d’Abdenbi Bioui contre sa belle-mère date du 25 juin 2013, soit cinq jours plus tôt. Un enchaînement qui interpelle, mais Abdenbi Bioui ne se démonte pas.

“Si elle avait été contrainte à l’époque, pourquoi aurait-elle réaffirmé ce désistement en 2024 ? J’étais en prison, je ne pouvais exercer aucune pression sur elle”, argumente-t-il.

-“Dans quelles conditions s’est-elle alors désistée ?”, demande le président Torchi.

– “C’est son avocat, Me Zehaf, qui a informé le mien que c’était dans le cadre d’une médiation entre les parties”, répond l’accusé.

– “Cette médiation a-t-elle été consignée ? Avez-vous mandaté un avocat ?”, relance le président.

– “C’est elle qui a établi le document. Elle n’a mandaté personne. Elle l’a juste transmis par son avocat”, affirme Abdenbi Bioui.

Mais le juge Torchi insiste : “Pourquoi s’est-elle désistée à cette date précise ?”

“Elle a compris que j’étais de bonne foi”, affirme Abdenbi Bioui. Il ajoute que son ex-femme a même proposé de fournir “tout autre document pour aider”.

Mais le président Torchi lui rappelle que Samia M. a été entendue par la police judiciaire le 29 août 2023. Ce jour-là, elle a déclaré s’être désistée uniquement “pour permettre à sa mère de sortir de prison, où elle était placée injustement”.

“Mais un an plus tard, elle a confirmé son désistement. Elle aurait pu revenir dessus, mais elle ne l’a pas fait. À ce moment-là, ni sa mère ni son frère n’étaient en prison. Moi, si”, répond Abdenbi Bioui.

16h30. Le président Torchi lève l’audience. L’affaire est renvoyée au jeudi 26 juin.

LIRE AUSSI : Notre dossier “Affaire Bioui – Naciri” 

 

Ce qu’a répondu Saïd Naciri en 18 heures d’audition

Dix-huit heures. C’est le temps qu’aura passé Saïd Naciri à plaider sa cause devant la cour d’appel de Casablanca, entre le 11 avril et le 30 mai 2025. Lors de sa première comparution, il ne s’est exprimé que cinq minutes. Mais au fil des six audiences suivantes, chacune de ses interventions s’est étirée sur près de trois heures.

Il a pu répondre des différents faits qui lui sont reprochés. Du faux et usage de faux au trafic de drogue, en passant par le recel et la spoliation de biens, ou plutôt de l’escroquerie.

C’est d’ailleurs ce dernier volet qui a largement dominé les débats. À l’inverse, la question du trafic international de drogue a été à peine effleurée. Pourtant, Saïd Naciri était désigné comme le logisticien du réseau dirigé par le « Malien », ancien trafiquant devenu principal témoin à charge dans cette affaire.

Mais devant la cour d’appel, ce volet n’a finalement occupé qu’une place marginale. C’est plutôt la fameuse villa située à Californie, à Casablanca, qui a été au cœur de discussions interminables. D’autres éléments ont également retenu l’attention, comme les voitures du « Malien » entreposées dans le complexe Benjelloun du Wydad, ou encore la très commentée Mercedes Classe S 350.

Pour chaque accusation portée contre lui, Saïd Naciri s’est défendu, a argumenté et n’a pas hésité à user de sarcasme pour clamer son innocence.

Depuis le 12 juin, la cour d’appel de Casablanca s’intéresse à un autre principal accusé : Abdenbi Bioui. La phase dédiée à l’audition de Saïd Naciri est donc clôturée. Cela dit, il pourrait encore être interrogé si la cour le juge nécessaire, notamment dans le cadre d’une confrontation avec les témoins. C’est d’ailleurs une procédure qu’il a réclamée à de nombreuses reprises.

En attendant, voici ce qu’il a déclaré pour se défendre.

Une seule villa, une myriade de propriétaires

Au sujet du faux et usage de faux, Saïd Naciri a été interrogé à différentes reprises. Dès la première fois qu’il a été appelé à la barre, il a assuré qu’ »aucun élément ni déclaration ne viennent confirmer les éléments qu’on me reproche”. Au contraire, il estime que les documents qui sont fournis par Hadj Ben Brahim (alias le Malien) sont des pièces falsifiées et non pas les siennes.

En matière d’escroquerie ou de spoliation de biens (villas, appartements et voitures), Saïd Naciri réfute tout.

À propos de la villa, un rappel du contexte s’impose. Selon Ben Brahim, la villa lui a été vendue, à 33 MDH, par Abdenbi Bioui à travers un acte sous-seing privé, en 2013.

Or, la même année, Abdenbi Bioui l’avait vendue, à 16,5 MDH, à son beau-frère Belkacem Mir, à travers un acte pardevant notaire. Il n’était pas le propriétaire réel du bien, mais mandaté par son ex-femme. D’ailleurs, celle-ci l’accuse d’avoir falsifié cette procuration.

Ben Brahim affirme avoir vécu dans cette villa aux côtés de son épouse, Latifa Raafat, jusqu’en 2014. Ensuite, et jusqu’en 2019, c’est sa compagne qui y a logé. Pour prouver cela, il présente une facture d’eau et d’électricité que la Cour a affichée devant Saïd Naciri en avril dernier.

Mais la version de celui-ci est totalement différente. Et il présente une attestation de la SRM (qui a remplacé Lydec à Casablanca) selon laquelle sa société, Prado, a souscrit un abonnement à l’eau et à l’électricité en novembre 2017. Et que, entre 2014 et cette date, aucun contrat n’existait.

La justice fait face à deux documents différents qui prouvent les propos de chacun. Elle devra démêler le vrai du faux.

Saïd Naciri atteste également n’avoir « aucun lien avec le contrat entre Bioui, son ex-femme et Belkacem Mir. Je n’étais pas là le jour de la vente et je n’en ai jamais été informé ».

Concernant la procédure à travers laquelle il a lui-même acquis la villa, Saïd Naciri indique qu’en 2017, il a signé un acte de principe au nom d’une personne intéressée par le bien. Il s’agit, selon ses dires, de Ahmed Ahmed, alors président de la CAF. “En 2018, cette personne s’est désistée. J’ai alors lancé les travaux, qui ont duré jusqu’en 2020. Mais la signature de l’acte final date de 2019. Ce délai s’explique par le fait que Belkacem Mir, le propriétaire de la villa, n’a accepté de transférer la villa à mon nom qu’à condition que je paie la totalité du prix. J’ai tardé à régler, car l’argent initialement prévu a été utilisé ailleurs (…). L’argent dont je disposais en 2018 est un cadeau de 18 millions de dirhams d’un citoyen saoudien. Il a finalement servi à l’achat du [centre, ndlr] Wellness au bénéfice du Wydad”.

Mercedes, Hyundai et appartements

Mais cette villa n’est pas le seul bien à avoir été spolié à Hadj Ben Brahim, selon les dires de ce dernier. Le Malien accuse Saïd Naciri de lui avoir vendu ses appartements à son insu et sans son autorisation. Et ce, après avoir acquis auprès de lui cinq appartements. Mais Saïd Naciri réfute et assure n’en avoir acheté que deux, en contrepartie d’une Mercedes Classe S 350.

Autrement dit, Saïd Naciri a remis cette voiture au « Malien » qui ne l’a pas payée comme convenu. Il lui a ensuite proposé de transmettre à son nom deux appartements à Saïdia.

“Il n’y a aucun document qui prouve que j’ai acquis autant de biens auprès de lui. Si l’on me donne une seule preuve à ce sujet, la cour peut alors me condamner à mort !« , avait déclaré Saïd Naciri lors de l’audience du 25 avril dernier.

Au sujet de ce fameux véhicule, dont Ben Brahim prétend être le propriétaire réel, Saïd Naciri se défend en utilisant une faille dans les propos de Latifa Raafat, mais aussi en présentant des documents à la cour.

“La Mercedes est un modèle de 2014, mais Latifa Raafat prétend l’avoir conduite en 2013 ! Voici la preuve du paiement et la carte grise à mon nom indiquant la date de mise en circulation en juin 2014”, a-t-il déclaré à la cour.

L’ancien président du Wydad s’est également exprimé sur des véhicules de la marque Hyundai, dont le « Malien » revendique la propriété. L’une de ces voitures a été remise au cheikh de la zaouia Naciria comme cadeau. Selon Saïd Naciri, ce cadeau a été offert par Ben Brahim lui-même.

 

Concernant le deuxième véhicule, Saïd Naciri déclare, le 16 mai dernier : “C’est l’une des voitures que j’ai achetées chez Hadj Ben Brahim, mais qui n’a jamais été transmise à mon nom. Ce jour-là, la police m’a appelée et m’a demandé la voiture [Hyundai, ndlr], objet de l’enquête. Je leur ai dit qu’elle était disponible. Mais pour l’avoir sous la main afin de la soumettre à la police, je devais la récupérer de chez Abdelilah A. J’ai demandé à Abdelhak A. de la récupérer et de la mettre en lieu sûr. Elle était d’ailleurs en plein boulevard, devant un commissariat. Si je voulais la cacher, je ne l’aurais pas mise devant un commissariat”.

La troisième voiture, de la même marque, a été remise à son fils, Z. Naciri.

Il convient de préciser que les documents officiels de chacune de ses voitures étaient au nom de Ben Brahim. Saïd Naciri ne s’est pas expliqué sur le non-transfert de propriété.

Trafic de poudre de perlimpinpin

En matière de trafic de drogue, Saïd Naciri a réfuté être le logisticien de ce réseau international, ni même d’en faire partie. “Si j’avais facilité la logistique auprès d’une patrouille, les membres de celle-ci devraient être parmi nous », a-t-il déclaré le 25 avril dernier.

Il répond également à des déclarations de Latifa Raafat devant la police judiciaire. Elle affirme avoir vu Hadj Ben Brahim remettre à Saïd Naciri une somme importante dans un sac, dans le but de la blanchir.

Saïd Naciri conteste cette version : “Elle est revenue sur ses propos devant le juge d’instruction, affirmant ne pas avoir assisté à la scène, mais l’avoir apprise par son ex-mari”, a-t-il déclaré.

