Le triptyque Nador–Tanger–Dakhla redessine la carte portuaire africaine
Selon des experts, cette stratégie positionnera le Royaume comme un hub logistique de poids entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique, dans un contexte mondial marqué par les crises et les recompositions commerciales.
Nador West Med, la pièce manquante
Contacté par Médias24, Idriss Aarabi, Directeur général de l’Autorité portuaire Tanger Med, souligne la double vocation assignée à Nador West Med.
« Nador West Med est un port dont la vocation a été clairement définie dès le lancement du projet, et qui a été récemment renforcée par la signature des concessions avec des opérateurs de premier plan tels que CMA-CGM et MSC. Il est destiné à être à la fois un port de transit et de transbordement de conteneurs, les terminaux étant déjà concédés et les travaux de construction en cours. Mais, sa spécificité réside également dans sa dimension énergétique« , explique-t-il.Le modèle de Tanger Med pourrait être progressivement reproduit à Nador West Med« Ancré dans son territoire, il sera accompagné de projets industriels et logistiques destinés à renforcer son intégration dans l’économie régionale. À terme, il est fort probable que le modèle de Tanger Med, qui a démontré son efficacité en combinant hub portuaire, zones industrielles et logistiques, soit progressivement reproduit au niveau de Nador West Med, adaptant cette réussite nationale à l’échelle régionale », poursuit-il.
Dans le même sens, Jean-Marie Koffi, Secrétaire général de l’Association de gestion portuaire de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, indique que le nouveau port de Nador viendra consolider la position du Maroc comme acteur portuaire et logistique majeur.
« L’avènement du port Nador West Med sera sans doute bénéfique et contribuera à consolider l’offre portuaire marocaine, en particulier sur la façade méditerranéenne », précise-t-il.
« À mes yeux, Nador West Med est la pièce manquante du dispositif. C’est une décision à la fois intelligente et stratégiquement visionnaire d’avoir conçu un port de cette envergure à proximité de Tanger Med. Lorsqu’il entrera en service, le Maroc connaîtra un nouvel élan, un véritable épanouissement dans le domaine maritime et logistique », poursuit notre interlocuteur.
Tanger Med, socle d’une stratégie gagnante
Pour Idriss Aarabi, le socle de cette montée en puissance reste Tanger Med. « Le choix du site pour la construction du port Tanger Med constitue un facteur clé de succès. Il est situé en plein cœur du détroit de Gibraltar, à la croisée des plus grandes routes maritimes reliant l’Est à l’Ouest et le Nord au Sud, sans nécessiter aucune déviation de trafic », explique-t-il.
Ce positionnement est renforcé par le poids stratégique du détroit. « Ce détroit est le deuxième au monde en termes de trafic maritime, avec près de 100.000 navires qui le traversent chaque année. Tanger Med se trouve au point le plus proche de la rive sud espagnole, à seulement 14 km de distance. L’emplacement choisi a donc été déterminant dans la réussite du projet », précise Idriss Aarabi.L’activité de Tanger Med est restée soutenue malgré les tensions économiques et géopolitiques
Selon Aarabi, malgré de nombreuses disruptions liées aux guerres économiques ou aux tensions géopolitiques, l’activité de Tanger Med n’a jamais été impactée.
« Le port a toujours su se positionner et capter le trafic maritime passant par le détroit. On l’a constaté récemment avec la crise de la mer Rouge, où la déviation des navires par le Cap de Bonne-Espérance a rallongé le trajet de 12 jours supplémentaires. Pourtant, Tanger Med continue à attirer et fidéliser ce trafic grâce à la confiance des plus grands opérateurs mondiaux. Parmi eux, on peut citer APM, Maersk Line, CMA-CGM, Eurogate ou encore Hapag-Lloyd, qui ont choisi Tanger Med comme hub stratégique pour la consolidation de leur trafic », souligne-t-il.
Nador – Tanger – Dakhla : un triptyque qui redessine la carte portuaire africaine
Pour Idriss Aarabi, avec l’entrée en service de Nador et de Dakhla, le Maroc comptera trois grands ports opérationnels, ce qui donnera une nouvelle dimension à sa dynamique économique et logistique.
« Il ne s’agit pas de concurrence entre ces projets, mais bien de complémentarité. Ensemble, ils forment une offre nationale consolidée, permettant au Maroc de se positionner comme une véritable porte d’entrée et de sortie des marchandises, tant pour la Méditerranée que pour l’Afrique de l’Ouest », explique notre source.
« Dans ce schéma, le Maroc consolidera encore davantage sa position de leader régional. Le port de Dakhla Atlantique, en particulier, aura un rôle stratégique, conformément à la vision exprimée par Sa Majesté dans ses discours. Il sera destiné à devenir un hub majeur de transbordement et de redistribution, non seulement pour la façade atlantique du Maroc, mais aussi pour l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest », poursuit-il.
Jean-Marie Koffi met ce projet en perspective avec la coopération africaine. « Pour nous, pays d’Afrique centrale et subsaharienne, le fait que le Maroc dispose bientôt de trois grands ports stratégiques ouvre un large éventail d’opportunités. À nous d’être prêts à les saisir, en particulier dans le cadre de l’Initiative Atlantique », conclut-il.