Taux directeur. Après trois statu quo en 2025, une baisse ?

Le Conseil de Bank Al-Maghrib tiendra, le mardi 16 décembre, la dernière réunion de l’année 2025 pour trancher sur l’orientation de la politique monétaire.

Il s’agit d’un moment important pour l’économie. La décision issue de cette réunion pèsera sur les conditions de financement et, par ricochet, sur le début d’année 2026.

Dans la structure d’une économie moderne, le taux d’intérêt représente un indicateur pivot. Théoriquement, les décisions de consommation, d’épargne et d’investissement se forment en majeure partie autour du coût de l’argent. Son influence se transmet par plusieurs canaux qui touchent à la fois l’économie réelle et les marchés financiers.

Dans ce contexte, les acteurs économiques restent à l’écoute et les spéculations sur la décision ont commencé chez les investisseurs. À titre d’exemple, l’enquête menée par BKGR indique que 50% des investisseurs institutionnels tablent sur une baisse de 25 pb, tandis que les 50% restants privilégient un statu quo.

Médias24 propose ainsi, comme à l’accoutumée, une analyse fine des principaux agrégats macroéconomiques, qui constituent le tableau de bord de la prise de décision en matière de politique monétaire.

L’analyse couvre l’inflation, les prévisions de croissance, le marché du travail, les finances publiques, les échanges extérieurs, les statistiques monétaires et les réserves de change.

Voici donc le tableau de bord de l’économie marocaine, tel qu’il ressort des données officielles les plus récentes.

L’inflation

En glissement annuel, l’inflation est désormais presque à l’arrêt. Après un pic de 2,6% en février 2025, elle a ensuite nettement décéléré (0,5% en juillet, 0,3% en août, 0,4% en septembre) pour tomber à 0,1% en octobre 2025.

Le point le plus important, c’est la nature de cette baisse. L’alimentaire, qui est souvent la composante la plus instable et la plus politiquement sensible, ne pousse plus l’inflation, elle la tire vers le bas. En octobre, l’indice alimentaire est en recul de 0,3% en glissement annuel, alors que les produits non alimentaires progressent de 0,4%.

Autrement dit, l’inflation globale ne ralentit pas seulement, elle se fragilise par une déflation alimentaire qui compense la légère hausse hors alimentation. Cette dynamique confirme la poursuite de la phase désinflationniste et ramène l’inflation vers ses plus bas depuis mars 2021.

Pour Bank Al-Maghrib, le risque de tensions inflationnistes, à court terme, apparaît faible, ce qui réduit la contrainte de vigilance sur les prix et laisse davantage de marge pour arbitrer la décision au regard des autres agrégats.

La croissance

Après un premier semestre 2025 très porteur, avec une croissance moyenne proche de 5,2% en rythme annuel, l’économie devrait, selon la note de conjoncture du HCP, continuer la seconde moitié de l’année sur un tempo encore solide.

Pour le troisième trimestre, l’économie marocaine devrait réaliser une croissance à 4,3%. Le ralentissement viendrait surtout d’un environnement extérieur moins favorable, qui pèserait sur le rythme des exportations alors que les importations resteraient dynamiques, maintenant une contribution négative du commerce extérieur.

À l’inverse, la demande intérieure continuerait de soutenir l’activité, avec un investissement encore dynamique et une consommation des ménages en hausse, appuyée par la modération des tensions inflationnistes.

Au quatrième trimestre, les perspectives s’amélioreraient légèrement, avec une croissance attendue à 4,7%, portée par la demande intérieure. La consommation des ménages progresserait, et l’investissement resterait solide, soutenu par les dépenses d’équipement des entreprises et le renforcement des investissements publics. Les services resteraient un moteur central, tandis que la construction renforcerait sa contribution à la croissance.

Signalons que cette prévision est née d’une enquête. Il ne faut pas confondre ces chiffres avec ceux de la comptabilité nationale, la seule habilitée à fournir des chiffres officiels.

Le marché du travail

Au troisième trimestre 2025, le marché du travail montre une amélioration quantitative, mais une fragilité persistante sur la qualité et l’inclusion.

Entre le troisième trimestre 2024 et la même période de 2025, l’économie nationale a créé 167.000 emplois, essentiellement en milieu urbain avec 164.000 postes, alors que le milieu rural n’en a gagné que 3.000.

La dynamique de création est portée par l’emploi rémunéré, en hausse de 220.000, tandis que l’emploi non rémunéré recule de 54.000 postes. Par secteurs, les services créent 94.000 emplois, le BTP 90.000 et l’industrie 29.000, alors que l’agriculture, la forêt et la pêche perdent 47.000 postes.

Du côté du chômage, le nombre de chômeurs recule de 55.000 pour s’établir à 1.629.000 personnes, et le taux de chômage baisse de 13,6 % à 13,1% au niveau national. La baisse est visible en milieu urbain et rural, mais le chômage demeure très élevé chez les jeunes de 15 à 24 ans, avec 38,4%, chez les femmes, avec 21,6%, et chez les diplômés, avec 19%.

Le principal problème vient du sous emploi, qui continue de s’aggraver. Le nombre d’actifs occupés en situation de sous emploi augmente de 133.000 pour atteindre 1.199.000 personnes, et le taux passe de 10 à 11,1% au niveau national, avec une hausse plus marquée en milieu rural.

Les finances publiques

À fin novembre 2025, la situation des finances publiques confirme un soutien actif de l’État à l’activité, mais au prix d’un besoin de financement plus lourd. Sur la base des recettes encaissées et des dépenses émises, le déficit budgétaire du Trésor atteint 68,8 MMDH, contre 45,7 MMDH un an plus tôt.

L’écart se creuse alors même que les recettes progressent, ce qui indique que la dynamique de dépense reste le déterminant central de la dégradation du solde.

Les recettes fiscales s’établissent à 319,1 MMDH, en hausse de 15,7%. Le mouvement est porté par les impôts directs, en progression de 22,4%. Les impôts indirects augmentent de 11,4%, la TVA progressant de 10,0% sur un an.

Les recettes non fiscales atteignent 47,0 MMDH, en hausse de 16,3%, notamment via les recettes issues des monopoles et participations.

En face, les pressions de dépenses restent soutenues. Les dépenses du personnel atteignent 164,2 MMDH et progressent de 10,4%, tandis que les dépenses de biens et services montent à 103,0 MMDH, en hausse de 31,2%.

Les charges en intérêts de la dette atteignent 41,9 MMDH, en hausse de 11,6%, tirées par la dette intérieure, tandis que les dépenses de compensation reculent à 13,6 MMDH, en baisse de 5,7 %. Par ailleurs, l’investissement s’établit à 105,4 MMDH.

Au total, le besoin de financement ressort à 89,6 MMDH. Il est couvert par un financement extérieur de 24,9 MMDH et par un financement intérieur à hauteur de 64,7 MMDH.

La lecture de fin d’année doit toutefois rester nuancée. À fin octobre, les recettes issues du financement innovant s’établissaient à 16,8 MMDH et, au regard de l’objectif annuel annoncé de 35 MMDH, il resterait environ 18,2 MMDH à mobiliser d’ici fin décembre.

Ces recettes supplémentaires viendraient amortir la pression sur le solde et réduire le risque d’un dérapage du déficit au-delà de la cible.

Crédit et agrégats monétaires

En octobre 2025, les statistiques monétaires de Bank Al Maghrib indiquent une progression toujours solide de la liquidité, et une croissance limitée du crédit bancaire.

La masse monétaire M3, chiffrée à 1.982 MMDH, augmente de 7,4% en glissement annuel, en léger retrait par rapport au mois précédent.

Sur le crédit, la reprise est visible mais reste hétérogène. Les prêts aux sociétés non financières privées progressent de 1,4% après 0,8%, ce qui traduit une amélioration marginale, tandis que le crédit aux sociétés non financières publiques accélère à 11% après 6,4%. Les prêts aux ménages continuent d’augmenter à un rythme proche de 3%, avec 3,1% après 2,9%.

Par objet économique, les crédits à la consommation accélèrent à 4,5%, et les crédits à l’équipement demeurent très dynamiques autour de 16,4%, alors que les prêts à l’immobilier restent sur une hausse modérée de 3,2%.

Les échanges extérieurs

À fin octobre 2025, le déficit commercial des biens s’accentue. Les importations de biens progressent de 9,4% sur un an pour atteindre 682,2 MMDH, tandis que les exportations n’augmentent que de 2,6% à 385,2 MMDH.

Le déficit commercial s’élargit ainsi de 19,6% pour s’établir à 296,9 MMDH, et le taux de couverture recule de 3,7 points, à 56,5%.

Ce déficit est partiellement compensé par la bonne tenue des exportations de services. L’excédent de la balance des services atteint 129,2 MMDH, en hausse de 10,2% sur un an, avec des importations de services à 128,1 MMDH et des exportations à 257,3 MMDH.

Les transferts des MRE progressent légèrement à 102,9 MMDH. Sur le compte financier, les recettes des IDE s‘élèvent à 45,4 MMDH, tandis que le flux net des IDE atteint 27,1 MMDH, ce qui renforce la capacité de financement externe de l’économie.

Dans le même sens, les réserves de change se maintiennent à un niveau élevé. À la date du 6 décembre, ils s’élèvent à 433,8 MMDH, en hausse de 17,8% en glissement annuel.

Ce que disent les indicateurs

Au vu des principaux indicateurs macroéconomiques, l’arbitrage de politique monétaire peut se résumer en trois constats :

Dans une telle configuration, une baisse de 25 pb apparaît comme le scénario le plus cohérent, non pas comme un geste de relance, mais comme un ajustement de calibration.

Du côté de l’économie réelle, les enquêtes de conjoncture vont dans le même sens, sans pour autant permettre une lecture exhaustive de la demande globale. À titre d’exemple, au T3 2025, la demande dans l’industrie manufacturière est jugée normale par 75,1% des chefs d’entreprises, signal d’un environnement davantage stabilisé.

Ainsi, lorsque l’inflation est maîtrisée, maintenir inchangé le taux nominal tend à durcir la position monétaire en termes réels, ce qui revient à resserrer sans l’assumer.

