Casablanca : suspension du khalifa d’un caïd soupçonné de corruption

Cette décision fait suite à l’ouverture d’une enquête judiciaire sous la supervision du parquet compétent pour des soupçons de corruption à l’encontre du khalifa, indique le ministère dans un communiqué.

Les procédures administratives appropriées seront engagées à l’encontre du concerné, conformément aux lois et règlements en vigueur, à la lumière des résultats de l’enquête et de la procédure judiciaire, conclut le communiqué.

Au Maroc, des ONG et des centaines de bénéficiaires victimes du gel des aides américaines

Comme nous l’avions expliqué dans un article précédent, plusieurs programmes d’accompagnement associatifs sont dans le flou depuis la suspension, le 24 janvier, de l’aide américaine internationale, en attendant la réévaluation de la conformité des programmes d’aide avec la politique étrangère américaine.

Ces programmes, financés en majorité par l’Agence américaine pour le développement international (USAID), principal organisme américain gérant les programmes d’aide, sont pour la plupart bloqués depuis le gel, selon des associations sondées par Médias24.

Collaborant depuis trois ans avec l’USAID, une ONG pour les droits des femmes basée à Rabat, s’est vue impactée dans son programme sur le renforcement de l’accès aux services des victimes de violence, subventionné par l’agence américaine.

« Une partie de la subvention permettait d’alimenter nos associations partenaires locales à travers le pays, notamment à Taza, à El Hajeb et dans d’autres villes décentralisées. Mais le gel de l’aide américaine nous contraint à suspendre ce financement« , déplore l’ONG qui a préféré un témoignage anonymisé.

En effet, le gel de l’aide américaine ne se limite pas aux nouveaux projets puisque même les programmes déjà entamés sont affectés par la décision de Trump. « C’est illégal puisque les anciennes dépenses ont déjà été validées par le Congrès au titre des années budgétaires précédentes », précise l’ONG.

ONG, associations locales et bénéficiaires risquent de lourdes dettes

Trois problèmes se posent essentiellement à la suite de ce gel de l’aide américaine internationale.

« D’abord, l’éventuelle élimination de certains programmes après l’écoulement des 90 jours d’évaluation imposés par Trump. Les programmes les plus menacés sont bien évidemment les programmes de planification familiale, ceux liés aux droits reproductifs des femmes, à l’égalité du genre et à l’inclusion sociale, et les programmes sur le climat. Ces programmes ne s’alignant pas avec la vision et la politique de Donald Trump », regrette l’ONG.

L’élimination de ces actions sera dévastatrice, estime cette dernière. « Si ces programmes cessent, ce sera une catastrophe à long terme ».

« Avec la suspension du financement américain des aides, les associations subventionnées sont en outre dans le flou, ne sachant si elles doivent continuer à engager, pendant ces trois mois, des frais pour leurs activités (salaires des employés, loyer…) », poursuit-elle.

Les choses se compliquent car certains financements sont rétroactifs. Autrement dit, les ONG, les associations et les bénéficiaires prennent à leur charge, dans le cadre de certains programmes comme ceux liés à l’accompagnement entrepreneurial, les dépenses avant d’être remboursés par l’USAID.

Pour notre programme en cours, nous avons jusqu’à présent cumulé des dépenses de 4 mois, ce qui représente un pourcentage important de notre budget annuel

« Pire. Certains financements de l’USAID sont rétroactifs. Pour notre programme en cours, nous avons jusqu’à présent cumulé des dépenses de 4 mois, ce qui représente un pourcentage important de notre budget annuel. Nous ne sommes même pas sûrs d’être remboursés, car les paiements sont gelés depuis le 24 janvier. En tant que petite organisation à but non lucratif, nous ne pouvons pas nous permettre de supporter ce type de dettes. Nous ne sommes ni censés le faire ni même en avoir la capacité financière », déplore l’ONG, notant que les grands perdants restent les bénéficiaires des programmes.

Des victimes du séisme d’Al Haouz sont également lésées 

Parmi les programmes les plus impactés figure le programme post-séisme de développement social intégré (DSI), financé par l’USAID et Deloitte, pour accompagner les femmes, les personnes en situation de handicap et les jeunes dans la région de Marrakech-Safi.

Médias24 a joint l’une des sept associations locales partenaires du programme. Requérant l’anonymat, elle nous explique que des dépenses importantes ont été engagées par les associations pour couvrir leurs charges, mais surtout par les bénéficiaires qui ont placé leur propre argent pour lancer des coopératives.

