L’architecte marocaine Salima Naji primée au Canada pour ses œuvres engagées

Pour l’édition 2025, l’IRAC a placé l’action climatique au cœur de son prix, récompensant des architectes ou firmes internationales dont le travail incarne des réponses exemplaires à l’urgence environnementale, à travers le design et l’aménagement régénératif. Si le lauréat principal cette année est la firme Turenscape (Chine), dirigée par le professeur Kongjian Yu, cinq autres contributions ont été saluées pour leur excellence, dont celle de Salima Naji au Maroc.

« Le travail de Salima Naji démontre que l’architecture agit comme une campagne en faveur de la conservation des bâtiments en mettant l’accent sur l’environnement, la mise en valeur du potentiel d’une architecture faite de matériaux bruts et biosourcés et la conception adaptée au lieu, tout en repensant l’interface entre l’écologie et la culture ».

Une architecture militante et enracinée

Le comité de sélection a souligné que le travail de Salima Naji démontre que l’architecture peut être une campagne en faveur de la conservation des bâtiments, en mettant l’accent sur des matériaux bruts, biosourcés, et un design adapté au territoire.

À travers ses projets, elle repense l’interface entre écologie et culture, défendant une vision de l’architecture comme acte de résistance à l’uniformisation, mais aussi comme levier de résilience face aux bouleversements climatiques.

Salima Naji est notamment reconnue pour la réhabilitation d’édifices en terre, l’usage de matériaux marocains traditionnels, et la valorisation des techniques vernaculaires. Elle milite depuis deux décennies pour la préservation des architectures oasiennes et sahariennes, en collaborant étroitement avec les communautés locales.

Cette mention honorable de l’IRAC s’ajoute à une année marquante pour l’architecte marocaine. En septembre 2024, elle a reçu à Paris la Grande Médaille d’Or de l’Académie d’architecture française, la plus haute distinction de cette institution, pour l’ensemble de son œuvre. Ce double hommage international confirme la portée de son travail, au carrefour de l’esthétique, de la mémoire et de l’urgence climatique.

Créé pour mettre en lumière les valeurs d’intégrité, d’innovation, de justice et d’inclusion dans l’architecture à l’échelle mondiale, le Prix international de l’IRAC distingue chaque année un ou plusieurs lauréats non-canadiens dont les projets ont un impact significatif sur la société. Pour l’édition 2025, le thème retenu — “Action climatique” — faisait écho aux résolutions et plans d’action environnementaux de l’IRAC.

Aux côtés de Salima Naji, les autres mentions honorables de cette édition sont :

Ces architectes et collectifs partagent une même volonté : concevoir des espaces respectueux des écosystèmes et des communautés humaines, dans une perspective de durabilité et de transmission.

L’architecte marocaine Salima Naji reçoit la Grande Médaille d’Or de l’Académie d’architecture française

La Grande Médaille d’Or revient cette année à Salima Naji dont « l’œuvre magnifique illustre avec talent et responsabilité cette capacité d’insertion de l’architecture dans le respect du lieu », a annoncé la présidente de l’Académie, lors de la cérémonie de remise des prix.

Catherine Jacquot a salué le travail de cette spécialiste et promotrice des réalisations en terre et autres matériaux marocains traditionnels qui reflètent la richesse d’un patrimoine avec les ressources en matériaux et en savoir-faire.

De son côté, la présidente du jury des prix et récompenses, Sophie Berthelier, a souligné que la plus haute distinction de l’Académie d’architecture récompense cette année « une architecte anthropologue qui mêle dans son histoire combative l’histoire, le passé et le futur ».

Présentant son travail, l’architecte Martin Robain, membre du jury, a souligné que l’architecte marocaine inscrit sa démarche dans « une dimension humaine, participative et d’un constant apprentissage sur le chantier ».

