Cash Plus : « Notre vision est de devenir une Super App » (Nabil Amar) (2/2)
« Nous sommes une entreprise technologique qui vous facilite la vie », nous expliquait Nabil Amar, président du Conseil d’administration de Cash Plus dans la première partie de cet échange. L’opérateur, qui a démarré dans le transfert d’argent, activité qu’il continue d’exercer, se voit aujourd’hui comme une Fintech marocaine et se donne les moyens de cette vision.
Les services de Cash Plus ne se limitent pas seulement aux services financiers. « Chez Cash Plus, vous pouvez non seulement effectuer des transferts d’argent, mais aussi déposer un dossier maladie, envoyer un colis, et bientôt faire encore plus de choses. Notre objectif est de rapprocher les services du quotidien des citoyens afin de les accompagner dans tous les aspects de leur vie quotidienne », confie notre interlocuteur.
La dernière levée effectuée permettant le retour du fonds MCP dans le capital de l’entreprise, accompagné cette fois-ci par deux autres fonds prestigieux (SFI et un fonds néerlandais), vise trois objectifs que nous détaille le top management de l’opérateur marocain : devenir une banque digitale, adresser les besoins des Marocains de la diaspora et renforcer les équipes.
Développement du réseau physique, le projet de banque digitale, distribution des aides directes, paiement électronique, IPO… Nous abordons dans cette seconde partie la stratégie de l’opérateur et ses ambitions sur chacun de ces marchés.
Médias24. Vous avez démarré avec 10 points de vente en propre. Aujourd’hui, vous êtes à près de 8.000 points. Un forte accélération à partir de 2022. Est-ce que vous vous concentrez exclusivement sur la franchise, ou continuez-vous également à développer des points de vente en propre ?
Nabil Amar. Nous continuons à développer des points de vente en propre. Aujourd’hui, notre réseau compte près de 8.000 points de vente, dont environ 600 en propre. Le reste, soit environ 7.400 points, est constitué d’entrepreneurs, avec 40% de femmes, ce qui constitue une véritable fierté pour nous. En effet, lorsque l’on parle de ces 7.400 points, ce sont autant de familles que nous soutenons. Il y a un vrai maillage territorial, principalement en milieu urbain, mais nous nous développons de plus en plus dans les zones rurales. Depuis cinq ans, nous avons fait un focus particulièrement important sur le rural.
Changer de nom n’a aucun sens. Au contraire, notre marque est un levier pour exploiter cette confiance et renforcer notre position.
– Cash Plus a pris la décision en 2022 d’aller plus vite. Comment avez-vous trouvé les financements nécessaires pour cette expansion ?
– J’ai approché MCP et Saâd Bendidi. Et comme ils croyaient fermement en notre projet et connaissaient notre entreprise, nous avons signé avec eux pour la deuxième fois. De plus, nous avons obtenu des financements supplémentaires de la SFI (Société Financière Internationale) et d’un fonds néerlandais, qui ont investi environ 60 millions de dollars dans l’entreprise. Ces fonds nous permettent aujourd’hui de relever les défis liés à notre ambition de devenir une banque digitale, d’adresser les besoins des Marocains de la diaspora et de renforcer nos équipes.
– Vous avez donc pour projet de devenir une banque digitale…
– Aujourd’hui, nous avons 1,5 million de bénéficiaires qui retirent leur argent chez Cash Plus, mais qui cash-out immédiatement. Nous avons donc dû développer des solutions pour offrir plus de services financiers digitaux.

– Vous avez mentionné des mots clés comme Banque digitale, établissement de paiement, service de proximité et service financier. Le nom Cash Plus ne devient-il pas un peu réducteur par rapport à ce que vous êtes devenus ?
– Cash Plus est une marque forte et bien établie. Elle inspire confiance, et c’est notre plus grande force. Nous avons des millions d’utilisateurs fidèles et cela fait partie de notre identité. Changer de nom n’a aucun sens. Au contraire, notre marque est un levier pour exploiter cette confiance et renforcer notre position.
– Parmi les activités de Cash Plus, il y a la logistique et l’e-commerce. Parlez-nous un peu plus de ce segment.
– C’est un segment que nous adressons à travers notre filiale Tawsil qui gère la logistique du Last Mile Delivery. Cette filiale opère dans ce que l’on appelle les 3PL, « Third Party Logistics », c’est-à-dire les prestataires logistiques tiers. Nous avons un modèle unique au Maroc : nous ne possédons pas de moyens logistiques propres. Ce modèle disruptif nous a permis de traiter aujourd’hui 150.000 colis par mois. Nous sommes fiers de cette startup qui fonctionne indépendamment et est dirigée par son propre directeur général.
– Mais il y a bien des synergies avec Cash Plus ?
– Absolument, c’est l’une de nos grandes forces. Nos clients peuvent déposer un colis dans n’importe quelle agence Cash Plus et le récupérer dans l’agence de leur choix.