Une détente limitée (25 pb) permettrait de neutraliser ce durcissement implicite et d’améliorer, à la marge, les conditions de financement. D’une part, elle contribuerait à préserver l’élan de la demande intérieure sans provoquer de désancrage des anticipations d’inflation.

D’autre part, elle soutiendrait progressivement la reprise du crédit productif et favoriserait un relais plus marqué de l’investissement privé, dans un contexte où l’investissement public et la dépense publique représentent une part importante du soutien conjoncturel.

Taux directeur : un statu quo sans surprise, largement anticipé par le marché

Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25% lors de son troisième conseil trimestriel du 23 septembre 2025.

Il s’agit ainsi du deuxième statu quo de l’année 2025. Cette décision est en ligne avec l’analyse publiée par Médias24 dans un précédent article.

Selon plusieurs analystes et acteurs de l’écosystème financier joints par nos soins, ce statu quo était largement anticipé et ne constitue aucune surprise.

Les premières réactions

« Le maintien du taux directeur à 2,25% était largement attendu par le marché, aucune surprise. Lorsqu’on regarde les indicateurs de l’économie, on constate une bonne tenue, ce qui rend le statu quo clairement privilégié », commente un analyste de la place.

« On parle d’une inflation qui ressort en moyenne à 1,1% sur les huit premiers mois de l’année et des projections de Bank Al-Maghrib à 1% pour 2025 ; la Banque centrale n’avait aucune pression immédiate pour agir », ajoute-t-il.

« Aujourd’hui, le statu quo, c’est la prudence. Cette décision n’a rien d’étonnant, car le contexte international est marqué par une forte volatilité des prix de l’énergie et des tensions géopolitiques qui peuvent affecter les matières premières. Au Maroc, l’inflation reste globalement bien maîtrisée, ce qui rend ce choix tout à fait approprié. L’objectif majeur de Bank Al-Maghrib est de garantir la stabilité des prix », explique une source au sein d’une banque d’affaires.

« Il faut quand même dire que, même si la majorité des analystes tablaient sur un statu quo et que la décision n’a donc surpris personne, une partie des investisseurs espérait malgré tout une baisse du taux directeur cette fois-ci. Comme elle n’a pas eu lieu et que le communiqué n’a pas donné de signal fort à court terme, il est logique de voir une petite réaction négative sur le marché boursier. Elle ne devrait cependant pas durer, car les fondamentaux restent solides et le scénario d’une détente monétaire d’ici la fin de l’année reste sur la table », ajoute-t-elle.

D’un côté, « les prévisions de croissance à 4,6% cette année, puis 4,4% en 2026, donnent à la Banque centrale le confort nécessaire pour temporiser. Elle sait qu’elle dispose encore de marges de manœuvre si les signaux économiques se dégradent d’ici la fin de l’année, un scénario qui reste pour l’instant éloigné ».

De plus, « la détente déjà observée sur le marché obligataire depuis plusieurs semaines reflétait bien cette attente d’un statu quo. Le Trésor a pu réduire le coût de ses émissions, signe que les investisseurs ne voyaient pas de durcissement monétaire à court terme ».

« Et justement, la Banque centrale agit par étapes. Elle a voulu s’assurer que la transmission des précédentes baisses est effective. On parle déjà d’un recul cumulé de 59 points de base des taux débiteurs depuis juin 2024″.

Taux directeur : une détente espérée en décembre

« Personnellement, je pense que si les conditions restent favorables, une nouvelle détente en décembre ne serait pas une surprise et pourrait même soutenir davantage le marché boursier », suppose un analyste.

« On parle d’une politique d’assouplissement adaptée au cycle économique. Aujourd’hui, le statu quo reste cohérent avec une croissance solide et une inflation faible. En décembre, on s’attend à une baisse supplémentaire des taux, qui serait perçue comme un ajustement logique dans la continuité de la stratégie monétaire », estime un autre analyste de la place.

Mais pour comprendre pleinement cette décision, il faut revenir sur la baisse de mars 2025. Cette réduction de 25 points de base avait marqué un tournant dans la politique monétaire de Bank Al-Maghrib, après une période prolongée de stabilité.

« Sur le marché boursier, la baisse de mars avait également suscité un regain d’optimisme. On a assisté à une succession de records et à un retour marqué de l’activité. Plusieurs valeurs ont vu leurs cours progresser, portées par l’anticipation d’une liquidité plus abondante et d’un coût de financement plus faible pour l’économie réelle ».

« Ce contexte explique pourquoi le statu quo de septembre n’a pas provoqué de réaction brutale. Une part importante des investisseurs s’attendait à une pause, le marché obligataire avait déjà intégré cette hypothèse et les analystes estimaient que la Banque centrale voulait d’abord mesurer pleinement l’effet des décisions précédentes avant d’aller plus loin« .

Du côté international, la BCE avait mis fin à son cycle de baisses en maintenant ses taux lors de ses deux dernières réunions, tandis que la Réserve fédérale américaine a réduit sa fourchette cible en septembre, citant un ralentissement des créations d’emplois. La Banque d’Angleterre, de son côté, a également choisi la stabilité. Dans ce paysage monétaire contrasté, la décision de Bank Al-Maghrib reflète une approche prudente mais alignée sur les tendances mondiales.

« Une dernière baisse en décembre enverrait un signal fort. Elle prolongerait l’assouplissement monétaire entamé en 2024, soutiendrait le crédit et donnerait un coup de pouce supplémentaire à la Bourse de Casablanca, qui a déjà bien réagi aux précédentes décisions ».

Taux directeur. Le statu quo, scénario le plus probable

Le mardi 23 septembre, le Conseil de Bank Al-Maghrib se réunira pour statuer sur le taux directeur et définir la politique monétaire du quatrième trimestre 2025. À l’approche de cette échéance, les spéculations sur l’orientation de la décision s’intensifient.

Ainsi, et à l’instar des trimestres précédents, Médias24 propose une analyse approfondie des indicateurs macroéconomiques arrêtés à fin juillet-août 2025, selon les données officielles disponibles, afin de dégager le scénario le plus probable au regard du tableau de bord de l’économie nationale.

L’analyse couvre plusieurs agrégats, dont l’inflation, l’emploi, les finances publiques, les échanges commerciaux, etc.

L’inflation

Sur 12 mois aglissants: À fin juillet 2025, l’inflation reste contenue, avec une variation annuelle de l’IPC limitée à 0,5%, conséquence d’une hausse modérée des prix alimentaires de 0,9% et des prix non alimentaires de 0,2%.

En variation mensuelle, l’IPC recule légèrement de 0,1%, tiré par la baisse des prix alimentaires de 0,5%, alors que les prix des produits non alimentaires progressent de 0,2%.

Évolution moyenne depuis le début de l’année: Sur la moyenne des sept premiers mois de 2025, l’IPC a progressé de 1,2% par rapport à la même période de 2024.

Par ailleurs, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils et réglementés, enregistre une baisse de 0,1% sur un mois et une hausse de 0,9% en glissement annuel.

Ces données traduisent la poursuite de la phase désinflationniste au Maroc. L’inflation reste maîtrisée et évolue désormais bien en deçà des seuils d’alerte, sans exposer l’économie à un risque de désancrage inflationniste.

Dans ce contexte, une détente immédiate aurait un effet limité sur la consommation. L’élasticité entre le taux directeur et le crédit aux ménages demeure structurellement faible, comme le montre l’historique des variations de taux comparé aux flux de crédit aux ménages.

Une baisse de 25 pb n’affecte pas réellement les arbitrages de consommation/épargne. Cette faible élasticité est le résultat de la structure financière du pays, marquée par un taux de bancarisation encore limité et par l’aversion au risque de la part des banques.

La croissance

Les dernières projections officielles fixent la croissance réelle à 4,4% en 2025, avec une valeur ajoutée agricole attendue à 4,7% et une valeur ajoutée non agricole à 4,3%.

Ces chiffres doivent être lus à la lumière d’un facteur clé, l’année agricole jugée prometteuse par le chef du gouvernement et d’autres spécialistes, avec de bonnes perspectives pour les légumes, les olives et les agrumes.

Le rebond agricole n’est pas seulement un effet de volume, il agit sur le revenu rural et donc sur la demande intérieure. Mais le moteur structurel demeure le non-agricole. Les services, l’industrie manufacturière et notamment le BTP, porté par l’essor des investissements publics en cours, assurent une base solide.

La question centrale n’est pas la croissance en elle-même, mais sa qualité. La dépendance persistante au cycle agricole rappelle que l’investissement productif privé reste timide et que la consolidation de la croissance repose encore largement sur les investissements publics, lesquels, au-delà des questions de multiplicateur budgétaire et d’efficience, demeurent en fin de compte financés majoritairement par la dette. Et c’est là que la politique monétaire joue un rôle secondaire, elle ne crée pas la croissance, elle l’accompagne.

Le marché du travail

Au T2-2025, le marché de l’emploi a connu une amélioration très limitée, avec une création nette de seulement 5.000 à 6.000 emplois par rapport à la même période de 2024. La dynamique a été portée par la création de 113.000 emplois en milieu urbain, contre une perte de 107.000 en milieu rural.

L’agriculture, la forêt et la pêche ont perdu 108.000 postes. À l’inverse, le BTP a créé 74.000 emplois, les services 35.000 et l’industrie 2.000. Cette configuration souligne une reprise concentrée dans les branches non agricoles, en particulier les activités urbaines.

Par type, l’emploi rémunéré a progressé de 132.000 postes, compensant partiellement la perte de 126.000 emplois non rémunérés.

Le taux de chômage s’établit à 12,8%, en baisse de 0,3 point sur un an. Le chômage atteint 35,8% chez les jeunes de 15 à 24 ans, 19% chez les diplômés et 19,9% chez les femmes.

Le sous-emploi s’est nettement aggravé. Le nombre de personnes concernées est passé de 1.042.000 à 1.147.000, soit un taux de 10,6% contre 9,6% un an auparavant.