Autre argument avancé par Saïd Naciri : “Si Ben Brahim était capable de me confier une telle somme [deux millions de dirhams, ndlr] pour la blanchir, pourquoi aurait-il sollicité une aide de 20.000 dirhams une fois incarcéré ?”.

Cette question rhétorique posée par l’accusé peut être résolue par différentes hypothèses. D’un côté, cela peut sembler logique et aller dans le sens d’une fausse accusation de Ben Brahim. Mais une autre hypothèse peut jouer contre Saïd Naciri : peut-être que cela confirme que tous les biens de Ben Brahim ont été confiés ou placés sous le contrôle de Saïd Naciri. Ne recevant plus d’argent alors qu’il était en détresse, Ben Brahim aurait compris qu’il était abandonné par son acolyte.

Ben Brahim est un baron de la drogue connu de la justice marocaine, condamné à dix ans de prison ferme pour participation à un trafic de drogue, à la suite d’une saisie de 40 tonnes de chira. Il manipulait donc de grosses sommes, mais une fois en prison, il se retrouve sans ressources et dépend, comme tout détenu, de l’aide extérieure.

Direction Bamako ?

La cour a interrogé l’ex-président du Wydad sur son rôle dans le transfèrement de Hadj Ben Brahim. Placé en détention à El Jadida en 2019, ce dernier a demandé à Saïd Naciri un soutien financier ainsi qu’une aide pour son transfert au Mali.

“Je lui ai dit, à lui comme à sa femme, de déposer une demande, en espérant que l’issue leur soit favorable, si Dieu le veut (…). J’ai bien précisé, dans la suite de la conversation [téléphonique avec Ben Brahim, ndlr] que je n’avais payé personne”, a déclaré Saïd Naciri, assurant n’avoir soudoyé personne pour aider Ben Brahim à être transféré au Mali.

Un autre sujet a suscité de vives discussions durant les audiences : les voitures du « Malien » entreposées au complexe Benjelloun du Wydad, relevant du recel de biens issus d’une infraction.

Ces voitures, de la même marque et appartenant à l’entreprise du « Malien », sont les mêmes que celles saisies avec 40 tonnes de chira. De quoi se poser plusieurs questions : Saïd Naciri est-il complice ? Les a-t-il cachées dans le parking du Wydad ? Selon lui, cela ne le concerne pas.

Il assure que c’est un ami à lui, un certain Mohamed M. qui les avait achetées auprès de Ben Brahim. Mais en attendant d’ouvrir son showroom, il ne disposait d’aucun lieu pour les entreposer. Saïd Naciri lui avait donc permis de les laisser dans le parking du Wydad. Mais il assure que cette opération ne le concerne pas et qu’il n’est pas l’associé de ce Mohamed M., décédé depuis.

L’argent du Wydad

Enfin, Saïd Naciri a également livré son éclairage sur ses comptes bancaires et sur sa gestion des comptes du Wydad. Un grand mystère pour beaucoup de personnes à l’époque.

Il convient de rappeler que Saïd Naciri avait été élu président du club en 2014, alors que celui-ci traversait une crise financière. Son arrivée avait permis de stabiliser le WAC et de le remettre sur pied. Il est resté à sa tête près d’une décennie.

Son compte bancaire personnel durant cette période-là (2014-2023) a donc été analysé. Il affiche un total de dépôts de près de 90 millions de DH.

Le 23 mai dernier, il s’explique : “Il faut préciser que chacune de ces sommes s’étale sur douze mois. Ce ne sont pas des dépôts directs. Et il ne faut pas oublier que ces chiffres commencent en 2014, mais qu’à l’époque j’avais 45 ans, j’avais déjà mes sociétés, etc. Ce que je dois vous expliquer, c’est d’où vient cet argent et où il va. Et c’est ce que je vais faire. Mais d’abord, je vous présente un document d’un compte bancaire où je suis déficitaire à hauteur de 81.000 DH. Et je précise qu’avant 2014, mon compte était normal”.

Et d’ajouter : “Entre 2015 et 2023, j’ai déposé 52 millions de DH sur les comptes de l’association du Wydad Athletic Club. Et puisque la société sportive n’a été activée qu’en 2019, j’ai déposé, entre 2020 et 2025, 32 millions de DH sur le compte de la société sportive. Soit un total de 84 millions de DH”.

“Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad. Voici les documents bancaires qui le prouvent”, a-t-il assuré lors de la même audience.

Concernant l’origine de cet argent, Saïd Naciri raconte : “Avant de me présenter à la présidence, la situation du club était connue de tous. Le président sortant avait dit qu’il voulait quitter, mais qu’il y avait une lourde dette. Je ne pouvais pas travailler sans argent. J’ai donc rassemblé plusieurs amis, 50 ou 55, chez un autre ami qui a organisé un dîner. J’ai récolté des dons ce soir-là”.

Saïd Naciri : “J’ai reçu 18 MDH et si je donne le nom du donateur, il y aura un scandale”

Nouvelles révélations de Saïd Naciri durant l’audience du vendredi 30 mai. L’ex-président du Wydad et du Conseil préfectoral de Casablanca indique avoir reçu, en 2018, un cadeau de 18 millions de DH de la part d’un citoyen saoudien.

Si le procureur s’interroge sur le lien entre ce “cadeau” et le transfert de l’ancien joueur du Wydad et ex-international marocain, Achraf Bencharki, Saïd Naciri assure que les deux transactions n’ont aucun lien.

Sans révéler l’identité du citoyen saoudien, pour éviter un “scandale”, Saïd Naciri indique avoir acheté le centre Wellness du Wydad avec cet argent-là.

D’autres éléments ont marqué cette audience. Il s’agit des tensions entre le procureur général du Roi et les avocats de Saïd Naciri. Des tensions qui ont été rapidement apaisées, après une suspension de l’audience.

Celle-ci marque également la fin de l’audition de Saïd Naciri. Il sera encore interrogé par les avocats de la défense si le président Torchi le juge nécessaire. Mais, l’accusé a d’ores et déjà remercié la cour et appelé à une justice équitable. Voici ce qui a été dit.

Des échanges douteux

10h07. L’audience n’a pas encore commencé, mais comme à chaque fois, les accusés sortent du box pour saluer leurs avocats. L’instant est bref, mais précieux : certains en profitent pour échanger un regard ou un geste avec leurs proches, postés de l’autre côté de la salle. Pour la première fois et pour un bref instant, l’on aperçoit Abdenbi Bioui à l’extérieur du box.

Trois minutes plus tard, la sonnerie retentit. La présence se lève à l’entrée de la formation appelée à statuer sur l’affaire, conduite par le juge Ali Torchi. Celui-ci appelle Saïd Naciri à la barre et relance le fil des enregistrements téléphoniques entre lui et Hadj Ben Brahim.

Ces éléments ont déjà fait l’objet de longues discussions lors d’audiences précédentes. Mais, ce vendredi 30 mai 2025, le président Torchi en ajoute un nouveau : une conversation entre Saïd Naciri et Fadwa A., compagne de Hadj Ben Brahim, datée du 13 novembre 2021.

— Président Torchi : “Vous lui dites ‘est-ce que tu as fait la demande’ et elle vous répond que oui, qu’elle vous l’a envoyée sur WhatsApp. De quoi s’agit-il ici ?”

— Saïd Naciri : “De son frère, Rachid”.

— Président Torchi : “Dans ce cas, pourquoi lui dites-vous ‘dites à Hadj que tout se passera bien’ ?”

— Saïd Naciri : “Je ne sais plus… Ah ! C’était à propos de l’argent qu’il me demandait, pour l’aider”.

— Président Torchi : “Mais vous parlez de document, pas d’argent (…). Ensuite, vous ajoutez ‘ce dont on a parlé l’autre jour, c’est ok’. De quoi s’agit-il encore ?”

— Saïd Naciri : “De son frère”.

— Président Torchi : “À Hadj Ahmed Ben Brahim, vous dites ‘on y travaille’. Expliquez”.

— Saïd Naciri : “Cette personne voulait être transférée…”. L’accusé est interrompu par le magistrat.

— Président Torchi : “Mais il a déjà fait la demande auprès des parties concernées. Quel travail faites-vous, alors ?”

— Saïd Naciri : “Je lui ai dit que je n’ai payé personne, mais que je me renseigne pour l’aider, et que je souhaite que Dieu fasse bien les choses. C’est une expression que tous les Marocains utilisent”.

Un début d’audience tendu

10h48. Le président Torchi passe la parole au procureur général du Roi, qui interroge Saïd Naciri sur la villa située dans le quartier Californie, à Casablanca.

Saïd Naciri affirme avoir acheté la villa en 2019, mais y être entré dès 2017, avec les clés remises par le propriétaire lui-même, Belkacem Mir, au Club du Wydad. Il mentionne la présence de plusieurs personnes ce jour-là, dont Maha K.I., responsable RH du Wydad, le chauffeur de Belkacem Mir et un directeur du club.

Entre les questions du procureur général du Roi, le président Torchi intervient par moments. Il s’interroge sur la présence de témoins lors de ce qui semble être une transaction immobilière. “Vous vous assuriez d’avoir des témoins ?”, demande-t-il à l’accusé. Ce à quoi Saïd Naciri rétorque : “J’achetais la villa, je ne la volais pas”.

Le représentant du parquet enchaîne les questions sur la villa, pourtant déjà abordées lors de précédentes audiences. Il n’explique pas encore son raisonnement, mais cette répétition exaspère les avocats de l’accusé.

“Quelle est la date exacte de votre entrée dans la villa en tant que propriétaire ?”, “qui vous a donné les clés ?”, “y avait-il des personnes avec vous ?”, “le personnel de la villa était-il le vôtre ?”, “qui vous a ouvert la porte ?”, “qui était dans la villa lorsque vous êtes arrivé ?”, etc. Mais la question qui fait bondir les avocats de Saïd Naciri, c’est : “Comment avez-vous introduit l’eau et l’électricité à la villa ?”.

“De quoi la défense a-t-elle peur ?”

11h11. Me Messaoudi, avocat de Saïd Naciri, prend la parole : “On s’oppose à toutes ces questions car notre client y a déjà répondu. Est-ce qu’on cherche à le piéger ?”

