Polysilicium : comment le projet de Sondiale redessine la carte minière du Maroc

À l’horizon 2029, la compagnie Sondiale, filiale de GPM Holding, devrait commencer à produire du polysilicium dans son usine qui sera construite à Tan-Tan.

Ce projet ouvre la voie, pour la première fois, à la production du silicium à haute pureté, adapté à la fabrication des panneaux solaires, mais également des semi-conducteurs dont la technologie est encore entre les mains des États-Unis alors que la Chine reste le premier producteur des matières premières.

D’un investissement de 8 milliards de dirhams (870 millions de dollars), la mise en service de ce projet ouvre également la voie à la production d’un huitième minerai critique tel qu’il a été fixé auparavant par le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Aluminium Lithium Terres rares Phosphates
Borates Magnésium Tungstène Cuivre
Chrome (Ferro-Chromium) Molybdène Barytes Nickel
Étain Niobium (Ferro-Niobium) Cobalt Potasse
Germanium Sélénium Fluorine Soufre
Graphite Silicium Manganèse Titane

Étape suivante : Sondiale vise à lever 800 millions de dollars

D’après Bloomberg, Sondiale a récemment obtenu 4,75 millions de dollars auprès de l’U.S. International Development Finance Corporation (DFC) pour financer les études de développement pré-investissement du projet.

En effet, ce soutien des États-Unis s’inscrit dans leur stratégie visant à sécuriser l’approvisionnement en métaux critiques hors de Chine, afin d’éviter de potentielles restrictions liées à la domination chinoise, qui contrôle plus de 90% de cette ressource.

À la suite de ce premier financement, Sondiale devrait chercher à lever 800 millions de dollars via des accords de capitaux propres et de prêts auprès d’investisseurs et de banques locaux et internationaux, même si un financement complémentaire de la DFC reste également envisageable.

L’usine de polysilicium devrait avoir une capacité de production annuelle de 30.000 tonnes de polysilicium d’une pureté >99,9999%, destiné principalement à la fabrication de cellules photovoltaïques et de semi-conducteurs.

Cette recherche de financement devrait être facilitée par la situation géographique du projet. La région permet en effet une production minière « verte » grâce aux capacités locales de dessalement d’eau, ainsi que par la possibilité d’intégrer le réseau d’énergies renouvelables également disponible, ce qui permettrait de réduire significativement le coût énergétique de la production du polysilicium.

Pourquoi le Maroc représente un emplacement stratégique pour le projet

La source de silicium peut être multiple, bien qu’il ne soit actuellement pas possible de le produire directement à partir du sable de plage, notamment en raison de la présence d’impuretés qui perturberont le procédé de traitement.

Le métal peut provenir de galets, de quartzites, de silex (présents dans les intercalaires des roches phosphatées marocaines), de grès siliceux et de filons de quartz, qui existent géologiquement dans la région de Guelmim-Oued Noun. Sur le marché international, le prix du silicium métal est peu élevé, se situant généralement entre 300 et 500 dirhams la tonne, et peut généralement être extrait des carrières environnantes.

Cependant, comme pour de nombreux métaux critiques, c’est l’étape du raffinage qui confère la plus grande valeur ajoutée à ce minerai. Dans le cas du silicium, les procédés requièrent une très forte consommation d’énergie et de produits chimiques, ce qui a historiquement conduit à la spécialisation de quelques acteurs asiatiques dans cette industrie.

Ainsi, d’après les cours cotés à la Bourse de Shanghai, le métal silicium brut de haute qualité est valorisé à environ 49 dollars la tonne, tandis que le silicium métal de haute pureté se négocie entre 1.100 et 1.300 dollars la tonne, soit une marge d’environ 1.000 dollars par tonne. Enfin, le polysilicium de type N, dopé au phosphore, atteint environ 6.500 dollars la tonne, soit une marge économique multipliée par six.

Représentant une grande demande internationale mais une filière de transformation limitée à quelques acteurs, le marché du polysilicium a été estimé à 14,49 milliards de dollars américains en 2024. Avec une projection de croissance portant ce chiffre à 26,94 milliards d’ici 2029, le projet marocain dispose d’un potentiel de réussite significatif, grâce à sa localisation stratégique à proximité de l’Europe et à un contexte où la demande en panneaux solaires est appelée à croître fortement dans les années à venir.

Pourquoi la production du polysilicium est complexe et chère

À l’échelle mondiale, chaque étape de transformation est maîtrisée par des acteurs spécialisés qui se comptent sur les doigts d’une main, et qui sont majoritairement localisés en Asie et plus particulièrement en Chine. Cette concentration fait du silicium métal une substance dont la criticité est ambivalente.

La production de polysilicium s’effectue en deux étapes principales. La première consiste à extraire le silicium métal de la roche siliceuse par carboréduction. Ce procédé permet d’obtenir du silicium sous forme de lingots, les impuretés principales étant éliminées par l’ajout de réactifs chimiques.

La seconde méthode, plus complexe, permet d’obtenir du silicium polycristallin à partir du silicium métallurgique. Le procédé le plus répandu est le procédé Siemens. Il consiste à broyer le silicium en fines particules, qui réagissent avec du chlorure d’hydrogène (HCl) pour produire un gaz sous forme de trichlorosilane.