L’image d’ensemble montre un marché du travail encore tendu. Les créations d’emplois en milieu urbain ne suffisent pas à compenser les pertes en zone rurale et la qualité des emplois avance trop lentement. Une bonne campagne agricole à l’automne pourrait apporter un soutien à court terme à la création d’emplois aux T3 et T4, mais les déséquilibres de fond restent présents.

En termes d’implications pour la politique monétaire, et dans de telles conditions, on peut penser à un assouplissement du taux directeur. Mais la structure du marché de l’emploi dicte une autre réalité. L’élasticité de l’emploi à la politique monétaire est limitée. Les données historiques montrent d’ailleurs une corrélation faible entre le stock de l’emploi et le flux des crédits aux sociétés non financières privées (SNFP), même avec différents décalages temporels.

Baisser le taux directeur ne résout pas le chômage structurel, qui relève davantage de la politique budgétaire et de l’investissement sectoriel.

Les finances publiques

La situation des charges et ressources du Trésor au titre du mois d’août, émanant du MEF, laisse apparaître un déficit budgétaire de 59,8 MMDH, en hausse de 48,1% par rapport à la même période en 2024, traduisant une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes.

Dans le détail, les recettes ordinaires ont progressé de 13,2% en glissement annuel pour atteindre 257,8 MMDH, tirées par la hausse soutenue des recettes fiscales en augmentation de 15,1%, portée notamment par l’IR en hausse de 18,3% et l’IS en nette augmentation de 31,3%.

En revanche, les recettes non fiscales se sont établies à 30,2 MMDH, en hausse de 2,2%, grâce aux versements des établissements et entreprises publics, mais atténuées par le recul des financements innovants.

Du côté des dépenses, les charges ordinaires ont crû de 14,5% sous l’effet combiné de l’augmentation des dépenses de biens et services en hausse de 18,4% et des charges d’intérêts de la dette en progression de 18,8%. Les dépenses d’investissement ont atteint 67,9 MMDH, en hausse de 3,7%.

Par ailleurs, il est à noter que la politique budgétaire joue le rôle contracyclique que la politique monétaire ne peut assumer seule. Mais elle le fait au prix d’un besoin de financement croissant. Celui-ci est couvert essentiellement par le marché intérieur, ce qui exerce une pression sur l’épargne nationale et sur le coût de financement.

Crédit et agrégats monétaires

L’analyse des statistiques monétaires de Bank Al-Maghrib à fin juillet 2025 révèle une décélération du rythme de progression du crédit bancaire au secteur non financier, dont la croissance s’est établie à 3,4% en glissement annuel.

Dans le détail, les crédits aux sociétés non financières privées stagnent presque, affichant une progression modeste de 1,2% en glissement annuel. En revanche, les prêts aux ménages s’accélèrent légèrement, avec une hausse de 2,9%.

Par objet économique, les crédits à l’équipement progressent fortement de 15,2%. Les crédits immobiliers enregistrent une hausse contenue de 3,4%, tandis que les prêts à la consommation accélèrent à 3,9%.

Sur le plan monétaire, la masse monétaire M3 atteint 1.970,3 MMDH, en progression annuelle de 7,7%. Cette évolution reflète à la fois l’expansion des dépôts à vue de 11,2% sur un an et la hausse de la circulation fiduciaire de 8,7%.

Les échanges extérieurs

La balance commerciale à fin juillet 2025 continue de se détériorer, avec un déficit qui s’élève à 194,9 MMDH, en aggravation de 15,9% par rapport à la même période de 2024.

Cette évolution résulte d’une progression vigoureuse des importations de 8,8%, atteignant 469,7 MMDH, contre une hausse modeste des exportations de 4,2%, à 274,8 MMDH. Le taux de couverture perd ainsi 2,6 points, traduisant un affaiblissement relatif de la capacité des exportations à compenser la facture des importations.

Du côté des importations, la hausse est particulièrement marquée dans les produits finis d’équipement et les produits finis de consommation, ce qui reflète un maintien de la demande intérieure mais aussi une forte dépendance aux intrants et biens durables étrangers. En revanche, la facture énergétique recule de 6,1%, grâce notamment à la baisse des approvisionnements en gasoil et fuel de 14,2% sous l’effet prix.

Les exportations, quant à elles, progressent globalement mais de façon contrastée. Les phosphates et dérivés bondissent de 20,9%, profitant d’une demande soutenue, alors que les exportations automobiles reculent de 1,8% et les exportations textiles de 3,3%, signe d’une fragilité sectorielle.

Dans ce contexte, le solde des services joue un rôle crucial de stabilisateur. Il affiche un excédent en hausse de 10,8%, atteignant 82,1 MMDH, soutenu par des recettes touristiques dynamiques en progression de 12,6% à 67,1 MMDH. En revanche, les transferts des MRE reculent légèrement de 1%, à 68,8 MMDH.

Les IDE confirment une tendance positive avec une progression du flux net de 25,6%, atteignant 16,9 MMDH à fin juillet 2025.

Statu quo : l’option la plus probable

À la lumière du tableau de bord macroéconomique arrêté à fin juillet-août 2025, le scénario le plus probable demeure celui d’un statu quo du taux directeur à 2,25%.

À ce niveau, la politique monétaire de Bank Al-Maghrib est déjà accommodante. Elle soutient l’activité sans générer de pressions inflationnistes et conserve une marge de manœuvre en cas de choc.

Dans une économie comme la nôtre, où l’élasticité de la demande au coût du crédit demeure structurellement faible, un assouplissement supplémentaire de 25 pb, bien que possible et sans risque immédiat, n’aurait qu’un effet marginal sur la consommation et l’investissement privé.

La politique monétaire se situe donc à un niveau approprié, conservant un caractère accommodant tout en laissant à la politique budgétaire et à l’investissement le rôle moteur de la conjoncture.

Les bancaires en bourse : ce qui se cache derrière l’écart de valorisation avec le marché

Alors que le marché boursier marocain affiche un niveau de valorisation soutenu, avec un PER moyen de 20,8x en mai 2025, le secteur bancaire continue d’évoluer à un rythme distinct.

Son ratio cours/bénéfices plafonne à 13,9x selon les calculs de Serval Asset Management, creusant un écart de 6 points avec l’ensemble du marché. Ce différentiel, rarement atteint depuis dix ans, attire l’attention des analystes comme des investisseurs.

L’écart interroge d’autant plus que les banques marocaines conservent des fondamentaux solides. La croissance des bénéfices devrait dépasser les 10% en 2025 selon les prévisions de BKGR, portée par la bonne tenue du produit net bancaire, la baisse progressive du coût du risque et un environnement monétaire devenu plus favorable depuis l’assouplissement du taux directeur en mars.

Pourtant, la valorisation boursière des grandes banques reste stable, comme si le marché hésitait à reconsidérer leur profil de risque.

Faut-il y voir une prime de risque persistante, liée à une perception structurelle du secteur, ou bien une opportunité temporaire de revalorisation ? L’analyse des écarts de PER, croisée avec les dynamiques bénéficiaires, permet d’esquisser plusieurs pistes de lecture.

Des fondamentaux bancaires pourtant solides

Si l’on remonte quelques années en arrière, le PER moyen du secteur bancaire marocain évoluait autour de 17x, dans un marché porté par une croissance régulière du crédit et une perception de stabilité. Ce niveau a été perturbé par la crise sanitaire en 2020, mais les valorisations avaient partiellement rebondi à partir de 2021, à mesure que les résultats des banques se redressaient.

Depuis 2023, le mouvement s’est enrayé. Malgré une amélioration continue des résultats, les multiples de valorisation restent contenus, bien en deçà des moyennes historiques. Cette stagnation contraste avec le retour d’un environnement favorable : la politique monétaire est redevenue accommodante, avec un taux directeur abaissé à 2,25% en mars 2025, ce qui réduit le coût de refinancement pour les banques. En parallèle, la structure des dépôts demeure stable, tandis que la collecte, notamment sur les segments retail et corporate, continue de progresser.

Du côté des risques, la tendance est également rassurante. Les banques maintiennent une politique prudente de provisionnement, ce qui permet d’anticiper une légère baisse du coût du risque en 2025, selon les projections de BKGR. Cela contribue à préserver les marges nettes et à soutenir la rentabilité.

Des profils qui expliquent, en partie, la décote sectorielle

Derrière la moyenne sectorielle de 13,9x, le paysage bancaire marocain présente une forte dispersion. Ce sont surtout les grandes banques, pourtant les plus solides sur le plan des résultats, qui tirent cette moyenne vers le bas.

Le différentiel de valorisation entre les banques marocaines et le reste du marché reste marqué, mais il n’est pas figé. Il reflète avant tout des réalités contrastées. Certaines banques, comme Attijariwafa bank ou BCP, affichent des PER modérés alors que leurs fondamentaux restent solides, et leur croissance bénéficiaire attendue dépasse les 10%. D’autres, comme CFG ou BMCI, présentent des multiples plus élevés pour des raisons spécifiques, liées à leur structure de revenus ou à leur profil boursier.

Attijariwafa bank, valorisée à 13,9x, affiche l’un des PER les plus faibles du secteur. BCP suit une trajectoire proche, avec un PER de 14x. CIH Bank, de son côté, affiche un multiple de 14,9x, en ligne avec sa stratégie de développement actif et la reconnaissance progressive de son positionnement auprès des investisseurs.

Plus haut dans la fourchette, Bank of Africa (16,3x) et Crédit du Maroc (15,75x) se distinguent par des profils plus différenciés. BOA capitalise sur sa présence régionale et une trajectoire de croissance continue.

À l’autre bout du spectre, deux banques présentent des PER nettement plus élevés. BMCI, valorisée à 25,2x, se distingue par un effet mécanique lié à une base bénéficiaire encore en reprise. Sa faible liquidité boursière rend également son PER plus sensible aux variations ponctuelles.

CFG Bank, avec un PER de 30,2x, évolue dans une configuration différente : sa récente entrée en bourse et la nature de ses activités en font un profil particulier, que le marché semble valoriser selon d’autres critères.