« Après le succès de la première étape du projet, qui consistait à mettre en place des centres d’écoute des femmes touchées par le séisme d’Al Haouz, 6 des 7 associations partenaires du programme ont lancé une deuxième étape, née de l’identification de l’urgence de l’autonomisation économique des victimes du séisme. Étape pour laquelle nous avons déjà entamé les préparatifs. Mais à notre grande surprise, l’aide internationale, dont dépend notre programme, est brusquement suspendue ».

Il est inconcevable que des programmes visant à éradiquer la pauvreté risquent en réalité de créer encore plus de pauvreté parmi les populations locales qu’auparavant

« Sauf que nous avons déjà engagé des dépenses. Les bénéficiaires aussi. Rien que dans notre association, nous comptons 95 femmes bénéficiaires, en cours et post-création de statut, donc 95 ménages, qui ont engagé au moins 3.000 DH de leur propre fonds pour lancer des coopératives. Une somme d’argent qui est assez considérable pour ces femmes ».

« Avant le gel des financements fédéraux américains, des femmes en situation de précarité, des personnes en situation de handicap et des jeunes avaient investi leurs ressources personnelles limitées et leur temps pour créer des coopératives et de petites entreprises afin de participer à ces programmes financés par les États-Unis », affirme dans la même lignée l’ONG pour les droits des femmes.

« Cela a nécessité de nombreuses démarches administratives, des services comptables, la sécurisation et la location d’espaces, ainsi que l’achat de matériel et d’équipements, et beaucoup ont contracté des prêts personnels pour tout cela. Désormais, ces personnes risquent de ne jamais pouvoir rembourser ces dettes si le gouvernement américain met fin aux programmes ou refuse même de rembourser les dépenses engagées avant le gel du 24 janvier. Ces participants  risquent ainsi d’avoir un mauvais historique de crédit, ce qui les empêcherait d’obtenir d’autres prêts à l’avenir, ainsi que la saisie de leurs biens personnels ».

« Il est inconcevable que des programmes visant à éradiquer la pauvreté risquent en réalité de créer encore plus de pauvreté parmi les populations locales qu’auparavant. Les ONG peuvent porter plainte et faire un plaidoyer, ce qui n’est pas forcément le cas pour ces personnes », conclut-elle.

Le renouvellement des programmes en suspens

L’association AICEED, organisation non gouvernementale, indépendante à but non lucratif, basée à Tanger, pour la promotion des droits économiques, sociaux et civiques, témoigne également.

S’il reconnaît que l’impact sur son association reste minime en comparaison des associations assistant les victimes d’Al Haouz, Khalid El Missari, directeur de l’AICEED, fait savoir que le renouvellement des programmes financés par l’USAID est en suspens à cause du gel des aides.

« L’impact reste minime dans notre cas, car le projet dont nous faisions partie, « Iltizam », porté par l’Institut républicain international (IRI) et financé par l’USAID, a pris fin en novembre. Nous comptions néanmoins le reconduire en janvier. Mais ce n’est plus le cas à cause de la décision de gel. Nous avions par ailleurs candidaté pour prendre part à un nouveau programme, « Forsa T Plus », sauf qu’encore une fois le gel de l’aide américaine complique les choses. Nous avions reçu un email de la part de l’USAID nous informant qu’ils ne pourront répondre à notre candidature… », nous explique-t-il.

Khalid El Missari de conclure : « Les associations seront impactées par la décision, compte tenu de leurs charges. C’est certain. Mais le vrai impact se fera ressentir particulièrement sur les bénéficiaires, notamment les jeunes, les personnes en situation de handicap et les femmes ».

Suspension de l’aide internationale américaine : le secrétaire d’État nommé à la tête de l’USAID pour mettre fin à « l’insubordination »

Le secrétaire d’État, Marco Rubio, vient d’être nommé administrateur par intérim de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), principal organisme américain gérant les programmes d’aide.

Cette nomination fait suite à la décision prise par Donald Trump de suspendre pendant 90 jours l’aide internationale américaine dont dépendent des centaines d’ONG à travers le monde, en attendant la réévaluation de la conformité des programmes d’aide avec la politique étrangère américaine.

