Voici l’état d’avancement des chantiers de barrages relevant de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift

Le conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Tensift pour l’année 2024, tenu le mercredi 26 février, a été marqué par la présentation de l’état d’avancement des projets hydriques engagés et la planification de nouvelles initiatives pour faire face à la rareté des ressources en eau.

Parmi les projets en cours, plusieurs barrages stratégiques connaissent une avancée significative. Le barrage Ait Ziat, situé dans la province d’Al Haouz et d’une capacité de 185 millions de mètres cubes, a vu sa durée de réalisation réduite de 17 mois.

Le barrage Boulaouane à Chichaoua, dont la capacité atteint 66 Mm3, a également bénéficié d’une accélération des travaux, réduisant les délais de 6 mois.

En parallèle, le barrage moyen Tassa Ouirgane, d’une capacité de 3 Mm3, est en cours de construction dans le cadre du programme de développement des zones touchées par le séisme d’Al Haouz.

De même, le barrage collinaire Oulad Salem à Safi est en cours d’aménagement pour soutenir l’irrigation et l’abreuvement du cheptel.

Dans le cadre de la gestion des ressources en eaux souterraines, l’Agence poursuit l’application des dispositions du contrat de la nappe phréatique d’Al Haouz-Mejjat, notamment avec l’installation de 84 compteurs intelligents pour surveiller les prélèvements d’eau, l’acquisition de camions-citernes pour renforcer l’approvisionnement et la mise en place de 34 unités mobiles de traitement des eaux saumâtres.

Par ailleurs, quatre unités de dessalement de l’eau de mer ont été mises en place à Essaouira.

En raison de la persistance du stress hydrique, le bassin du Tensift a enregistré un déficit pluviométrique de 44,1% durant l’année hydrologique 2023-2024. En conséquence, plusieurs projets structurants ont été programmés.

La station de dessalement de Safi annoncée pour mars 2026

Parmi eux, le renforcement de l’approvisionnement en eau potable du Grand Marrakech via la station de dessalement de l’eau de mer de Safi, dont la mise en service est prévue en mars 2026. La poursuite des forages d’exploration et la construction de dix petits barrages complètent ces chantiers.

En outre, de nouveaux projets sont envisagés pour optimiser l’utilisation des ressources en eau. Il s’agit notamment de la préparation de contrats de gestion des nappes phréatiques de Meskala-Kourimat et Oulad Bousbaa, ainsi que de l’expansion de l’usage des eaux usées traitées pour l’irrigation des espaces verts de Marrakech avec, à l’étude, l’extension de cette mesure à Essaouira, Chichaoua, Tamnara, Oued Eddahab et Imintanoute.

L’ONEE cherche un prestataire pour gérer les réservoirs d’eau de la région de Tensift

Les ouvrages concernés sont les suivants :

La nature des prestations prévues dans le cadre de ce marché sont :

– Préparation des plans d’exécution, études complémentaires (cas du génie civil et conduites : études topographiques, des sols pour fondation des ouvrages, de protection cathodique, études hydrauliques générales…).
– Avant métré.
– Implantation des ouvrages.
– Montage éventuel de l’usine de fabrication (cas des conduites et des centrales à béton).
– Fabrication des matériels et essais en usine. (cas des conduites et des équipements).
– Approvisionnement des matériaux et matériels sur chantier.
– Aménagement des pistes d’accès aux chantiers.
– Exécution des terrassements (cas du génie civil et des conduites).
– Essais de pression en tranchée (cas des conduites).
– Réalisation du génie civil des ouvrages.
– Rinçage et désinfection de la conduite.
– Mise en service semi industrielle et industrielle.
– Remise en état des lieux et repliement des installations.
– Fourniture des dossiers de récolement.
– Réception provisoire du marché.

Le coût de l’ensemble de ces prestations s’élève à 1,8 millions de DH. Quant au délai d’exécution, il a été fixé à 12 mois.