Le procureur du Roi réagit aussitôt : “Nous ne posons pas ces questions sans raison. Écoutez, Monsieur, la raison…”. Il est interrompu par l’avocat furieux. Me Messaoudi proteste : “Ne me dites pas écoute !”, lui lance-t-il de manière répétitive. Il est rejoint, dans sa fureur, par ses confrères. Ils sont une dizaine à défendre Saïd Naciri.

Les voix montent, les échanges se tendent. Et le président intervient : “La défense redoute-t-elle que la vérité éclate ?”.  Nouvelle salve d’indignations du côté des avocats.

Un autre avocat de Saïd Naciri réplique : “Ces questions, il y a déjà répondu. Si c’était nous qui les posions, le président nous aurait arrêtés.

Le président relance : “S’il a déjà répondu et qu’il est prêt à le faire à nouveau, de quoi la défense a-t-elle peur ?”

Les cris l’emportent, étouffant toute parole. Le président suspend l’audience et quitte la salle, suivi de ses conseillers et du procureur général du Roi.

Trente minutes plus tard, l’audience reprend. L’un des avocats de Saïd Naciri prend la parole pour calmer les esprits, tandis que le président Torchi invite l’accusé à revenir à la barre.

Le représentant du parquet tient à préciser qu’il n’a jamais voulu offenser la défense et qu’un but précis guide ses questions. “Je ne m’adresse pas directement à l’accusé, bien que la loi me le permette. Je passe par le président, qui décide lesquelles retenir. Ce sont alors ses questions. Je présente mes excuses à la cour et à l’assistance. Je voulais savoir comment l’eau et l’électricité ont été raccordées avec une autorisation du notaire, alors que, d’après le dossier, ce dernier n’est intervenu qu’en 2019. Comment a-t-il pu agir avant, dans une transaction qui n’était pas encore finalisée ?”.

“J’ai reçu un cadeau de 18 millions de DH”

Saïd Naciri répond enfin à la question du procureur général du Roi : “En 2017, j’ai signé un acte de principe au nom d’une personne intéressée par la villa. En 2018, elle s’est désistée. J’ai alors lancé les travaux, qui ont duré jusqu’en 2020. Mais la signature de l’acte final date de 2019. Ce délai s’explique par le fait que Belkacem Mir, le propriétaire de la villa, n’a accepté de transférer la villa à mon nom qu’à condition que je paie la totalité du prix. J’ai tardé à régler, car l’argent initialement prévu a été utilisé ailleurs. J’ai donc dû attendre la vente du bien dans lequel je résidais, et que j’avais acquis en 2013 auprès de Salaheddine Aboulghali. Cette vente a eu lieu en mai 2019. J’ai ensuite pu finaliser le paiement. L’argent dont je disposais en 2018 est un cadeau de 18 millions de dirhams d’un citoyen saoudien. Il a finalement servi à l’achat du [centre, ndlr] Wellness au bénéfice du Wydad”.

— Procureur général du Roi : “Quelle est la raison de ce cadeau ?”.

— Saïd Naciri : “Je suis prêt à fournir les noms si la cour le souhaite, mais je précise que cette personne est un ami du Maroc”.

— Procureur général du Roi : “Nous voulons juste connaître la raison”.

— Saïd Naciri : “Je lui ai rendu un service. Si la cour n’est pas convaincue par ma réponse, je peux fournir plus de détails”.

— Procureur général du Roi : “Ce cadeau n’était-il pas une contrepartie pour le transfert du joueur Achraf Bencharki ?”

— Saïd Naciri : “Non, ce transfert à Al Hilal est sans lien”.

— Procureur général du Roi : “C’est une coïncidence que ce cadeau ait eu lieu en même temps que le transfert ?”

— Saïd Naciri : “Cela n’a rien à voir. Je pourrais donner des détails et des noms, mais cela risque de provoquer un scandale”.

Voiture, appartements et géolocalisation

Le procureur général du Roi balaie plusieurs sujets à la suite, revenant sur des points déjà discutés, sans lien apparent entre eux, ce qui donne à l’audience un rythme décousu mais intense.

— “Avez-vous déjà dit à Hadj Ben Brahim qu’il ne faisait pas l’objet d’un mandat d’arrêt au Maroc ?”, demande le représentant du parquet.

— “Pourquoi l’aurais-je fait, et comment aurais-je pu le savoir ? Je n’en ai entendu parler qu’en 2023”, lui répond l’accusé.

— Procureur général du Roi : “Abdelwahed Chaouki, avait-il les clés de l’appartement de Mohammédia ?”

— Saïd Naciri : “Oui. Et il ne me les a pas rendues”.

— Procureur général du Roi : “Concernant la voiture achetée auprès de Fajrine Auto [Mercedes Classe S 350, ndlr], comment a-t-elle été payée ?”

— Saïd Naciri : “J’ai fourni toutes les preuves : date, moyens de paiement, etc. Même le vendeur confirme qu’il me l’a vendue à moi, contrairement à ce que dit Hadj Ben Brahim”.

— Procureur général du Roi : “Le vendeur a aussi déclaré que vous ne lui aviez pas réglé la totalité, donc il l’a revendue à quelqu’un d’autre”.

— Saïd Naciri : “J’ai prouvé avoir payé la totalité”.

— Procureur général du Roi : “L’appartement à Hay Fath à Rabat vous appartenait-il ou à la société AKAP ?”

— Saïd Naciri : “Le titre foncier est au nom de ma société AKAP depuis 2015. Lui [Hadj Ben Brahim, ndlr] était en prison. Je souhaite juste être confronté à quelqu’un de raisonnable”.

— Procureur général du Roi : “Wissam N., vous avez échangé avec lui par téléphone à plusieurs reprises. Qui est-ce ?”

— Saïd Naciri : “Il travaillait pour Hadj Ben Brahim, mais je ne l’ai pas vu depuis 2016. Comment a-t-il pu témoigner contre moi par Zoom, sans fournir de numéro de téléphone, de passeport ou de lieu de résidence ? Ce que je sais, c’est qu’il est décédé dans un accident de voiture”.

— Procureur général du Roi : “Selon les données de géolocalisation, vous étiez près de la villa appartenant à Latifa Raafat, épouse de Hadj Ben Brahim, le 17 décembre 2013 vers 22h37. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?”.

— Saïd Naciri : “Premièrement, ce 17 décembre, Latifa Raafat prétend avoir organisé un dîner pour des invités de son mari venus les féliciter pour leur mariage. Sauf qu’à cette époque, ce n’était pas son mari, mais son compagnon. J’ai déjà démontré qu’ils n’étaient pas mariés à ce moment-là”.

“Ensuite, la police judiciaire m’a d’abord parlé du 28 décembre. Je leur ai expliqué que ce n’était pas possible, car elle était en dehors du Maroc ce jour-là. Ils m’ont alors dit qu’il y avait eu une erreur et que c’était en réalité le 17 décembre. Voici donc les preuves qui montrent que je n’étais pas chez elle : j’étais au Sofitel, où j’ai effectué deux paiements avec ma carte bancaire, et puis, à 23h30, j’étais au Hyatt Regency pour dîner. Je n’ai pas dîné chez Latifa Raafat, et voici la preuve du paiement du dîner”, explique l’accusé.

À propos de ce dîner, Saïd Naciri évoque un repas à la “Maison Berbère”, à Zagora, entre Latifa Raafat et Hadj Ben Brahim. Selon lui, c’est lui qui a réglé l’addition de ce dîner en tête-à-tête, le 29 novembre 2013. “Même le serveur, qui s’appelle Bassou, est prêt à témoigner”, assure Saïd Naciri, sans expliquer la pertinence ni l’importance de ce dîner ou du paiement qu’il a effectué.

“Quant à la géolocalisation, on me dit qu’en plus de moi, six personnes se trouvaient sur place. Pourquoi ne croit-on que leurs déclarations ? Il faudrait faire comme pour moi : géolocalisez leurs téléphones”, lance Saïd Naciri.

“La Bentley, je l’ai eue après 35 ans de travail”

12h37. Le procureur général du Roi l’interroge ensuite sur la gestion des comptes du Wydad Athletic Club. “Après être devenu président en 2014, vous avez fermé le compte du club en juillet et en avez ouvert un en septembre. Comment les comptes étaient-ils traités durant ces mois ?”

— Saïd Naciri : “Quel compte ai-je fermé ? J’ai ouvert un compte au nom de mon fils avant de devenir président, le 13 juin 2014. Voici les documents, avec une procuration qui m’a été donnée par lui. Le 2 octobre 2023, un expert-comptable a établi qu’il n’y a aucun fait criminel dans nos comptes. J’aimerais qu’on remonte mes comptes jusqu’en 1990, car on me parle comme si j’étais né en 2014.

“J’avais un supermarché rue de Rome, au bd 2 Mars, ainsi qu’un café dans le même quartier. J’avais une pâtisserie à Roches Noires et deux magasins à Derb Ghallef. La Bentley, je l’ai eue après trente-cinq ans de travail”.

— Procureur général du Roi : “Étiez-vous avec Abdenbi Bioui quand il a rencontré Samira F. ?”

— Saïd Naciri : “Cette Samira F. est un fantôme”.

Le président Torchi intervient et lui rappelle que la question est « avez-vous assisté à cette rencontre ?”. “Non”, répond Saïd Naciri.

La défense veut convoquer les témoins

Le président Torchi demande au représentant de l’administration des Douanes (partie civile) s’il a des questions. La réponse est non. Il donne alors la parole à la défense, et Me Jadoui pose les questions au nom de tous les avocats de Saïd Naciri.

— Me Jadoui : “Dans un PV de la police judiciaire, il est indiqué que Saïd Naciri a communiqué par téléphone avec le numéro +221 78 30*** [nous ne dévoilons pas le reste pour préserver l’anonymat de la personne, ndlr]. Et que ce numéro était utilisé par Hadj Ben Brahim. Vrai ou faux ?”

— Saïd Naciri : “C’est un numéro sénégalais. Franchement, je n’ose pas dire à qui il appartenait. Il s’agit d’une personne qui siège, à ce jour, à la Fédération sénégalaise. Je ne veux pas dire de qui il s’agit”.

— Me Jadoui : “Qui est Fatima Zahra B. ?”

— Saïd Naciri : “Je ne l’ai jamais vue”.

— Me Jadoui : “Qui est Hicham E.O. ?”

— Saïd Naciri : “Je ne le connais pas”.

