Bank Al-Maghrib et le HCP s’allient pour renforcer l’échange des statistiques et l’analyse économique

Cette convention vise à produire des données plus pertinentes et de meilleure qualité, afin de mieux fonder les décisions et d’accompagner efficacement les politiques économiques et sociales du pays, indique un communiqué conjoint.

À travers ce partenariat, les deux institutions s’engagent à instaurer un dispositif d’échange de données à la fois sécurisé et automatisé, à partager leur expertise mutuelle et à assurer l’harmonisation des référentiels statistiques, tout en accordant une attention particulière au renforcement des compétences.

À cette occasion, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, et Chakib Benmoussa, haut-commissaire au plan, ont réaffirmé leur volonté de hisser le système statistique national au niveau des meilleurs standards internationaux.

Le paradoxe de l’informalité au Maroc : quand le HCP mesure, mais n’intègre pas

Une définition conforme aux standards internationaux, mais partielle. Le haut-commissariat au Plan (HCP) s’appuie sur une définition alignée sur les critères du Bureau international du travail (BIT) et de l’ONU (notamment via la résolution de la 15e Conférence internationale des statisticiens du travail, 1993). Le secteur informel y est défini comme l’ensemble des unités de production non agricoles, non constituées en société, appartenant à des ménages, produisant des biens ou services marchands, sans tenir une comptabilité conforme aux normes comptables et fiscales en vigueur.

Cette définition, bien que fidèle aux standards internationaux, permet avant tout une mesure reproductible, consolidée et statistiquement exploitable du phénomène. Elle constitue un socle de référence important pour les enquêtes de grande ampleur. Cependant, une question légitime se pose : dans quelle mesure cette définition permet-elle d’appréhender l’évolution actuelle de l’économie réelle, notamment au regard des statuts juridiques simplifiés introduits pour favoriser la formalisation, comme le régime de l’auto-entrepreneur ou celui des personnes physiques relevant du régime de la contribution professionnelle unifiée (CPU) ?

Ces entrepreneurs, bien que leur fonctionnement et leurs pratiques s’apparentent fréquemment à ceux des unités informelles, opèrent dans un cadre légal et disposent d’un statut administratif reconnu. Pourtant, selon la définition retenue par le HCP, ces profils sont bel et bien considérés comme relevant du secteur informel, malgré leur enregistrement administratif, dès lors qu’ils ne tiennent pas une comptabilité conforme aux normes fiscales et comptables en vigueur. Le rapport du HCP lui-même précise : « Les unités informelles sont très peu enregistrées administrativement, même quand elles possèdent un local professionnel ».

Autrement dit, l’enregistrement administratif – y compris sous des statuts tels que l’auto-entrepreneur ou la personne physique relevant du régime forfaitaire – ne suffit pas, à lui seul, à qualifier une activité de « formelle » si les autres critères structurels, en particulier la tenue d’une comptabilité conforme, ne sont pas remplis. Ce décalage engendre un angle mort statistique préoccupant : une part importante du tissu entrepreneurial national – souvent précaire, peu structuré et à faible productivité – échappe aux dispositifs de suivi et aux politiques publiques censées promouvoir l’entrepreneuriat formel.

Changer de focale pour mieux agir

Ce paradoxe interpelle sur un enjeu central : comment élaborer des politiques publiques pertinentes en matière de transition et de développement de l’économie formelle, si les outils statistiques ne permettent pas de saisir fidèlement la réalité du terrain ?

Dans un contexte marqué par un manque de données fiables, une forte prévalence de l’entrepreneuriat informel (représentant près de 75 % des actifs entrepreneurs selon l’enquête nationale sur l’entrepreneuriat de la BAD-MEF), et un flou méthodologique persistant, il serait contre-productif de continuer à réduire la formalité à la seule tenue d’une comptabilité conforme.

À ce stade, l’existence d’un statut juridique, même minimal, devrait constituer le critère de base pour considérer une activité comme relevant du secteur formel. Cela permettrait de mieux cerner le périmètre réel des unités économiques déclarées, et d’en faire les premières cibles des politiques d’appui à leur pérennisation et à leur développement.

L’enjeu prioritaire est donc de freiner l’élargissement de l’informalité parmi les entrepreneurs, en relevant d’abord le défi de l’enregistrement administratif, condition indispensable à toute action publique. Ce n’est qu’en assurant progressivement l’intégration statistique de ces profils dans les radars de l’État et des partenaires au développement que l’on pourra, dans un second temps, accompagner l’amélioration de leurs pratiques – comptabilité, protection sociale, fiscalité – de manière ciblée, pertinente et progressive.

