Vente de l’hôtel Avanti de Mohammédia : pourquoi Remax Immo ?

La Samir : le dossier entre dans sa phase de pourrissement

« Dans l’affaire Samir, on tourne dans un cercle vicieux ». Impliquée dans le dossier de la raffinerie de Mohammédia, cette source ne cache guère sa lassitude, voire son agacement. Ouverte en mars 2016, la procédure de liquidation entame sa neuvième année sans issue en vue.

Au tribunal de commerce de Casablanca, juge-commissaire, syndic et contrôleurs se réunissent une fois par mois pour examiner les offres de rachat, seul espoir pour la relance de ce raffineur de pétrole. Les propositions, souvent chimériques et peu concrètes, se font de plus en plus rares, à l’image d’un dossier qui se trouve désormais dans une phase de pourrissement.

Selon nos sources, une seule offre est aujourd’hui sur la table. Il s’agit d’une manifestation d’intérêt émanant d’une société espagnole, Elsom Development, qui propose un montant de 2 milliards de dollars. Ce montant correspond à la valeur actuelle du raffineur, estimée à 19 MMDH, contre 21 MMDH en 2017.

Cet investisseur s’est manifesté pour la première fois en septembre 2021. Depuis, il a multiplié les relances sans jamais concrétiser sa démarche. Sa dernière sortie remonte à novembre 2024. Ses représentants ont adressé une correspondance au syndic, s’engageant à virer les montants nécessaires au plus tard le 17 décembre 2024.

Convoqués par un nouveau juge-commissaire (le quatrième à opérer dans ce dossier), les organes de la procédure ont tenu une réunion une semaine après ce délai. Rien à signaler. « C’est du déjà-vu et revu. La société envoie les mêmes relances depuis trois ans, sans aucune suite effective. À chaque fois, on nous parle de difficultés pour transférer les sommes qui, pourtant, sont conséquentes sur le papier », confie notre interlocuteur.

Pour valider l’acquisition, l’acheteur doit soumettre une offre accompagnée des « garanties en vue de son exécution », c’est-à-dire, entre autres, une caution correspondant à un pourcentage du montant de l’achat. Depuis 2017, le syndic a reçu une vingtaine d’offres, mais aucun prétendant n’a jamais déposé la garantie requise.

À la Samir, le raffinage de pétrole est à l’arrêt depuis l’été 2015. Il s’agit de l’activité historique de cette société, créée dans les années 1950 en tant qu’établissement public, avant sa privatisation en 1997.

Bien que son cœur de métier soit aujourd’hui inopérant faute de repreneur, l’entreprise arrive à vivoter grâce à la location de ses bacs de stockage. La Samir dispose d’importantes capacités (près de 2 millions de m³ de pétrole), dont une partie (80.000 m³) est exploitée par BGI Petroleum.

Selon nos informations, ce contrat de location génère environ 3 millions de DH par mois pour la Samir. Ce montant permet de couvrir les charges courantes (entretien, maintenance, paiements des salaires, frais de justice, etc…), mais reste insuffisant pour relancer la production. Le syndic Abdelkbir Safadi a déposé une centaine de demandes pour débloquer des fonds.

En interne, on espère pouvoir louer davantage de citernes pour augmenter les rentrées financières. Des pétroliers d’envergure internationale ont exprimé leur intérêt, mais pour l’heure, BGI est l’unique opérateur en place.

Le sursis, jusqu’à quand ?

La location sera résiliée en cas de cession globale des actifs du raffineur. Cette cession est l’option privilégiée par le tribunal de commerce de Casablanca. Cela explique pourquoi, depuis 2016, les autorités de la procédure n’ont pas encore amorcé la liquidation des biens de la Samir. Dans des cas classiques, ces biens auraient été cédés en lots pour satisfaire les créanciers. Une démarche qui aurait acté la mort officielle de l’unique raffinerie marocaine. Le caractère stratégique de cette entreprise justifie ce long sursis. Mais jusqu’à quand ?

