Patrimoine. À Safi, après cinq siècles d’existence, Ksar El Bahr menacé de disparition

Ksar El Bahr (le château de mer) de Safi a été victime d’un nouvel effondrement causé par les vagues et des vents violents qui en ont emporté une partie, une de plus, apprend Médias24 auprès de plusieurs sources locales.

Datant de l’époque portugaise, ce château militaire a été construit entre 1516 et 1523 pour le contrôle du trafic portuaire et commercial dans l’embouchure de l’oued Chaâba. Classé au patrimoine national par dahir du sultan dans les années 1920, ce monument n’a cessé de subir les aléas de l’érosion causée par les vagues de l’Atlantique et les vents violents auxquels il est exposé.

La situation, selon nos sources, a continué à se dégrader lors des deux dernières décennies, malgré les efforts consentis pour sauver ce qui peut encore l’être de la principale attraction touristique à forte charge historique.

« Ce jeudi 3 avril est une triste journée non seulement pour Safi et ses habitants, mais aussi pour tous les Marocains et pour notre mémoire collective. Cela fait mal au cœur de voir ce monument disparaître partie par partie, malgré les grands efforts consentis par l’État pour le sauver de la disparition », déplore El Mekki Gaouane, vice-président de l’association Safi Patrimoine, dans un échange avec Médias24.

El Mekki Gaouane, natif de Safi et ancien ambassadeur du Maroc au Qatar, s’étonne du retard pris pour prendre le taureau par les cornes et sauver ce précieux patrimoine alors que ce ne sont pas les ressources qui manquent.

Lors d’une visite sur place en mars 2023, Mehdi Bensaid, ministre de la Culture, avait annoncé la mobilisation d’un budget de 388 millions de dirhams pour réhabiliter les monuments de Safi dont, en premier lieu, Ksar El Bahr. Lors de la session de mars 2025, le conseil communal a voté un budget de 248 MDH, et ce, pour la première tranche des projets de réhabilitation des monuments et des sites historiques de la ville.

« Nous sommes reconnaissants à Mehdi Bensaid d’avoir sauvé Dar El Baroud, l’église espagnole ou encore la maison de l’écrivain Edmond Amran El Maleh. C’est aussi grâce à lui que la partie est de Ksar El Bahr tient toujours debout », admet notre interlocuteur.

Au ministère de la Culture, interrogée par Médias24, une source autorisée nous répond qu’une délégation menée par le directeur du patrimoine de ce département, se trouve déjà sur place. « Cette délégation procédera à une évaluation des dégâts pour arrêter les contours d’une intervention urgente », confie notre interlocuteur, qui précise que Mehdi Bensaid suit le sujet de très près.

À qui incombe la responsabilité ?

« C’est la faute à un laisser-aller qui a duré trop longtemps, mais il n’est jamais trop tard pour rattraper le temps perdu », explique une source locale qui suit ce dossier. Notre interlocuteur affirme que la disparition de Ksar El Bahr pourrait mettre en péril une grande partie de l’ancienne médina, puisque le château sert de rempart contre les vagues violentes de l’Océan.

Seront alors particulièrement menacés d’autres précieux monuments de la ville comme la retraite de Cheikh El Jazouli et celle de Sidi Mohamed Bensaleh.

Qui est alors responsable de la situation de Ksar El Bahr ? « Ce serait long à expliquer, mais je ne peux accuser personne. On relève cependant un manque de coordination entre plusieurs intervenants et, surtout, entre les instances élues : le conseil communal, le conseil provincial et le conseil de la région », nous répond El Mekki Gaouane, qui ajoute que ce n’est pas la priorité du moment.

« Je m’étonne qu’au XXIᵉ siècle un pays comme le nôtre peine à restaurer et à sauver un monument construit en pierre avec de la chaux ! », conclut notre interlocuteur.

LIRE AUSSI

https://medias24.com/2024/11/23/protection-du-patrimoine-voici-ce-qui-va-changer/

Monuments historiques : les tickets d’accès désormais disponibles en ligne

La plateforme, disponible sur le lien https://e-services.minculture.gov.ma, se décline en quatre langues, à savoir l’arabe, l’amazighe, le français et l’anglais, indique le ministère.

Les touristes marocains et étrangers peuvent, dès le 3 avril 2025, acquérir à travers cette plateforme les tickets d’entrée aux monuments historiques relevant du ministère, note la même source, ajoutant que les visiteurs de cette plateforme y trouveront un aperçu historique et des photos sur chaque monument.

L’accès au site archéologique de Volubilis coûte 30 DH pour un adulte marocain résident.

Laghchiwat. Exploration d’un site historique méconnu aux confins du désert

À 125 km au Sud-Ouest de la ville de Smara, dans la région de Laâyoune-Sakia El Hamra, sur un territoire long de 14 km de long sur 4 km de large. Un véritable musée à ciel ouvert : le site Laghchiwat. À même le sol, au milieu de l’immensité désertique. Vu du ciel, c’est une belle mosaïque, une sorte de constellation de points bleus sur fond ocre qui illumine les yeux. Parfois, le bleu vire au gris selon l’heure de la journée et l’intensité de la lumière du jour. D’ailleurs, même vu du sol, et pour mieux apprécier à l’œil nu les traces graphiques incrustées, il est conseillé de s’y prendre en début de matinée ou en fin de journée, avant le coucher du soleil quand la lumière du soleil, encore douce et hésitante, rase le sol.