L’enjeu, aujourd’hui, n’est pas de remettre en cause la rigueur du HCP, mais de compléter l’approche. Il s’agit en somme de bâtir une stratégie de formalisation à plusieurs paliers : le statut juridique comme premier levier, l’amélioration des pratiques comme trajectoire. C’est à cette condition que les politiques publiques pourront réellement toucher leur cible, sans laisser dans l’ombre une part croissante et stratégique de l’économie nationale.

Mesurer pour transformer

Ce débat n’est pas purement technique. Il conditionne la capacité du Maroc à concevoir et piloter des politiques efficaces de transition vers l’économie formelle. Mal mesurer, c’est mal comprendre. Et mal comprendre, c’est mal agir.

Il est temps d’ouvrir un chantier national de réflexion, associant statisticiens, économistes, praticiens, institutions publiques et partenaires internationaux, pour harmoniser les concepts, affiner les définitions et, surtout, adapter les outils de mesure à la complexité du terrain.

Sans cela, nous continuerons à naviguer avec des données incomplètes, alors que l’informalité, dans toutes ses formes, reste l’un des défis majeurs du développement économique et social du pays.

Les nouvelles normes statistiques du commerce en débat à Marrakech

Dans un monde en mutation rapide, les statistiques du commerce extérieur ne sont plus de simples outils de mesure, mais de véritables leviers de pilotage au service des politiques publiques, des entreprises et des institutions internationales, a déclaré Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des finances, à l’ouverture des travaux de cette réunion.

« Dans un monde où les chaînes de valeur se redéfinissent, les politiques commerciales doivent être plus résilientes et inclusives. Les données deviennent ainsi des outils incontournables pour anticiper, comprendre et agir ».

Entre 2000 et 2024, les échanges de biens du Maroc ont été multipliés par six

La ministre a retracé le chemin parcouru par le Maroc, engagé dès les années 1980 dans une ouverture économique progressive, concrétisée par son adhésion au GATT en 1987, puis par l’Accord de Marrakech instituant l’Organisation mondiale du commerce de l’OMC en 1995. Elle a également présenté des chiffres témoignant de la montée en puissance des échanges commerciaux :

– Les échanges de biens ont été multipliés par six entre 2000 et 2024, atteignant 1.217,6 milliards de DH.

– Les échanges de services ont quintuplé entre 2004 et 2024, dépassant 421 milliards de DH.

Nadia Fettah a rappelé que le Maroc place la qualité et la fiabilité des statistiques économiques au cœur de sa stratégie de développement : « La production de données harmonisées, comparables et accessibles est un préalable à toute politique publique efficace, à tout partenariat économique durable et à toute insertion réussie dans l’économie mondiale ».

Elle a également mis en avant les engagements du Maroc en matière de transparence statistique :

– Adhésion à la Norme spéciale de diffusion des données (NSDD) du FMI en 2005 ;

– Engagement au titre de l’article VIII du FMI sur la convertibilité du dirham en 1993 ;

– Ouverture du Bureau économique du Maroc auprès de l’OCDE en 2023 ;

– Élection du Maroc à la Commission des Nations unies pour le droit commercial international (CNUDCI) pour un mandat de six ans.

La statistique, « outil fondamental pour l’évaluation des politiques publiques »

La ministre a cité le discours du Roi Mohammed VI, qui a qualifié la statistique de « véritable service public, au cœur des décisions économiques et sociales, et outil fondamental pour l’évaluation et l’ajustement des politiques publiques ».

Elle a salué la maturité institutionnelle de l’Office des changes et appelé à poursuivre les efforts de digitalisation et de modernisation du système statistique, afin de répondre aux exigences des opérateurs économiques comme des décideurs publics. « Les données ne doivent pas seulement être disponibles. Elles doivent être utiles, fiables, diffusées rapidement, et orientées vers les besoins réels du pays« , a-t-elle conclu.

Prenant la parole à son tour, le directeur général de l’Office des changes, Driss Bencheikh, a réaffirmé le rôle central de son institution dans la production des statistiques du commerce extérieur et des comptes extérieurs du Royaume. Il a présenté les axes de la stratégie 2025-2029 :

– Coopération renforcée à l’échelle nationale et internationale ;

– Généralisation de la télédéclaration et digitalisation des enquêtes ;

– Intégration de solutions technologiques avancées (open data, IA, cybersécurité) ;

– Meilleure accessibilité des données à travers un portail interactif modernisé.

Il a également souligné la coopération Sud-Sud active du Maroc, notamment via des missions d’assistance technique auprès de pays africains, et la participation active du Royaume dans des programmes multilatéraux comme MEDSTAT ou TiVA.