Du côté des salariés, la position reste inchangée : le sort de la Samir ne se jouera pas au tribunal, mais dépendra d’une décision politique. Réunie le 31 décembre 2024, la branche syndicale de la Confédération démocratique du travail (CDT) à la Samir a, une nouvelle fois, appelé à une action du gouvernement pour débloquer cette crise. L’exécutif est ainsi invité à « abandonner sa position négative et à trouver une solution, y compris par la cession en compensation des dettes au profit de l’État ». Autrement dit, un appel à la « re-nationalisation » du raffineur, vingt-sept ans après sa privatisation.

À la Samir, la vente avortée de l’Avanti Mohammedia Hotel suscite l’agacement

À la Samir, on digère mal la cession avortée de l’Avanti Mohammedia Hotel. Mis en vente dans le cadre de la liquidation de deux filiales du raffineur (Hôtelière Samir et Corral Hotel Resort), l’établissement devait être racheté par la société Aylis Fedala qui s’est finalement désistée pour des raisons encore obscures.

Une offre initiale de 165 MDH pour l’hôtel Avanti

Dirigée par la famille Aït Menna, Aylis Fedala avait déposé une offre de 165 MDH pour l’acquisition de l’hôtel. L’opération avait été validée en février par le tribunal de commerce de Casablanca, avant son annulation quatre mois plus tard à la demande de l’acheteur.

Depuis, Avanti n’a toujours pas trouvé preneur. « De nouveaux investisseurs ont manifesté leur intérêt, sans offre officielle », rapporte cette source proche du dossier.

Le retrait surprise d’Aylis Fedala a perturbé le processus qui était bien parti pour aboutir. Les Aït Menna n’étaient pas les seuls prétendants au rachat. La société Wifaq Developement s’était également positionnée – et de manière sérieuse, avec une proposition à 170 MDH. Le tribunal l’a écartée au profit d’une offre inférieure sur le papier, et qui s’est, en prime, révélée non concluante.

Pourtant, Aylis Fedala avait bien déposé des chèques en garantie de sa démarche. Selon nos informations, la société a demandé leur restitution, mais son action s’est heurtée à une fin de non-recevoir du juge-commissaire. Nous n’avons pas pu établir les motifs de cette décision qui date du 16 juillet.

Le désistement d’Aylis Fedala a perturbé une procédure qui avait toutes les chances d’aboutir

Pourquoi Aylis Fedala s’est-elle rétractée alors qu’elle a déposé des chèques ? Pourquoi le tribunal n’a-t-il pas encaissé les chèques directement après leur dépôt ? C’est ce que se demandent des experts sondés par nos soins. Au sein de la Samir, c’est plutôt le mécontentement qui ressort à l’évocation de cet épisode, perçu comme un nouveau rendez-vous manqué en vue de la résolution de l’affaire.

La revente de l’Avanti aurait profité d’abord à ses salariés qui espéraient la relance de l’établissement situé sur la côte de Mohammédia. Les sommes générées par l’opération auraient également pu être reversées sur les comptes de la liquidation de la Samir, et ce, pour étoffer les actifs servant à rembourser les créanciers du raffineur. Quand on sait que l’Etat est le premier créancier (plus de 16 MMDH), le manque à gagner pour le contribuable est considérable.

Ce dossier s’inscrit dans une série d’échecs entourant la Samir. En liquidation depuis 2016, la raffinerie est elle-même proposée pour une cession globale. Mais, en dépit d’offres récurrentes, l’entreprise cherche inlassablement et vainement un acquéreur.

Sur ce volet, les enjeux sont autrement plus importants. On parle d’un potentiel d’une dizaine de milliards de dirhams dégagés par une vente éventuelle. Soit la possibilité, pour les créanciers, de récupérer une partie honorable de leurs dus.

Pourtant, et malgré l’intérêt pour les caisses publiques, l’indolence est la règle. Le temps joue contre toutes les parties prenantes : le raffineur qui perd progressivement en valeur (moins de 16 MMDH aujourd’hui contre 21,8 MMDH neuf ans plus tôt), et donc en attrait aux yeux d’éventuels repreneurs, mais aussi les créanciers qui pâtiront de cette dévaluation, sans parler des quelque 600 employés de la Samir, suspendus à une issue de plus en plus improbable.