« L’USAID s’est depuis longtemps éloignée de sa mission initiale, qui était de promouvoir de manière responsable les intérêts américains à l’étranger. Il est désormais tout à fait clair qu’une part importante du financement de l’USAID n’est pas alignée sur les intérêts nationaux fondamentaux des États-Unis », lit-on dans un communiqué de la Maison-Blanche.

L’examen des activités d’aide étrangère de l’USAID est en cours en vue d’une éventuelle réorganisation

« Dans le cadre d’une étape intermédiaire visant à obtenir un meilleur contrôle et une meilleure compréhension de l’activité de l’agence, le président Donald J. Trump a nommé, le lundi 3 février, le secrétaire Marco Rubio au poste d’administrateur par intérim. Le secrétaire Rubio a également informé le Congrès qu’un examen des activités d’aide étrangère de l’USAID est en cours en vue d’une éventuelle réorganisation ».

« Alors que nous évaluons l’USAID et veillons à ce qu’elle soit en accord avec une approche « America First » et les efforts du département d’État, nous continuerons à protéger les intérêts du peuple américain et à nous assurer que ses impôts ne sont pas gaspillés », conclut le communiqué.

La révision pourrait inclure « la suspension ou l’élimination » de programmes, projets, missions, bureaux, centres et offices de l’USAID

S’adressant aux journalistes au Salvador, Marco Rubio a souligné que de nombreux programmes de l’USAID étaient utiles et continueraient sous l’égide du département d’État, promettant de déléguer les opérations quotidiennes à Pete Marocco, le directeur de l’Aide étrangère du département.

Dans une lettre citée par The New York Times, adressée aux principaux républicains et démocrates des commissions de la Chambre des représentants et du Sénat sur les affaires étrangères et les crédits connexes, il a déclaré que Pete Marocco « commencerait l’examen et la réorganisation potentielle des activités de l’USAID pour maximiser l’efficacité et aligner les opérations sur l’intérêt national ».

Marco Rubio a ajouté que la révision pourrait inclure « la suspension ou l’élimination » de programmes, projets, missions, bureaux, centres et offices, et que l’USAID « pourrait être abolie » conformément à la loi applicable ».

Il a ajouté que le changement organisationnel a été motivé par ce qu’il a décrit comme des efforts des responsables de l’USAID pour obscurcir les détails de leur travail et leur refus de coopérer avec les questions raisonnables de l’administration Trump.

Le secrétaire d’État a accusé les employés de l’USAID de « se considérer comme une organisation caritative internationale, indépendante de l’intérêt national ou de l’argent des contribuables ». « Ce niveau d‘insubordination rend impossible la conduite d’un examen sérieux et approfondi ».

Les critiques de Rubio à l’encontre de l’USAID sont toutefois nettement plus modérées que celles d’Elon Musk, bras droit de Trump, qui a accusé l’agence d’être une « organisation criminelle« .  Le lundi 3 février, tôt dans la matinée, il a déclaré que lui et Trump avaient décidé qu’il était temps de la dissoudre.

Plusieurs programmes financés au Maroc sont dans le flou

Près de 30% de l’aide humanitaire mondiale est financée par les États-Unis à travers l’USAID. Assistance alimentaire, lutte contre le sida, aide aux victimes des catastrophes naturelles… Des centaines d’ONG se retrouvent aujourd’hui dans l’impasse à la suite de cette suspension qui paralyse nombre de programmes et de projets à travers le monde.

L’USAID est également présente au Maroc. Plusieurs programmes financés sur place par cette agence, bien que moins vitaux, sont aujourd’hui dans le flou, en attendant la fin du gel de l’aide internationale américaine.

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Prolongation de la suspension des droits d’importation des bovins domestiques

Le Conseil de gouvernement, réuni ce jeudi 25 janvier, a adopté le projet de décret n° 2.24.64 portant sur la suspension des droits d’importation applicables aux bovins domestiques. Présenté par le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, ce décret intervient après la suspension durant l’année écoulée, par le gouvernement, des taxes douanières et de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliquées aux bovins domestiques jusqu’au 31 décembre 2023, comme expliqué dans un précédent article de Médias24.

Le nouveau décret vise ainsi à rétablir la suspension du droit d’importation appliqué aux bovins domestiques jusqu’au 31 décembre 2024.

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Enseignement : les grèves suspendues par une partie des coordinations dès ce vendredi 12 janvier

Apaisement en vue dans le secteur de l’enseignement ? Plusieurs coordinations, ayant participé activement au mouvement de protestation dans le secteur de l’enseignement, ont annoncé l’arrêt des grèves.