Demandant plus d’énergie, le gaz obtenu est ensuite injecté dans un réacteur, chauffé électriquement à environ 1 150 °C, pour former progressivement des barres de polysilicium de 15 à 20 cm de diamètre.

Le niveau de pureté final du silicium polycristallin est déterminé par la précision de la distillation du trichlorosilane et par l’efficacité de l’élimination des impuretés de surface : le grade solaire pour cellules multicristallines, le grade supérieur pour cellules monocristallines, et le grade électronique, le plus pur, destiné à lafabrication des semi-conducteurs.

Exigeant un grand degré de pureté (10 à 11 N), le marché du polysilicium de qualité électronique est très limité car le polysilicium est recristallisé en monosilicium, un troisième procédé à maîtriser.

Ce projet, parmi d’autres initiatives de valorisation minière, répond à la recommandation du CESE de réduire le fossé entre les mines marocaines et le secteur industriel. Cependant, une structure de coordination fait encore défaut ; sa mise en place permettrait de tisser le maximum de synergies possible en faveur de la souveraineté de l’industrie nationale.

À ce jour, plusieurs projets de valorisation sont en cours de développement. On compte notamment un projet de fonderie de cuivre par Managem, un projet de production de la fluorine comme sous-produit de la fabrication de l’acide phosphorique par Fluoralpha, la production de graphite purifié par Falcon Energy Materials, le raffinage de lithium par le consortium LG et le groupe Yahua, ainsi que le projet de production de sulfate de cobalt de Managem, qui est en phase finale de développement.

Tan-Tan accueille la Green Invest Conference le 18 mai 2025

Placé sous le haut patronage du Roi Mohammed VI, la Green Invest Conference se tient sur le thème « Le Moussem de Tan-Tan : témoignage vivant de la culture nomade universelle », avec pour objectif de promouvoir le développement durable de la région, indique un communiqué officiel.

Intitulée « Création, tradition, innovation : bâtir des ponts pour une économie territoriale durable », cette conférence vise à identifier les créneaux d’investissement et à mettre en lumière les potentialités économiques du territoire.

Véritable espace de réflexion, d’échange et de partage, la Green Invest Conference réunira des experts, des penseurs ainsi que des investisseurs nationaux, internationaux et issus de la région.

Structurée autour d’une cérémonie inaugurale, de conférences plénières et de panels thématiques, cette rencontre abordera plusieurs axes liés au développement économique durable, ajoute la même source.

Quatre panels sont prévus :

La cérémonie de clôture sera l’occasion de présenter les synthèses des travaux des panels, de partager les principales recommandations et d’annoncer les prochaines étapes.

La Marine royale au secours de 41 migrants subsahariens au large de Tan-Tan

Les personnes secourues, d’origine subsaharienne, comptaient rejoindre les îles Canaries, indique un communiqué de l’État-major général des Forces armées royales.

Elles ont reçu à bord les premiers soins, avant d’être ramenées saines et sauves au port de Tan-Tan et confiées à la Gendarmerie royale pour les procédures administratives d’usage, précise la même source.

À Tan-Tan, reprise de la pêche au poulpe pour la saison hivernale 2025

Deux petits barrages à l’étude dans les provinces d’Assa Zag et de Tan-Tan

Cette étude portera sur les barrages de Mziriga, situé dans la province d’Assa Zag, commune d’El Mahbes, ainsi que celui de Khangat Aabar, dans la province de Tan-Tan, commune d’Abteh. Le montant estimé des travaux est de 588.000 DH, avec un délai d’exécution fixé à 12 mois.

Le premier volet de cette étude consistera à effectuer un diagnostic de la situation existante. Ce diagnostic s’appuiera sur une étude de faisabilité sommaire déjà établie par l’ABHSHOD, qui inclut l’identification des sites, ainsi que des études hydrologiques et géologiques préliminaires. Une équipe multidisciplinaire sera mobilisée pour visiter les deux sites et recueillir des informations complémentaires.

À l’issue de ces visites, un rapport de synthèse sera élaboré, présentant les données techniques actualisées et nécessaires pour la conception des deux barrages, incluant notamment les aspects hydrologiques, géologiques et topographiques, ainsi que la disponibilité des matériaux de construction.

Le second volet concernera l’élaboration des dossiers techniques. Cela comprendra la réalisation de prestations topographiques, l’étude d’impact environnemental, ainsi que l’étude géologique et géotechnique des sites.

Un avant-projet détaillé sera également élaboré, en vue de constituer le dossier de consultation des entreprises appelées à réaliser les travaux.

Laâyoune. L’exception naturelle en trois lieux mémorables (2/2)

Tout commence à Akhfenir, un petit village à 450 km de Tan-Tan. Des hautes falaises abruptes impressionnantes, dessinant un long plateau maritime imposant. Les dernières si l’on vient de Tan-Tan, les premières quand on a traversé les kilomètres de dunes en provenance de Tarfaya. C’est dans cette direction que l’on s’achemine pour se rendre dans la lagune de Naaila.