Qui a la main sur ce dossier ? Juillet dernier, le ministère de la Transition énergétique de Leila Benali avait annoncé des pistes à l’étude pour le sauvetage de l’unique raffinerie du Royaume. Sans davantage de précisions. Sollicitée à plusieurs reprises par Médias24, la ministre n’a pas souhaité répondre à nos questions.

https://medias24.com/2024/05/30/rachat-de-lavanti-hotel-les-ait-menna-font-volte-face/

La Samir : Jamal Baamer tente de lever sa déchéance commerciale

Frappé de déchéance commerciale, Jamal Baamer tente-t-il de rebondir au Maroc ? L’ancien directeur général de la Samir veut mettre fin à cette sanction rendue en lien avec ses déboires dans la gestion du raffineur, aujourd’hui en liquidation.

Entre janvier et mars 2024, l’homme d’affaires saoudien a déposé deux demandes de « radiation de la déchéance commerciale » auprès du tribunal de commerce de Casablanca. La première requête a débouché sur une fin de non-recevoir (jugement en février), la deuxième a été rejetée en mai pour des motifs de fond.

Jamal Baamer n’apparaît pas parmi les parties demanderesses. Les demandes ont été initiées via une société fondée par l’intéressé. Il s’agit de Tahnaout Development, promoteur immobilier qui opère à Marrakech. Cette entité a été créée par Baamer en 2009. Il s’en est retiré le 9 mars 2016, soit quelques jours avant la mise en liquidation de la Samir. Période qui coïncide avec son départ du Maroc.

En se retirant de la société, Baamer a placé un ressortissant yéménite, un certain Mohamed Naim El Khanji en tant que gérant unique. Il lui a également cédé l’intégralité des parts dans la société.

En novembre 2018, Baamer s’était vu étendre la liquidation de la Samir à ses biens personnels. D’où les saisies visant son patrimoine au Maroc. Une sanction qui avait été couplée à la déchéance commerciale pour cinq ans. Conséquence : il est interdit de « diriger, gérer, administrer ou contrôler, directement ou indirectement, toute entreprise commerciale et toute société ayant une activité économique. »

L’expiration des cinq ans est-elle en lien avec les récentes démarches de Jamal Baamer ? Nous n’avons pas pu le confirmer auprès du principal intéressé.

Cela dit, novembre 2018 ne constitue pas le point de départ réel pour le décompte du délai. La déchéance commerciale n’est devenue exécutoire qu’après sa confirmation par la cour d’appel de commerce, qui s’est prononcée le 21 janvier 2020. L’échéance de la sanction est donc prévue pour le 21 janvier 2025.

Hormis la liquidation et la déchéance commerciale, Jamal Baamer est également sous le coup d’une sanction douanière de 37 MMDH, montant qu’il doit payer solidairement avec la Samir.

Des dividendes fictifs à l’importation clandestine de pétrole iranien, Al Amoudi face à ses déboires judiciaires au Maroc

Au CIRDI, le Maroc a eu gain de cause sur la plus grande partie des demandes faites par Al Amoudi. Le Royaume doit verser au moins 154 M$ de dédommagements à Corral Morocco Holding, société dirigée par l’homme d’affaires saoudien. C’est l’énoncé de la sentence arbitrale rendue le 18 juillet.

La défense marocaine étudie l’opportunité d’un recours en annulation contre cette décision dont les motivations restent confidentielles. Si on sait pourquoi Corral avait initialement saisi le CIRDI contre le Maroc, on ne sait pas pourquoi ce dernier a été précisément condamné.

La somme accordée par le tribunal arbitral correspond à 5,6% du montant réclamé par Al Amoudi (2,7 MM$). Cela confirme qu’une bonne partie de ses griefs ont été rejetés. Néanmoins, le dédommagement qui lui sera versé reste substantiel pour les caisses de l’Etat. Surtout eu égard au passif lourd du demandeur qui, pour beaucoup, semble avoir surfé sur ses propres turpitudes.

