Sonomac en redressement : des sociétés sœurs, premiers créanciers validés

Le redressement judiciaire de Sonomac révèle ses premières interactions financières internes. Parmi les créances vérifiées par le tribunal, l’une des premières à être validée provient de Somacost, une des sociétés dirigées par la famille El Jirari (Dimagaz, Munjarid, etc).

Le juge-commissaire Fahd El Makhlafi vient d’admettre la créance de cette entité spécialisée dans le stockage et le conditionnement du GPL, et de la fixer à 126,1 millions de dirhams. Cette reconnaissance a été actée le 14 octobre, le montant ayant été admis à titre chirographaire.

Fait curieux, le juge-commissaire a validé, lors de la même audience, une deuxième créance au profit d’une autre société de la galaxie Jirari : Maroc Estampage.

Cette entité, active dans la fabrication de pièces métalliques pour l’industrie, concourra à hauteur de 27,1 MDH, selon le dispositif de l’ordonnance consultée par Médias24.

D’autres créanciers de Sonomac ont été déboutés ou devront patienter avant de connaître le sort de leurs créances.

Selon nos informations, le juge-commissaire a choisi de temporiser sur le dossier du Crédit Agricole du Maroc, en raison d’une action en cours portant sur une créance estimée à près de 140 MDH. Le syndic Samir Joudi devra se renseigner sur l’issue de cette procédure avant qu’il ne soit statué sur la validation du montant déclaré.

S’agissant de la Perception des grandes entreprises de Casablanca (قباضة الإدارة الجبائية للمقاولات الكبرى الدار البيضاء), le juge-commissaire s’est déclaré incompétent, estimant que le dossier relève de la juridiction administrative.

Enfin, les créances déclarées par certaines banques, notamment le CIH et la Banque Populaire, sont soit en délibéré, soit en cours d’examen.

Saham Bank et Dimagaz en litige à la Cour de cassation

En 2022, la SGMB obtenait un jugement lui reconnaissant une créance de 205 MDH à l’encontre de Dimagaz, qui opère sur le marché de la distribution de GPL, et de son dirigeant Najib El Jirari. Trois ans plus tard, l’établissement bancaire, devenu Saham Bank, poursuit sa bataille en justice pour recouvrer ce montant devenu exigible.

Selon nos informations, ce contentieux est aujourd’hui pendant devant la Cour de cassation. Et c’est Saham Bank qui est à l’origine du pourvoi. Malgré la décision favorable sur le montant de la créance, la banque conteste que le jugement n’ait pas été étendu à Munjarid, société mère de Dimagaz. C’est l’enjeu principal de ce nouveau round judiciaire.

En l’espèce, Saham Bank souhaite engager la responsabilité solidaire de la holding sur la créance qui résulte d’un crédit impayé. Pour appuyer sa demande, le créancier invoque un contrat de cautionnement daté de mai 2016.

Cette même requête avait été soumise dès la phase de première instance, démarrée en 2020. Mais le tribunal de commerce de Casablanca l’avait rejetée en déclarant le cautionnement « inopposable » à l’égard de Munjarid. Cette même position avait été reprise par la cour d’appel.

Saham Bank a saisi la Cour de cassation en février 2024. Depuis, le dossier semble encore tâtonner devant les sages. Dernier développement en date : une tentative de notification du mémoire de pourvoi à Dimagaz, datant de janvier 2025.

Saham Bank dispose d’une décision exécutoire en appel, ce qui lui permet théoriquement d’aller recouvrer sa créance, en usant notamment des saisies. Dans les faits, l’établissement de Moulay Hafid Elalamy doit composer avec les nombreuses banques impliquées dans la même course au remboursement. La dette bancaire de Dimagaz et de son dirigeant dépasse les 2 milliards de DH.

Ce défi est amplifié par les interrogations autour de la solvabilité de Dimagaz. Alors que l’entreprise enregistrait près d’un milliard de chiffre d’affaires en 2019, elle ne semble justifier d’aucune activité notable depuis quelques années. Au point que la valeur de son fonds de commerce ne dépasse pas les 400.000 DH, selon une évaluation judiciaire.

D’où les assauts des créanciers qui visent également les biens de son dirigeant Najib El Jirari. Ce dernier dispose d’un important patrimoine immobilier, mais, là aussi, loin de couvrir l’intégralité des créances bancaires.

