Figues de Barbarie. Dans le Souss, la lutte contre la cochenille porte ses fruits

Depuis son apparition en 2014, la cochenille ne cesse de ravager les champs de cactus, menaçant les productions de figues de barbarie. En marge de la 17ᵉ édition du Salon international de l’agriculture (SIAM), Médias24 s’est entretenu avec un collectif d’agriculteurs du Souss, qui réussissent non seulement à combattre ce ravageur, mais aussi à produire quasiment toute l’année.

La genèse de ce projet s’inscrit dans les difficultés d’approvisionnement en matière première de ces producteurs dont l’activité principale reposait sur l’extraction d’huile à partir des graines de figues de barbarie. « Nous avons décidé de réaliser notre propre plantation pour produire notre matière première », explique Lahcen Ajebbour, agriculteur membre de l’agrégation Moroccan Cactus.

Après avoir hésité entre différentes variétés, ils ont sélectionné celles offrant les meilleurs résultats en termes de production, de calibre et de graines. Grâce à des conduites culturales adaptées, ils ont découvert que les cactus pouvaient produire quasiment toute l’année. « Excepté les mois de décembre et de janvier », ajoute notre interlocuteur.

Preuve en est, les fruits exposés à l’occasion du SIAM, au cœur du printemps, pour un fruit plus souvent disponible en été. Une véritable aubaine, car dans la culture du cactus, tout est valorisé : les graines, les fruits, les raquettes, et même les déchets pour la consommation animale.

Mais, pour en bénéficier, il a fallu s’atteler à une conduite culturale dès la plantation, au mètre près. « Lors de la plantation, un espacement de 2 mètres entre les plantes et de 5 mètres entre les lignes est respecté, selon les meilleures pratiques issues de plusieurs expérimentations », explique notre interlocuteur.

Et d’ajouter : « La taille des cactus est essentielle également. Les parties taillées sont utilisées soit pour la replantation, soit pour l’alimentation du cheptel ». En outre, pour lutter contre la cochenille, qui reste un fléau persistant, « un contrôle journalier est instauré, avec des rondes continues. Dès l’apparition des premiers signes, un traitement à l’eau est appliqué avec une brosse ».

Résultat : des rendements en constante progression, avec, dès la deuxième année, une récolte de 5 à 6 tonnes par hectare. « La troisième année, nous avons atteint 10 tonnes par hectare. Et, à partir de la quatrième, le rendement atteint entre 30 et 50 tonnes par hectare », conclut Lahcen Ajebbour.

Conversation autour des défis de l’élevage ovin avec Farid Maarouf « Lmzabi »

Il serait réducteur de limiter les espèces ovines au seul rituel du sacrifice de l’Aïd Al-Adha. Non seulement cet animal joue un rôle socio-économique majeur dans de nombreuses régions du Maroc, mais les races ovines marocaines présentent également une richesse génétique précieuse, essentielle à préserver. C’est ce que rappelle au micro de Médias24 Farid Maarouf, plus connu sous le nom de Lmzabi.

Éleveur de père en fils, Farid est membre de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC). Il incarne cette nouvelle génération d’agriculteurs passionnés. Passion qu’il met au service de la préservation et de l’amélioration génétique des races marocaines, puisqu’il est lui-même sélectionneur. À travers son engagement, il milite pour une meilleure reconnaissance de la filière ovine et pour la valorisation du patrimoine vivant du pays.

Mais cette vocation n’est pas sans embûches. Farid doit faire face à de nombreux défis, notamment liés à l’alimentation du cheptel. La flambée des prix des fourrages et des aliments pour bétail met une pression constante sur les éleveurs, menaçant à la fois la rentabilité de leurs exploitations et la continuité de leur travail de sélection.

Au SIA de Paris, une rencontre entre Ahmed El Bouari et la ministre française de l’Agriculture

En marge du Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris, le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, Ahmed El Bouari, et la ministre française de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire, Annie Genevard, ont tenu une rencontre bilatérale le dimanche 23 février à Paris, indique un communiqué du ministère.

Les deux ministres se sont félicités de l’excellence des relations bilatérales et de la solidité de la coopération agricole. Le Maroc a été honoré d’être le premier pays « invité d’honneur » de l’histoire du SIA Paris à sa 61e édition.