Me Jadoui présente alors une requête à la cour : “On peut dire ce qu’on veut des morts, mais les vivants peuvent se défendre. Je demande l’application de l’article 424 du Code de procédure pénale pour convoquer ces personnes. Nous n’avons pas peur de la vérité”.

Me Meskini, comprenant que le président Torchi s’apprête à clore l’audition de son client, se joint à la demande de son confrère. Il invoque l’article 422 du même texte pour solliciter la convocation de personnes ayant témoigné contre son client en amont du procès. Il s’agit de :

Saïd Naciri, de son côté, insiste pour verser au dossier “plus de 1.000 copies de chèques” tirés de ses comptes et de ceux de son fils. “S’il y a la moindre irrégularité, je suis prêt à m’en expliquer”.

13h14. Enfin, il s’adresse au président Torchi dans un dernier mot : “Je demande pardon à la cour si j’ai dérangé ou si j’ai été lourd. J’espère avoir pu vous rapprocher de la vérité. Et j’espère que je vais obtenir mon droit dans la justice équitable. Merci à la justice !”.

Il termine sous les applaudissements d’une partie de l’assistance. Le président recadre aussitôt : “Ce n’est pas le lieu pour les applaudissements ! On n’est pas dans un match de foot. Si vous voulez applaudir, sortez dehors pour le faire”. Il lève alors l’audience. La prochaine est fixée au 12 juin.

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Ce qu’il faut retenir

– Saïd Naciri continue de réfuter les accusations à son encontre et clame son innocence.

– L’accusé révèle avoir reçu un don de 18 millions de DH de la part d’un citoyen saoudien et préfère ne pas dévoiler les raisons pour éviter “un scandale”.

– Après avoir été auditionné par le président Torchi, c’est au tour de ses avocats de poser des questions.

– La prochaine audience du procès de Saïd Naciri aura lieu le 12 juin 2025.

Les preuves de Saïd Naciri contre des ex-employés du WAC

Saïd Naciri a-t-il renvoyé les employés du WAC qui ont témoigné contre lui ? Selon l’intéressé et sa défense, la réponse est non. L’ex-président du Wydad et du Conseil préfectoral de Casablanca a indiqué, durant l’audience du 16 mai dernier, que d’anciens employés avaient faussement témoigné contre lui en 2023 et déclaré avoir été renvoyés en guise de représailles.

Lors de cette même audience, Saïd Naciri a présenté des documents à la cour pour étayer ses dires. Médias24 en a obtenu des copies. Que disent ces documents ? Et quel en est l’impact sur l’affaire ?

D’anciens employés rancuniers ?

Lors de l’audience du 16 mai 2025, Saïd Naciri a tenté de démolir la crédibilité de plusieurs témoins, dont trois qui avaient prétendu, devant la police judiciaire, être des employés du WAC au moment de leur audition en 2023. Leurs témoignages, non détaillés par la cour, portaient sur les véhicules appartenant au trafiquant de drogue Hadj Ben Brahim, alias Escobar du Sahara, qui avaient été entreposés dans les locaux du WAC.

Ces trois personnes sont :

Or, selon les documents consultés par nos soins, aucun de ces trois individus n’était en poste au club au moment de leur témoignage. En revanche, cela ne remet pas en doute la possibilité qu’ils aient été témoins de quelque chose au moment des faits, soit en 2014.

En effet, Fatima A. avait été renvoyée en 2019, tandis que Abdelhak A. travaillait pour Saïd Naciri à titre personnel, et que Abdellah A. était son beau-frère (mari de sa sœur) et à la fois son coursier personnel.

Mais le cœur de la défense de Saïd Naciri repose sur un argument central : ces témoins ont menti sur leur lien avec le club au moment des faits, ils ont donc menti sur le reste. Et pour prouver leur mensonge, Saïd Naciri a ressorti des documents des archives et fait appel au président actuel du club, Hicham Aït Menna.

Les preuves de Saïd Naciri

Le document le plus récent est une déclaration signée le 29 avril 2025 par Hicham Aït Menna, président actuel du WAC, certifiant que :

Saïd Naciri soutient même que l’un des témoins a avoué à sa famille avoir livré un faux témoignage sous l’influence de Fatima A. (entre autres), qu’il accuse de manipulations. Pour l’ancien président, il suffit de prouver que ces témoins ont menti sur ce point pour remettre en cause l’ensemble de leurs déclarations.

Il ne s’agit cependant pas d’un jeu du tout ou rien. Car certaines informations rapportées par les témoins peuvent être partiellement exactes. Abdelhak A., bien qu’il ne soit pas employé du WAC, était au service personnel de Saïd Naciri, selon les déclarations de ce dernier. Cela signifie que Abdelhak A. pouvait avoir été témoin de faits en lien avec le club, dont le président est son employeur.

Idem pour Abdellah A., le beau-frère de l’accusé qui, selon ce dernier, lui rendait régulièrement des services de coursier. Il a donc pu, lui aussi, assister à des événements compromettants ou douteux au sein du club. Quant à Fatima A., elle travaillait bel et bien au club en 2014, puisqu’elle n’a été renvoyée qu’en 2019. Cela signifie qu’elle peut témoigner de faits datant des années précédant son licenciement.

La défense de Saïd Naciri mise toutefois sur une ligne claire : montrer que les témoins n’étaient pas légitimes, et qu’ils ont menti sur leur statut, ce qui les décrédibilise. L’ancien président a insisté à l’audience : “Elle [Fatima A.] prétend avoir été renvoyée en 2023, après avoir témoigné contre moi, mais c’est faux”. Il affirme s’appuyer sur quinze employés actuels du club pour confirmer sa version.

Les documents produits étayent sa thèse : procès-verbal d’audition de 2019, convocation par huissier, lettre de licenciement, etc.

Une lettre d’août 2019 de l’avocate Samira Hamdi, agissant pour le compte du WAC, reproche à Fatima A. des fautes professionnelles graves, comme la dissimulation d’e-mails cruciaux dans des litiges avec des joueurs (Chikatara, Quintana, Jebor) et la délivrance irrégulière d’autorisations de sortie.

Un autre document, daté du 17 septembre 2019, mentionne une faute ayant coûté au club 873.000 dirhams, à cause d’une négligence dans le traitement d’une décision de la FRMF concernant le joueur Zouhair Laaroubi.

La faute grave de Fatima A.

Étant chargée de traiter les e-mails des différentes instances de football au Maroc et à l’étranger, Fatima A. avait pour mission de transmettre les informations aux services concernées, notamment le juridique et l’administratif. Dans cette affaire qui concerne Zouhair Laaroubi, la commission de règlement des litiges de la FRMF a adressé un courrier au Wydad pour inciter le club à payer la somme de 873.000 DH à l’ancien gardien de but des rouges. Sachant qu’un délai de cinq jours, à partir de la réception du courriel, était accordé au club pour faire appel.

N’ayant pas transmis l’information, Fatima A. est accusée d’avoir coûté au club 873.000 DH en l’empêchant de faire appel dans les délais. La secrétaire administrative est alors convoquée à une séance d’audition en présence de l’ancien président du club. Elle nie avoir reçu l’e-mail en question. Mais cela ne suffit pas à convaincre Saïd Naciri qui lui adresse une lettre de résiliation du contrat de travail avec le WAC, avec effet immédiat, le 20 septembre 2019.

Malgré ces éléments, la cour devra encore trancher : les failles dans le profil des témoins suffisent-elles à invalider leurs propos, ou bien certains éléments restent-ils recevables ? La stratégie de Saïd Naciri consiste en tout cas à saper la légitimité des témoignages pour mieux ébranler le dossier à charge. Mais le procès reste en cours, et chaque mot prononcé à la barre peut faire pencher la balance.

∴∴∴

Ce qu’il faut retenir : 

– En 2023, des témoins ont affirmé devant la police judiciaire avoir été renvoyés par Saïd Naciri après leurs témoignages contre lui.

– Saïd Naciri a démenti leur lien avec le club du WAC au moment de leurs témoignages.

– La cour d’appel de Casablanca devra encore trancher : les failles dans le profil des témoins suffisent-elles à invalider l’entièreté des propos ?

Saïd Naciri : “Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad”

Sarcasme et répartie. Ce sont les mots d’ordre de cette audience du vendredi 23 mai, durant laquelle Saïd Naciri a répondu, point par point, aux accusations portées contre lui ; y compris celle relative au trafic de drogue.

Nationalité marocaine pour le Malien, mouvements suspects sur son compte bancaire, transferts d’argent au WAC… Saïd Naciri a livré sa version des faits sur l’ensemble des éléments évoqués à l’audience.

Il réfute toutes les accusations de Hadj Ben Brahim, dément les propos de Latifa Raafat et explique que les millions sur son compte et sur celui de son fils émanent en partie de donateurs au profit du WAC. Voici ses explications en détails.

Le Malien qui voulait devenir Marocain

10h05. Dès le démarrage de l’audience, le président Torchi appelle Saïd Naciri à la barre pour poursuivre son audition. Il commence par une question directe : Avez-vous promis la nationalité marocaine à Hadj Ben Brahim ?

“Non, c’est même inconcevable”, répond Saïd Naciri. Mais devant la police judiciaire, Hadj Ben Brahim déclare qu’en 2013, “il vous a dit qu’il avait besoin de la nationalité marocaine et que vous lui avez répondu qu’il fallait avoir une attestation du cheikh de la zaouia naciria. Et que tout serait réglé dans un délai de 3 mois”.

“Saïd Naciri m’a demandé de l’aider dans sa campagne électorale. J’ai demandé à ma fiancée, Latifa Raafat, de venir avec son groupe musical pour organiser une célébration à Zagora”, lit le président Torchi en rapportant les propos du Malien.

“Il m’a remis un document qui est toujours chez mon ex-épouse, dans un coffre. Lorsqu’elle avait vu le document, elle m’avait dit qu’il ne va pas m’aider. Et c’est bien ce qu’il s’est passé. Pourtant, je lui ai offert une voiture, une Hyundai i10. Et une autre à Z. Naciri (fils de Saïd Naciri, ndlr)”, poursuit Ben Brahim.

