Justice : un opérateur télécom condamné pour atteinte à la propriété privée
Un opérateur de télécommunications ne peut installer un boîtier de fibre optique à l’entrée d’un immeuble qu’avec l’accord exprès du propriétaire. La demande des locataires ne suffit pas. C’est ce qui ressort d’un récent litige examiné par la justice commerciale marocaine.
Tranché fin 2024 par la cour d’appel de Casablanca, le conflit a opposé une société de télécommunications, l’un des principaux opérateurs du marché marocain, à une société immobilière propriétaire d’un immeuble à usage professionnel situé au quartier Benjdia.
Selon les éléments du dossier, dont Médias24 détient copie, l’opérateur a installé un boîtier de distribution de fibre optique sur la façade d’entrée de l’immeuble. Cette installation, réalisée en janvier 2022, a été effectuée sans autorisation du propriétaire des lieux. Le dispositif a été fixé au marbre de l’entrée au moyen de tiges métalliques, ce qui a, selon la société immobilière, causé des dommages matériels : fissures, affaiblissement de la structure et dégradation esthétique.
Saisie par le propriétaire, la juridiction commerciale de première instance avait déjà condamné l’opérateur à retirer le dispositif, à remettre les lieux en l’état et à verser 15.000 dirhams à titre de réparation. Cette décision a été contestée par les deux parties : l’opérateur par voie d’appel principal, la société immobilière par voie d’appel incident pour réclamer une indemnisation plus élevée.
Propriété privée contre service public
L’opérateur justifiait son intervention par la nécessité de répondre à la demande de plusieurs occupants de l’immeuble, dont trois entreprises clientes, souhaitant bénéficier d’une connexion haut débit. Il soutenait que l’installation du boîtier ne représentait aucun danger, ni préjudice esthétique ou structurel, s’agissant d’un équipement « léger, discret et installé selon des techniques modernes ». Il contestait également le montant du préjudice, arguant de l’absence de preuve formelle de détérioration.
De son côté, la société immobilière rappelait être l’unique propriétaire de l’immeuble, et donc seule habilitée à autoriser l’occupation ou la modification de ses parties communes. Elle insistait sur l’absence d’autorisation et invoquait une atteinte grave à son droit de propriété, un enrichissement sans cause au profit de l’opérateur et des nuisances réelles liées à la présence du dispositif.
Une atteinte au droit de propriété
La cour d’appel de commerce de Casablanca a confirmé le jugement de première instance dans son intégralité. Elle a souligné que le droit de propriété ne peut être restreint que pour des motifs d’intérêt public clairement établis, ce qui n’était pas le cas en l’espèce.
Dans ses attendus, la cour rappelle que : « Le droit de propriété est un droit constitutionnel et ne peut être restreint que si cela est justifié par une nécessité de développement économique ou social ».
Elle ajoute que : « le fait pour l’opérateur d’avoir fixé un boîtier réseau sur la façade de l’immeuble appartenant à la requérante sans en obtenir l’autorisation constitue une atteinte à son droit de propriété ». Et précise : « le fait que l’opérateur ait reçu des demandes d’abonnés ou d’entreprises situés dans l’immeuble ne peut en aucun cas remplacer le consentement du propriétaire, seul habilité à autoriser l’occupation de la façade de son bien ».
Concernant les dommages allégués, la cour estime que le constat d’huissier produit par la requérante, accompagné de photographies, suffit à établir l’existence de dommages réels, sans qu’il soit nécessaire d’ordonner une expertise complémentaire.
Selon nos informations, l’arrêt de la cour d’appel a bien été exécuté par l’opérateur, qui a retiré le dispositif et dédommagé le propriétaire. Un procès-verbal d’exécution a été dressé le 15 janvier 2025.