Pour faire de l’année 2025 une année croisée de la coopération agricole, la France sera le pays à l’honneur lors de la prochaine édition du SIAM qui se tient du 21 au 27 avril 2025.

Les relations dans le secteur agricole entre la France et le Maroc se sont encore renforcées avec la visite d’État effectuée par le président de la République, Emmanuel Macron au Maroc en novembre 2024, marquée par la signature d’un accord-cadre dans les domaines agricole et forestier devant le Roi Mohammed VI. Cet accord constitue un cadre d’action pour atteindre les objectifs de développement durable et de sécurité et de souveraineté alimentaires.

Les deux ministres ont passé en revue les domaines prioritaires de leur relation dans le secteur agricole et agroalimentaire, notamment l’appui au système de formation et recherche marocain, la sécurité sanitaire et phytosanitaire, la consolidation des relations entre les professionnels du secteur agricole, en particulier la filière des oléagineux, la filière élevage (ovins, bovins et lait), la filière semencière et la filière fruits et légumes, ajoute le communiqué.

Dans le cadre de cette relation d’excellence, les deux ministres ont également appelé les professionnels français et marocains du secteur des légumes à renforcer leur coopération et leur dialogue sur les questions agricoles, à l’occasion du SIA, face aux défis et aux enjeux communs auxquels ils sont confrontés.

Selon le ministère, les deux ministres ont signé une convention relative à l’organisation de stages et de voyages d’études en France, dite « Opération stage 250 », pour les étudiants de l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire et forestier marocain et les stagiaires des Instituts de techniciens spécialisés.

Cette convention s’inscrit dans le cadre de l’arrangement administratif de coopération dans le domaine de la formation technique et professionnelle agricole et de l’enseignement supérieur agronomique, vétérinaire et forestier, signé à Paris le 1er mars 2024, qui a pour objet de favoriser le développement et la consolidation des échanges et coopérations entre les institutions d’enseignement et de formation professionnelle.

Emmanuel Macron inaugure le SIA de Paris en présence d’Aziz Akhannouch

À cette occasion, le président français et M. Akhannouch ont coupé le ruban symbolisant l’inauguration officielle du Salon, auquel le Maroc est le premier pays étranger invité d’honneur, en présence d’une grande délégation marocaine, composée notamment du ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, de l’ambassadeure du Roi à Paris, Samira Sitail, de nombreux opérateurs du secteur agricole national, ainsi que de membres du gouvernement français.

M. Akhannouch a, par la suite, signé le livre d’or du SIA.

S’inscrivant dans un contexte de relations exceptionnelles entre les deux pays, la mise à l’honneur du Maroc lors de l’édition 2025 du SIA (22 février-2 mars) met en lumière la singularité du partenariat franco-marocain.

Elle constitue aussi un hommage exceptionnel au Royaume, devenu aujourd’hui un modèle régional et continental de l’agriculture intelligente et durable.

Au cœur du salon, le Royaume disposera d’un grand pavillon de 476 m², vitrine de la richesse et de la diversité de son agriculture.

Organisée sous le signe « Une fierté française », la 61ᵉ édition du SIA accueillera plus de 600.000 visiteurs. Quelque 4.000 animaux y seront exposés et 1.000 exposants seront présents sur une superficie de 16 hectares où seront installés 9 pavillons.

La mise à l’honneur du Royaume au SIA trouve aussi un écho dans un événement à venir : en avril prochain, la France sera, à son tour, le pays invité d’honneur du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) de Meknès.

Il s’agit là d’un symbole fort de la complémentarité entre les deux pays, qui dépasse le cadre des échanges commerciaux pour s’étendre aux défis majeurs du secteur, tels que la sécurité alimentaire, la gestion des ressources hydriques et l’innovation agricole.

SIAM. Dans le Souss, la campagne agricole est placée sous le signe de la résilience

« Le SIAM est un événement capital pour la région Souss-Massa, puisque c’est l’occasion de présenter le bilan des réalisations agricoles et les différents projets qui s’inscrivent dans le cadre du changement climatique », affirme au micro de Médias24 Nor-Eddine Kessa, directeur régional de l’Agriculture de Souss-Massa, ce jeudi 25 avril. 