Mais selon Saïd Naciri tout ceci est faux. “Ce sont encore des contradictions. Il dit que le document est toujours chez son ex-femme. Il faut que Latifa Raafat vienne et nous dise s’il voulait la nationalité marocaine ou seulement un certificat d’honneur pour attester qu’il a visité la zaouia naciria. Même moi, je suis Marocain et j’ai reçu le même certificat”.

Le président Torchi lui demande alors : Qui a dit au cheikh de la Zaouia que la mère du Malien est marocaine ?

Saïd Naciri : Lui-même.

-Président Torchi : Vous l’avez entendu ?

-Said Naciri : Tout ceci est le fruit de l’imagination de Ben Brahim. Il est aidé dans ce sens par Latifa Raafat (…). Ben Brahim ne fait que parler.

-Président Torchi : Vous aussi, vous ne faites que parler. Tout le monde parle !

Le magistrat lui demande ensuite d’expliquer qui est Redouane N., dont il présente les déclarations consignées dans un PV de la police judiciaire.

“C’est le cheikh de la zaouia naciria”, répond Saïd Naciri.

Selon lui, Said Naciri rend régulièrement visite à la zaouia. “Alors qu’il était encore parlementaire, il est venu au festival avec un citoyen Malien. Il l’a ensuite emmené chez moi pour déjeuner et m’a demandé de rédiger à la main un certificat. Il m’a dit que la mère du Malien est marocaine d’une descendance ‘Naciria’. Le Malien m’a remis une Hyundai i10, sans la transférer à mon nom”, indique Redouane N. à la police judiciaire.

Said Naciri semble mal comprendre ce qui lui est lu. Au départ, il confirme les propos de Redouane N., puis se ravise, après explication du juge Torchi. Lorsqu’il comprend enfin ce qu’a dit Redouane N., il réfute ses propos et affirme ne lui avoir jamais dit que la mère du Malien était marocaine.

10h31. Le président Torchi revient sur le sujet des voitures importées de Chine par la société de Ben Brahim. Certains de ces véhicules ont été saisis en 2015, transportant de la Chira. C’est ce qui a conduit à la chute de Ben Brahim et, par ricochet, à celle des accusés dans cette affaire.

Une autre partie de ces voitures a été entreposée dans le club du WAC. Chose que l’ancien président du club ne nie pas. Cela dit, il assure que c’était pour rendre service à un ami qui a acheté ces voitures de chez Ben Brahim. Ces faits sont qualifiés de recel.

Mais le point qui intéresse le président Torchi aujourd’hui, c’est de savoir si Saïd Naciri est intervenu de quelque manière que ce soit pour permettre l’obtention d’assurances, permettant à ces voitures de circuler.

Le président Torchi lit les déclarations de Taoufik Z., directeur de la société importatrice de ces voitures : “Je me suis rendu à Casablanca pour prendre des attestations d’assurance (W18) de l’assurance Attaoune”.

Saïd Naciri contre-argumente : “Le directeur de l’assurance, Ahmed A. a affirmé que je n’avais rien à voir avec cette histoire, même s’il me connait. Il a même envoyé son salarié Saïd B. pour témoigner. Et selon ce dernier, c’est lui-même qui s’est rendu à Rabat pour remettre ces documents au responsable d’un showroom sur place. Voici le PV de ses déclarations. C’est un document officiel, mais personne n’y a prêté attention”.

Le tant attendu volet du trafic de drogue

10h39. Après avoir permis au greffier de consigner les références de ce document, le président Torchi annonce que l’audition va désormais se concentrer sur un autre chef d’accusation : le trafic de drogue.

Le magistrat commence par rappeler les propos de Ben Brahim. D’après ce dernier, Saïd Naciri occupait le poste de “coordinateur du réseau de trafic de drogue”, assumant le rôle de “responsable n°1 de la logistique et des relations extérieures”. Un vocabulaire aux accents professionnels pour désigner des activités illicites.

Mais pour Saïd Naciri, tout ceci est faux. “C’est encore son imagination qui parle”.

Le président Torchi confronte Saïd Naciri aux données de localisation téléphonique du 15 août 2023, qui indiquent la présence de Abdenbi Bioui, Belkacem Mir et de lui-même à Rabat.

“Oui, j’étais bien avec Belkacem Mir ce jour-là”, reconnaît Saïd Naciri. “Je lui avais demandé de me restituer un chèque. Il m’a même sollicité pour régler une somme liée aux impôts, mais j’ai refusé, car cela ne me concernait pas. Je ne l’avais pas revu depuis 2019. En revanche, Abdenbi Bioui n’était pas avec nous. Peut-être était-il à Rabat le même jour, mais rien d’anormal à cela, puisqu’il y travaille et y possède même un logement”.

Le président Torchi confronte alors Saïd Naciri aux déclarations de Latifa Raafat devant la police judiciaire. La chanteuse affirme s’être rendue à Casablanca avec son fiancé de l’époque, Hadj Ben Brahim.

Celui-ci s’est arrêté pour rencontrer Saïd Naciri, qui leur a “présenté plusieurs alliances”. Latifa Raafat explique avoir refusé, préférant choisir elle-même sa bague de mariage. Elle ajoute que son fiancé a, par la suite, remis à Saïd Naciri un sachet contenant une importante somme d’argent.

Face à ces accusations, Saïd Naciri relativise. “C’est ce qu’elle a déclaré à la police judiciaire, mais devant le juge d’instruction, elle dit tout autre chose. Elle précise ne pas avoir assisté à la scène et que ces faits lui ont été rapportés par son ex-mari. Alors, qui doit-on croire ? Latifa Raafat version police judiciaire ? Celle entendue par le juge d’instruction ? Ou celle qui s’exprime dans la presse, sans être encore venue devant la Cour ? Il n’y aurait aucun mal à ce qu’elle vienne s’expliquer. Si elle se contredit, c’est bien parce que ses propos sont faux”.

Me Jadoui, avocat de Saïd Naciri, demande au président d’afficher les déclarations de Latifa Raafat devant le juge d’instruction.

“Voilà, elle dit n’avoir jamais vu Ben Brahim me remettre quoi que ce soit”, s’exclame Saïd Naciri en découvrant l’extrait à l’écran.

“Elle affirme que je lui ai présenté des alliances… Est-ce que je suis bijoutier ?”, ironise-t-il. “Elle décrit son ex-mari comme quelqu’un incapable de subvenir à ses besoins, et c’est pourtant lui qui m’aurait remis, soi-disant, 2 millions de dirhams à blanchir ?”.

Et d’ajouter : “Hadj Ben Brahim affirme avoir commis des actes et n’en est même pas inquiété”.

108 MDH de mouvements bancaires douteux

11h14. Une pause de dix minutes est réclamée par les juges. Et dès la reprise de l’audience, le président Torchi passe aux choses sérieuses : les comptes de Saïd Naciri.

Les montants sont affichés sur les écrans de la salle 8 (détail ci-dessous). Ils concernent la période allant de 2014 à 2023, durant laquelle un total de 89.910.934 DH a été déposé sur le compte personnel de Saïd Naciri.

Il convient de noter que sur les écrans, il est possible de voir le montant total, la durée examinée (2014-2023) et le détail des montants annuels, sauf pour l’année 2023, faute d’espace sur l’écran.

“Il faut préciser que chacune de ces sommes s’étale sur douze mois. Ce ne sont pas des dépôts directs. Et il ne faut pas oublier que ces chiffres commencent en 2014, mais qu’à l’époque j’avais 45 ans, j’avais déjà mes sociétés, etc. Ce que je dois vous expliquer, c’est d’où vient cet argent et où il va. Et c’est ce que je vais faire. Mais d’abord, je vous présente un document d’un compte bancaire où je suis déficitaire à hauteur de 81.000 DH. Et je précise qu’avant 2014, mon compte était normal”, explique l’accusé.

“Entre 2015 et 2023, j’ai déposé 52 millions de DH sur les comptes de l’association du Wydad Athletic Club. Et puisque la société sportive n’a été activée qu’en 2019, j’ai déposé, entre 2020 et 2025, 32 millions de DH sur le compte de la société sportive. Soit un total de 84 millions de DH”, explique-t-il.

“Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad. Voici les documents bancaires qui le prouvent…”, poursuit l’accusé, qui est interrompu par le magistrat. Celui-ci lui demande d’abord de préciser “pourquoi ces dépôts ont été effectués sur le compte personnel de Saïd Naciri au lieu du compte de l’association du WAC”.

Aboulghali, Aït Manna, Bendou… 50 donateurs du WAC

“Avant de me présenter à la présidence, la situation du club était connue de tous. Le président sortant avait dit qu’il voulait quitter mais il y avait une lourde dette. Je ne pouvais pas travailler sans argent. J’ai donc rassemblé plusieurs amis, 50 ou 55, chez un autre ami qui a organisé un dîner. Je peux vous donner les noms de tous ceux qui étaient présents. Il y avait Abderrahim Bendou qui m’a remis 250.000 DH”, explique Saïd Naciri.

Le président insiste et demande : “n’y avait-il pas de compte bancaire de l’association en 2014 ?”.

“Il était bloqué en raison des dettes”, indique Saïd Naciri qui enchaîne aussitôt sur la liste de ses donateurs : “Karim N., Salaheddine Aboulghali, Hicham Aït Manna”. S’il n’a cité que ces noms, Saïd Naciri précisera plus tard, qu’ils sont bien plus nombreux. Il indique également qu’ils étaient tous adhérents du Wydad, sauf quelques uns.

-Président Torchi : “Mais quelle est la relation de votre fils avec le Wydad ? Sur son compte, il y a eu 18.546.070 DH entre 2014 et 2023”.

-Saïd Naciri : “J’ai rassemblé tout cet argent lors du dîner. C’est mon fils. Et j’avais un mandat pour gérer son compte. À l’époque, il avait 18 ans et si je ne peux pas avoir confiance en lui, en qui pourrais-je avoir confiance ?”.

Saïd Naciri tente ensuite de justifier les paiements qu’il a effectués personnellement pour le compte du Wydad. Il explique avoir réglé, depuis son propre compte bancaire, des dépenses qui auraient normalement dû transiter par celui du club, en raison de la situation financière délicate du WAC à ce moment-là.