C’est le cas de la Coordination nationale des enseignants titulaires de diplômes supérieurs qui, dans un communiqué, informe ses militants que « la décision a été prise de suspendre toutes les formes de protestation à partir de ce vendredi 12 janvier 2024″.

La Coordination nationale des enseignants et cadres de soutien soumis au contrat a pour sa part affirmé : « Conformément aux conclusions du Conseil national, le bureau exécutif vous informe qu’il a été décidé de ne pas tenir la grève du vendredi 12 janvier et confirme que les travaux du Conseil national se poursuivent pour discuter des autres conclusions des assemblées générales, afin d’établir une vision globale de la manifestation, de renforcer la position des enseignants contractuels suspendus et de tenir des assemblées générales, en fonction des derniers développements dans les prochains jours ».

À son tour, la Coordination nationale des enseignants du secondaire qualifiant et la Coordination unifiée du corps enseignant et des cadres de soutien annoncent suspendre toutes les formes de protestation. 

Le mardi 9 janvier, la nouvelle grille des indemnités complémentaires, établie par le ministère de l’Éducation nationale, a été discutée lors d’une rencontre avec les syndicats.

La réunion du vendredi 5 janvier a marqué la fin de l’examen des articles du nouveau statut unifié des enseignants. La version finalisée a été transmise aux syndicats pour qu’ils livrent leurs observations finales. Nous pouvons dire que ces derniers ont obtenu gain de cause pour la majorité de leurs revendications, notamment celles relatives aux fonctions, aux heures de travail et aux indemnisations.

Le 26 décembre, le ministère de l’Education nationale et les cinq centrales syndicales les plus représentatives ont signé un nouvel accord portant essentiellement sur le renouvellement du statut unifié via un nouveau décret abrogeant l’ancien texte objet de la discorde. Un accord relatif à l’augmentation des salaires a, par ailleurs, été signé le 10 décembre, la veille de la fin des vacances scolaires.

Après l’UGTM, l’UMT appelle à un arrêt des protestations des enseignants

C’est le deuxième appel à la suspension des protestations durant la semaine en cours. Après l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), l’Union marocaine du travail (UMT) exhorte, à travers la Fédération nationale de l’enseignement (FNE), ses adhérents d’arrêter toute forme de protestation, dans le but de « contribuer positivement au processus de négociation ».

« Dans le cadre de l’ouverture du dialogue sous la houlette du chef du gouvernement, qui s’est engagé à trouver des solutions justes et équitables à toutes les revendications concernant toutes les catégories, la FNE, par responsabilité et conviction en l’importance du dialogue, appelle ses militants à donner une chance à la réussite des négociations en cours », indique un communiqué du syndicat affilié à l’UMT.

La FNE encourage également ses militants à « se mobiliser et se préparer pour faire face à toutes les évolutions ».

Ce que l’on sait des effets de l’imminente suspension de l’intermédiation bancaire par l’UE

Le 12 janvier, lors du Forum de Rabat sur la réduction des coûts de transfert de fonds de la diaspora africaine, le wali de Bank Al-Maghrib (BAM) est revenu sur différents points entourant la communauté des Marocains du monde (MDM).

Il a notamment évoqué les durcissements des autorités européennes sur les transferts de MDM. « Plusieurs autorités bancaires de pays de l’Union ont décidé de suspendre l’activité d’intermédiation opérée par les filiales bancaires situées en Europe auprès de la diaspora, et pour le compte de leurs maisons mères marocaines », a-t-il expliqué.

Actuellement, un projet de directive européenne, relatif notamment aux succursales de pays tiers, pourrait fortement restreindre l’activité des succursales des banques marocaines dans certains pays de l’Union. « Ce projet, dont l’adoption est imminente, prévoit l’interdiction pour les banques étrangères non établies dans l’UE d’offrir des services bancaires du pays d’origine directement à leurs clients résidant dans un pays de l’Union », soulignait Abdellatif Jouahri.

Une décision qui intervient dans le sillage du Brexit

Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ? Quels sont les impacts à venir pour les MDM et les banques marocaines détenant des filiales à l’étranger ?

On pourrait penser que la décision européenne, sur le point d’être concrétisée, a été pensée spécialement pour faire pression sur le Maroc, mais il n’en est rien. La mesure concerne toutes les banques étrangères opérant sur le sol européen.