Réalisé dans le stand spécialement dédié à la région au Salon international de l’agriculture (SIAM) à Meknès, cet entretien a mis en lumière la résilience du secteur agricole dans une zone productive qui dispose d’un vivier aussi riche que diversifié, étalé sur plus de 460.000 hectares, répartis entre environ 120.000 exploitations.

« Souss-Massa est la première région productrice et exportatrice des primeurs, notamment la tomate, qui représente 65% de la production« , souligne Nor-Eddine Kessa. Des capacités de production qui font face à une importante pénurie d’eau mais qui parviennent à maintenir un niveau de production raisonnable et une dynamique positive. 

« La région connaît une pénurie d’eau puisque nous n’avons pas dépassé les 100 mm en moyenne. Il n’y a que la province d’Agadir-Ida-Ou Tanane qui a atteint les 120 mm », déplore notre interlocuteur. Une situation loin d’être idéale, mais qui n’a pas vraiment eu d’impact sur la culture de primeur.

La réalisation du programme d’assolement a atteint plus de 28.000 hectares de primeurs. « D’ailleurs, il n’y a pas eu de pénurie pendant le mois de Ramadan, d’où l’importance et l’utilité de l’usine de dessalement qui a permis la pérennité de l’irrigation et une mise en valeur du périmètre irrigué de Chtouka », souligne-t-il.

Deux nouveaux périmètres irrigués en préparation

A ce titre, d’autres projets d’irrigation sont attendus avec impatience, notamment celui qui doit arroser 10.000 hectares à Tiznit. « C’est un projet dont les études sont en cours et qui permettra l’irrigation d’un nouveau périmètre pour les primeurs afin d’assurer une disponibilité de la tomate de manière constante sur le marché local« , précise notre interlocuteur.

A cela s’ajoute un autre périmètre irrigué par dessalement. D’une superficie de 40.000 hectares, « il est destiné à la pérennisation de l’agriculture dans le Souss amont et aval, à travers une nouvelle station de dessalement (début des travaux en 2025) qui va desservir le périmètre d’Issen et le périmètre d’El Guerdane pour l’irrigation de quatre filières, les primeurs, les viandes rouges, le lait et les agrumes ». 

Décrit comme un tournant dans l’histoire du Souss, ce projet est en effet primordial, notamment pour la filière agrumicole, dont la région accueille près de la moitié (39.600 ha) de la superficie nationale, mais qui fait face à une sécheresse intense. « A cause d’une diminution des apports pluviométriques et d’un arrêt de l’irrigation dans certaines zones de production, cette année, nous avons eu une dotation de 400.000 tonnes d’eau contrairement à d’autres campagnes où l’on avait eu 650.000 tonnes d’eau« , déplore Nor-Eddine Kessa. 

Cela dit, le directeur régional de l’Agriculture insiste sur la notion de résilience qui caractérise le Souss et ses agriculteurs : « La dynamique est toujours positive, notamment en matière de production laitière où l’on dépasse les 330 millions de litres chaque année ; avec aussi une production du terroir également très importante, notamment l’argan, le safran, le miel et les amandes ».

Cette résilience est aussi le fait d’un accompagnement du ministère de l’Agriculture. Parmi ces dispositions, la distribution d’engrais subventionnés et les aides destinées à l’achat de semences de tomates, oignons et pommes de terre. Ces aides ont concerné « plus de 4.000 ha de tomate, à raison de 70.000 DH/hectare. Même chose pour les superficies de pomme de terre et d’oignon », conclut notre interlocuteur.

SIAM. Ouverture du marché brésilien aux agrumes marocains

La filière agrumicole marocaine s’apprête à conquérir un nouveau territoire sur le continent américain. Après le Canada et les Etats-Unis (27% du total des exportations), le Brésil vient s’ajouter à la liste, après l’accord signé le jeudi 25 avril à l’occasion de la 16e édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM).   

« Après l’accord conclu avec le marché japonais pour l’exportation d’agrumes marocains cette année, celui signé avec le Brésil traduit l’excellence de la filière agrumicole, dont les professionnels sont très bien organisés dans le cadre de l’interprofession Maroc Citrus et qui font un excellent travail d’amélioration continue de la qualité, de la productivité et des contrôles sanitaires », s’est félicité Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture. 