Il s’agit, précise-t-il, de paiements liés au recrutement de joueurs comme Bilal Asoufi (KAC), Noussair Abdellatif (MAS) ou encore Yassine Lakhal. Il évoque également le règlement d’un hébergement à l’hôtel Golden Tulip pour loger un membre de l’encadrement. Pour étayer ses propos, Saïd Naciri présente des justificatifs bancaires à l’appui.

“La liste est longue. Si je devais tout détailler sur cette période, il me faudrait deux jours”, lance-t-il, provoquant un éclat de rire dans la salle.

Interrogé sur la traçabilité comptable de ces opérations, il répond : “Tout a été réglé par chèque. Vous savez, même au restaurant, je paie par carte ou par chèque. Je n’ai jamais remis de cash à un joueur”.

-Président Torchi : “Quelle est votre relation avec Abderrahim Benddou ?”

-Saïd Naciri : “Il m’a fait un don de 250.000 DH pour le Wydad”.

-Président Torchi : “Quelle garantie avait-il que vous alliez réussir ?”

-Saïd Naciri : “Notre amitié ! Nous avons fait beaucoup d’opérations commerciales ensemble”.

-Président Torchi : “C’est par amour du WAC ou parce que vous êtes du même parti politique ?”

-Saïd Naciri : “Benddou est un Rajaoui…”

-Président Torchi : “Laissez le Raja, là on parle du Wydad”.

-Saïd Naciri : “Il y a plus de 2 millions de chèques entre Benddou et moi. Des chèques de 250.000 voire même 500.000 DH par jour”.

-Président Trochi : “Qui est Karim N. ?”

-Saïd Naciri : “C’est le fils d’un ami à mon père. Son père était agriculteur. Il m’a donné 100.000 DH dont 50.000 DH était sous forme de prêt mais il y a renoncé par la suite”.

-Président Torchi : “Quelle est votre relation avec Salaheddine Aboulghali ? Selon ses déclarations, vous lui auriez demandé de se rendre à votre domicile à Casablanca, quartier Californie. Une fois sur place, vous lui avez présenté une déclaration sur l’honneur, comportant son nom, prénom, et le numéro de sa CIN, ainsi qu’une somme d’argent remise en 2014. Vous lui avez ensuite demandé de faire légaliser ce document directement chez vous”.

Saïd Naciri confirme : “Tout cela est vrai. J’ai l’habitude de collaborer avec lui dans le cadre de mon activité. J’ai même servi de médiateur entre lui et Benddou”.

-Président Torchi : “Pourquoi la déclaration sur l’honneur date de 2023 alors que l’argent a été remis en 2014 ?”

-Saïd Naciri : “Car la police voulait connaître l’origine de ces sommes”.

-Président Torchi : “Et quel est son rapport avec le Wydad ?”

-Saïd Naciri : “Il est adhérent du WAC à ce jour”.

“Si j’étais impliqué dans le trafic de drogue, je ne lui aurais même pas répondu”

12h27. Le magistrat présente à l’accusé la retranscription d’un appel entre lui et Hadj Ben Brahim datant du 13 juillet 2021.

Après un échange cordial, vous lui dites “après ce mois”. De quoi vous parlez ?, demande le président Torchi.

“Du transfèrement !”, indique Saïd Naciri qui poursuit : “Vous avez dit qu’il s’agit d’un appel de juillet 2021. Il dit ensuite que j’ai une relation avec le ministre de la Justice, mais les élections ont eu lieu en septembre 2021 et le gouvernement n’a été constitué qu’en octobre 2021. Lui et Fadwa ont composé le gouvernement eux-mêmes !”. Nouvel éclat de rire dans la salle, alors que le ton sarcastique de l’accusé détend brièvement l’atmosphère.

-Président Torchi : “Le 26 juillet 2022, vous avez discuté au téléphone avec une personne inconnue au sujet de Ben Brahim. Mais quelle est votre relation avec lui pour qu’à chaque fois une personne différente vous appelle à son sujet ?”

-Saïd Naciri : “Je lui parlais sans mauvaise intention. La preuve c’est qu’il m’a répété pendant longtemps qu’il devait de l’argent à Abdenbi Bioui, il me parlait de 50.000 ou 70.000 DH et du jour au lendemain, en 2023, il me parle de 3 millions de DH. Vous voyez dans la retranscription de l’échange que ma réaction est spontanée. Je lui ai dit : ‘mais que t’a-t-il vendu ou que lui as-tu vendu pour avoir une dette de 3 millions de DH ?’. Si j’étais au courant, je ne lui aurais pas posé la question. J’ai aussi continué à lui parler alors qu’il avait porté plainte contre moi, sans que je le sache. Si j’étais impliqué dans le trafic de drogue, je ne lui aurais même pas répondu”.

12h55. Le président Torchi lève l’audience et fixe la prochaine comparution de Saïd Naciri au 30 mai.

Transfèrement d’Escobar, voitures entreposées au WAC et faux témoignages : les explications de Saïd Naciri

Après avoir longuement examiné les accusations d’escroquerie présumée liées aux biens de Hadj Ben Brahim, alias le Malien, la cour s’est penchée sur d’autres volets du dossier impliquant Saïd Naciri. Une étape attendue, qui a permis de lever le voile sur plusieurs éléments ayant suscité un vif intérêt auprès de l’opinion publique marocaine durant la phase d’instruction.

Bien que cette dernière soit couverte par le secret, de nombreuses rumeurs et fuites ont circulé à l’époque. Certaines évoquaient des véhicules importés de Chine appartenant au Malien entreposés dans le parking du complexe Benjelloun du Wydad Athletic Club. Pour rappel, des véhicules similaires avaient été saisis lors d’une opération de lutte contre le trafic de drogue, entraînant l’arrestation de Hadj Ben Brahim, propriétaire de l’entreprise importatrice.

D’autres faisaient état d’employés du club licenciés par Saïd Naciri après avoir témoigné contre lui. Durant la même période, des extraits de procès-verbaux de la police judiciaire contenant des retranscriptions d’échanges téléphoniques entre Saïd Naciri et Hadj Ben Brahim, alors incarcéré, avaient également circulé sur les réseaux sociaux.

Face à la cour, ce vendredi 16 mai, Saïd Naciri a présenté sa version des faits : les circonstances dans lesquelles ces voitures se sont retrouvées dans les locaux du club, les raisons qui ont poussé certains anciens employés à témoigner contre lui, et s’il les a effectivement licenciés en représailles. Autant de questions auxquelles il a apporté son éclairage lors de cette audience très attendue.

Aide financière ou escroquerie ?

10h08. Le président Ali Torchi ouvre l’audience par la lecture d’une retranscription d’écoute téléphonique entre Saïd Naciri et Hadj Ben Brahim. Le but étant de permettre à Saïd Naciri d’expliquer ses propos.

La conversation porte, dans un premier temps, sur une somme de 20.000 dirhams que Hadj Ben Brahim a demandée à Saïd Naciri pour la remettre à une femme. Ce dernier explique devant la cour que son interlocuteur, alors en détention, lui aurait fait part de ses difficultés financières.

Selon Saïd Naciri, une femme prénommée Fadwa s’était présentée à lui, affirmant être l’épouse de Hadj Ben Brahim. “Je lui ai demandé comment cela se faisait, car la seule femme que je connaissais de lui était son ex-épouse”, raconte-t-il. “Elle m’a expliqué qu’elle vivait au Mali, qu’ils avaient un enfant ensemble atteint d’un handicap, et qu’il avait besoin de soins. C’est pour cela qu’elle m’a demandé une aide financière”.

Le président Torchi poursuit la lecture du document et aborde un passage plus sensible de l’échange, dans lequel il est question d’un “transfèrement”. Interpellant directement Saïd Naciri, le magistrat lui demande : “De quel transfèrement s’agit-il ?”

Saïd Naciri affirme que Hadj Ben Brahim souhaitait être transféré au Mali. “Je lui ai dit, à lui comme à sa femme, de déposer une demande, en espérant que l’issue leur soit favorable, si Dieu le veut. À ce moment-là, j’étais député”, précise-t-il. Il assure avoir cru sincèrement qu’il s’agissait de l’épouse du Malien, avant d’apprendre par la suite qu’il s’agissait en réalité de sa compagne. “Je n’avais aucun problème avec lui, donc j’étais prêt à l’aider, à condition qu’il retire ses vêtements et ses affaires entreposés chez moi. C’est justement la preuve qu’il n’avait ni appartement ni aucun bien. Il n’avait nulle part où les mettre”.

Le président Torchi s’attarde ensuite sur deux phrases extraites de leur échange téléphonique : “On travaille dessus” et “d’ici six mois”. Il demande à l’accusé de préciser leur signification.

“Oui, je lui ai dit que la demande était faite, mais qu’il n’y avait rien d’officiel. Je n’ai pas parlé d’un délai de six mois, j’ai dit ‘le mois 6’, c’est-à-dire le mois de juin”, se défend Saïd Naciri. Il insiste également sur le fait qu’il n’a versé aucune somme d’argent dans ce cadre. “J’ai bien précisé, dans la suite de la conversation, que je n’avais payé personne. Je lui ai juste demandé de faire venir cette dame pour qu’elle récupère ses affaires. Mais lui, il voulait m’escroquer”.

Le président Torchi poursuit la lecture de la retranscription de la conversation téléphonique entre Saïd Naciri et Hadj Ben Brahim, soulignant un passage où ce dernier demande : “Quand ?”, et où Naciri répond : “Ça y est, ne me demande plus cela au téléphone. Tout se passera bien, si Dieu le veut”. Le magistrat l’interpelle : “Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?”

“Oui, je lui ai dit que tout se passera bien, si Dieu le veut”, confirme Saïd Naciri. Il insiste sur cette formule pour souligner qu’il ne s’engageait à rien d’illégal.

10h34. Le président Torchi aborde deux interceptions téléphoniques entre Saïd Naciri et Fadwa, datées du 14 juillet et du 18 août 2021. Ces appels ont été analysés par la police judiciaire, qui les a présentés à Fadwa pour commentaire. Celle-ci a déclaré : “Je voulais prendre les 20.000 dirhams restants des 100.000 DH. Mais il [Saïd Naciri, ndlr] faisait traîner les choses”. Selon cette interprétation, Fadwa récupérait l’argent au nom de Hadj Ben Brahim, tandis que Saïd Naciri aurait volontairement ralenti la remise des fonds.