Flamants roses dans la lagune de Naaila – Source PNK

Lagunes de Khnifiss : au pays des flamants roses

Des dunes d’une couleur rosâtre, rougeâtre, parfois même orange, selon la lumière, en raison de la richesse en fer des dunes particulièrement imposantes. Cette couleur rouge et l’immensité des dunes confèrent un caractère presque martien à cette étendue de terre qui la différencie des autres champs dunaires de la région.

Flamants roses dans la lagune de Naaila – Source PNK

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Le site a été créé en 2006 pour préserver cette lagune de 20 km de longueur sur une centaine de mètres de largeur. Il y a d’un côté les dunes rougeâtres dorées qui bordent la mer. Et plus on s’enfonce dans les terres, surgissent des lacs salés de couleur blanche appelés « Sebkha Tazra », une étendue de quelque 6.000 ha regorgeant de sels déposés. Puis, des lagunes sauvages essaimées tout autour et dans lesquels on peut se rendre en barque. Une biodiversité nourrie par une grande variété ornithologique en fait le site le plus riche, puisqu’on y rencontre aussi bien des espèces reproductrices que des oiseaux migrateurs venus hiverner.

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Cascades de Khaoui Naam : l’autre appel à la découverte

Sur le chemin du retour, et dès les premiers kilomètres sur la route de Smara, on bifurque vers le plateau pour s’immerger dans l’arrière-pays d’Akhfenir à travers des pistes dont le tracé invite déjà à l’aventure. Une alternance continue entre champs dunaires et étendues rocailleuses. Soixante kilomètres d’une route longeant l’oued qui, de sillon en sillon, débouche sur la formation d’une cascade haute d’une dizaine de mètres.

Le paysage surprend autant par sa soudaineté que par sa géographie particulière. Alors qu’on s’attend à découvrir les chutes d’eau d’une cascade vue d’en bas, c’est sous nos pieds que surgit une gorge qui laisse apparaître des retenues d’eau très salée successives qui, en dévalant la pente, créent des cascades en série, le long de deux ruisseaux qui finissent par se rejoindre dans un bassin central. Ce qui renvoie à l’autre particularité du site : dans la région, beaucoup d’oueds et leurs affluents finissent par se déverser dans l’océan Atlantique, là ,c’est l’oued Khaoui Naam qui se déverse dans la lagune, dessinant un canyon époustouflant. C’est à cet endroit que se trouve la limite du parc national de Khnifiss qui, d’Akhfenir et la lagune de Naaila jusqu’aux cascades de Khaoui Naam, dessine un immense et surprenant territoire pour les adeptes de tourisme naturiste.

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Géoparc Jbel Bani. Géométrie du naturel entre héritage culturel et patrimoine vernaculaire

Les régions du Sud recèlent une grande richesse paysagère, offrant une multitude d’environnements singuliers selon que l’on aborde ce grand espace par la rive atlantique à l’ouest, ou au contraire en s’enfonçant dans les plaines désertiques à l’est en direction des contreforts des sommets de l’Anti-Atlas, à moins que l’on choisisse de faire cap vers le Sud et le Sahara. Imaginons un instant que cette diversité paysagère soit réunie dans un seul et même espace : c’est l’exploit qu’ont réussi les fondateurs du Géoparc de Jbel Bani. « Nous avons pensé et conçu le grand espace soutenable du Géoparc Jbel Bani comme un territoire interrégional », assure d’emblée Patrick Simon, premier vice-président du CRT de Guelmim, également président de l’Association Marocaine de développement du Géoparc Jbel Bani (AMDGJB).

Ce territoire interrégional est en réalité une véritable terre d’accueil qui répond de manière opportune aux tendances actuelles de durabilité mondiale

Patrick Simon, président de l’Association Marocaine de développement du Géoparc Jbel Bani (AMDGJB)-CP Médias24

 

Des palmeraies, des oasis nées sur le lit d’un oued à l’embouchure de plusieurs cluses, ces parties de vallées creusées par l’eau au creux d’une montagne qu’on désigne au Maroc par le terme « foum » ; des étendues désertiques immenses, vierges de toute vie végétale qui constituent un « paradis » pour les géologues, lesquels peuvent y lire toute l’histoire de la région à même le sol comme dans un grand livre ouvert ; des reliefs montagneux, certainement les plus arides du Maroc, entaillés de gorges et de canyons, formant une bordure rocheuse face au désert ; des falaises aussi, grandes et majestueuses, parsemées de roches et de touffes végétales cachant à certains de ses flancs des greniers collectifs qui, à eux seuls, recèlent une grande partie de l’histoire et de la culture ancestrales des lieux ; des sites archéologiques, datant de l’ère paléolithique, laissant de temps à autre, au gré de fouilles scientifiques ou même du hasard, apparaître quelques raretés et trésors rupestres, matériels, retraçant la vie humaine qui a façonné son environnement durant des millénaires.