Cet accord est le fruit d’un long processus. « Un examen minutieux mené par nos autorités compétentes a conclu de manière favorable à la reconnaissance de la qualité et de la conformité des agrumes marocains », a déclaré l’ambassadeur du Brésil, Alexandre Parola.

Le processus de négociations techniques a été lancé en 2018 par l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) et les services phytosanitaires du ministère de l’Agriculture et de l’élevage du Brésil (MAPA). Il avait pour objectif de définir les conditions et les exigences phytosanitaires d’exportation des agrumes marocains vers ce pays d’Amérique du Sud. 

Des conditions strictes qui visent à atténuer les risques phytosanitaires et à appliquer les exigences phytosanitaires, pour assurer la réussite des échanges commerciaux. L’expertise marocaine n’est pas étrangère à la finalisation du processus d’ouverture du marché brésilien aux exportations des agrumes marocains.

« Nous possédons un centre parmi les plus modernes pour le contrôle strict de la cératite [mouche méditerranéenne des fruits, ndlr]. Ce centre permet donc de contrôler cette maladie pour que le pays reste indemne », a souligné Mohammed Sadiki.  En outre, l’accord signé en appellera certainement d’autres.

« En permettant l’entrée des agrumes marocains sur notre marché, nous ouvrons la porte à d’autres opportunités tant pour le producteur marocain que pour le consommateur brésilien. Cela contribuera aussi à diversifier notre offre alimentaire et à renforcer le lien entre nos deux nations », se réjouit l’ambassadeur du Brésil.  

Le ministre de l’Agriculture a rappelé que la superficie plantée en agrumes au Maroc est de « 130.000 hectares », dont une grande partie cultivée dans la région de Souss-Massa (39.600 hectares). Les exportations dépassent les 600.000 tonnes, majoritairement à destination de l’Union européenne, de l’Asie et du continent américain.

SIAM. Priorité à la reconstitution du cheptel bovin laitier

En raison de la pandémie de Covid-19, la filière laitière a traversé une crise sans précédent qui a eu d’importantes conséquences sur l’effectif bovin. Un effectif dont le processus de reconstitution montre des signaux positifs. Acteur majeur de la filière, Centrale Danone y participe en aidant à l’accélération de la production locale et en important des génisses.

L’entreprise, qui collabore avec plus de 50.000 éleveurs marocains afin d’assurer 30% de la production nationale de lait transformé, « aide aussi ses partenaires à progresser en termes de rendement laitiers », assure Nathalie Alquier, PDG de Centrale Danone, de passage sur le plateau de Médias24, à l’occasion du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), organisé du 22 au 28 avril 2024 à Meknès.

Un entretien accordé à la suite d’une conférence scientifique consacrée à l’élevage laitier face aux changements climatiques, où plusieurs experts ont débattu des pistes à explorer pour améliorer la production, à l’image « de l’agriculture de précision digitale, l’utilisation de méthodes alternatives et la sélection génétique« , souligne-t-elle.

Entretien à voir à partir de 2’48 »

Importation et accélération de la production locale de génisses

Pour comprendre le défi auquel est confrontée la filière laitière, il faut remonter le temps, quelques mois après l’apparition du Covid-19. À cette époque, la pandémie avait restreint les déplacements, désorganisant la filière et perturbant les circuits d’insémination. L’inflation des matières premières, et en particulier des aliments composés, a également eu un impact négatif.

En conséquence, la production laitière n’était plus rentable et plusieurs éleveurs ont préféré abattre leur bétail ou, dans le meilleur des cas, diminuer l’alimentation destinée aux vaches laitières. Pour toutes ces raisons, le consommateur marocain a dû faire face à une pénurie de lait, et l’éleveur à une situation économique peu enviable. 

Deux ans plus tard, la filière remonte doucement la pente, notamment en ce qui concerne la reconstitution de l’effectif bovin. Quant à l’action de Centrale Danone, elle a pris plusieurs formes. En plus « d’aider nos éleveurs partenaires à progresser en termes de rendement laitier, nous avons également intégré de nouvelles génisses« , précise la PDG de Centrale Danone. « Nous l’avons fait en accélérant la production locale, mais en important des génisses de France. Ce qui nous garantit des bêtes de très bonne qualité qui vont produire beaucoup de lait. Quand elles arrivent au Maroc, elles sont prêtes à être intégrées aux fermes marocaines. En ce sens, nous avons eu un programme de plusieurs milliers de bêtes et nous allons le poursuivre ».  