En temps de pénurie, les eaux usées sont une alternative crédible : 100 Mm3 de potentiel annuel

Face à la pénurie d’eau, le Maroc n’a eu d’autres choix que de développer et multiplier les sources de l’offre hydrique. Outre les stations de dessalement et le transfert des ressources en eau pour équilibrer la cartographie hydrologique du pays, la réutilisation des eaux usées épurées (REUSE) est plus que jamais d’actualité. 

Ce n’est donc pas surprenant si la REUSE est l’un des cinq piliers du Programme national pour l’approvisionnement en eau potable et l’irrigation (PNAEPI) 2020-2027, « notamment pour alimenter les 21 projets d’arrosage de golfs répartis dans 45 provinces et couvrant les 12 régions du pays », précise la Direction générale de l’hydraulique, relevant du ministère de l’Equipement et de l’eau. 

Au-delà des terrains de golf, les 100 millions de mètres cubes (Mm3) d’eau traitée visés par le PNAEPI, à l’horizon 2030, devraient également servir à l’irrigation des espaces verts et des terrains de sport. Mais aussi à l’usage industriel et à l’irrigation de certaines cultures vivrières et fourragères. Une ambition dont l’application est particulièrement avancée dans plusieurs villes du Royaume où le ministère de tutelle compte 158 stations d’épuration des eaux usées (STEP). 

Les grandes villes sont logiquement plus avancées

À Tanger et Tétouan, la société de gestion et de distribution de l’eau, Amendis, a économisé 6,3 Mm³ d’eau potable entre 2016 et 2021 grâce à la réutilisation des eaux usées, soit l’alimentation en eau potable d’une ville de 55.000 habitants. Cette réutilisation se fait à travers trois STEP : Tamuda Bay et Boukhalef 1 & 2. Amendis vise des économies de l’ordre de 2,8 Mm³ par an à partir de 2023. 

À Rabat et Casablanca, les STEP se multiplient également. Dans la capitale économique, le programme intégré de réutilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage des espaces verts et des golfs, dans les communes de Casablanca et de Mohammédia, s’articule autour de six projets de traitement des eaux usées, de stockage, de transfert et de distribution des eaux usées traitées, portés par la société de développement local (SDL), Casablanca Baia : 

– projet mutualisé pour l’arrosage de la promenade maritime de la mosquée Hassan II et du Royal Golf d’Anfa ; 

– projet d’arrosage du parc de la Ligue arabe ; 

– projet mutualisé pour l’arrosage des espaces verts longeant l’autoroute urbaine (A3) et des parcs Alesco et Ben Msik ; 

– projet mutualisé pour l’arrosage du parc Moulay El Hassan, du jardin de la préfecture de  Mohammédia et du Royal Golf de Mohammédia ; 

– projet d’arrosage du parc du Pôle d’Anfa ; 

– projet mutualisé pour l’arrosage des parcs Isesco et l’Hermitage.

À Rabat, des stations sont en cours de construction. Mais d’autres sont déjà actives, comme la station de prétraitement des eaux usées (SPRET). En outre, 27 des 74 villes relevant du bassin hydraulique du Sebou sont dotées de stations d’épuration. Le taux de traitement des eaux usées en milieu urbain est de 59%, alors que celui des rejets industriels ne dépasse pas 30%. « L’objectif d’ici 2050 est de rabattre la pollution de plus de 70% », promet l’Agence du bassin hydraulique de Sebou (ABHS). 

Une expérience concluante à Tiznit

À Marrakech, « d’importants investissements ont été réalisés en termes de rationalisation de la demande et d’épuration des eaux usées afin de les réutiliser », a affirmé Nadia El Hilali, directrice générale de la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech (RADEEMA), lors du Congrès international de l’eau, organisé à Fès, en juillet 2023. 

Pour preuve, entre 2012 et 2023, « 72 Mm3 d’eaux usées épurées ont été produites. Acheminées via 87 km de conduites opérationnelles, ces eaux ont permis d’arroser les jardins publics de la ville ocre, 15 golfs et surtout la palmeraie Oulja », a-t-elle précisé. 