Lors d’un échange avec la presse à l’occasion du Capital Market Day de CFG Bank, Younes Benjelloun, directeur général exécutif, a expliqué que ce multiple reflète deux éléments fondamentaux : une croissance annuelle attendue de l’ordre de 20% à l’horizon 2028-2029, au-dessus des standards bancaires, et un ROE cible supérieur à 16 %, contre une moyenne de 10% à 12% dans le secteur.

Ce niveau élevé de rentabilité est rendu possible par un modèle hybride, avec 50% de revenus issus des commissions (peu gourmands en fonds propres) et 50% de marge d’intérêt. Ainsi, le PER de CFG ne peut être comparé mécaniquement à celui des banques matures. Il reflète une équation croissance + rentabilité, que le marché semble reconnaître. Tant que ce profil se confirme, le PER pourra rester durablement au-dessus de la moyenne sectorielle, sans pour autant constituer une survalorisation injustifiée.

Vers une revalorisation du secteur bancaire ?

Pour un analyste de marché, « la moyenne sectorielle est trompeuse. Ce sont les grandes capitalisations, bien détenues, qui tirent le ratio vers le bas. Mais chaque banque raconte une histoire différente ».

« Le contexte boursier de 2025 vient aussi renforcer les arguments en faveur d’une revalorisation progressive. Le MASI bancaire a franchi la barre des 19.000 points, un seuil symbolique qui confirme une tendance haussière installée. Dans le même temps, la politique monétaire s’oriente à la détente, avec un taux directeur abaissé à 2,25% en mars et d’autres ajustements envisagés. Ce n’est pas anodin pour les banques. Un cycle de baisse des taux élargit les marges d’intérêt, relance la demande de crédit, et améliore les perspectives de résultats », explique-t-il. Dans cet environnement, les investisseurs pourraient revoir leur grille de lecture.

Enfin, au-delà du positionnement technique, les fondamentaux plaident pour une attention renouvelée au secteur bancaire. En 2024, les banques ont affiché des progressions notables de leurs produits nets bancaires, une amélioration de leurs marges et des politiques de distribution attractives. « On a un secteur rentable, bien capitalisé, qui distribue généreusement et qui bénéficie d’un environnement macro stable. Il n’est pas logique qu’il reste en décote trop longtemps ». « La revalorisation n’est pas garantie. Mais elle n’a rien d’illusoire, surtout si le marché poursuit sa dynamique haussière et que les banques continuent d’exécuter leur trajectoire », conclut-il.

Baisse du taux directeur : un étonnement qui persiste sur le marché

La décision du 18 mars dernier a pris le marché par surprise. Alors que les grandes banques centrales du monde maintiennent globalement une politique monétaire restrictive, Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé une baisse de 25 points de base, ramenant ainsi son taux directeur à 2,25%.

Cette orientation va explicitement à l’encontre des attentes des analystes marocains, dont beaucoup prévoyaient plutôt un statu quo, au regard des tensions inflationnistes persistantes et d’un environnement économique international encore incertain.

« Le décalage entre les anticipations et cette décision finale s’explique par l’absence préalable d’un signal fort annonçant une telle inflexion« , relève un analyste financier. « Ce n’est pas tant le fond qui surprend, mais le timing choisi par BAM ».

Certains professionnels des milieux d’affaires et de finance s’inquiètent notamment d’une possible divergence de trajectoire entre la politique monétaire du Maroc et celle des grandes économies, pouvant affecter les flux de capitaux ou exercer une pression sur le dirham.

Le contexte international : entre tensions inflationnistes et prudence monétaire

Ce sentiment d’étonnement est amplifié par la situation internationale actuelle, particulièrement tendue et incertaine. Malgré un reflux progressif de l’inflation globale (3,2% en 2025 contre 3,7% en 2024), celle-ci demeure supérieure aux cibles des banques centrales, notamment aux États-Unis (autour de 3%) et en Europe (supérieure à 2%). Au Maroc, l’année a démarré par un léger rebond inflationniste nettement supérieur au chiffre de 2024.

En réaction, la Réserve fédérale américaine (Fed) marque une pause depuis janvier 2025 après trois baisses successives en 2024, avec des taux toujours élevés (entre 4,25% et 4,50%).

En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) poursuit également une politique prudente, ayant réduit ses taux directeurs pour la cinquième fois consécutive, mais en restant à des niveaux restrictifs.

« Le contexte mondial reste marqué par une incertitude élevée, avec notamment les récentes annonces de hausse des droits de douane par Donald Trump, qui risquent d’alimenter à nouveau l’inflation internationale », expliquent Jérôme Boumengel et Tarek Amiar, fondateurs de African Financial Investment.

Ces annonces, liées à un regain de tension dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, n’étaient pas anticipées par le marché et ajoutent une dose de volatilité supplémentaire à un environnement déjà fragile.

Ce risque géopolitique renforce la prudence générale des banques centrales mondiales dans les prochaines décisions.

Les justifications de BAM : une économie nationale en besoin de soutien

Pour autant, cette décision de BAM n’est pas sans fondement. Elle trouve une justification limpide dans les fondamentaux économiques du Maroc, très différents du contexte mondial.

L’inflation marocaine était redescendue à 0,9% en 2024 après deux années de tension (6,6% en 2022 et 6,1% en 2023), avec des projections anticipant une stabilisation autour de 2,2% à 2,4% à moyen terme.

Sur le plan de la croissance, l’économie marocaine affiche une dynamique modérée mais prometteuse : une croissance de 3,2% en 2024, avec des prévisions à la hausse pour 2025 (3,9%) et 2026 (4,2%), portée principalement par l’investissement dans les infrastructures et une activité non agricole robuste.

Toutefois, le chômage reste élevé (13,3%) et le taux d’activité demeure faible (43,5%) ; deux défis majeurs auxquels Bank Al-Maghrib entend répondre par cette baisse de taux et un programme ciblé de refinancement à taux bonifié (2%) pour faciliter l’accès au crédit des très petites entreprises (TPE).

« Derrière ces chiffres macroéconomiques, il y a un enjeu social et entrepreneurial majeur. BAM a clairement choisi de l’intégrer dans sa politique monétaire », estime l’un de nos interlocuteurs.

Une décision qui divise les experts

La décision de BAM a ouvert un débat vif et diversifié dans les milieux économiques et financiers marocains.

Dans certains cercles d’investissement, la surprise s’est accompagnée de critiques sur le timing. Pour ces experts, BAM aurait pu patienter pour mieux appréhender les répercussions internationales et consolider le recul de l’inflation au niveau local.

« Certes, l’inflation marocaine a ralenti, mais le contexte international est loin d’être stabilisé. On aurait pu attendre un peu plus », estime un analyste financier.

D’autres acteurs expriment leur inquiétude quant à l’efficacité réelle de cette baisse, rappelant que les précédentes n’ont pas encore produit les effets attendus sur le crédit, notamment pour les TPE.

« Le problème principal reste l’accès effectif au financement bancaire. Tant que les contraintes prudentielles et les garanties exigées restent inchangées, la portée réelle de cette baisse sera limitée ».

Plus profondément, cette décision relance le débat sur le rôle que devrait jouer Bank Al-Maghrib. Certains experts voient dans ce choix un début d’évolution vers un mandat élargi pour la Banque centrale, intégrant plus directement les objectifs de croissance économique et d’emploi.

« Cette baisse montre une volonté de dépasser le cadre traditionnel de la stabilité des prix. C’est une évolution importante qui mérite un vrai débat public », affirme-t-il.

Face à ces critiques, Jérôme Boumengel et Tarek Amiar défendent fermement la décision prise par Bank Al-Maghrib, la considérant comme une stratégie logique, cohérente avec les fondamentaux économiques marocains :

« Alors que le marché s’attendait à un maintien du taux directeur, BAM a choisi une baisse de 25 points de base, la deuxième consécutive depuis décembre 2024, afin de renforcer le soutien à l’économie et à l’emploi. Avec une inflation fortement réduite (0,9% en 2024), des anticipations stables et une croissance qui s’accélère (3,9% prévue en 2025 et 4,2% en 2026), la Banque centrale avait toutes les raisons d’agir dès maintenant pour consolider la reprise ».

Ces experts rappellent que, même aux États-Unis, la Fed anticipe désormais une baisse importante de ses taux, face à l’incertitude mondiale accrue par les tensions géopolitiques et commerciales. Cela valide, selon eux, l’anticipation stratégique de BAM.

Enfin, ils soulignent que la réaction immédiate des marchés marocains à cette décision confirme son bien-fondé : « L’indice MASI a augmenté de près de 1% dès le jour de l’annonce, gagnant encore 2,1% dès le lendemain, suivi par plusieurs séances positives. Le volume moyen des transactions quotidiennes est passé de 460 MDH avant la décision à plus de 825 MDH après celle-ci. Cette réaction forte démontre à quel point les marchés ont favorablement accueilli ce signal monétaire accommodant ».

Taux directeur et crédit immobilier : une transmission lente mais réelle

Depuis la décision du 18 mars 2025 de Bank Al-Maghrib d’abaisser son taux directeur de 25 points de base, le débat porte sur l’impact de cette mesure sur les conditions de crédit appliquées aux particuliers et aux entreprises.

Le message envoyé est clair : encourager l’investissement, raviver la consommation et renforcer la confiance des acteurs économiques, qu’ils soient locaux ou étrangers. Mais entre l’intention monétaire et l’effet concret sur le terrain, la transmission reste progressive, parfois imprévisible.

Car si la décision marque une inflexion attendue de la politique monétaire, son impact sur les taux débiteurs n’a rien d’automatique. Il dépend d’un maillon essentiel qu’est la stratégie commerciale de chaque banque.

Transmission de la baisse du taux directeur vers les taux débiteurs

Les banques, qui accueillent favorablement cette orientation monétaire, rappellent toutefois que la transmission du taux directeur aux taux débiteurs dépend de plusieurs facteurs, notamment la structure de leurs ressources de financement.

C’est précisément cette configuration qui limite l’effet immédiat d’une baisse du taux directeur.

Seule une fraction des ressources bancaires réagit à la politique monétaire.

« Une partie seulement de nos ressources est rémunérée, donc directement affectée par le taux directeur. L’impact d’une baisse de 25 points de base sur notre coût global de financement est limité, de l’ordre de quelques points de base », explique une source de marché bancaire.