« Hlib Bladi », un programme aux résultats satisfaisants

S’agissant du programme « Hlib Bladi », « une phase pilote a été réalisée il y a quelques années, et nous avons relancé ce programme en 2023, car il nous aide à poursuivre le développement laitier au Maroc. Il s’adresse uniquement aux petits éleveurs dont la capacité de production ne dépasse pas cinq vaches et qui sont regroupés en petites coopératives.

« Nous avons l’ambition de toucher 10.000 éleveurs avec ce programme », ajoute la PDG de Centrale Danone. « Au bout d’un an, nous avons déjà atteint 2.000 agriculteurs qui reçoivent une trentaine d’heures de formation dispensées par un staff technique recruté spécialement à cet effet. Un staff à 40% féminin afin de pouvoir aller au plus près des femmes qui s’occupent des bêtes dans les fermes. » 

Selon Nathalie Alquier, ce programme est en cours de développement « grâce à de l’investissement pour améliorer les centres de collectes, l’état des fermes dans certains cas, le bien-être animal. Tout cela concourt au développement du rendement laitier et aux revenus de cette production solidaire qui est composée de petites fermes. »

Une initiative qui garantit aux éleveurs laitiers un accès continu au service de financement, un approvisionnement en intrants et équipements, tout en encourageant les pratiques agricoles régénératives et la numérisation des outils. Concernant l’accompagnement des petits éleveurs, il s’articule autour de trois axes : social, économique et environnemental.

Pour ce qui est du volet social, le programme poursuit les objectifs suivants :

– renforcer les capacités des éleveurs à travers l’accompagnement continu et des formations aux principes de gestion de l’élevage laitier ; 

– faire des coopératives des lieux d’encadrement et d’offre de services au profit des éleveurs ;

– accompagner les jeunes pour développer l’auto-entrepreneuriat et préparer la relève ;

– encourager l’éducation des enfants des éleveurs. 

Sur le plan économique, il s’agit d’améliorer la rentabilité de la petite exploitation laitière et les conditions de vie des éleveurs, ainsi que les pratiques, les équipements et les infrastructures, aussi bien au niveau des fermes, des champs que des centres de collecte de lait (CCL). En outre, le programme encourage la production locale des aliments de bétail, et améliore la génétique et la santé du cheptel. Sur le plan environnemental, le programme s’appuie sur le recyclage des déchets et l’utilisation des énergies renouvelables.

Le blé face au défi de la souveraineté alimentaire

Après le sucre, le Maroc est particulièrement dépendant des céréales importées, notamment le blé (tendre et dur). Pour réduire cette dépendance, le Royaume place de grands espoirs dans l’augmentation des superficies irriguées de céréales. Il appuie également la création de variétés résistantes à la sécheresse. 

Les bonnes pratiques agricoles, dont l’utilisation du semis direct, sont également encouragées dans le cadre de la stratégie Génération Green 2020-2030, visant à assurer la souveraineté alimentaire du Royaume. A fortiori s’agissant du blé, utilisé notamment par les minotiers, les boulangers et les biscuitiers.

Néanmoins, depuis trois ans, la bonne marche de ce plan d’action est fragilisée par des conditions météorologiques défavorables et la rareté des ressources hydriques, qui ne sont ni disponibles ni renouvelables à la demande.   

27 millions de quintaux de blé en 2022

En 2022, la production nationale de blé a atteint 27 millions de quintaux sur un total de 34 Mq de céréales, répartie entre :  

Cette production est issue de quatre régions à vocation agricole : Fès-Meknès, Rabat-Salé-Kénitra, Grand Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Les 27 millions de quintaux de blé récoltés ont pu couvrir un peu plus des deux tiers de la consommation des Marocains en blé tendre principalement. Pour combler l’écart, le Maroc importe cette denrée. D’après l’Office nationale interprofessionnel des céréales et légumineuses (ONICL), ces importations s’élevaient en 2022 (Mai et Juin) à 35,5 millions de quintaux dont : 

– 35 Mq de blé tendre ;

– 576.000 quintaux de blé dur.

Ce total est certes inférieur à l’année précédente, mais il ne constitue pas pour autant une tendance. Les importations de blé du Royaume dessinent une courbe sinusoïdale depuis 2009. 