De surcroît, comme nous l’indiquions dans un précédent article, la REUSE a été au cœur d’une expérience concluante à Tiznit. Située à moins de deux heures d’Agadir, la Station d’épuration des eaux usées de Tiznit permet désormais l’exploitation et l’irrigation de plusieurs dizaines de parcelles, longtemps abandonnées en raison de la pénurie d’eau qui sévit dans la région Souss-Massa.

Grâce à cette station, deux plantes fourragères, le sorgho et la luzerne, sont cultivées dans 665 parcelles sur une superficie de 433 ha : 207 ha sur la rive droite de l’oued Toukhsine, et 226 ha sur la rive gauche. La facturation s’établit à 0,50 DH, 0,75 DH ou 1 DH le m3.

Une pratique réglementée 

La réutilisation des eaux usées et des boues d’épuration est strictement encadrée par des textes réglementaires. Ainsi, la réutilisation de l’eau usée doit être conforme aux normes de qualité requises selon l’usage et l’exploitation, fixées par voie réglementaire.

Les eaux usées épurées ne doivent pas être réutilisées pour la boisson, la préparation, le conditionnement ou la conservation de produits ou denrées alimentaires. La REUSE ne doit pas non plus être autorisée pour le lavage ou le refroidissement des récipients ou autres objets destinés à contenir des produits ou denrées alimentaires.

En sus, toute réutilisation des eaux usées est soumise à autorisation de l’agence de bassin hydraulique, après avis de l’administration. À quelques exceptions près : 

– le recyclage interne des eaux usées par l’attributaire de l’autorisation ou de la concession de prélèvement d’eau ; 

– la réutilisation des eaux usées issues des dispositifs d’assainissement autonomes agréés. Cette utilisation doit être déclarée à l’agence de bassin hydraulique.

S’agissant de l’autorisation de réutilisation des eaux usées, sa durée ne peut dépasser 20 ans, renouvelable. Cette autorisation est suspendue ou révoquée sans indemnité dans les cas suivants : 

– si les eaux font l’objet d’une utilisation autre que celle autorisée ;

– en cas d’arrêt de l’épuration des eaux usées lorsque celle-ci est obligatoire ;

– en cas de détérioration de la qualité des eaux usées épurées.

Ressources, modélisation des nappes, économie d’eau… Comment est surmonté le déficit hydrique dans le bassin du Tensift

À cause de la baisse des ressources en eau, le bassin hydraulique du Tensift, dont dépend la ville de Marrakech, affiche un déficit hydrique de l’ordre de 583 millions de m3 par an. Sachant que la consommation en eau potable de la ville ocre peut atteindre 250.000 m3 par jour, une gestion efficace et économe des ressources s’est imposée d’elle-même.  

« L’approvisionnement constant de Marrakech en eau potable est assuré sans perturbations depuis trois ans, grâce notamment à un plan d’action où l’économie des ressources est centrale« , s’est félicité Mohammed Chtioui, lors de son intervention au 3e Congrès international sur l’eau et le climat, organisé les jeudi 6 et vendredi 7 juillet 2023 à Fès.

A ce titre, le directeur de l’Agence du bassin hydraulique de Tensift (ABHT) a mis en avant une multitudes de mesures clé qui ont contribué « à gérer le stress de l’eau en s’appuyant sur plusieurs projets pilotes et sur une activité de recherche scientifique soutenue ». 

Un bilan hydrique est déficitaire à hauteur de 583 Mm3

Le bassin hydraulique de Tensift s’étend sur 26.054 km² pour une population d’environ 3 millions d’habitants, dont le tiers vit à Marrakech. Les capacités hydriques du bassin s’établissent comme suit :

– ressources superficielles : 982 Mm3/an ;

– ressources souterraines : 950 Mm3/an ;

– le capital eau par habitant est de 430 m3/an

A noter que selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :

– le stress hydrique, ou pénurie d’eau, correspond à un apport situé dans la fourchette 1.000 à 1.700 m3 par habitant et par an;

– la rareté de l’eau correspond à un apport inférieur à 1.000 m3 par habitant et par an.