Autrement dit, seule une fraction des fonds mobilisés par les banques réagit à la décision de la Banque centrale. Avec à peine 25% des ressources sensibles au taux directeur, l’allègement du coût de financement reste marginal, et n’incite pas nécessairement à une révision des taux appliqués aux clients.

En effet, les banques marocaines mobilisent une diversité de ressources, comme les dépôts à vue ou les comptes à terme…, dont une fraction seulement est influencée par les variations du taux directeur. Cela explique pourquoi l’ajustement des taux débiteurs se fait généralement de manière graduelle.

« En 2024, une baisse cumulée de 50 points de base du taux directeur avait été partiellement intégrée par les banques, ce qui a entraîné une baisse de 35 points de base des taux débiteurs moyens sur l’année », explique Attijari Global Research. Ces taux débiteurs se sont établis à 5,08% à fin 2024, contre 5,43% en début d’année.

Cette tendance devrait se poursuivre en 2025. D’après AGR, cette détente monétaire devrait contribuer à une accélération du crédit bancaire, dont la croissance est attendue à +5,9% cette année, contre +2,6% en 2024.

La courroie de transmission, c’est la banque. Ce sont les politiques commerciales de chaque établissement qui vont déterminer si la baisse des taux va réellement toucher les ménages ou les entreprises.

« Les taux débiteurs vont continuer à s’ajuster vers la baisse dans les mois à venir, en fonction de l’évolution de la demande de crédit et de la stratégie de chaque établissement », indique notre source du marché bancaire.

« La courroie de transmission, c’est la banque. Ce sont les politiques commerciales de chaque établissement qui vont déterminer si la baisse des taux va réellement toucher les ménages ou les entreprises. Depuis 2024, on observe que cette transmission commence à se faire. C’est progressif, mais on voit une orientation plutôt favorable, notamment sur les crédits immobiliers et le financement des PME », explique Ghali Chraibi, directeur de Cafpi, un courtier en prêts immobiliers.

À ce stade, la baisse du taux directeur constitue un élément favorable pour le coût du crédit, mais son effet concret sur les taux appliqués aux emprunteurs dépendra d’ajustements progressifs et différenciés selon les banques.

Quel impact sur les crédits immobiliers ?

Pour mesurer l’effet réel de la baisse du taux directeur, il faut observer comment le secteur bancaire l’intègre dans sa politique de crédit. Car c’est bien là que se joue la transmission vers l’économie réelle.

Deux indicateurs permettent d’en prendre la mesure. Le premier concerne le niveau de défaut, en net repli. « Les taux de défaut sont revenus à des niveaux normaux. La situation des clients s’est stabilisée, en partie grâce à un contexte de taux plus bas. Cela allège la charge pour les emprunteurs, et ça rassure aussi les banques, qui peuvent prêter avec un peu plus de confiance », souligne Ghali Chraibi.

Le second indicateur est plus technique, mais tout aussi révélateur. Il s’agit du taux de cession interne (TCI), qui permet de suivre, service par service, la formation du taux appliqué au client.

« À présent que les taux ont baissé, c’est plus simple pour l’emprunteur de supporter sa mensualité. L’impact est immédiat pour ceux qui ont contracté un crédit à taux variable, car leur mensualité est directement ajustée à la baisse ».

Quand les taux baissent, la demande se réactive, et les prix repartent à la hausse. Mais aujourd’hui, les promoteurs sont dans une situation financière saine, post-Covid. Ils disposent de stocks, ils lancent de nouveaux projets.

Dans ce contexte, le crédit immobilier montre des signes de reprise. Les taux plus attractifs stimulent la demande, mais sans créer, pour l’instant, de tension excessive sur les prix.

« Quand les taux baissent, la demande se réactive, et les prix repartent à la hausse. Mais aujourd’hui, les promoteurs sont dans une situation financière saine, post-Covid. Ils disposent de stocks, ils lancent de nouveaux projets. Cette dynamique d’offre va permettre de contenir la pression haussière sur les prix, même avec une demande stimulée par des taux plus bas », analyse Ghali Chraibi.

Sur le terrain, les taux proposés aux emprunteurs restent stables. Selon Bachir Benslimane Bellemlih, PDG d’Afdal.ma, comparateur en ligne, les meilleures conditions actuelles sont de 4,2% pour des prêts de 7 ans, 4,5% pour des durées comprises entre 7 et 15 ans, et 4,65% au-delà.

Le marché reste aussi influencé par des éléments plus conjoncturels, comme la qualité des profils emprunteurs et la saisonnalité de la demande. L’été dernier, par exemple, a connu un pic d’activité.

« Dans un contexte où les prix de l’immobilier montrent une relative modération, les taux immobiliers stables constituent un facteur de soutien non négligeable, notamment pour les primo-accédants et les ménages disposant d’un bon dossier bancaire. Toutefois, les emprunteurs doivent rester vigilants. Les taux restent personnalisés et peuvent varier selon le profil, le montant emprunté, la durée du prêt et l’apport personnel », précise-t-il.

À ce stade, l’impact immédiat de la baisse du taux directeur reste limité. Selon Afdal.ma, une détente plus marquée sur les taux de crédit nécessiterait une conjonction de facteurs : nouvelle baisse du taux directeur, reflux durable de l’inflation, et redémarrage plus affirmé de la demande.

Cafpi, de son côté, table sur une poursuite de la dynamique actuelle en 2025. « On voit que le secteur immobilier est reparti sur de bonnes bases. Il y a une vraie dynamique en 2024, et tout indique qu’elle va se poursuivre en 2025.

« Entre la détente monétaire, la reprise de confiance et la solidité des promoteurs, les conditions sont là pour une relance maîtrisée et durable du marché », conclut Ghali Chraibi.

La baisse du taux directeur prend effet ce jeudi 20 mars

Lors de sa première réunion trimestrielle de 2025, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de réduire, pour la deuxième fois consécutive et la troisième depuis juin dernier, le taux directeur de 25 points de base (pbs) à 2,25%.

Cette décision tient compte de l’évolution prévue de l’inflation à des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix, et vise à renforcer son soutien à l’activité économique et à l’emploi.

Le Conseil continuera de suivre de très près l’évolution de la conjoncture et de fonder ses décisions réunion par réunion sur la base des données les plus actualisées.

Le MASI retrouve son élan au-delà des 17.000 points, porté par la baisse du taux directeur

Le marché boursier de Casablanca a entamé la séance de ce mercredi 19 mars sur une note résolument positive, réagissant favorablement à la baisse du taux directeur décidée par Bank Al-Maghrib la veille.

À 11h50, l’indice MASI s’établissait à 17.155,6 points, enregistrant ainsi une progression notable de 1,9% par rapport à la séance précédente, ce qui lui permet de retrouver son élan au-delà du seuil symbolique des 17.000 points.

Cette dynamique s’explique en grande partie par l’assouplissement monétaire adopté le 18 mars, qui a vu le taux directeur reculer de 25 points de base à 2,25%. Cette mesure vise à soutenir la croissance économique dans un contexte marqué par une inflation maîtrisée et un besoin de relance de l’investissement.

La réaction positive du marché s’explique par l’impact immédiat de cette décision sur le coût du financement, devenu plus avantageux pour les ménages comme pour les entreprises. Sur le plan boursier, la baisse du taux directeur entraîne une révision à la hausse des valorisations des sociétés cotées, dans la mesure où le taux d’actualisation des flux futurs diminue. Cela renforce l’attractivité des actions, au moment où les perspectives de croissance s’améliorent.

Par ailleurs, la meilleure liquidité attendue sur le marché, couplée à des anticipations de résultats d’entreprises plus favorables, incite les investisseurs à se repositionner, en particulier sur les valeurs de croissance et les titres cycliques qui bénéficient généralement d’un environnement de taux bas.

La reprise du MASI au-delà des 17.000 points illustre ainsi la confiance retrouvée des opérateurs, qui perçoivent la décision de Bank Al-Maghrib comme un signal fort de soutien à l’économie réelle, mais aussi au marché des capitaux.

Verbatim. Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Dans le cadre de sa première réunion trimestrielle de l’année, le Conseil de Bank Al-Maghrib a surpris les observateurs en décidant de baisser son taux directeur de 25 points de base (pb), le ramenant ainsi à 2,25 %.

Comme à l’accoutumée, le wali de Bank Al-Maghrib a tenu un point de presse pour échanger et répondre aux questions des journalistes.

Afin d’expliquer en détail les motivations économiques qui sous-tendent la baisse inattendue, Abdellatif Jouahri a ainsi rappelé clairement la priorité absolue de la banque centrale marocaine, soulignant l’importance cruciale des évolutions récentes en matière d’inflation.

« Notre mission fondamentale, c’est la stabilité des prix et, évidemment, de lutter contre l’inflation. Concernant les données fondamentales qui entourent ce problème… d’abord, il y a la baisse de l’inflation elle-même. Nous sommes passés en taux moyen annuel de 6,1 % à 0,9 %, moins de 1%. Nos projections pour 2025-2026 tournent autour de 2%, non seulement pour l’inflation globale, mais également pour l’inflation sous-jacente. C’est très important. Si j’avais une inflation sous-jacente qui ne baisse pas et qui ne va pas dans le sens de l’objectif qu’on s’assigne qui est autour de 2%, ça aurait été autre chose. Nous sommes au niveau de 2% globalement, aussi bien pour l’inflation globale que pour l’inflation sous-jacente ».

⇒Les finances publiques

Outre cette maîtrise de l’inflation, Jouahri a mis en avant la solidité des finances publiques marocaines comme deuxième facteur déterminant dans la prise de cette décision d’assouplissement monétaire. À ce titre, il a rappelé les engagements et les résultats obtenus récemment par le gouvernement en matière de discipline budgétaire.