Al Amoudi, « commerçant » déchu

Au Maroc, les déboires d’Al Amoudi ont été largement documentés, notamment par la presse. Certains faits ont donné lieu à des procédures judiciaires qui sont aujourd’hui encore d’actualité. D’autres, moins connus, revêtent une dimension sécuritaire et diplomatique.

Dans l’opinion publique, le nom du businessman est d’abord associé à la gestion calamiteuse de la Samir, raffineur qu’il avait acquis à l’issue de la privatisation de 1997. La justice marocaine a officiellement établi la corrélation entre les « fautes de gestion » d’Al Amoudi et la chute du raffineur, placé en liquidation depuis 2016. Cette liquidation sera d’ailleurs étendue au patrimoine personnel du dirigeant, qui a également écopé de la « déchéance commerciale ».

Démarrée en novembre 2019, l’extension de la liquidation aux biens d’Al Amoudi est aujourd’hui en cours d’exécution. La justice a recensé les biens de l’intéressé qui sont progressivement mis à la vente. On compte notamment des biens immobiliers, mais aussi des participations dans plusieurs sociétés (ex. : société Britannic Hotels et Corral Hotel Resort & Company).

De l’avis de plusieurs experts, le Maroc peut traquer les biens de l’intéressé en dehors du territoire national. Une piste qui demeure compliquée puisqu’il faudra obtenir des exequatur dans les pays concernés, à condition que ces derniers soient liés par une convention de coopération judiciaire avec le Royaume.

Dividendes fictifs

Epinglées dans plusieurs rapports officiels, les fautes de gestion imputées à Al Amoudi vont de la tenue d’une comptabilité irrégulière à la distribution de dividendes fictifs, en passant par la poursuite « abusive » d’une exploitation déficitaire.

2014, la situation de la Samir est déjà catastrophique, ce qui n’empêchera pas la société, sur proposition du conseil d’administration, de distribuer 93 MDH de dividendes. Et ce, sans tenir compte du refus opposé par les créanciers (BCP et Attijariwafa bank notamment). Or, la même année, le raffineur enregistrera une perte de plus de 3,4 MMDH.

« Distribuer des dividendes à un moment où la Samir était en crise implique forcément la satisfaction d’intérêts personnels, en l’occurrence ceux de l’actionnaire majoritaire Corral Holding, détenue par M. Mohamed Hussein Al Amoudi, qui est aussi président du conseil d’administration du raffineur », estime le juge Mehdi Salem, président de la formation qui a émis le jugement d’extension dont Médias24 détient copie.

En clair, « les dirigeants ont fait des biens de la société un usage contraire aux intérêts de de celle-ci, et ce à des fins personnelles« , tranche le juge.

Retour à 2008. Impactée par la baisse des cours du brut à l’international, la Samir accuse une grosse perte (1,19 MMDH). Un tel résultat pouvait être évité si le raffineur avait souscrit une assurance contre les risques liés à la volatilité des prix du pétrole. Le management ne remédiera pourtant jamais à cette lacune. La conséquence s’en ressentira quelques années plus tard. En 2014, la chute brutale des prix cause à la Samir une perte qui culminera cette fois-ci à 3,4 MMDH.

Qui est responsable ? Si les juges retiendront la faute directe de Jamal Ba-Amer, alors directeur général de l’entreprise, celle de Hussein Al Amoudi est également établie puisqu’à aucun moment, « il n’est intervenu pour contrôler l’action de son directeur général ». Les deux ont poursuivi « l’exploitation commerciale, malgré le risque de défaillance », tranche le jugement.

À cela s’ajoutent des mouvements douteux – et à coups de dizaines de millions de dirhams – entre la Samir et des sociétés où Al Amoudi détient des intérêts personnels.