Cascades d’Attiq dans l’oasis de Tissint qui est à mi-chemin entre Tata et Foum Zguig-CRT Souss-Massa

 

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« Développer en priorité l’expérience touristique »

Ce grand espace couvre, en effet, plus de 560 km de longueur, de Tan Tan sur la côte atlantique au sud-ouest de Guelmim, chef-lieu de la région, à Zagora, à l’autre bout de la région, au nord-est de Guelmim, sur la face méridional de l’Anti-Atlas. Le Géoparc s’étend ainsi à l’arrière-pays de trois grandes régions à la fois : Souss-Massa, sa façade atlantique et son climat tempéré, Guelmim-Oued Noun, son chapelet d’oasis et ses plaines désertiques et Drâa-Tafilalet, son bassin versant, ses ergs et ses steppes.

Dans une oasis au Géoparc de Jbel Bani-Photo AMDGJB

 

Pour Patrick Simon, cette position géographique particulière constitue « une force territoriale ». Il explique : « Étant chargé d’éléments culturels, patrimoniaux, historiques, pluriconfessionnels, ce territoire interrégional, enclavé, s’étalant de Tinghir à Ouarzazate et de Tan Tan à Zagora, est en réalité une véritable terre d’accueil qui répond de manière opportune aux tendances actuelles de durabilité mondiale, confortées par les stratégies déclarées de l’OMT (UNWTO, Organisation mondiale du tourisme, ndlr) valorisant à la fois les réelles nouvelles demandes mondiales pour les années 2023-2030 d’un ‘‘tourisme rural et tourisme nature-culture ’’ pour développer en priorité l’expérience touristique ».

L’oasis Targa N’Touchka se situe au milieu du triangle Ait-Baha, Tafraout, et Tiznit, en plein Anti-Atlas-CRT Souss-Massa

 

Pour le président de l’association de développement de Jbel Bani, le Géoparc est la concrétisation d’une vision « géo-agro-éco-touristique » durable du Sud marocain. C’est-à-dire la tentative d’identifier des formes de développement qui garantissent un juste équilibre entre une géographie qui varie entre vallée, montagne, désert, oasis et dunes, une ruralité en symbiose avec les traditions ancestrales et les contraintes hydriques actuelles, un écosystème riche et fragile à la fois (faune, flore, terroir…) à préserver, et un patrimoine matériel et immatériel à valoriser.

« Ce sont tous ces aspects vernaculaires territoriaux constitutifs de l’attractivité culturelle et patrimoniale des lieux, mariant la population à la géographie et à la nature des lieux, qui ont défini notre choix pour ce territoire, que nous appelons la voie royale des oasis », affirme Patrick Simon.

Targa n’Touchka est la seule oasis de la Province de Chtouka Aït Baha-CRT Souss-Massa

 

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Triptyque territorial

Géologie, archéologie et spéléologie, culture, histoire et patrimoine, oasis, désert et montagne… Toutes ces formes de développement offertes par la richesse paysagère de ce grand espace constituent autant de niches touristiques que le Géoparc s’efforce de valoriser et organiser de manière intégrée et inclusive. Depuis sa création il y a plus de 10 ans, le Géoparc de Jbel Bani a connu des développements encourageants.

« Grâce aux moyens financiers qu’elle s’est donnée en créant les projets pilotes géo-agro-éco-touristiques de Dar Infiane Tata et ses annexes de Tissint, avec campement et maison, notre association de développement du Géoparc de Jbel Bani a pu financer des emplois pérennes et structurer l’ensemble en infrastructures réelles, avec des comités techniques », défend Patrick Simon. « Ce choix territorial avec les trois arrière-pays – Guelmim Oued-Noun, Sous Massa et Drâa-Tafilalet – se justifient également par des infrastructures existantes, comme les cinq aéroports internationaux et les deux aérodromes. Ce sont des investissements déjà réalisés et non à faire », explique le premier vice-président du CRT de Guelmim-Oued Noun.

Jbel Bani offre une diversité d’expériences humaines, culturelles, sportives inoubliables

 

Aujourd’hui, après une décennie de développements et de structuration, Jbel Bani offre une diversité d’expériences humaines, culturelles, sportives inoubliables. Son offre d’excursions variées (à dos d’âne ou de dromadaire ou en 4×4, d’une journée ou plus, solitaire ou guidée), la richesse de son catalogue qui compte quelques 75 circuits touristiques mis en ligne, au départ des cinq aéroports qui desservent le Géoparc, l’abondance des sites géologiques et archéologiques, la splendeur de ses trésors culturels et patrimoniaux (kasbahs, musées, greniers collectifs, moussems…), tous ces atouts réunis créent une destination particulière au Sud du Maroc.

Vue sur une oasis dans le Géoparc de Jbel Bani-Photo AMDGJB

 

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Dans ce vaste environnement, la mise en place des différents circuits pour les excursions touristiques a ainsi permis « par leurs juxtapositions, de définir ces nœuds de passages dans ces immensités territoriales où les distances inter-villes se mesurent en escales de 200 à 300 km », éclaire Patrick Simon. Elle a également favorisé « le développement de métiers connexes, de médiation, d’accompagnement et de transport touristique, et la structuration d’un réseau de tourisme durable et rural autour des établissements touristiques et hôteliers du territoire du Géoparc ».