Cette situation conduit les banques à élargir le champ de remboursement en se tournant vers des entités connexes de Dimagaz. Ses sociétés sœurs, Sonomac et Salama, ont ainsi fait l’objet de jugements les condamnant au paiement d’importants montants.

La structure du groupe reste difficile à reconstituer. Jusqu’en 2018, Dimagaz contrôlait directement Sonomac et Salama, avant de céder ses participations à Al Munjarid SARL, l’entité familiale des Jirari. Ces opérations ont été contestées par des actionnaires minoritaires, qui ont saisi la justice pour abus de biens sociaux et présentation d’états financiers falsifiés. Ces dossiers ont débouché sur des jugements constatant « l’extinction de l’action publique » pour « prescription ».

Une seule entité du groupe semble aujourd’hui encore épargnée par cet imbroglio judiciaire. Il s’agit de la Société marocaine de conditionnement et de stockage (Somacost). Dirigée par la famille Jirari, c’est un opérateur du GPL (butane/propane) qui exploite des installations de stockage et d’emplissage et dispose d’une présence industrielle à Jorf Lasfar (El Jadida), avec une base commerciale à Casablanca.

Liée à Dimagaz, Sonomac dans le collimateur des banques

Après Dimagaz, c’est au tour de sa société sœur, Sonomac (Société du nord marocain pour le commerce et l’industrie), de tomber sous les coups des créanciers. Le tribunal de commerce de Casablanca vient de condamner cette entité du groupe El Jirari à verser 139,5 millions de DH à Crédit Agricole du Maroc. Son dirigeant, Najib El Jirari, devra s’acquitter personnellement de 120 MDH au profit du même demandeur.

Le jugement a été rendu le 17 juillet 2025. Il fait suite à une action en paiement initiée trois mois plus tôt par Crédit Agricole du Maroc. Et intervient quelques mois seulement après la mise en redressement judiciaire de Sonomac, actée après la résiliation de son plan de sauvegarde.

Sonomac n’en est pas à son premier contentieux bancaire. Début 2025, ce distributeur de gaz essuyait déjà une condamnation de 37 MDH au profit de Banque Populaire Fès-Meknès. À l’époque, elle avait été reconnue débitrice solidaire aux côtés de Dimagaz et de Najib El Jirari.

Active depuis les années 1970 dans le secteur du GPL, Sonomac est notamment propriétaire de la marque Zerga. Jusqu’au début des années 2010, elle affichait un chiffre d’affaires annuel compris entre 200 et 500 MDH, avec des résultats bénéficiaires.

Aujourd’hui en redressement, Sonomac bénéficie d’une période d’observation de huit mois, en attendant l’adoption éventuelle d’un plan de continuation, d’une cession ou d’une liquidation. Le choix du tribunal dépendra du bilan économique et social établi par le syndic Samir Joudi.

Mais Sonomac n’est qu’un maillon d’un ensemble plus vaste. Depuis plusieurs années, les banques marocaines poursuivent une à une les sociétés du groupe El Jirari, à commencer par Dimagaz, l’entité historique, au centre du contentieux.

Les premières procédures remontent à 2020, avec une série d’actions judiciaires engagées contre Dimagaz et Najib El Jirari, donnant lieu à de multiples condamnations et à des saisies d’actifs, notamment des terrains agricoles hypothéqués dans plusieurs régions du Maroc.

Selon les éléments révélés par Médias24, la dette bancaire cumulée de Dimagaz dépasse les 2 milliards de DH, répartie entre plusieurs établissements : 1,1 MMDH pour Banque Populaire, 332 MDH pour Bank of Africa, 315 MDH pour Crédit Agricole du Maroc, 205 MDH pour Société Générale Maroc (devenue Saham Bank), entre autres.

Le contentieux s’est depuis étendu à d’autres sociétés du groupe, dont Sonomac et Salama, également visées par des procédures engagées par les créanciers bancaires.

La structure du groupe reste difficile à reconstituer. Jusqu’en 2018, Dimagaz contrôlait directement Sonomac et Salama, avant de céder ses participations à une entité familiale faîtière, Al Munjarid SARL. Ces opérations ont été contestées par des actionnaires minoritaires, qui ont saisi la justice pour abus de biens sociaux et présentation d’états financiers falsifiés.

En ce sens, deux procédures ouvertes devant le tribunal de Meknès ont donné lieu à des jugements rendus en décembre 2023 et mars 2024, qui ont constaté l’extinction de l’action publique pour prescription.