Les nouvelles normes statistiques du commerce en débat à Marrakech
Dans un monde en mutation rapide, les statistiques du commerce extérieur ne sont plus de simples outils de mesure, mais de véritables leviers de pilotage au service des politiques publiques, des entreprises et des institutions internationales, a déclaré Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, à l’ouverture des travaux de cette réunion.
« Dans un monde où les chaînes de valeur se redéfinissent, les politiques commerciales doivent être plus résilientes et inclusives. Les données deviennent ainsi des outils incontournables pour anticiper, comprendre et agir ».
Entre 2000 et 2024, les échanges de biens du Maroc ont été multipliés par six
La ministre a retracé le chemin parcouru par le Maroc, engagé dès les années 1980 dans une ouverture économique progressive, concrétisée par son adhésion au GATT en 1987, puis par l’Accord de Marrakech instituant l’Organisation mondiale du commerce de l’OMC en 1995. Elle a également présenté des chiffres témoignant de la montée en puissance des échanges commerciaux :
– Les échanges de biens ont été multipliés par six entre 2000 et 2024, atteignant 1.217,6 milliards de DH.
– Les échanges de services ont quintuplé entre 2004 et 2024, dépassant 421 milliards de DH.
Nadia Fettah a rappelé que le Maroc place la qualité et la fiabilité des statistiques économiques au cœur de sa stratégie de développement : « La production de données harmonisées, comparables et accessibles est un préalable à toute politique publique efficace, à tout partenariat économique durable et à toute insertion réussie dans l’économie mondiale ».
Elle a également mis en avant les engagements du Maroc en matière de transparence statistique :
– Adhésion à la Norme spéciale de diffusion des données (NSDD) du FMI en 2005 ;
– Engagement au titre de l’article VIII du FMI sur la convertibilité du dirham en 1993 ;
– Ouverture du Bureau économique du Maroc auprès de l’OCDE en 2023 ;
– Élection du Maroc à la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI) pour un mandat de six ans.
La statistique, « outil fondamental pour l’évaluation des politiques publiques »
La ministre a cité le discours du Roi Mohammed VI, qui a qualifié la statistique de « véritable service public, au cœur des décisions économiques et sociales, et outil fondamental pour l’évaluation et l’ajustement des politiques publiques ».
Elle a salué la maturité institutionnelle de l’Office des changes et appelé à poursuivre les efforts de digitalisation et de modernisation du système statistique, afin de répondre aux exigences des opérateurs économiques comme des décideurs publics. « Les données ne doivent pas seulement être disponibles. Elles doivent être utiles, fiables, diffusées rapidement, et orientées vers les besoins réels du pays« , a-t-elle conclu.
Prenant la parole à son tour, le directeur général de l’Office des changes, Driss Bencheikh, a réaffirmé le rôle central de son institution dans la production des statistiques du commerce extérieur et des comptes extérieurs du Royaume. Il a présenté les axes de la stratégie 2025-2029 :
– Coopération renforcée à l’échelle nationale et internationale ;
– Généralisation de la télédéclaration et digitalisation des enquêtes ;
– Intégration de solutions technologiques avancées (open data, IA, cybersécurité) ;
– Meilleure accessibilité des données à travers un portail interactif modernisé.
Il a également souligné la coopération Sud-Sud active du Maroc, notamment via des missions d’assistance technique auprès de pays africains, et la participation active du Royaume dans des programmes multilatéraux comme MEDSTAT ou TiVA.
Cette réunion marque l’ultime étape d’un long processus lancé en 2021, avec le Maroc en tant que coprésident du Groupe d’experts des Nations unies sur les statistiques du commerce international (TT-ITS). Les travaux menés à Marrakech permettront l’adoption des nouveaux manuels, y compris un guide innovant sur l’intégration des statistiques du commerce et des entreprises (HIBTS).
Cette réunion hybride, qui se poursuit jusqu’au 9 mai courant, rassemble également des experts de renom et de hauts responsables issus de plus de 32 pays.
À rappeler que le Groupe d’experts réunit 32 pays représentant toutes les régions du monde ainsi qu’un panel diversifié d’experts issus des offices statistiques, des administrations douanières, des banques centrales, des ministères techniques et 20 organisations internationales.