Nous proposons pour ces zones partagées entre océan, désert et montagne, une grande diversité de lieux, de faunes, de flores, de géologies, pour ainsi répondre aux besoins croissants d’un tourisme en quête d’expériences privilégiant le partage, l’authenticité, l’interculturalité

Dans un Igoudar au Géoparc de Jbel Bani-Photo AMDGJB

 

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Cette dynamique est aujourd’hui à un moment charnière. Comme la crise de la Covid-19 l’a démontré, le président de l’AMDGJB estime que « la fragilité d’une offre unique crée la nécessité de diversifier, créer et innover, grâce au design, l’ingénierie, le marketing territorial et le branding. Ce sont ces besoins d’image qui permettent de définir ces réalités d’attraction territoriale vernaculaire basée sur l’inclusion, l’intégration et la durabilité, appelée à devenir les véritables moteurs du tourisme durable marocain de demain ».

C’est ce qui pousse les gestionnaires du Géoparc de prospecter de nouvelles voies de développement, « dans le respect des 17 Objectifs de développement durable, en projetant des réalisations de nouvelles structures culturelles, de startups, de clubs de jeunes, d’éco-musées, mais également d’hébergements adaptés aux familles marocaines ». Ils entendent également capitaliser sur le développement des énergies renouvelables et du potentiel de développement de la biomasse dans les régions du Sud, des productions agricoles adaptées à ces milieux arides où l’eau tend à manquer (plantes aromatiques et médicinales mellifères, apiculture…) et des productions minérales  à base de « terres rares ».

Au Géoparc Jbel Bani, des sites archéologiques, datant de l’ère paléolithique, laissent apparaître quelques raretés et trésors rupestres, matériels, retraçant la vie humaine qui a façonné son environnement durant des millénaires-Photo AMDGJB

 

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« Dans sa globalité, notre choix territorial se justifie par la volonté de prendre en compte des vecteurs qui reflètent la réalité de cette voie royale des oasis. Des vecteurs qui nous permettent de proposer pour ces zones partagées entre océan, désert et montagne, une grande diversité de lieux, de faunes, de flores, de géologies, pour ainsi répondre aux besoins croissants d’un tourisme en quête d’expériences privilégiant le partage, l’authenticité, l’interculturalité, sur fond de perceptions vulgarisées des sciences de la terre qui définissent géologiquement ces lieux », conclut le premier vice-président du CRT de Guelmim.

Le Géoparc Jbel Bani est réputé comme étant « Le paradis des géologues »-Photo AMDGJB

 

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Setarya Ingénierie se chargera des études techniques et du suivi des travaux de la zone économique El Ouatia

Dans un procès-verbal, le Conseil régional de Guelmim-Oued Noun annonce que la réalisation des études techniques et le suivi des travaux de la zone d’activités économiques El Ouatia, dans la province de Tan-Tan, ont été attribués à la société Setarya Ingénierie, un bureau de conseil et d’études techniques doté d’une équipe composée d’ingénieurs et de consultants, pour avoir soumis l’offre « la plus avantageuse » à exactement 1.680.000 DH

La zone d’activités économiques d’El Ouatia est prévue sur un terrain domanial de 65 hectares et fait partie des sept zones d’activités économiques qui sont en cours de réalisation dans la région de Guelmim.

https://medias24.com/2023/09/22/les-projets-qui-changeront-le-visage-de-la-region-guelmim-oued-noun/

Guelmim. Les portes ouvertes vers la magie du désert

C’est l’adresse incontournable du tourisme saharien. Guelmim présente toutes les potentialités géographiques, historiques et culturelles dont peut se targuer une ville qui se drape dans les étoffes mouvantes des dunes aux mille et un strass d’or. Patrick Simon, premier vice-président du Conseil régional du tourisme (CRT) de Guelmim Oued-Noun, et résident au Maroc depuis près de cinquante ans, nous parle de cette attractivité à nulle autre pareille. « La région de Guelmim-Oued Noun dispose d’importantes potentialités du fait de l’étendue de son territoire, avec des paysages naturels variés, et de la richesse de son patrimoine culturel, matériel comme immatériel, son histoire et ses traditions ».

Un potentiel qui répond aux besoins exprimés par les touristes étrangers en offrant une gamme d’activités diversifiées et complémentaires à travers le tourisme balnéaire, écologique, culturel, spéléologique, cynégétique, thermal ou d’aventure.

Outre la richesse de son « folklore » et de ses coutumes locales, la province dispose également d’une côte littorale atlantique d’une étendue de plus de 285 km où le tourisme de glisse, la pêche sportive et la pêche au gros s’y côtoient harmonieusement.

Préservée du tourisme de masse, Guelmim Oued-Noun offre de véritables coins de paradis

Patrick Simon, premier vice-président du Conseil régional du tourisme de la région Guelmim-Oued Noun – CP Médias24

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Oasis, palmeraies et paysages paradisiaques

L’une des premières particularités de la région de Guelmim est l’abondance de ses oasis et palmeraies. Patrick Simon cite, à titre d’exemples celles situées dans la province de Guelmim : Asrir, Tigumert, Fask, Tglit, Zraiouila Timoulay, Ifrane dans l’Anti-Atlas, Taghjijt, Aday et Amtoudi – cette dernière est connue aussi pour ses greniers de hauteur. Dans la province d’Assa, on peut visiter également les oasis d’Assa et Zag, tandis que la province de Tan-Tan abrite l’oasis Wen Massdour, considérée comme un site oasien d’une beauté unique.