Cette réunion marque l’ultime étape d’un long processus lancé en 2021, avec le Maroc en tant que coprésident du Groupe d’experts des Nations unies sur les statistiques du commerce international (TT-ITS). Les travaux menés à Marrakech permettront l’adoption des nouveaux manuels, y compris un guide innovant sur l’intégration des statistiques du commerce et des entreprises (HIBTS).

Cette réunion hybride, qui se poursuit jusqu’au 9 mai courant, rassemble également des experts de renom et de hauts responsables issus de plus de 32 pays.

À rappeler que le Groupe d’experts réunit 32 pays représentant toutes les régions du monde ainsi qu’un panel diversifié d’experts issus des offices statistiques, des administrations douanières, des banques centrales, des ministères techniques et 20 organisations internationales.

Mondial féminin. Le parcours des Lionnes de l’Atlas en chiffres

Pendant la Coupe du monde 2023 en Australie et Nouvelle-Zélande, les Lionnes de l’Atlas ont réussi un parcours aussi surprenant qu’exceptionnel, dont les statistiques esquissent les contours d’un groupe dont la technique est à parfaire mais d’une remarquable combativité

Malgré l’élimination de l’équipe en huitième de finale de la Coupe du monde 2023 face à la France, la fierté et l’optimisme règnent. La fierté d’être sortie d’un groupe relevé en Australie. Une gageure pour une première participation à l’évènement planétaire. Cette aventure permet aussi au football national d’être optimiste face à l’avenir. 

Une combativité à toute épreuve

Certes, les protégées de Reynald Pedros ont subi deux importants revers, lors de leurs premier et dernier match. Entre-temps, elles ont fait preuve de pragmatisme. Pour résumer, les Marocaines n’ont pas été à la hauteur lorsqu’on s’y attendait, mais l’ont été au bon moment. Les deux succès glanés sur le plus petit des scores (1-0), contre la Corée du Sud et la Colombie, illustrent le réalisme de Chebbak and Co

Les Marocaines ont ainsi converti deux de leurs plus grosses occasions parmi les 12 tirs qu’elles ont cadrés en quatre rencontres. Des matchs où l’équipe nationale n’a pas une seule fois eu une possession supérieure à son adversaire (31% en moyenne)

Cette donnée dessine une prudence parfois exacerbée, mais aussi la capacité du technicien français à garder les pieds sur terre, en optant pour un plan de jeu en adéquation avec les qualités de son effectif. Justement, cette stratégie est basée sur un bloc défensif bas, voir médian, ainsi que sur une volonté de rapidement trouver la paire Lahmari-Jraïdi, les deux pointes du 4-4-2 sur lequel a misé R. Pedros

Cela dit, quand il fallait aller au-delà des considérations tactiques et mettre le bleu de chauffe, les Lionnes de l’Atlas ont répondu présent, réussissant la majorité des duels aériens ou au sol qu’elles ont disputés. Leur indiscipline leur a parfois joué des tours (plus de 11 fautes par match), à l’image de leur manque de précision balle au pied (4 passes sur 10 ratées). Sur ce point, la capitaine Ghizlane Chebbak est sortie du lot

Ghizlane Chebbak, auteure dexcellentes prestations

Il a fallu à la milieu de terrain de l’AS FAR attendre ses 32 ans et plus de 60 sélections cumulées avec l’équipe nationale pour goûter à la plus grande compétition sur la planète foot. Sa prestation a été à la hauteur de l’évènement. Chiffres à l’appui, elle a été de toutes les séquences réussies, même si elle n’a pas ouvert son compteur but en Coupe du monde. 

Ghizlane Chebbak a été quasiment la seule joueuse marocaine à tenter sa chance au moins une seule fois en direction du but adverse à chaque rencontre. Positionnée au sein du milieu de terrain, dans le double pivot qui est censé protéger la défense, Chebbak a fluidifié le jeu de son équipe et s’est baladée au quatre coins de la pelouse.

Sur le plan offensif, elle a été l’auteure de plusieurs tentatives et aussi de centres (2 centres par match). Mais c’est défensivement qu’elle a le plus brillé. Sa hargne et son dévouement lui ont donné la force de récupérer trois ballons par rencontre.

Elle s’est démenée pour défendre en taclant (7 par match), mais aussi en effectuant près de 30 pressings par rencontre sur le porteur du ballon adverse. La lecture du jeu de la capitaine de l’équipe nationale lui a également permis de réaliser jusqu’à trois interceptions par rencontre. Une prestation amplement aboutie qui place Chebbak parmi le gratin du football mondial.