Sachant que la campagne céréalière 2022-2023 s’annonce meilleure que la précédente, les importations de blé du Maroc vont certainement connaître un recul. En effet, les prévisions de la campagne agricole 2022-2023 dévoilées par le département de l’Agriculture annoncent une hausse de 62% en termes de production céréalière, par rapport à la campagne précédente. 

La production prévisionnelle des trois céréales principales au titre de la campagne agricole 2022-2023 est estimée à près de 55,1 Mq. Issue d’une superficie semée en céréales principales de 3,6 millions d’hectares, elle se décline comme suit : 

– Blé tendre (29,8 Mq) ; 

– Blé dur (11,8 Mq) ; 

– Orge (13,5 Mq).

Mais cela reste insuffisant pour assurer l’autosuffisance alimentaire en blé. 

Une culture tributaire des précipitations 

Pour y parvenir, l’une des solutions avancées par le département de l’Agriculture est l’augmentation des superficies irriguées de blé. Actuellement, la production de céréales, dont le cycle dure d’octobre-novembre à juin-juillet, est en effet tributaire des précipitations. Le besoin en eau peut aller jusqu’à 500 mm par hectare en moyenne. 

Excepté la campagne 2020-2021, le Maroc se situe dans une séquence climatique de cinq années difficiles marquées par la succession des années sèches (quatre sur les cinq dernières années). La campagne actuelle est d’ailleurs marquée par un déficit pluviométrique important, bien que moins élevé que l’année précédente. 

D’où l’intérêt d’étendre les superficies irriguées en céréales. Concrètement, ces superficies ne sont pas uniquement dépendantes de l’irrigation appliquée d’appoint ou de complément. « Elles sont également soutenues par les précipitations”, nuance un acteur du secteur agricole.

« Le terme superficie irriguée est une distinction entre les zones où il y a possibilité de faire l’irrigation d’appoint, où les ressources en eau sont disponibles, et les zones radicalement bour, où la possibilité d’irrigation de complément est impossible », poursuit-il. 

Les superficies de céréales en irrigué ont une importance stratégique, car elles permettent « d’assurer une production minimale même en cas de sécheresse, et des semences sélectionnées pour la campagne suivante », indique Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome.

« Les superficies irriguées de céréales sont une bonne initiative qui garantit la disponibilité et la multiplication des semences lors des années arides », corrobore Driss Mghabar. « En particulier afin d’assurer la multiplication des semences des variétés de la catégorie G1 (première génération). Une catégorie pure à 99.9% », complète-t-il. 

Une irrigation en cas de nécessité 

Ainsi, l’irrigation d’appoint n’est effectuée qu’en cas d’extrême nécessité, notamment pour compenser une pluviométrie déficitaire. « Ce ne sont pas des irrigations quotidiennes, mais plutôt épisodiques, de l’ordre de 10 à 25 mm, notamment lors de la levée, pour que la plante émerge du sol en attendant les précipitations », explique Driss Mghabar.

Le responsable des céréales à paille et cultures industrielles à la Direction de contrôle des semences et des plants (DCSP), relevant de la Direction de la protection du patrimoine animal et végétal (DPPAV) de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), ajoute que ces irrigations complémentaires sont également utilisées « lors des phases de floraison et de remplissage de l’épi ». 

Si l’on en croit Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, une augmentation des superficies irriguées de céréales, dont le blé, pourrait permettre au Maroc de récolter jusqu’à 80 Mq, même dans les années où est observé un déficit pluviométrique par rapport à la moyenne.  

Toutefois, cette solution se heurte à la problématique de la disponibilité des ressources en eau, puisque seulement 400.000 hectares de céréales ont été irrigués lors de la campagne actuelle, en raison de la pénurie d’eau principalement.

En plus de l’affaissement du niveau des eaux souterraines, le taux de remplissage des barrages en ce mardi 2 mai est de 32,9%, contre 34,3% à la même période de la campagne précédente. En dehors des régions du Gharb et du Loukkos où l’irrigation se poursuit normalement, les autres grands périmètres ont subi des restrictions, voire l’arrêt de l’irrigation.