>> Lire l’article : Dans les greniers de hauteur de la vallée d’Amtoudi

Il faut savoir que « le Maroc a obtenu, en 2000, le label ‘Réserve mondiale de biosphère de l’Unesco’ pour l’essentiel de ses oasis présahariennes, soit plus de 7 millions d’hectares. Plutôt préservée du tourisme de masse, Guelmim Oued-Noun offre de véritables coins de paradis », souligne le premier vice-président du CRT de la région. « L’oasis d’Amtoudi, aussi appelée Id-Aïssa, est un lieu d’une grande beauté. Pour sa part, l’oasis de Taghjijt est une palmeraie parmi les plus belles de Guelmim, en tant que territoire de la tribu des Aït Brahim ».

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L’oasis d’Amtoudi, aussi appelée Id-Aïssa, est un lieu d’une grande beauté

Plein phare sur une culture ancestrale

Si le tourisme oasien est un des piliers de l’attractivité de la région de Guelmim, celui culturel l’est tout autant. En attestent les vestiges et les études scientifiques et archéologiques qui les accompagnent. Ils sont autant de témoignages du passé préhistorique, aujourd’hui représenté par des sites rupestres, néolithiques, anthropologiques et artistiques. Pour Patrick Simon, la richesse de cette histoire très ancienne a donné des réalités culturelles humaines très diversifiées et un mode de vie très particulier et propre aux Guelmimis. Ksour et douars, arts traditionnels, architecture, coutumes, folklore sont autant de points d’intérêt originaux.

Le visiteur peut s’immerger dans cette richesse historique en fréquentant les auberges authentiques dont les hôtes sont attachés à leur culture ancestrale aux multiples facettes. Y séjourner équivaut à un voyage express dans le temps. C’est ce qu’on ressent par exemple en visitant la Kasbah Caravansérail. Ce musée, qui retrace la riche histoire des nomades du Sahara, expose, dans une bâtisse à l’architecture saharienne, différents objets traditionnels, jadis d’une grande utilité, aujourd’hui, artefacts d’un autre temps.

Écotourisme, un condensé de la féerie du désert

C’est d’ailleurs grâce à cette profusion naturelle, historique et culturelle que l’écotourisme à Guelmim trace lentement, mais sûrement, sa trajectoire sur la carte touristique du pays. « (Il) est présent grâce aux capacités offertes par la diversité des paysages partagés entre océan et désert avec les oasis, les dunes de sable, les moussems, entre autres celui de Tan-Tan sur l’oralité, celui des dromadaires, ou encore des bijoux d’argent ou des produits de terroir, etc. », confirme notre interlocuteur.

L’écotourisme a d’ailleurs de beaux jours devant lui. Il pourrait même être « réinventé », promet Patrick Simon. Et ce, en tenant compte des spécificités et des espoirs fondés sur la réalisation du parc national Bas Drâa, considéré comme l’un des plus grands parcs nationaux, offrant un paysage désertique à faible densité humaine.

Richesse naturelle, zoom sur la faune et la flore sahariennes

La région de Guelmim se distingue par l’originalité et la diversité de sa faune saharienne. On y trouve des espèces rares ou endémiques d’Afrique du Nord, telles que les gazelles Dorcas et les mouflons à manchettes. Des espèces en voie de disparition auxquelles s’ajoutent des carnivores tels que la hyène rayée, le chacal, le renard roux, le fennec ou encore le porc-épic.

La richesse ornithologique est quant à elle représentée par l’outarde Houbara, l’aigle de Bonelli, le faucon lancier et l’aigle royal, pour ne citer que les plus emblématiques de la région. « Cela devrait très certainement contribuer à l’enrichissement du produit touristique que peut offrir l’arrière-pays de la station balnéaire de la plage Blanche », souligne le premier vice-président du CRT Guelmim Oued-Noun.

>> Lire l’entretien Patrick Bergier : « Le moineau doré du sud du Maroc, une découverte scientifique fascinante »

Il est à noter que Guelmim est une destination de choix pour les adeptes du tourisme d’aventure. La région dispose de plusieurs établissements touristiques qui répondent parfaitement aux besoins des raids et des expéditions vers le sud du Maroc et sur la route de la Mauritanie.

Moussems, invitation au voyage mémoriel

S’il y a un rassemblement historique qui représente la culture des nomades du Sahara, c’est bien le moussem de Tan-Tan (une foire annuelle ayant des fonctions à la fois économiques, culturelles et sociales). L’événement réunit tous les ans « plus d’une trentaine de tribus du Sud marocain et d’autres régions du nord-ouest de l’Afrique. À l’origine, le moussem avait lieu tous les ans vers le mois de mai. S’inscrivant dans le calendrier agropastoral des nomades, il était l’occasion de se retrouver, d’acheter, de vendre et d’échanger des denrées et autres produits, d’organiser des concours d’élevage de dromadaires et de chevaux, de célébrer des mariages et de consulter les herboristes », énumère Patrick Simon.