« Le gouvernement a annoncé sa volonté de continuer à assurer la soutenabilité budgétaire et les équilibres macroéconomiques, et il l’a fait. Il l’a fait en 2024. La loi de finances en 2025 annonce un déficit moins important, et nos projections à travers nos propres modèles montrent encore cette tendance de baisse du déficit. Elle a été confirmée au niveau de la programmation budgétaire triennale que nous avons donnée au Fonds monétaire international, lorsque nous avons négocié la ligne LCM. Donc, a priori, nous, en tant que Banque centrale, nous n’avons pas de soucis du côté de la soutenabilité budgétaire ».

⇒Les réserves de change

Par ailleurs, le wali de la Banque centrale a évoqué la situation favorable des réserves de change, mettant en exergue non seulement leur niveau actuel confortable mais également les facteurs favorables sur le plan externe.

« Je vous ai dit qu’elles dépassent 5 mois. Elles arrivent même à presque 5 mois et demi d’importation de biens et de services. Au niveau importations, la rubrique la plus sensible qui est celle du pétrole, qui diminue à cause de l’augmentation de l’offre, d’abord en particulier des États-Unis, et une diminution de la demande liée à la croissance qui reste dans une ligne, disons, de baisse. En ce qui concerne les autres composantes, les recettes de tourisme, les transferts des MRE et les IDE, toutes les trois en amélioration constante ».

⇒La croissance économique

Concernant la dynamique économique, Jouahri s’est félicité des signes encourageants d’une reprise de la croissance dans les secteurs non agricoles, retrouvant progressivement les performances d’avant-crise.

« Sur le plan croissance, je parle des secteurs non agricoles, elle commence à aller au-delà des 4%, c’est-à-dire que nous commençons à avoir les chiffres qui étaient antérieurs aux crises de 2008 où c’était déjà au 5 et plus de 5% ».

Face à ces différents éléments positifs cumulés – maîtrise de l’inflation, finances publiques solides, réserves de change confortables, et reprise économique –, Jouahri estime que la Banque centrale dispose désormais d’une marge de manœuvre suffisante pour déployer une politique monétaire plus accommodante, destinée explicitement à soutenir la croissance économique et l’emploi, notamment à travers un accompagnement renforcé des Très petites entreprises (TPE), véritable moteur du tissu économique marocain.

« Donc, il n’y a pas de raison dans ce cas-là, ayant une marge au niveau de ma politique monétaire, de ne pas l’appliquer pour soutenir effectivement la croissance et l’emploi. Ça ne veut pas dire que dans les anciennes décisions, nous ne le faisions pas. Mais nous le faisions uniquement à travers la politique accommodante en ce qui concerne le financement des banques. C’est-à-dire qu’on fournissait aux banques toutes les liquidités qu’elles demandaient. Maintenant, je renforce un peu cette politique accommodante dans la mesure où j’ai une marge en ce qui concerne les problèmes qui m’intéressent et ma mission de contrôle des prix ».

Activités des banques marocaines en Europe

Concernant l’impact potentiel des nouvelles directives européennes sur l’activité des banques marocaines implantées en Europe. Jouahri a apporté des précisions détaillées quant à l’état actuel de ce dossier sensible.Les nouvelles directives européennes vont gêner l’activité des banques marocaines« Les directives européennes qui encadrent la présence des banques non européennes sur le sol de l’Union ont été adoptées par le Parlement européen et publiées au bulletin du Parlement européen le 19 juin l’année dernière. Ils ont demandé que leur application se fasse au niveau des pays de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2026. Nous avons estimé que les directives vont gêner beaucoup la fonction relais effectuée par les banques marocaines auprès des résidents marocains à l’étranger », indique le wali.

Face à ce risque potentiel, Jouahri a souligné la forte mobilisation des institutions marocaines et le rôle d’une task force nationale spécialement dédiée au suivi du dossier.

« Il faut dire qu’il y a une task force permanente avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, les régulateurs, les banques marocaines, qui s’est déplacée en Belgique à plusieurs reprises, qui a eu des discussions avec la direction FISMA, et où nous avons indiqué que telles que rédigées et approuvées [les directives] par le Parlement européen, c’est très équivoque. Et que l’application qui va être faite par les pays eux-mêmes peut compliquer davantage les choses en ce qui concerne les résidents marocains à l’étranger ».

Jouahri a également expliqué en quoi cette problématique était cruciale non seulement pour le secteur bancaire marocain, mais aussi pour la stabilité financière nationale, mettant en évidence le poids majeur des dépôts des Marocains résidant à l’étranger (MRE)? « Croyez-moi, c’est un sujet que nous prenons très à cœur, parce qu’il pèse à la fois sur la balance des paiements, mais aussi sur les dépôts bancaires. Les dépôts des MRE, c’est 20% des dépôts bancaires. Donc ce n’est pas négligeable. Et donc, ce sont des choses qui méritent d’être suivies de très très près ».

Face aux potentielles restrictions européennes, Abdellatif Jouahri a exprimé son inquiétude, tout en soulignant la volonté ferme du Maroc d’explorer des solutions alternatives pour maintenir les flux financiers vers le Royaume.

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on n’est pas contents ; c’est que la manière dont ça a été rédigé, c’est pratiquement comme si on voulait que les flux financiers restent en Europe. Et donc, par conséquent, nous examinons toutes les solutions, y compris les solutions technologiques et les solutions numériques, pour contourner les difficultés que l’Europe peut apporter à cette fonction des banques marocaines ».

Les créances en souffrance

Interrogé sur un rapport de Fitch qui note une vulnérabilité du système bancaire marocain face à des créances en souffrance en hausse, Abdellatif Jouahri a tenu à rassurer en rappelant la solidité reconnue du secteur bancaire national, tout en précisant les mesures prudentes adoptées par la Banque centrale.

« D’abord, je dirais que les autres agences de notation ne portent pas le même jugement. Le FMI lui-même a apporté une appréciation sur le système bancaire marocain très élogieuse. Par conséquent, ça ne me fait pas peur ce que raconte ce rapport. D’autant plus que nous sommes en train de finaliser toute la mise en place du marché secondaire des créances en souffrance. Donc ça va donner un souffle très important au secteur bancaire, ça va dégager le bilan des banques et leur donner la possibilité de pouvoir offrir de nouveaux crédits au secteur privé ».

Il a par ailleurs précisé que la Banque centrale suit de près l’évolution des créances en souffrance ainsi que les provisions associées, tout en soulignant une amélioration notable des indicateurs.

« Si vous avez vu dans la présentation, le taux a baissé de 8,6% à 8,3%. Et les provisions, évidemment, en conséquence, parce qu’elles tiennent compte des crédits qui sont garantis par Tamwilcom ».

Dans ce contexte, Jouahri a insisté sur l’approche prudente de Bank Al-Maghrib en matière de distribution des dividendes, précisant que la décision finale reste conditionnée à des évaluations rigoureuses :

« Nous avons exigé des banques de nous présenter des reportings sur base sociale, sur base consolidée et avec un stress. C’est-à-dire qu’elles présentent une présentation stressée et une autre non stressée, de façon à voir si les coefficients prudentiels sont couverts ou pas couverts. Et quand ils ne sont pas couverts, nous avons demandé une diminution du taux de distribution et nous avons demandé aussi un renforcement ultérieur pour les années à venir, ainsi qu’un renforcement par les actionnaires des fonds propres ».

Financement des TPE

Interrogé sur les mesures envisagées par Bank Al-Maghrib pour mieux accompagner les TPE et renforcer leur accès au financement, Abdellatif Jouahri a mis en avant une série d’actions en cours de déploiement, impliquant notamment le secteur bancaire ainsi que Tamwilcom.

« Nous essayons de réunir toutes les parties prenantes. Je vous ai dit qu’il y a eu la réunion du 6 mars. L’équipe de Bank Al-Maghrib va se réunir de nouveau, demain ou après-demain, avec les banques et Tamwilcom. On va devoir passer en revue, à la fois les procédures, c’est-à-dire voir comment les banques peuvent faciliter les procédures des TPE, en ce qui concerne l’examen de leurs demandes, les délais de réponse qu’elles doivent donner, etc. ».

Jouahri a également précisé qu’une réflexion serait menée autour du coût des garanties, en particulier les primes exigées auprès des entreprises. « On va examiner aussi, peut-être, les primes qui sont payées : est-ce qu’on peut diminuer un petit peu la prime ? Tout cela va être discuté dans le cadre de ces réunions avec les parties prenantes ».

Par ailleurs, le wali a annoncé la tenue prochaine d’une rencontre élargie impliquant la CGEM, les fédérations sectorielles ainsi que le secteur bancaire, dans l’objectif d’identifier clairement les besoins et les problématiques spécifiques auxquelles sont confrontées les TPE marocaines.

« Nous prévoyons vraisemblablement, pour le mois prochain, en tout cas au cours du premier semestre, une réunion tripartite avec la CGEM, les banques et Bank Al-Maghrib. Et quand on dit CGEM, c’est avec les fédérations autour de la table, pour écouter les uns et les autres, voir un petit peu, en particulier pour cette catégorie d’entreprises, quelles sont les problématiques, qu’est-ce qui se pose, etc. Je rappelle que nous avons déjà eu deux réunions de ce genre, en 2016 et en 2019. On s’est arrêtés à cause du Covid, on n’a pas repris malheureusement, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour compléter le dispositif en ce qui concerne la TPE », conclut-il.

E-Dirham

Concernant le E-dirham, Jouahri a indiqué que les travaux sont en cours, tout en précisant que ce projet ne pourra aboutir qu’à moyen ou long terme. « Comme je l’ai déjà évoqué lors des réunions précédentes, nous disposons d’une équipe spécialisée qui travaille sur ce sujet. Nous avons entamé un travail approfondi sur les crypto-actifs, lequel a abouti à un projet de loi transmis au ministère des Finances après près de trois ans d’efforts. De son côté, le ministère des Finances a constitué une équipe qui travaille également sur le projet que nous leur avons transmis. »

Évoquant la complexité spécifique liée à l’introduction du E-dirham, Jouahri a souligné que la démarche marocaine tient compte à la fois des particularités locales et des expériences internationales :

« Parallèlement, nous avons constitué une autre équipe qui travaille sur le E-dirham. Ce sujet est particulièrement complexe. Certains pays ont déjà bien avancé, tandis que d’autres n’en sont qu’au début. Quant à nous, nous sommes à mi-chemin. Actuellement, nous avons fait du projet E-dirham une priorité, puisque nous avons constaté que le contexte marocain est spécifique : dans beaucoup de pays ayant lancé de tels projets, l’utilisation du cash est très faible, voire inexistante, comme en Suède où 100 % ont des comptes bancaires. Donc leur but est loin d’être la bancarisation ou la réduction du cash, leur but est d’améliorer les marchés financiers en général. », indique jouahri.