Il cite quelques mots qui reviennent en récurrence dans les écrits ou conférences de la lauréate pour illustrer sa pensée : « ethnique », « préservation pas conservation », « non à l’ostentatoire », « attachement au lieu », « la modernité questionne », « le commun collectif », « surfaces et espaces partagés », « réemploi », « pierre », « terre », « amélioration », « agir en réparant », « convivialité », « beauté du cadre de vie », « le beau n’est pas l’apanage des élites ».

À ses yeux, défendre une architecture du bien commun signifie « interroger le bâtiment, mais aussi les conditions de son édification, les pratiques spatiales, l’usage social, l’attachement au lieu ».

Il retient aussi que Salima Naji « réinvestit et perfectionne les techniques vernaculaires pour créer une architecture contemporaine en mesure de proposer un développement soutenable appuyé sur les humains », tout en pratiquant « une fine connaissance des territoires, en direction de projets d’utilité sociale afin de réduire l’impact destructeur de l’architecture en béton armé ».

Pierre, terre et style tataoui

L’architecte marocaine a tenu à remercier à cette occasion l’Académie d’architecture et les membres du jury pour ce prix qui illustre la confiance des ses pairs en la qualité de son travail, qu’elle présente comme relevant d’ »une architecture intemporelle ».

Pour celle qui place la question de la territorialité et de la soutenabilité au cœur de ses préoccupations en tant qu’architecte, cette consécration intervient après une série de visites effectuées par les membres de la commission des prix et récompenses de l’Académie d’architecture à ses chantiers au Maroc, où ils ont pu mesurer sa démarche globale tendant « à sauver un corps de techniques ».

« Ils étaient extrêmement sensibles au fait que je travaille sur des techniques dites vernaculaires, ancrées dans des territoires avec des maîtres artisans », a précisé l’architecte marocaine qui travaille la pierre, la terre et le style tataoui, depuis vingt ans.

Installée à Tiznit depuis 2008, Salima Naji a fait ses études d’architecture à Paris. Elle y a également décroché un doctorat en anthropologie sociale avant de suivre une formation de troisième cycle en esthétique, arts et technologies de l’image, puis en philosophie de l’art.

Elle a publié de nombreux livres dont, récemment, Architecture du bien commun, pour une éthique de la conservation.

Les travaux de Salima Naji dans la shortlist du Royal Academy Dorfman Prize

Architecte et anthropologue, Salima Naji encourage et revitalise des techniques de construction telles que l’argile et la maçonnerie en pierre. Elle restaure des bâtiments historiques, y compris des greniers communautaires berbères dans le sud du pays – des structures fortifiées dont les formes courbes et semblables à des vases suivent les contours imprévisibles des affleurements rocheux sur lesquels elles sont construites.

À Agadir, Salima Naji est l’architecte du projet de restauration de l’ancienne citadelle Agadir Oufella. Elle a aménagé de nouvelles allées en suivant les lignes des rues détruites par le tremblement de terre dévastateur de 1960, et conçu un nouveau centre d’accueil.

Le prix RA Dorfman de 10 000 £, décerné chaque année par la Royal Academy of Arts à Londres, prend en compte les « défis géographiques et sociopolitiques ». Selon Vicky Richardson, responsable de l’architecture de la Royal Academy, le prix est « conçu pour découvrir des personnes qui construisent et travaillent d’arrache-pied, sans se promouvoir à l’international ». Le projet gagnant pour l’édition 2024 sera annoncé le 31 octobre prochain.

Mandatée dès 2017, Salima Naji et son équipe ont élaboré une stratégie pour le projet pendant une longue durée avant de pouvoir lancer les marchés.

Agadir Oufella a ainsi répondu à divers paramètres qui n’auraient pu advenir que par une expertise accumulée sur toutes ces années, apprend-on auprès de l’architecte marocaine.

L’un des principaux intérêts est la mise au point de techniques parasismiques pierre et bois qui consacre le renouveau du vernaculaire, ajoute-t-on.