Quand Al Amoudi importait clandestinement du pétrole d’Iran…

Ces « fautes » ont compromis essentiellement la Samir. Ils s’ajoutent à des griefs à caractère pénal, comme les infractions douanières en lien avec des importations frauduleuses de fuel ou avec des infractions de change. Ces volets-là ont valu à l’entreprise des amendes respectives de 37 et 18 milliards de dirhams.

D’autres faits, revêtant une gravité inouïe, ont failli hypothéquer des intérêts stratégiques de l’Etat marocain.

Versé devant la Justice, un rapport de Mohamed Krimi, ancien syndic de la Samir, décrit comment le raffineur a importé clandestinement des millions de tonnes de pétrole à partir de l’Iran et du Kurdistan irakien, alors pourtant sous embargo des Etats-Unis.

Le 18 mars 2013, la Samir a conclu un contrat avec Ferland, une société rattachée à l’Iran. À l’époque, ce pays était encore sous embargo économique imposé par les Etats-Unis (IRAN ACT). L’objet de la transaction était l’acquisition d’un million de tonnes de pétrole brut, pour un montant de 113,7 millions de dollars.

Comment contourner l’embargo ? En inscrivant, dans le certificat d’origine, que le pétrole provient d’Iraq. Mais en réalité, c’est bien de pétrole iranien qu’il sera question. Des navires iraniens sont approvisionnés et prennent la direction du port Khor Fakkan, aux Emirats arabes unis. Là-bas, le pétrole est chargé dans un tanker affrété par Ferland.

La combine ne passe pas inaperçue. Les autorités américaines ont vent de l’opération. Elles alertent à leur tour le ministère marocain des Affaires étrangères. La direction de la Samir est convoquée pour une réunion qui a eu lieu le 16 juillet 2013.

Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, le wali directeur des frontières et des crises au sein du ministère de l’Intérieur, trois représentants des services sécuritaires américains prennent part à cette réunion. La Samir est représentée par son directeur général, Jamal Ba-amer, le directeur du pôle ressources et celui du pôle commercial.

L’affaire est grave. Ferland est une société écran qui commercialise du pétrole pour le compte de l’Iran. Dealer avec cette entité inscrite sur la liste noire des Etats-Unis, c’est exposer les sociétés marocaines elles-mêmes à des sanctions économiques. Autrement dit, la direction de la Samir a joué avec les intérêts stratégiques du Maroc.

D’où cette réunion d’urgence, où les services du ministère de l’Intérieur se montreront fermes : la Samir ne doit pas payer le montant objet du contrat et doit cesser toute relation commerciale avec les sociétés iraniennes (du moins jusqu’à la levée de l’embargo).

Ce qui est certain, c’est que ce pétrole iranien a été déchargé et consommé, et la facture de Ferland figure bien dans les comptes de la Samir.

Le 11 décembre 2013, Philip Nelson, consul chargé des affaires économiques à l’ambassade américaine, rappelle cette affaire au cours d’une réunion tenue au siège de la Samir. Le chapitre iranien est bouclé. Moins d’un an plus tard, s’ouvre celui du Kurdistan irakien.

… et du Kurdistan irakien

Le 22 mai 2014, la Samir entreprend l’acquisition d’un million de barils de pétrole brut, moyennant 106 millions de dollars. Le fournisseur est la société R.B. OIL, compagnie pétrolière rattachée à la province du Kurdistan irakien, territoire sous la souveraineté de l’Iraq.

Le 2 juin 2014, le bateau est arrivé dans les zones maritimes marocaines, lorsque le ministère irakien du pétrole adresse un avis au ministère de l’Energie et des mines. Là aussi, la cargaison de pétrole à destination de Mohammédia est illégale, le pétrole transporté appartenant à la République d’Iraq et non à R.B. Oil. Or, le pétrole a été acheminé illégalement du Kurdistan sur le navire United Leader, à travers le port Jihan situé en Turquie.

La correspondance venue d’Iraq est menaçante. Ses rédacteurs promettent d’engager les responsabilités civile et pénale de toute partie qui vendrait la cargaison sur le territoire marocain. Nous n’avons pas pu établir si cette cargaison avait été déchargée au profit de la Samir ou si elle avait fait demi-tour. La seconde hypothèse nous paraît la plus probable.