>>> LIRE AUSSI : Azrou Iklane. La pierre aux 10.000 tatouages

CP-HeritageMaps.ma

Gravé dans le marbre

Quand on y regarde de plus près, on peut d’abord admirer les différentes représentations de la faune sauvage, des animaux qu’on a l’habitude de voir dans la savane africaine, comme des rhinocéros, des autruches, des éléphants et des girafes… et des hippopotames, faisant de ce site archéologique le seul au Maroc à comporter des gravures de cet imposant mammifère semi-aquatique. Ce qui renseigne d’ailleurs sur les conditions climatiques et environnementales plus clémentes et hospitalières qui prévalaient à cette époque antérieure au Néolithique, c’est-à-dire il y a plus de 10.000 ans.

Apparaissent ensuite des illustrations d’animaux domestiques, comme des bovins par exemple, laissant entrevoir le passage du nomadisme à la sédentarisation de la présence humaine sur ce territoire. En plus de cette grande diversité du bestiaire illustré, on peut aisément apprécier toutes les gravures rupestres représentant des hommes, ou plus exactement des cavaliers munis de boucliers et arborant des lances ou des javelots dans ce qui semble être des scènes de combat.

>>> LIRE AUSSI : Au Sahara, le mystère des géoglyphes

CP HeritageMaps.ma

 

CP HeritageMaps.ma

 

CP HeritageMaps.ma

 

Puis vient un ensemble de représentations graphiques, certaines anthropomorphes, d’autres des symboles inédits non encore déchiffrés, mais également des inscriptions Amazigh et des gravures tifinaghs, et même en arabe, prolongeant la chronologie millénaire de ce site archéologique qui n’a pas encore révélé tous ses secrets.

>>> LIRE AUSSI : Patrick Bergier : « Le moineau doré du sud du Maroc, une découverte scientifique fascinante »

CP-HeritageMaps.ma

C’est cette grande diversité des sujets illustrés et la variété du bestiaire représenté dans le marbre de Laghchiwat qui fait l’originalité de ce site hors norme. Et ce n’est pas sa seule particularité. Toutes ces gravures ont été réalisées, contrairement à ce qui a été découvert dans d’autres sites d’art rupestre au Maroc, sur des dalles horizontales, en marbre. Autre spécificité : dès les premières recherches sur ce site, plus d’un millier de gravures ont été répertoriées, en plus de tous les objets et pièces archéologiques trouvés à même le sol, comme des outils en silex ou des tumulus.

Reconnaissance archéologique et valorisation touristique

Le site a été découvert par l’association Mirane pour la protection des sites archéologiques de Smara en 2009. Alertée par des actions de pillage et de destruction, elle a lancé une visite du site qui a débouché sur cette merveilleuse trouvaille de gravures illustrant des représentations humaines et animales.

L’annonce officielle de cette découverte en 2010 a donné le coup d’envoi d’un long et salutaire travail de conservation pour préserver ce site d’intérêt scientifique, à fort potentiel touristique, contre les risques de pillage et de destruction, mais également d’érosion naturelle.

CP-HeritageMaps.ma

Cette prise en charge a permis d’organiser en amont l’attrait touristique pour ce site dont les gravures ne sont pas protégées par les parois d’une grotte, mais étalées au sol, en plein air, ce qui en augmente la fragilité. Un travail de préservation qui s’est prolongé vers la valorisation scientifique de cette richesse certes archéologique, mais dont la valeur est aussi culturelle, historique, patrimoniale, écologique et même sociale, puisqu’elle s’intègre à une dynamique plus globale de développement local. C’est d’ailleurs en vertu d’une convention signée entre l’association Mirane et le département de la Culture, en partenariat avec la province de Smara, qu’un tel chantier de protection archéologique a pu être lancée. Depuis, plusieurs missions de recherche, mêlant chercheurs, archéologues, géologues, topographes et paléoanthropologues, marocains, africains et étrangers, se succèdent régulièrement pour révéler tous les mystères encore non élucidés du site de Laghchiwat, à ce jour le plus grand site de gravures rupestres du Maroc.

>>> LIRE AUSSI : Aghmat. Capitale médiévale, perle architecturale et cité touristique en devenir

CP HeritageMaps.ma

La découverte de ce site exceptionnel, puis tout le travail de conservation qui a suivi, ont permis de valoriser, au fil des ans, les richesses naturelles et culturelles de Laghchiwat, semant les bases d’un éco-tourisme prometteur, dont les prémices ont d’abord été l’inscription du site au registre du patrimoine national, le partenariat scellé ensuite avec la société civile locale pour la protection archéologique du site de Laghchiwat et, enfin, la création plus tard d’une réserve pour relancer l’intégration d’espèces sauvages sur ce territoire. Autant de réalisations qui ont posé les bases d’un tourisme alternatif à fort potentiel patrimoniale et historique.

CP-HeritageMaps.ma