Le moussem était également le prétexte à diverses expressions culturelles : musique, chants populaires, jeux, joutes de poésie et autres traditions orales hassanies. Il est, depuis 2008, inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité (originellement proclamé en 2005). Il faut savoir que c’est à partir de 1963 que ces rassemblements ont pris la forme d’un moussem, quand le premier moussem de Tan-Tan a été organisé pour promouvoir les traditions locales et offrir un lieu d’échange, de rencontre et de réjouissances.

Le premier moussem de Tan-Tan a été organisé pour promouvoir les traditions locales et offrir un lieu d’échange, de rencontre et de réjouissances

Pour les visiteurs qui veulent s’ancrer davantage dans le quotidien des nomades et avoir un aperçu de la culture du Sahara, chaque samedi se tient le souk aux dromadaires d’Amhairiche. Situé à la sortie de Guelmim sur la route de Tan-Tan, ce souk est tout simplement le plus grand marché de dromadaires du sud du pays. Dépaysement garanti.

Pour poursuivre cette expérience immersive, Patrick Simon recommande de noter sur son agenda le moussem des dattes, organisé tous les ans à Taghjijt au mois d’octobre, ainsi que le moussem des dromadaires qui se tient en juillet.

Plages, l’atout charme de Guelmim

Pour le premier vice-président de la région de Guelmim, l’autre adresse incontournable est la plage Blanche. Car l’Atlantique offre à la région de Guelmim quelques-unes de ses plus belles plages. C’est le cas, en effet, de la plage Blanche avec sa quarantaine de kilomètres de dunes en bordure de mer, mais aussi d’Oued Chbika, situé dans la province de Tan-Tan et de Foum l’Oued Assaka.

Les visiteurs peuvent ainsi apprécier le calme qu’offrent ces plages, encore préservées du tourisme de masse. Patrick Simon évoque à juste titre la sérénité des paysages, la nature vierge, l’hospitalité et l’accueil généreux de la population locale, qui vit de la pêche artisanale et sportive, comme autant d’arguments non exhaustifs de l’attractivité de la « Porte du Sahara ». Le premier vice-président du CRT de la région souligne que l’écotourisme est actuellement actif, aussi bien au sein de ses palmeraies que sur les côtes.

L’avenir touristique de Guelmim est donc prometteur. Patrick Simon partage son optimisme quant aux perspectives de développement. « Sur le plan touristique et après de longues années, la région de Guelmim-Oued Noun veut rattraper le retard et reconquérir son rang. Nombreux sont les projets qui sont en cours de réalisation et qui visent le développement du secteur dans la région. Il faut dire que les autorités locales, ainsi que les opérateurs privés, conjuguent leurs efforts pour redonner à cette région son charme et son attractivité ». Et de conclure : « Avec la concrétisation de tous les projets programmés, la région n’aura rien à envier à d’autres destinations touristiques du Royaume ». Et elle pourrait même créer la surprise.

Tan-Tan: bientôt un institut supérieur des métiers de la mer et du désert

Ce projet sera réalisé conformément à la convention de partenariat signée entre le ministère de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’université Ibn Zohr d’Agadir et la Région de Guelmim-Oued Noun.

Le futur institut, qui sera bâti sur une superficie de 1,16 ha et comporte plusieurs spécialités, vise à permettre un accès des jeunes de la province à un enseignement supérieur de proximité en vue de leur intégration sur le marché du travail.

La réalisation de ce projet a également pour objectif de contribuer à redynamiser l’activité économique, de fournir une formation de qualité au profit des ressources humaines locales et de valoriser les atouts historiques, culturels et naturels de la province.

La région de Guelmim-Oued Noun compte deux ports: Sidi Ifni et Tan-Tan. Ce dernier est considéré comme la troisième plus importante plateforme portuaire des provinces du Sud du Royaume, après celles de Dakhla et Laâyoune.

(Avec MAP)

Tan-Tan: hausse de 70% de la production poulpière en 2018

Cette évolution est due essentiellement à la réussite des compagnes de pêche des 50 chalutiers côtiers opérant, à tour de rôle, au sud de Boujdour et qui déchargent leurs captures au port de Tan-Tan, explique la circonscription maritime de Tan-Tan dans un rapport sur le secteur de la pêche maritime.

Au total, le volume global des débarquements des produits de la pêche avec tous ses segments réalisés au niveau du port de Tan-Tan en 2018 a atteint environ 129.351 tonnes, pour une valeur de plus de 1,18 milliard de DH.

En 2017, le Maroc a produit plus de 50.000 tonnes de poulpePour le segment côtier, les navires sont autorisés à débarquer leurs captures au niveau des ports de Laâyoune et Tan-Tan. Un plafond de 1.600 kg est autorisé au débarquement par navire par marée de 10 jours. 

