En liquidation, Sintram pointe la responsabilité de son premier financeur
Officiellement en faillite, Sintram règle ses comptes avec l’un de ses principaux créanciers. L’opérateur BTP veut engager la « responsabilité bancaire » de Banque Centrale Populaire. Au tribunal de commerce de Casablanca, une action judiciaire est en cours d’examen. L’affaire sera mise en délibéré le jeudi 18 avril.
Sintram réclame un dédommagement du préjudice en lien avec des agissements « fautifs » qu’elle impute à BCP. Le montant réclamé n’a pas été rendu public. En décembre, le tribunal avait ordonné une expertise pour élucider les prétentions du demandeur.
Ce type d’action vient souvent sanctionner des cas de rupture abusive de contrat de crédit ou de violation des obligations des banques (ex. : devoir de conseil, devoir d’information), ou encore des cas de concours financier abusifs.
La requête de Sintram avait été déposée alors qu’elle bénéficiait encore d’un redressement judiciaire. Selon des sources proches du dossier, cette démarche est venue en réplique à des actions de BCP qui avait attaqué son débiteur sur plusieurs fronts, notamment au pénal.
Selon nos informations, BCP, qui officie comme contrôleur dans la procédure de difficulté de Sintram, accusait son management ainsi que l’ancien syndic de violations liées à la tenue du dossier.
Depuis, Sintram a été placée en liquidation judiciaire. Ce jugement a été prononcé le 22 février 2024. Le tribunal a parallèlement chargé le liquidateur d’enquêter sur d’éventuelles fautes de gestion commises par la direction de l’entreprise.
BCP est le premier banquier de Sintram. Avec 685 MDH déclarés, il est également son deuxième plus grand créancier, derrière l’Office des changes (1,3 MMDH), selon des documents consultés par nos soins.
La créance constitue un autre point de divergence avec le débiteur qui ne reconnaît que 226,8 MDH. Ce volet du dossier est entre les mains du juge-commissaire en charge de la liquidation. Une expertise est en cours.
Au tribunal de commerce de Casablanca, les actions en responsabilité bancaire ne sont pas rares. Dans le cas particulier de BCP, nous avons relevé une condamnation en 2021 au profit d’une autre entreprise en difficulté. La banque a été astreinte à restituer 20 MDH de bons de caisse, en plus d’un dédommagement pour préjudice de 100.000 DH. Le jugement a été confirmé en appel en janvier 2023.
Jugé en 2022, un deuxième litige opposait une branche régionale de la banque (Fès-Meknès) à Dimagaz, entreprise dirigée par Najib El Jirari. Acculée par une dette de plus d’un milliard de DH, cette entreprise avait tenté d’invoquer la responsabilité de la banque pour « soutien financier abusif » et violation des « obligations d’information et de conseil ». Cette demande a débouché sur un jugement d’irrecevabilité (dossier n° 2021/8222/2511) confirmé en appel.
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