Enfin, Jouahri a précisé les prochaines étapes du projet, en particulier la collaboration technique avec des partenaires internationaux ainsi qu’une expérimentation pratique prévue avec l’Égypte :

« Pour notre part, nous cherchons précisément à étudier quel est l’objectif central derrière l’instauration d’un E-dirham. À cet effet, nous bénéficions déjà de l’accompagnement du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, avec lesquels les premières consultations ont porté justement sur l’objectif précis de ce projet. Actuellement, nous essayons de mener une expérimentation concrète avec une monnaie virtuelle en partenariat avec l’Égypte. On a choisi l’Égypte car elle est au même niveau du Maroc, afin de pouvoir voir comment ça fonctionne et comment cela pourrait marcher. »; conclut-il.

Bank Al-Maghrib baisse le taux directeur à 2,25%

Le Conseil a jugé opportun de baisser le taux directeur à 2,25 %, indique Bank Al-Maghrib dans un communiqué. Il continuera de suivre de très près l’évolution de la conjoncture et de fonder ses décisions réunion par réunion sur la base des données les plus actualisées.

Sur le plan international, « les perspectives, qui laissent entrevoir la poursuite du ralentissement, restent entourées de fortes incertitudes liées notamment à l’orientation des politiques économiques, en particulier commerciales. Ces évolutions, conjuguées au repli attendu des prix de l’énergie et à la détente sur les marchés du travail, se traduiraient par une poursuite de la décélération de l’inflation qui demeurerait néanmoins à des niveaux au-dessus des cibles des banques centrales des principales économies avancées ».

Au niveau national, le Conseil a relevé :

 

Réunion de BAM. Le maintien du taux directeur, scénario probable

Bank Al-Maghrib tiendra sa réunion trimestrielle le mardi 18 mars 2025, un moment clé pour l’orientation de la politique monétaire. Cet exercice, scruté de près par les marchés, les investisseurs et les différents acteurs économiques, déterminera le cap des trois prochains mois.

Son issue ne sera pas une simple annonce, la politique monétaire ne se limite pas à un ajustement du taux directeur. Chaque décision enclenche une mécanique complexe, influençant le coût du crédit, les conditions de financement des entreprises et des ménages, la consommation, l’investissement et, in fine, les variables réelles, à savoir l’emploi et l’output (la croissance).

Ainsi, à l’instar du trimestre précédent, et contrairement au consensus des bureaux de recherche et des investisseurs professionnels, qui anticipaient un statu quo, Médias24 avait parié sur une baisse de 25 points de base – une anticipation confirmée en fin de compte.

Dans le même esprit, Médias24 poursuit l’exercice pour le deuxième trimestre et propose une analyse approfondie des principaux indicateurs macroéconomiques, arrêtés à fin février 2025.

Cette analyse vise à décrypter la conjoncture et à identifier les leviers susceptibles d’influencer la prochaine décision de Bank Al-Maghrib.

Notre analyse couvre l’inflation, la croissance, le marché du travail, le crédit et les statistiques monétaires, les finances publiques et les échanges extérieurs. Elle prend également en compte des variables exogènes, telles que les précipitations significatives observées en mars 2025, l’abstention du sacrifice de l’Aïd al-Adha, ainsi que les anticipations du secteur privé (chefs d’entreprise), qui jouent un rôle clé dans l’économie.

Ainsi, voici les principaux indicateurs macroéconomiques du Maroc, arrêtés à fin février 2025.

L’inflation

L’inflation demeure contenue, témoignant d’un environnement de prix relativement maîtrisé. En janvier 2025, l’indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 0,8 % en glissement mensuel, principalement sous l’effet d’une hausse marquée de 1,6 % des prix des produits alimentaires, tandis que les prix des produits non alimentaires sont restés stables.

En comparaison annuelle, l’inflation s’est établie à 2%, portée par une augmentation de 3,3 % des prix des produits alimentaires et 1,1 % des produits non alimentaires. L’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatiles et réglementés, a enregistré une hausse de 0,2 % sur un mois et de 2,4 % sur un an, traduisant une inertie des tensions sur certaines composantes du panier de consommation.

Cette évolution suggère que, malgré une apparente stabilité, des facteurs structurels tels que la rigidité des prix des services et la transmission progressive des coûts de production continuent d’exercer une pression latente sur l’inflation.

La croissance économique

Dans un contexte de stabilité des prix, la croissance économique présente une dynamique contrastée. Après une expansion vigoureuse de 4,3% au troisième trimestre 2024, l’économie marocaine a enregistré une modération au quatrième trimestre, avec une croissance de 3%. Ce ralentissement s’explique par un réajustement des branches secondaires et tertiaires, qui avaient bénéficié d’un fort rebond au trimestre précédent. Toutefois, cette décélération ne traduit pas un affaiblissement structurel, mais plutôt un retour à des niveaux plus conformes aux tendances historiques.

Pour le premier trimestre 2025, la croissance est anticipée à 3,5%, sous l’hypothèse d’une amélioration des conditions climatiques hivernales et de l’absence de chocs inflationnistes externes. Hors agriculture, l’activité économique poursuivrait son ajustement progressif, avec une croissance estimée à 3,5%, après 3,7% au T4 2024. Cette dynamique repose essentiellement sur la résilience des industries manufacturières et des services marchands, qui maintiennent un rythme d’expansion soutenu, bien que légèrement atténué par rapport au troisième trimestre.

La demande intérieure devrait demeurer le principal moteur de l’activité économique, avec une croissance des dépenses de consommation estimée à 3,4% au T1 2025. L’investissement brut, après une forte impulsion au troisième trimestre (13,5%), devrait se modérer tout en conservant une dynamique positive ( 8,8% au T1 2025), notamment grâce aux projets d’infrastructure et aux investissements publics.

Le marché du travail

Le marché du travail marocain en 2024 a connu une création nette de 82.000 emplois, résultant d’une hausse de 162.000 postes en milieu urbain et d’une perte de 80.000 en milieu rural. Cette dynamique traduit une concentration de l’emploi dans les secteurs urbains, notamment les services et l’industrie, tandis que l’agriculture continue de souffrir d’une contraction structurelle.

Par secteur, les services ont été le principal moteur de l’emploi, suivis de l’industrie et des BTP. En revanche, l’agriculture, forêt et pêche a perdu 137;000 postes, confirmant la fragilité persistante du secteur primaire face aux aléas climatiques et à la transition structurelle de l’économie.

Le taux de chômage est passé de 13% à 13,3%, traduisant une hausse de 58.000 chômeurs en une année. Cette augmentation a été plus marquée en milieu rural qu’en milieu urbain, ce qui reflète la difficulté d’absorption de la main-d’œuvre dans les zones hors des grands pôles économiques.

Ces tendances soulignent les défis persistants du marché du travail marocain : une polarisation de l’emploi dans les services, une destruction continue des emplois agricoles et un chômage structurel élevé chez les jeunes. Ces facteurs, combinés aux incertitudes économiques, justifieraient un soutien ciblé à l’investissement et une politique monétaire plus accommodante. Cependant, la question de la transmission de la politique monétaire au marché de l’emploi demeure sujette à débat, car son impact global reste quasi inexistant lorsque l’on analyse l’évolution de l’emploi dans son ensemble.

En effet, malgré les ajustements du taux directeur ou les mesures d’accompagnement du crédit, les effets sur la demande d’emplois restent limités en raison de la faible élasticité de l’emploi aux conditions monétaires. Une analyse plus fine, portant exclusivement sur l’emploi rémunéré, peut sembler plus logique, dans la mesure où une politique monétaire accommodante pourrait stimuler l’investissement et, par ricochet, la demande de main-d’œuvre qualifiée.

Les finances publiques

À fin février 2025, la situation des finances publiques montre une hausse des recettes fiscales de 18,9%, grâce à une progression marquée de l’impôt sur le revenu (56,2%) et de l’impôt sur les sociétés (24,6%)​. Cette performance a cependant été atténuée par une forte contraction des recettes non fiscales (-58,5%), en raison de la diminution des revenus des monopoles et des versements des comptes spéciaux du Trésor au budget général.

En parallèle, les dépenses ordinaires ont enregistré une hausse significative de 50,5%, principalement en raison de la progression des dépenses en biens et services, de l’augmentation des charges en intérêts de la dette et d’une forte hausse des remboursements fiscaux. Le solde ordinaire est ainsi devenu négatif, affichant un déficit de 18,2 MMDH, contre un solde positif de 1,9 MMDH un an auparavant.

Le déficit global du Trésor s’est creusé à 21,1 MMDH, contre 3,8 MMDH à fin février 2024, traduisant une détérioration significative de l’équilibre budgétaire​. Face à ce besoin de financement accru (42,8 MMDH), l’État a principalement eu recours au financement intérieur (46,3 MMDH), tandis que le financement extérieur net est resté négatif (-3,5 MMDH)​.

Le crédit bancaire et les statistiques monétaires

L’évolution des conditions monétaires et du crédit bancaire en janvier 2025 met en évidence un environnement marqué par une croissance modérée du crédit (4,1%), une détente des taux débiteurs et une expansion soutenue de la liquidité bancaire.

Le crédit aux entreprises privées affiche une hausse limitée de 1,2%, avec une progression notable des crédits à l’équipement mais un repli des facilités de trésorerie, suggérant une prudence persistante des entreprises dans leurs décisions d’investissement. Du côté des ménages, les prêts ont augmenté de 2%.

La masse monétaire (M3) a progressé de 6,9%, reflétant une liquidité bancaire abondante, tandis que les dépôts bancaires ont crû de 7,6%, traduisant une accumulation d’épargne, notamment chez les ménages. Les taux débiteurs ont connu une baisse légère, atteignant 5,26% en moyenne pour les entreprises et 5,80% pour les ménages, en lien avec un assouplissement des conditions d’octroi de crédit​.