(Avec MAP)

Bilan en demi-teinte pour les trois ans de révolution tunisienne

1. L’illusion d’optique. La majorité écrasante des populations concernées comme des observateurs extérieurs a été victime d’une illusion d’optique. Celle qui consiste à croire que la révolution allait garder les acquis et corriger les erreurs, abus, crimes, dépassements, lacunes des régimes honnis qui viennent d'être dissous.

Eh bien, pas du tout. La première chose que fait une révolution, c’est de remettre en cause les acquis. Et de libérer des dynamiques parfois contre-révolutionnaires.

Remettre en cause les acquis, cela peut être la sécurité, un certain respect de la loi, une trajectoire économique ou … la condition de la femme (dans le cas tunisien).  La contre-révolution, ce sont les Fréristes et les salafistes, voire les jihadistes, qui ont eu pignon sur rue en Egypte, en Libye, en Tunisie.

 

2. Enjeux internes, enjeux externes. Pourquoi les révolutions ont-elles touché uniquement des républiques à pouvoir autoritaire et tentées par une transmission familiale du pouvoir? Mystère.

Ce qui est sûr toutefois, c’est que là où les enjeux externes dépassaient les enjeux internes, les révolutions n’ont pas abouti à un changement de régime (constat effectué par Gilles Kepel) : cas de la Syrie et du Yémen.

 

3. Dynamiques post révolutionnaires. Dans chaque pays, à l’issue des révolutions, les deux principales forces du pays se retrouvées face à face.

Dans le cas de l’Egypte, l’armée face aux Fréristes.

Dans le cas de la Libye: absence du moindre acteur structuré et organisé. Les Jihadistes se sont donc constitué des milices qui se tirent régulièrement dessus. Tandis qu’un noyau d’armée se met difficilement en place.  L’Etat est absent (Kaddafi a laissé un pays sans administration ou presque, sans conception de l’Etat). Le scénario libyen, c’est soit un chaos armé soit une intervention militaire occidentale, secrète ou discrète.

En Tunisie, l’armée est trop faible. Les deux principales forces sont d’un côté les Fréristes et de l’autre une myriade de défenseurs de la laïcité, d’un Etat civil et d’une vision moderniste de la société (société civile, intellectuels, partis politiques, syndicats, patronat).

 

4. Faire aboutir la révolution tunisienne coûte que coûte. Avec les chaos libyen et syrien, le coup d’Etat égyptien, il restait la Tunisie à sauver que coûte pour bien montrer au monde qu’une révolution peut réussir, que les révolutions arabes n’étaient pas vouées à l’échec et que la démocratie n’est pas un vain mot. Les enjeux extérieurs ont fini par prendre le pas sur les enjeux internes.

Au moment où la confrontation a atteint son paroxysme entre les Fréristes et leurs alliés salafistes d’un côté et les forces démocratiques de l’autre, se sont multipliées les pressions diplomatiques, pas toujours discrètes. Même l’Algérie a joué les médiateurs, sans compter les Etats Unis, la France, l’Allemagne et les organismes financiers internationaux.

 

5. La Constitution tunisienne est le fruit d’un compromis politique entre ces différentes forces, sous la pression de puissants acteurs étrangers. Elle n’est pas issue de la révolution.

Ce compromis consiste à trouver, sur tous les sujets qui fâchent, des formulations suffisamment ambigües et pouvant être interprétées de différentes manières, de sorte que chaque camp puisse crier victoire ou faire la lecture qui satisfait ses propres troupes.

Le Pr Ali Mezghani, grande figure de la vie intellectuelle tunisienne et militant des libertés individuelles, dira à Médias 24, qu’il s’agit d’une constitution “minée“, qui “renvoie la résolution des grands problèmes au moment de l’application des principes qu’elle énonce“.

Les grandes questions, c’est d’abord la femme et la place de l’Islam. L’Islam est-il source de législation? La constitution ne dit pas oui, mais elle ne dit pas non. Les citoyens et les citoyennes sont-ils égaux dans la loi ou devant la loi ? La Constitution dit “devant la loi“. Le mot nation n’apparaît nulle part. L’Islam est religion de la Tunisie ou de l’Etat tunisien, en fonction des interprétations… Etc.

Nombreux sont ceux qui comme les grands médias internationaux voient dans la constitution qui est en train d’être adoptée, des “avancées“. Plusieurs intellectuels tunisiens de renom voient un compromis et un danger pour l’avenir car la résolution des différends est tout simplement reportée. C’est le cas de Faouzia Charfi, de Raja Ben Slama et de Yadh Ben Achour.

Au final, les dites révolutions arabes ont fait avancer certaines causes dans la région : que les peuples veulent prendre leurs destins en main ; qu’il est impossible de s’imposer dans le paysage politique sans passer obligatoirement par le lexique de la démocratie et des droits de l’Homme ; la liberté d’expression a également progressé.

Parmi les échecs, signalons l'incompétence mystérieuse et avérée de tous les Fréristes dans la gestion économique, l'absence de véritable reddition des comptes des caciques des précédents régimes tandis qu'aucun mécanisme de justice de transitionnelle n'a pu être mis en place en trois ans. Les verrous qui restent sont ceux qui concernent le statut des femmes, la place de la religion ou la définition de l’identité.