Contacté sur le sujet, un expert du secteur bancaire nous explique les raisons de cette décision européenne et son origine. « Aujourd’hui, suite au Brexit, la Commission européenne donne un tour de vis aux banques étrangères et restreint, voire interdit, la vente de produits et services dans l’espace de l’Union européenne », explique notre source.

In fine, les conséquences bancaires suite au Brexit vont créer des dommages collatéraux auxquels le Maroc sera exposé. « Cette nouvelle réglementation va provoquer un dégât collatéral sur les banques marocaines. Elle découle des conséquences du Brexit. En France, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a déjà statué sur l’intervention, sur son territoire, des banques étrangères des pays éligibles à l’aide au développement au sens des critères de l’OCDE. Elle a créé pour cela un cadre réglementaire adéquat qui permet à ces banques de s’appuyer sur leurs filiales bancaires en France pour faire de l’intermédiation pour leur compte sur le territoire français. Je pense simplement que la Commission européenne n’est pas consciente des dégâts collatéraux qu’elle va provoquer », estime notre source.

Pour rappel, le gouverneur de la Banque centrale a appelé à une action diplomatique d’envergure pour protéger les acquis et maintenir les liens entre le Royaume et sa diaspora.

Ce projet de directive européenne, dont l’adoption est imminente, aura un impact sur l’ensemble du territoire européen. « Il s’agit d’une directive européenne que tous les pays de l’Union doivent appliquer. Certains pays, tels que les Pays-Bas, l’Italie et tout récemment la Belgique, estimant que l’activité d’intermédiation pour le compte d’une banque étrangère est illicite au sens de leurs propres lois bancaires, ont déjà interdit aux banques marocaines d’exercer ce type d’activité sur leur territoire », indique notre interlocuteur.

Cela aura des impacts auprès des banques marocaines opérant avec des filiales agréées comme établissement de crédit dans des pays européens, ainsi qu’auprès de ses clients MDM. Il s’agit principalement de la BCP et d’Attijariwafa bank. Mais concrètement, quels sont les reproches adressés à ces deux banques marocaines détenant des filiales dans l’Union européenne ?

« Ces filiales recrutent des clients pour les maisons-mères marocaines »

Les filiales des banques marocaines établies dans l’Union européenne jouent un rôle simple. Pour résumer, elles sont une sorte de front office commerciale détenues à 100% par la maison-mère au Maroc. C’est une vitrine d’acquisition client destinée à démarcher et à vendre des produits et services financiers.

Ces filiales sont des institutions de crédits et détiennent un agrément pour effectuer leurs activités au sein de pays européens. Mais il faut préciser qu’elles ne gèrent pas l’argent. Elles ne font pas de collecte. Elles agissent pour leur maison-mère, d’où la notion d’intermédiation. « Quand un MDM va voir l’une de ces filiales de BCP ou Attijariwafa bank par exemple, en France, en Allemagne ou ailleurs, la banque peut lui présenter l’offre de produits et services de la banque marocaine et l’assister pour effectuer une ouverture de compte sur les livres de la banque marocaine. Concrètement, ces filiales recrutent des clients pour les maisons-mères marocaines », explique notre expert.

En somme, un Marocain vivant en France peut s’adresser à une filiale à Paris qui va lui faciliter l’ouverture de compte au Maroc. La filiale va collecter ses informations, son dossier, et le transmettre à la maison-mère au Royaume sans qu’il soit obligé d’y venir. Le client MDM peut également effectuer des opérations bancaires et souscrire à des services financiers au sein des filiales des maisons-mères.

« Le MDM peut faire des transferts d’argent directement sur son compte au Maroc, soit à travers la filiale bancaire, soit à travers le réseau des partenaires de la banque marocaine, car cette dernière dispose de dizaines, voire de centaines de partenaires dans le monde. Lorsqu’il aura constitué des avoirs qu’il juge suffisamment importants, il pourra vouloir faire les placer dans un dépôt à terme rémunéré, à titre d’exemple. Pour cela, il peut le faire à partir de la filiale qui va transmettre la demande et les documents signés à la maison-mère. Idem pour une demande de crédit », poursuit notre interlocuteur.

Désormais, les opérations précitées, à savoir l’ouverture de compte et le placement, seront prohibées. C’est cette interface que jouent les filiales, que les régulateurs appellent « intermédiation pour le compte des maisons-mères », qui ne va plus se faire. C’est d’ailleurs déjà le cas dans différents pays européens comme l’Italie, les Pays-Bas et la Belgique.