Ces évolutions traduisent un environnement monétaire relativement accommodant, caractérisé par une expansion du crédit, une progression soutenue des dépôts bancaires et un assouplissement des conditions de financement. Toutefois, la baisse des facilités de trésorerie et la prudence des entreprises sur leur endettement témoignent d’une certaine retenue face aux incertitudes économiques.

Les échanges extérieurs

Sur le volet des échanges extérieurs, la balance commerciale continue d’enregistrer une dégradation. À fin janvier 2025, le déficit commercial s’est aggravé de 13,3%, passant de -21.609 MDH à -24.485 MDH, sous l’effet d’une hausse des importations de 3,4% et d’une baisse des exportations de 2,4%.

Cette détérioration s’explique par une progression notable des achats de biens d’équipement et de produits finis de consommation, tandis que les exportations ont souffert du repli des ventes dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’automobile, les phosphates et dérivés et l’industrie alimentaire. À l’inverse, certains secteurs ont affiché une performance positive, notamment l’aéronautique et le textile et cuir.

En revanche, la balance des services a maintenu un excédent en progression de 6,3%, soutenue par une augmentation des recettes touristiques et des exportations de services. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger sont restés relativement stables, tandis que les investissements directs étrangers ont progressé de 16,9%, enregistrant un flux net de 3,2 MMDH.

Précipitations, Aïd al-Adha et anticipations : des facteurs clés à surveiller

L’économie marocaine reste influencée par des facteurs conjoncturels et saisonniers, impactant la croissance, l’inflation et le marché du travail. Trois éléments méritent une attention particulière dans l’analyse économique et la prise de décision en matière de politique monétaire : les précipitations significatives de mars, l’abstention du sacrifice de l’Aïd al-Adha et les anticipations du secteur privé.

→Les précipitations de mars :

Les précipitations enregistrées en mars 2025 devraient avoir un effet bénéfique sur les cultures dites de printemps, sur les cultures maraîchères de plein champ et sur les arbres fruitiers, consolidant ainsi la prévision de croissance de 3,5 % au premier trimestre. La meilleure disponibilité des produits agricoles pourrait limiter la hausse des prix alimentaires et réduire la pression inflationniste. Sur le marché du travail, la stabilisation de l’emploi agricole pourrait contenir la hausse du chômage, bien que l’absorption de main-d’œuvre reste contrainte par la faible élasticité du secteur.

→L’abstention du sacrifice de Aïd al-Adha :

L’abstention du sacrifice de Aïd al-Adha en 2025, bien que justifiée, pourrait avoir des effets contrastés sur l’économie. En temps normal, cet événement stimule la consommation directe (achat de moutons, produits alimentaires, habillement) et indirecte (services logistiques, transport, commerce). Son absence cette année pourrait entraîner une contraction temporaire de la demande intérieure, en particulier dans les secteurs liés à l’événement.

L’impact sur le crédit à la consommation serait également à surveiller. Habituellement, la période précédant l’Aïd s’accompagne d’une hausse de la demande de crédits pour financer ces dépenses exceptionnelles. Cette dynamique pourrait être freinée cette année, ce qui limiterait la progression du crédit et atténuerait les pressions inflationnistes habituellement observées à cette période. Un facteur que Bank Al-Maghrib devrait intégrer dans l’orientation de sa politique monétaire.

→Le rôle des anticipations économiques du secteur privé

Les anticipations pour le 1er trimestre 2025 révèlent des tendances contrastées. Dans les services marchands et le commerce de gros, les entreprises s’attendent à une stabilité de la demande et de l’emploi, avec des perspectives positives dans les transports et l’entreposage, mais un ralentissement dans le commerce agricole. Dans l’industrie manufacturière et extractive, une légère hausse de la production est attendue, portée par l’agroalimentaire et les phosphates, tandis que l’automobile et l’énergie devraient être en repli. La construction affiche des perspectives favorables, notamment dans les bâtiments et les travaux spécialisés.

Les anticipations jouent un rôle clé en influençant l’investissement, l’emploi et l’évolution des prix. Une perception optimiste peut stimuler la croissance, tandis qu’une prudence accrue peut freiner l’activité. Bank Al-Maghrib devra en tenir compte dans l’orientation de sa politique monétaire, en adoptant une approche mesurée face à une demande stable et une inflation sous contrôle.

Analyse des scénarios

À la lumière du tableau de bord de l’économie marocaine, il apparaît clairement que Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur inchangé. Les conditions macroéconomiques actuelles ne justifient ni un assouplissement ni un durcissement de la politique monétaire, et la Banque centrale devrait privilégier la stabilité dans un contexte encore marqué par des incertitudes.

L’inflation, bien que sous contrôle, ne justifie pas une intervention immédiate, tandis que la croissance, bien qu’en territoire positif, évolue sans tension nécessitant un soutien monétaire supplémentaire. Par ailleurs, les tensions budgétaires et les équilibres extérieurs imposent une certaine prudence. Une nouvelle baisse des taux, aussi modérée soit-elle, pourrait s’avérer inefficace en termes de transmission à l’économie réelle, tout en pesant sur la gestion de la dette publique et la confiance des investisseurs.Le scénario d’un statu quo apparaît comme le plus cohérent avec la situation actuelleQuant à l’hypothèse d’une hausse du taux directeur, elle semble quasiment exclue. L’inflation ne représente pas une menace immédiate et l’environnement économique ne plaide pas pour un resserrement monétaire. Une telle décision risquerait de freiner une dynamique encore fragile, notamment en matière d’investissement et de demande intérieure. Dans ce contexte, le scénario d’un statu quo apparaît comme le plus cohérent avec la situation actuelle.

Le MASI atteint un nouveau record ce lundi à 15.559 points

Ce lundi 6 janvier 2024, l’indice MASI a clôturé à 15.559,07 points, un niveau jamais atteint depuis sa création. Cette performance s’inscrit dans une dynamique haussière qui s’est accélérée ces derniers mois.

Lors de la séance de vendredi dernier, cet indice s’était déjà rapproché de ce record en terminant à 15.516 points.

« Cela s’explique en grande partie par la continuité de la tendance haussière que nous observons depuis un moment », a déclaré un analyste de MSIN.

Mais ce rallye boursier ne repose pas uniquement sur l’élan du marché. Plusieurs facteurs conjoncturels viennent soutenir cette montée en puissance.

Un alignement de facteurs favorables

« Aujourd’hui, tous les éléments sur la table sont positifs. L’organisation de la Coupe du monde 2030 et de la CAN 2025, la baisse des taux d’intérêt, la reprise du secteur immobilier… tout cela crée un climat propice à la hausse du marché. Il ne manque qu’un seul élément : la pluie », a précisé notre source de MSIN.

« À ces facteurs s’ajoutent les grands projets d’infrastructures, notamment la ligne à grande vitesse (LGV), qui alimentent l’optimisme des investisseurs », a ajouté Mehdi El Ferrouhi, professeur universitaire et expert en finances.

Aujourd’hui, tous les éléments sur la table sont positifs. L’organisation de la Coupe du monde 2030 et de la CAN 2025, la baisse des taux d’intérêt, la reprise du secteur immobilier…

« Cette évolution reflète également une confiance accrue des investisseurs dans les perspectives du marché, notamment grâce à la décision de Bank Al-Maghrib de réduire le taux directeur, passant de 2,75% à 2,5%« , explique le Pr El Ferrouhi.

Cette baisse du taux directeur devrait favoriser l’investissement en incitant les capitaux à se détourner des placements bancaires, désormais moins rémunérateurs, pour se diriger vers des actifs plus attractifs, comme les actions cotées.

« Le début de l’année est généralement haussier. En décembre, les investisseurs commencent à se positionner sur les valeurs qui offrent de belles perspectives pour l’année suivante », a indiqué pour sa part notre interlocuteur de MSIN.

En effet, « l’optimisme des investisseurs lié à l’effet janvier joue un rôle important. L’attente de bons résultats pour le début d’année renforce la confiance des investisseurs », a affirmé le Pr El Ferrouhi.

Un autre élément clé a favorisé cette montée des marchés : l’amnistie fiscale sur le cash. « On parle de près de 100 milliards de dirhams qui ont été déclarés dans ce cadre. Une partie de cette manne financière pourrait se retrouver sur le marché boursier », a précisé notre source de MSIN.

Une correction est toujours possible après une forte hausse. C’est un phénomène normal sur les marchés

Vers une correction ?

Avec une telle progression, la question d’une correction naturelle se pose. « Une correction est toujours possible après une forte hausse. C’est un phénomène normal sur les marchés. Mais personne ne peut prédire quand et dans quelles proportions elle aura lieu », a souligné notre interlocuteur de MSIN.

Mehdi El Ferrouhi partage cette analyse et nuance l’euphorie ambiante. « Nous sommes encore au début de l’année, et bien que la tendance soit haussière, une correction du marché semble inévitable. Après une hausse aussi marquée, il est probable que des ajustements surviennent, notamment après la distribution des dividendes ou si cette tendance se prolonge. Une telle situation pourrait entraîner une déconnexion entre la valeur fondamentale des actions et leur valorisation sur le marché, d’où l’importance d’une correction pour rétablir cet équilibre ».

Le MASI peut-il franchir les 16.000 points ?

La progression rapide de l’indice laisse entrevoir un possible passage au-delà de 16.000 points dans un futur proche. « Alors que le MASI a progressé de 15.087 points à plus de 15.500 points, soit une augmentation de 2,7% en quelques jours, je pense que le seuil des 16.000 points pourrait être atteint cette année, voire dans les semaines ou mois à venir, si la tendance actuelle se maintient », a estimé Mehdi El Ferrouhi.

Avec un contexte économique porteur et un marché en pleine effervescence, la Bourse de Casablanca démarre l’année sous les meilleurs auspices. Reste à savoir si cette dynamique tiendra le rythme ou si une correction viendra tempérer l’enthousiasme des investisseurs.