Selon nos sources, ces modes opératoires sont utilisés pour servir les mêmes objectifs. On se tourne vers des régions douteuses d’où l’on importe du pétrole brut à prix bas, pour ensuite le revendre au prix du marché.

Ces épisodes sombres du passage d’Al Amoudi à la Samir avaient également été présentés au tribunal de commerce lors de l’examen de la demande d’extension de la liquidation aux dirigeants. Particulièrement sensibles, ils n’ont pas été repris parmi les griefs, les juges s’étant contentés des irrégularités de gestion.

Samir : l’ancien syndic réclamait 64 MDH, il en aura beaucoup moins

Le juge-commissaire Mehdi Salem a validé (très) partiellement la demande dhonoraires initiée fin décembre 2022 par Mohamed Krimi. Alors quil avait exigé la bagatelle de 64 MDH, lexpert-comptable naura finalement droit quà 500.000 DH en rémunération de ses missions effectuées entre mars 2016 et mai 2018.

Avant cette décision datée du 4 janvier, lancien syndic avait déjà perçu des avances sur honoraires, dont lune en 2021, de lordre dun million de dirhams.

Depuis la révocation de M. Krimi en 2018, les fonctions de syndic de la Samir sont occupées par Abdelkbir Safadi, fonctionnaire au tribunal de commerce de Casablanca.

La Samir condamnée à plus de 18 milliards de DH en appel pour infraction à la réglementation des changes

Cinq ans après sa mise en liquidation, la Samir poursuit sa lente descente aux enfers. La Cour d’appel de Casablanca vient de confirmer une lourde condamnation contre le raffineur : Une amende de 18,7 milliards de dirhams (MMDH) pour de multiples infractions à la réglementation des changes.

L’arrêt a été rendu le jeudi 17 juin. Il assoit une sentence rendue trois ans plus tôt par le tribunal de première instance de Mohammedia, où le dossier avait démarré par un procès-verbal de l’office des changes, suppléé par l’Administration douanière qui se pose en partie civile.

La Samir paie le prix des dérives de son ancien management, accusé, entre autres, d’infractions « lors de transferts de devises », d’ « opérations de compensation non autorisées », « violation des autorisations exceptionnelles de l’office des changes », « non déclaration de rapports » auprès de ce même établissement.

En septembre 2015, l’office des changes avait instauré le contrôle préalable sur toutes les opérations de transfert d’argent vers l’étranger initiées par la Samir, les entités relevant de cette société, de son P-DG (Al Amoudi) ou de son DG (Jamal Baâmer). Une décision survenue deux mois après l’arrêt d’activité du raffineur.

A la Samir, cette nouvelle condamnation vient alourdir un passif déjà faramineux. Quelques semaines plus tôt, la même juridiction avait confirmé une sanction pécuniaire chiffrée à plus de 37 milliards de dirhams, cette fois-ci pour de graves infractions douanières.

Ce montant a été récemment déclaré par la Douane auprès du juge-commissaire chargé de la liquidation de la Samir, qui en tiendra compte lors du remboursement des créanciers. La nouvelle amende (18,7 MMDH) suivra bientôt le même parcours. L’administration détient désormais deux titres exécutoires sur le raffineur, pour un montant total de 55 MMDH. A travers la Douane, l’Etat fait également valoir une créance de 16,7 MMDH, correspondant à des taxes impayées ainsi qu’un crédit d’enlèvement.

Pour la Samir, ce n’est que la partie douanière du passif. Quelque 400 créanciers, essentiellement privés, attendent le paiement de leurs créances. Cinq ans après le jugement de liquidation (mars 2016), cette procédure n’a, dans les faits, toujours pas démarré. Officiellement, le raffineur bénéficie d’une période de continuité en attendant la cession de ses actifs à un tiers. Ce dernier n’aura pas à assumer les dettes de l’entreprise. Le prix qu’il mettra dans l’acquisition sera utilisé par le syndic afin de désintéresser les créanciers.