Réagissant vivement, Saïd Naciri réfute ces affirmations : “C’est faux ! Vous verrez dans les prochaines conversations téléphoniques que j’ai raison. Toute cette histoire va durer jusqu’en 2022”.

Le président Torchi enchaîne alors par une autre conversation, datant du 20 janvier 2022, dans laquelle Saïd Naciri dit à Fadwa, au sujet du transfèrement : “Ils vont le régler”. Le magistrat lui demande à qui il fait référence en disant “ils”.

Naciri précise : “Il faut voir la conversation en entier. À ce moment-là, on parlait du frère de Fadwa, Rachid, pas de Hadj Ben Brahim. Ce qu’elle a déclaré à la police judiciaire ne correspond pas au contenu réel de l’échange. Elle prétend que je lui ai dit être en contact avec le ministre de la Justice, mais si vous consultez l’enregistrement, vous ne trouverez rien de tel”.

L’appartement imaginaire

Le président Torchi change de sujet et interroge Saïd Naciri au sujet d’un appartement situé à Rabat.

“Ma société, AKAP, a acquis un terrain de 8.000 ou 9.000 mètres carrés pour y construire un immeuble R+5 comptant plus de 190 appartements. Cela n’a strictement rien à voir avec Hadj Ben Brahim. Je vais même vous révéler quelque chose. Une fois, je leur ai dit [à la police judiciaire, ndlr] que je possédais un appartement à Tanger. Sachez que lui, Hadj Ben Brahim, a affirmé qu’il était à lui. Je leur ai ensuite avoué que je plaisantais et que c’était faux”. Par cette anecdote, Saïd Naciri cherche à démontrer que le Malien cherche à le compromettre en usant d’accusations mensongères, allant jusqu’à se revendiquer propriétaire de biens inexistants.

Le président Torchi lui demande tout de même : “Est-ce que Hadj Ben Brahim a acheté l’appartement à Rabat ?”

– “L’appartement et même tout le complexe n’ont été livrés qu’en 2015”, indique Saïd Naciri. Il souligne qu’à cette date, Hadj Ben Brahim était incarcéré en Mauritanie.

Le président enchaîne ensuite avec les déclarations d’une certaine Houria B., femme de ménage ayant travaillé pour différentes personnes. Elle affirme avoir été employée par l’agent libanais de Hadj Ben Brahim, puis directement par le Malien lui-même, dans une villa située boulevard Mekka à Casablanca. Il s’agit de la fameuse villa du quartier Californie.

D’après Houria B., Saïd Naciri faisait partie des visiteurs réguliers de cette villa, tout comme Abdenbi Bioui et d’autres individus.

“Après le mariage de mon employeur, Hadj Ben Brahim avec Latifa Raafat, une soirée a été organisée avec la famille de cette dernière dans la villa en question. À un moment, elle est allée dans la cuisine et a remarqué des verres rangés dans les étagères. Elle m’a demandé à quoi ils servaient, et je lui ai expliqué qu’ils étaient utilisés par Hadj Ben Brahim et ses invités pour consommer de l’alcool. Une dispute a alors éclaté entre eux, et depuis ce jour-là, j’ai quitté la villa définitivement”, explique Houria B. à la police judiciaire. Cet extrait de PV est lu par le président Torchi.

Saïd Naciri commente ces propos : “Elle confirme qu’elle assistait aux fameuses soirées de débauche. Elle affirme y avoir été avant le mariage avec Latifa Raafat, tandis que cette dernière soutient que ces soirées ont eu lieu après leur divorce. L’une d’elles ment”.

Les voitures du Malien dans le parking du WAC

11h00. Le président Torchi aborde un autre pan du dossier : le recel de véhicules entreposées dans le complexe sportif Benjelloun, siège du Wydad. “Expliquez-nous votre rapport avec ces voitures”, demande le magistrat à Saïd Naciri.

Ce dernier répond qu’environ cinq ou six parmi une soixantaine de voitures du même type avaient été vendues à un certain Mohamed M., ami de Saïd Naciri. Il réfute les avoir achetées auprès du Malien. Pour étayer ses propos, il cite Taoufik Z., alors directeur de la société ayant importé les voitures. “Il a détaillé leur destination dans ses déclarations. À aucun moment il ne cite mon nom”, affirme Saïd Naciri. Il ajoute avoir présenté des témoins pour confirmer ses dires et assure que leurs témoignages ont été écartés.

Le président relaye alors les propos de Hadj Ben Brahim : “Il dit que c’est à vous qu’il a remis les voitures”.

“Tout ceci est faux ! J’ai expliqué comment ces véhicules sont arrivés au complexe : c’est Mohamed M. qui les a achetés, et comme il ne disposait d’aucun lieu pour les entreposer, il les a mis dans le parking du Wydad”, rétorque Saïd Naciri.

Il assure avoir une déclaration sur l’honneur du directeur de la sécurité du club, confirmant la présence de Mohamed M. le jour de l’arrivée des voitures au club du WAC. Il précise également que ce dernier est décédé depuis.

Le président Torchi poursuit avec la lecture d’un procès-verbal établi à partir des déclarations de Mustapha M., fils de Mohamed M. Celui-ci affirme que son père était associé à Saïd Naciri et qu’ils avaient pour projet d’ouvrir un showroom automobile sur le boulevard de la Résistance. Il ajoute que son père avait remis un chèque à Hadj Ben Brahim et qu’un accord avait été conclu pour garer les voitures au complexe Benjelloun.

Saïd Naciri conteste formellement : “Ce n’était pas mon associé. Si ça l’avait été, je ne l’aurais pas caché. La preuve, j’ai reconnu avoir acheté des appartements à Hadj Ben Brahim. J’ai d’ailleurs une déclaration sur l’honneur de Mustapha M. qui confirme exactement ma version des faits”.

Le président Torchi recadre Saïd Naciri : “La cour vous demande de réagir aux propos, pas de lire des procès-verbaux”.

Il poursuit ensuite avec la lecture du procès-verbal d’un certain Abdelilah A., beau-frère de Saïd Naciri, marié à sa sœur. Dans ses déclarations à la police judiciaire au sujet desdits véhicules, Abdelilah A. affirme : “Cela fait sept ans que je suis directeur au Wydad”.

Réagissant, Saïd Naciri exprime son indignation : “C’est triste qu’ils en soient arrivés à utiliser mon propre beau-frère. Ils l’ont menacé en lui mettant la pression avec une histoire de chèque. J’ai une déclaration sur l’honneur où il affirme n’avoir jamais été directeur au WAC”.

Il poursuit : “Le WAC emploie plus de 200 personnes, et pourtant ils n’ont cité que d’anciens employés avec qui j’étais en conflit. Abdelilah A., en 2024, était un simple salarié. Donc selon eux, il serait passé de directeur à gardien ? Il n’a jamais eu la moindre responsabilité au sein du club”.

Saïd Naciri mentionne également un autre témoin à charge, Driss S., qui, selon l’accusé, a reconnu avoir menti. “Il a avoué à sa famille avoir fait un faux témoignage. J’ai une déclaration sur l’honneur de son frère, dans laquelle il affirme que ce témoignage a été dicté par Fatima A. et Abdelwahed Chawki”.

Ces révélations provoquent une vive réaction dans la salle, manifestement choquée.

Président Torchi : “Ce Driss S. était-il employé au Wydad ?”

Saïd Naciri : “En 2015, je l’ai engagé pour conduire la voiture de John Toshack [ancien entraîneur au WAC, ndlr]”.

Le président poursuit : “Il a déclaré reconnaître votre villa à Californie, d’où il affirme avoir récupéré les six véhicules qu’il a ensuite déposés au complexe Benjelloun”.

Saïd Naciri rétorque : “Comment peut-il prétendre avoir sorti six voitures d’un garage qui ne peut en contenir que deux ?”

Le président Torchi l’interroge alors sur les caractéristiques de la propriété : “Quelle est la superficie de la villa ?”

-“Environ 1.200 mètres carrés”, indique Saïd Naciri.

-“Et la superficie construite ?”

-“Pas moins de 500 mètres carrés”.

-“Donc il reste plus de 500 mètres carrés pour accueillir les voitures, non ?”

-“Mais comment ? Elles vont monter sur le jardin ?”, ironise Saïd Naciri avant de proposer “une constatation sur les lieux”.

« Je l’ai virée en 2019 »

11h55. Au sujet des témoignages en sa faveur qui ont, selon lui, été écartés, Saïd Naciri révèle avoir porté plainte.

“J’ai présenté trois plaintes au parquet pendant l’enquête, via mon avocat de l’époque, Me Omar Tayeb”, déclare Saïd Naciri. “Malgré cela, ils n’ont pas voulu entendre certains témoins, notamment le responsable de la sécurité”. Il précise que les plaintes ont été déposées les 23 octobre, 8 novembre et 28 novembre 2023.

Concernant les témoins à charge, Saïd Naciri affirme avoir licenciée sa secrétaire de l’époque Fatima A. en 2019, pour faute grave. “Elle prétend avoir été renvoyée en 2023, après avoir témoigné contre moi, mais c’est faux”, insiste-t-il.

Il affirme pouvoir s’appuyer sur plusieurs personnes pour confirmer ses dires, parmi lesquelles Mohamed G., directeur des affaires juridiques du club, son beau-frère Abdelilah A., ainsi que Sakina S. et Najib D., qui sont venus remplacer Fatima A. Au total, il cite quinze noms, tous employés du Wydad, prêts, selon lui, à attester de sa version.

Observant l’attitude de l’accusé, le président Torchi lui fait remarquer : “Vous avez des conseillers à votre gauche et à votre droite”, en référence aux personnes qui l’entourent et lui soufflent, de temps à autre, des recommandations. Ces interventions semblent avoir pour but de ralentir le rythme de l’accusé qui s’emporte par moments, et dont le débit de parole est en décalage avec la cadence du greffier qui prend note… à la main.

“Je ne les écoute même pas, Monsieur le Président. Je suis concentré avec la cour”, répond Saïd Naciri, tentant de rassurer le tribunal sur sa pleine implication dans l’audience.

Une voiture… encore !

Le président Torchi revient sur le sujet du beau-frère de Saïd Naciri, Abdelilah A. Il tente de comprendre son rôle, s’il n’est pas employé du WAC comme le prétend l’accusé.