En effet, de grands barrages affichent de faibles taux de remplissage, notamment dans les régions du Haouz et du Tadla. Une situation qui ne date pas d’hier. « La quantité d’eau réservée à l’irrigation dans le cadre du modèle marocain de gestion de l’eau est de 5,3 MMm3″, indique Mohammed Sadiki. Et de déplorer que ces ressources se réduisent comme peau de chagrin. 

En effet, depuis la campagne agricole 1980-1981, il y a eu un maximum de 4,1 MMm3 dédiés à l’irrigation lors de la saison 2016-2017. « Depuis, ces ressources se sont réduites pour atteindre actuellement 612 millions de m3″, déplore le ministre de l’Agriculture.

Or, les céréales sont l’un des produits alimentaires les plus consommateurs d’eau (5e), et le premier produit alimentaire végétal après les aliments d’origine animale, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 

Des variétés de blé résistantes à la sécheresse 

La recherche agronomique est une piste à privilégier en vue de créer des variétés de blé qui résistent à la sécheresse, et dont le rendement est plus élevé. D’autant que ce levier à porté ses fruits. Grâce à la création variétale, les rendements céréaliers sont passés de 12 à 17 quintaux, résultant sur une appréciation de la production de 25% et une évolution de 64 millions de quintaux (entre 2003 et 2007) à 80 millions de quintaux (entre 2015 et 2019). 

Les dix dernières années, l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) a été à l’origine de variétés résistantes à la sécheresse, avec un cycle court. « Au lieu d’être semées en octobre et récoltées en juillet, elles peuvent l’être vers fin novembre, pour une récolte au mois de mai », précise Driss Mghabar.

Sans elles, il n’aurait sans doute pas été possible d’atteindre un rendement de 30 à 40 millions de quintaux lors des années sèches, à l’image de la précédente campagne. Conscient de l’importance de la création variétale, le Maroc multiplie les initiatives pour encourager les agriculteurs et sociétés de commercialisation de semences à utiliser les nouvelles variétés de céréales. 

En ce sens, l’INRA, en collaboration avec le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA), a mis en place quatre plateformes de démonstration dans le Saïss (Douyet), à Zaër (Marchouch), dans le Tadla (Afourer) et le Haouz (Tassaout). 

« La nouvelle variété de blé dur, Nachit, produit en moyenne 30% de plus qu’une variété moins tolérante à la sécheresse. La variété de blé tendre Malika, quant à elle, présente un rendement grain de 60 q/ha, soit un gain en rendement de 20% », indique le ministère de l’Agriculture dans un communiqué.  

Cela dit, le temps pris par la recherche variétale avant de donner des résultats peut être long. Ce qui ne favorise pas la promotion des variétés locales résistantes à la sécheresse. Pour l’heure, les semences sélectionnées de céréales utilisées à grande échelle sont principalement importées.  

Est-il vraiment judicieux de produire du blé ?

Par ailleurs, le ministère de l’Agriculture promeut la technique du semis direct, comme bonne pratique agricole adaptée aux effets du réchauffement climatique et à la sécheresse. Cette technique consiste à déposer directement les semences dans un sol non travaillé. 

Le programme national de semis direct prévoit quant à lui une superficie de 100.000 ha, avec l’objectif d’atteindre 1 million d’hectares à horizon 2030. Pour ce faire, le ministère a prévu l’acquisition de 73 semoirs au profit des coopératives, le renforcement de la sensibilisation et de l’accompagnement des agriculteurs pour adopter cette technique.

Mais le semis direct ne fait pas de miracle, car il ne peut pas se passer de précipitations ou d’irrigation. L’eau, dont la disponibilité est gérable mais incontrôlable, demeure la carte maîtresse afin d’assurer une souveraineté alimentaire en blé, à l’heure où des chercheurs plaident pour l’importation de cette denrée comme solution à la pénurie d’eau. 

D’après une étude scientifique, la plus importante quantité d’eau virtuelle importée dans la catégorie des céréales est issue de l’orge ; elle représente environ 45% du volume total d’eau virtuelle importée dans la catégorie des céréales (150 millions de tonnes sur la période entre 2000 et 2017). L’orge devance le maïs, le blé, le millet et l’avoine.

Dans le contexte actuel marqué par une baisse des ressources hydriques, il s’agirait, selon les chercheurs, d’importer davantage de blé pour préserver l’eau du pays. Une théorie qui se tient mais qui est à rebours de la souveraineté alimentaire visée.