Mais pourquoi cette interdiction alors que les filiales ne touchent pas les comptes, ne gèrent pas les fonds, ne collectent pas l’épargne directement ? « En réalité, les activités de ses filiales sont interprétées par certains régulateurs comme étant de la collecte d’épargne dans un territoire sur lequel les maisons-mères marocaines que sont BCP et Attijariwafa Bank ne sont pas agréées. Ce sont leurs filiales qui sont agréées et non les maisons-mères », explique notre source.

En somme, les filiales sont agréées pour vendre leurs propres produits et non ceux de leurs maisons-mères. Pour simplifier, les régulateurs souhaiteraient que les filiales basées en Europe ne vendent pas de produits ou de services financiers marocains, mais européens. « Ce qui est souhaité, c’est que ces filiales vendent des produits financiers, en euros, dans leurs livres, qu’elles vendent des produits de placement en euros, dans leurs livres, et qu’elles fassent du crédit en euros qui figure dans leur bilan et non des produits marocains », ajoute notre interlocuteur.

Ce qui signifie qu’après l’adoption de ce projet, les filiales des banques marocaines au sein de l’Union européenne ne pourront plus faire d’acquisition client ou de vente de produits financiers marocains. « C’est la chose fondamentale qui va changer. Les filiales des banques marocaines ne vont plus faire ce travail de bancarisation », explique notre source. Cela veut dire que leur portefeuille client va stagner au mieux, sinon, régresser du fait de l’impossibilité de prospecter de nouveaux clients.

Les transferts ne seront pas impactés

En 2022, les transferts de MDM vont franchir la barre symbolique des 100 MMDH. Seront-ils impactés par ce changement de régulation ?

Pour notre source, il est important de rappeler que « fondamentalement, un client MDM a le droit d’envoyer son épargne où bon lui semble. Ce qui est reproché par les autorités européennes se situe en amont et non en aval. Le problème, c’est le fait d’avoir un commercial qui va démarcher les clients résidant sur le territoire européen pour leur vendre des produits et services financiers marocains (l’ouverture d’un compte, le produit de placement au Maroc…). Le reproche est là, pas dans les opérations de transfert. La lecture, c’est que les banques marocaines s’appuient sur leurs filiales à l’étranger pour placer des produits financiers marocains ».

D’autant plus que la majorité des transferts effectués ne se font pas via les filiales des banques marocaines eu Europe, mais à travers les réseaux de partenaires. Ils passent donc par les partenaires de leurs banques dans leur pays de résidence pour déposer de l’argent sur leur compte au Maroc.

« Chaque filiale dispose de quelques agences qui ont de nombreux partenaires, ce qui permet notamment une réduction des coûts des opérations. Un MDM qui souhaite faire un transfert va utiliser un réseau bancaire, depuis sa banque dans son pays de résidence ou depuis un réseau bancaire partenaire à celui de la filiale marocaine établie dans son pays. Il effectue le transfert sur son compte au Maroc sans avoir à passer par la filiale. La seule chose que fera la filiale, c’est la documentation de l’opération », explique notre source.

En somme, les MDM pourront toujours envoyer de l’argent sur leurs comptes au Maroc via différents moyens.

Contacté sur le sujet, Hazim Sebbata, directeur général de CashPlus, nous explique que « vers 2015, les deux tiers des transferts étaient bancaires et le tiers était du ‘cash to cash’, à savoir des transferts instantanés qui passent par Money Transfer Operator (MTO) comme Moneygram ou Western Union. Aujourd’hui, ces flux instantanés représentent plus de la moitié des transferts. C’est-à-dire qu’il y a une tendance chez les MDM d’envoyer moins par les banques et davantage par des systèmes instantanés. Concrètement, un MDM préfère déposer 100 euros en cash chez un MTO pour que sa famille récupère l’argent en cash, ou dans une agence CashPlus dans la seconde qui suit ».

Une autre tendance instantanée qui marque l’évolution des transferts est le numérique, qui facilite les dépôts et retraits d’argent. « L’autre scénario, c’est de ne pas aller dans une agence, mais dans l’application d’un MTO, d’y mettre sa carte bancaire et d’envoyer 100 euros pour que sa famille récupère l’argent ici en dirhams. Quelles que soient les restrictions appliquées, il n’y a pas qu’un seul canal de transferts d’argent que les MDM apprécient déjà », conclut Hazim Sebbata.