Notre vision est de devenir une super app. Une application qui permet aussi de répondre aux besoins quotidiens de nos utilisateurs.
– Et quand vous parlez de la banque digitale, quels sont vos projets sur ce segment ?
– C’est là que nous entrons dans le domaine des portefeuilles électroniques avec Cash Plus Mobile. Nous avons un portefeuille de près de 3 millions de clients, dont 2 millions sont actifs et effectuent au moins une opération par mois. Nous avons également lancé notre propre carte de paiement, avec environ 200.000 cartes émises. Aujourd’hui, notre principal défi est de faire en sorte que ces clients utilisent l’application mobile pour leurs besoins quotidiens.
Notre vision est de devenir une super app. Une application qui ne se limite pas aux services financiers, mais qui permet aussi de répondre aux besoins quotidiens de nos utilisateurs. Dans un futur proche, les utilisateurs pourront non seulement effectuer des paiements, mais aussi réserver un taxi, louer une trottinette électrique ou acheter un billet de bus, tout via l’application Cash Plus. L’idée est de centraliser tous les paiements et services de la vie quotidienne dans une seule application.
– Sur un sujet connexe, le marché des paiements électroniques connaît une mutation majeure, comment Cash Plus se positionne-t-il par rapport à cela ?
– Nous suivons ce secteur depuis longtemps, mais nous avons senti que le marché n’était pas encore prêt pour accueillir un nouvel acteur. Aujourd’hui, notre volonté est de compléter ce qu’a réalisé le CMI au cours des dernières années. Cet acteur détient 98 % de parts de marché, mais ce marché concerne principalement 70.000 commerçants. Or, au Maroc, il y en a plus d’un million et demi. Nous pensons qu’il existe une grande demande parmi ces commerçants qui n’ont pas encore été adressés. Notre objectif est donc de nous attaquer à ce marché inexploité, tout en collaborant avec d’autres acteurs pour éduquer et accompagner les commerçants vers l’acceptation des paiements électroniques.
– Pourquoi cette grande partie du marché est-elle restée jusqu’à présent ignorée ?
– A mon avis, cela tient à des questions de timing. Avant, pour accepter les paiements par carte, il fallait équiper les commerçants avec un TPE (terminal de paiement électronique) coûteux (environ 4.000 à 5.000 dirhams). De plus, la transaction elle-même coûtait cher (3 à 3,5 %). Et puis, la carte n’était pas suffisamment répandue. Aujourd’hui, nous avons 20 millions de cartes émises, mais 85 % ne servent qu’au retrait, et seulement 15 % au paiement.
Ce qui change aujourd’hui, c’est l’adoption du paiement sans contact (NFC) qui supprime la barrière du code PIN et facilite l’utilisation des cartes. Le renouvellement générationnel joue également un rôle : les jeunes, qui ont grandi avec la technologie, adoptent naturellement ces moyens de paiement. De plus, aujourd’hui, un TPE ne coûte plus 5.000 dirhams. Il existe même des solutions via smartphone permettant aux commerçants d’accepter les paiements facilement et à moindre coût.
Enfin, l’afflux massif de touristes ces deux dernières années a encore renforcé la nécessité pour les commerçants de s’adapter aux paiements par carte ou téléphone. Un facteur qui va s’accentuer avec l’organisation de la Coupe du monde 2030. Tout cela crée un environnement propice au développement du paiement électronique et ouvre des opportunités à Cash Plus pour s’adresser à cette clientèle.
L’IPO serait une option, mais pas une finalité. Tout dépendra du contexte et des opportunités.
– Pour faire simple, Cash Plus compte se concentrer donc sur les centaines de milliers de commerçants non desservis ?
– Exactement. Le marché existant est déjà saturé et ultra-concurrentiel. Nous, nous nous concentrons sur une clientèle que les acteurs historiques ont négligée. Depuis notre lancement, nous avons toujours ciblé des segments non adressés par la concurrence. Nous allons donc continuer dans cette direction pour toucher une clientèle qui n’a jamais été prioritaire pour les acteurs traditionnels.
– Des projets imminents ?
– Une de nos nouvelles initiatives est Cash Plus Venture, un fonds de capital-risque qui investit dans des start-ups à fort potentiel avec lesquelles nous pouvons créer des synergies. Nous avons déjà investi dans Weego, une start-up de mobilité, et dans Slaati, une entreprise de distribution de produits FMCG (produits de grande consommation). Nous souhaitons également accélérer nos investissements dans la mobilité, en particulier dans les secteurs des taxis et de la mobilité électrique. Deux projets sont en cours de finalisation dans ce sens.
– Sinon pas d’IPO en vue ?
– Si nous avons besoin de plus de fonds pour soutenir notre croissance, une IPO pourrait être envisagée. Cependant, ce n’est pas une priorité pour nous. Nous avons une entreprise profitable, non endettée, avec une croissance de plus de 30% chaque année. L’IPO serait une option, mais pas une finalité. Tout dépendra du contexte et des opportunités.