“Il est marié à ma sœur. J’ai toujours voulu qu’il la laisse tranquille, car il l’embêtait. Pour l’éloigner, je lui ai donné une voiture, une Hyundai, et je lui demandais parfois de petits services de coursier. Cela n’avait aucun rapport avec le Wydad. D’ailleurs, un vrai directeur de club serait connu de tout le monde au Maroc ; il se déplace avec l’équipe, il a des fonctions bien précises. Moi, j’ai deux ‘chauffeurs’ que je paie de ma propre poche, pas avec l’argent du WAC”, explique-t-il.

L’un de ces chauffeurs est Abdelhak A. Le président Torchi cite ses propos devant la police judiciaire où il a déclaré : “Saïd Naciri m’a demandé d’aller en urgence au WAC pour prendre la Hyundai de chez Abdelilah A. et de la parquer loin, et d’attendre ses directives. Sans savoir pourquoi, je l’ai parquée devant chez moi à la Villette”.

Saïd Naciri s’explique : “C’est l’une des voitures que j’ai achetées chez Hadj Ben Brahim, mais qui n’a jamais été transmise à mon nom. Ce jour-là, la police m’a appelée et m’a demandé la voiture, objet de l’enquête. Je leur ai dit qu’elle était disponible. Mais pour l’avoir sous la main afin de la soumettre à la police, je devais la récupérer de chez Abdelilah A. J’ai demandé à Abdelhak A. de la récupérer et de la mettre en lieu sûr. Elle était d’ailleurs en plein boulevard, devant un commissariat. Si je voulais la cacher, je ne l’aurais pas mise devant un commissariat”.

12h29. Le président Torchi déclare passer à l’analyse des faits concernants un autre chef d’accusation. Mais avant d’annoncer lequel, Saïd Naciri demande à ajouter des précisions au sujet de son ancienne secrétaire, Fatima A.

Il donne de nouvelles preuves : “Nous avions contacté, par mail, la FRMF pour les avertir de son départ, et j’ai moi-même écrit à la FIFA pour leur annoncer qu’elle n’était plus avec nous, car c’est elle qui gérait la boîte e-mail. Nous avons respecté la procédure de licenciement. D’ailleurs, voici les PV d’audition signés par elle en date de septembre 2019. Pourtant, lorsqu’elle a été entendue le 2 octobre 2023 par la police judiciaire, elle a déclaré que je l’avais virée parce qu’elle avait témoigné contre moi”.

Au sujet de ces déclarations à la PJ, le président Torchi lit un passage dans lequel Fatima A. indique avoir été contactée par Saïd Naciri, par téléphone, à la suite de son témoignage. Selon elle, l’ancien président du Wydad lui a parlé de manière sévère, lui reprochant son témoignage et la menaçant de porter plainte contre elle. Elle affirme qu’elle arrivait à entendre une tierce personne à côté de Saïd Naciri, lui dictant ses propos. Elle indique avoir appris, par la suite, à travers Abdelhak A., que cette tierce personne était “l’avocat du club, Me El Mehdi Ezzouate”.

“À l’époque, j’étais mis sur écoute. Je veux qu’on me donne le détail de ce prétendu échange. Elle dit que je l’ai virée, elle et Abdelhak, ainsi que Abdelilah, mais aucun d’eux ne travaillait au WAC à ce moment-là. Pis, les deux hommes n’y avaient jamais travaillé”, commente Saïd Naciri.

Et d’ajouter : “Abdelhak m’a été présenté par des wydadis pour qu’il m’aide. Il venait chez moi et restait sur place. Je le chargeais de faire quelques courses, comme chercher du pain, etc.”

“Il a déclaré dans un premier PV qu’il n’a jamais travaillé au WAC, mais ce PV a disparu. Il ne reste que celui où il dit le contraire, en reprenant les mêmes propos que Fatima A., affirmant lui aussi que je l’ai appelé le lendemain de son témoignage pour le virer du Wydad. Mais comment aurais-je su qu’il avait témoigné contre moi ? Je ne travaille pas à la BNPJ”, ironise Saïd Naciri.

“Concernant Me Ezzouate, il est au barreau de Casablanca. Il peut venir s’expliquer s’il m’a dicté quoi que ce soit. Ces gens n’ont ni attestation de travail ni virement du WAC. Pour décoder tout cela, ils doivent venir devant la cour”, demande à nouveau l’accusé, qui ne cesse de réclamer des confrontations avec les témoins.

12h45. “Contentons-nous de cela pour le moment”. Le président Torchi lève l’audience. Elle reprendra le vendredi 23 mai.

Procès de Saïd Naciri : les faits, rien que les faits

Depuis quelques jours, une campagne de soutien à Saïd Naciri prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux, au point de se matérialiser dans les tribunes du stade Mohammed V. Le dimanche 11 mai 2025, le groupe ultra Winners (supporter du WAC) a brandi une banderole explicite : « Justice pour Saïd Naciri ».

Les raisons derrière cet élan de soutien sont inconnues. Est-ce le fruit des déclarations de Saïd Naciri lors de ses auditions devant la cour d’appel, les 18 et 25 avril, puis le 9 mai ? Ou s’agit-il d’un simple élan de nostalgie de certains supporters envers l’ancien président de leur club ? Peu importe, au fond.

À ce stade, Saïd Naciri, comme les autres mis en cause dans cette affaire, bénéficie toujours de la présomption d’innocence tant qu’aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue à son encontre.

Mais, en parallèle de cette mobilisation, des soutiens de Saïd Naciri s’attaquent sur les réseaux sociaux à la chanteuse Latifa Raafat qui se dit même menacée par certains internautes. Bien qu’elle ne soit ni plaignante ni à l’origine de l’enquête, ces derniers l’accusent d’être celle qui a “envoyé Saïd Naciri en prison”.

En réalité et à date, Latifa Raafat a été entendue comme témoin dans ce dossier. D’abord, par la police judiciaire, puis par le juge d’instruction. À ce jour, elle n’a pas encore été entendue par la cour d’appel de Casablanca.

Elle a toutefois été mentionnée par Saïd Naciri au cours de ses auditions, contestant les déclarations qu’elle a faites à la police judiciaire.

L’affaire a pris une plus grande ampleur ces dernières heures, après une sortie médiatique de Latifa Raafat qui a accordé une interview au youtubeur “Touhfa” où elle présente sa version des faits.

Cette cacophonie qui s’empare des réseaux sociaux ne change rien aux faits judiciaires, qui eux seuls doivent guider la compréhension de cette affaire.

Voici donc ce qui a été discuté et retenu jusqu’à présent devant la cour d’appel de Casablanca.

Des accusations multiples

Rappel du contexte. Les audiences publiques ont débuté en mai 2024. Depuis, sur la trentaine de personnes poursuivies dans ce dossier, à peine une dizaine d’entre elles ont été entendues à la barre. Aucun témoin n’a encore été convoqué.

Saïd Naciri, lui, a été appelé pour la première fois à se présenter à la barre le 18 avril 2025. Son audition s’est poursuivie le 25 avril, puis le 9 mai. Chacune de ces audiences a duré environ trois heures. La prochaine est prévue pour le vendredi 16 mai.

Si la cour n’a jusque-là traité que certains éléments du dossier qui concernent Saïd Naciri, il est essentiel de rappeler que l’ancien président du WAC ne comparaît pas uniquement pour des affaires de biens immobiliers ou de véhicules, ayant largement fait le tour des réseaux sociaux. Selon l’enquête préliminaire, il est présenté comme « chef de la logistique », « porte-parole » ou encore « facilitateur » et « chargé des relations publiques », une sorte d’homme à tout faire au centre du présumé réseau de trafic de drogue « dirigé » par Abdenbi Bioui.

En mars 2024, le juge d’instruction a retenu contre lui une série de chefs d’accusation (à consulter en détail ici), allant du “faux et usage de faux” à ”l’exportation de stupéfiants”, en passant par le “trafic d’influence” et “l’escroquerie”. Pour l’instant, seul ce dernier volet a été abordé par la cour.

À ce stade, la formation de magistrats, présidée par le juge Ali Torchi, s’est concentrée sur les litiges liés à certains biens que le Malien Hadj Ben Brahim affirme lui appartenir, et qu’il accuse Saïd Naciri – entre autres – de lui avoir subtilisés. Il s’agit notamment d’une Mercedes-Benz Classe S 350 et d’une villa située dans le quartier de Californie à Casablanca.

Latifa Raafat : un témoin parmi d’autres

C’est dans ce contexte que le nom de Latifa Raafat a été évoqué par Saïd Naciri. Concernant la villa, il a contesté les déclarations de la chanteuse faites devant la police judiciaire. Voici ce qu’il a déclaré à la cour le 25 avril dernier :

“Latifa Raafat dit que je me suis rendu à leur villa à Californie en décembre 2013, et qu’ils m’y ont accueilli alors qu’ils étaient mariés. Or, voici son acte de mariage. Bien qu’il s’agisse d’un document personnel, je le présente pour prouver que leurs propos sont faux. Le document indique qu’ils se sont mariés le 16 janvier 2014”.

Au sujet de la voiture, Saïd Naciri affirme qu’un accord a été conclu avec Hadj Ben Brahim pour échanger cette voiture contre deux appartements. Selon lui, il est impossible que Latifa Raafat ait conduit le véhicule en 2013, comme elle l’aurait déclaré, puisque la voiture en question a été mise en circulation au Maroc en juin 2014. Il précise que cette opération a eu lieu après le divorce du couple Raafat-Ben Brahim.

À ce jour, les propos de Latifa Raafat sont uniquement rapportés par Saïd Naciri lui-même. Sera-t-elle convoquée à son tour pour s’expliquer devant la cour ? Cela reste incertain. En tout cas, Saïd Naciri n’a cessé de réclamer la convocation de ses détracteurs pour les confronter.

Durant ces audiences, Saïd Naciri a également contesté les déclarations d’autres personnes citées dans le dossier. Le 9 mai dernier, il a été confronté à deux d’entre elles à la barre : Fouad Y. et Salima B., également poursuivis dans ce dossier.

La suite du procès s’intéressera à d’autres volets plus lourds, notamment l’accusation de trafic international de stupéfiants qui reste, juridiquement, d’une gravité bien supérieure aux litiges liés à des biens matériels.

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