Autrement dit, le bassin de Tensift est dans une situation de rareté de l’eau.

En termes de consommation, la demande s’articule autour de l’eau potable, l’irrigation et l’industrie. Le bilan hydrique est déficitaire à hauteur de 583 Mm3. Et pour cause, ces ressources sont confrontées à plusieurs écueils, « dont une baisse de 20% depuis 1940, la surexploitation des eaux souterraines (0,5 à 4,5 m/an) et l’envasement des barrages (perte de 3.2 Mm3/an) », déplore le directeur de l’ABHT. 

Et de souligner qu’en même temps, « la demande augmente de 3% par an« . De fait, une gestion efficace des ressources hydriques est nécessaire dans ce bassin qui alimente l’une des plus grandes métropoles du Royaume, Marrakech, qui est également la première destination touristique du pays. 

Transfert d’eau et dessalement

Pour pallier le déficit hydrique et répondre aux multiples demandes et besoins en eau de Marrakech, entre autres zones desservies par le bassin de Tensift, l’ABHT bénéficie d’une diversification des ressources dont le transfert de ressources en eau, notamment à partir du barrage Al Massira, situé à plus d’une centaine de kilomètres. 

Mais la baisse des ressources du deuxième plus grand réservoir artificiel du Royaume implique de trouver d’autres solutions, à l’instar du dessalement d’eau de mer.

« Prochainement, nous alimenterons Marrakech également avec de l’eau dessalée produit par l’OCP, à l’image de Safi et El Jadida« , annonce Nadia El Hilali, directrice générale de la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech (RADEEMA). 

A cela s’ajoutent des économies en eau importantes et transversales qui atteignent, depuis 2012, 17 Mm3 par an, avec pour objectif d’en épargner dix fois plus à l’horizon 2050. En agriculture, les mesures prises pour préserver au maximum la ressource se déclinent comme suit : 

suivi de la consommation en eau dans les zones irriguées à l’aide de produits satellitaires ;

quantification des prélèvements d’eau d’irrigation à partir des nappes pour une actualisation en permanence des bilans et une modélisation hydrogéologique ;

suivi des autorisations de creusement et de prélèvement d’eau souterraine ; 

identification des parcelles qui consomment plus que le volume annuel alloué et des bassins d’irrigation ; 

suivi de l’activité agricole aux alentours des champs captant d’eau potable.

Pour ce qui est des économies en usage domestique et industrielle, elles s’articulent autour d’un plan d’action et de gouvernance fondé sur quatre piliers :

réparer : réparer immédiatement les fuites entraînant une perte d’eau ;

réduire : mettre en œuvre des actions pour réduire la consommation d’eau ;

rattraper : faire les ajustements, les mises à niveau et autres modifications nécessaires pour utiliser efficacement l’eau potable ;

remplacer : remplacer les équipements obsolètes ou inefficaces par de nouveaux modèles efficaces et économes d’eau.

 

Rationalisation de la demande 

En ce sens, « d’importants investissements ont été réalisés en termes de rationalisation de la demande et d’épuration des eaux usées afin de les réutiliser« , affirme Nadia El Hilali. Le Plan d’action de rationalisation de la demande en eau se base sur un programme de détection des fuites, de modulation de pression, d’actions de sensibilisation et d’identification de solutions par typologie de consommateurs pour la préservation de la ressource », ajoute-t-elle. 

En matière de généralisation progressive de l’utilisation des ressources non conventionnelles (eau usée traitée) pour l’irrigation des espaces verts de Marrakech, les golfs et la palmeraie, c’est une opération menée à bien depuis plus de dix ans. 

Entre 2012 et 2023, 72 Mm3 d’eaux usées épurées ont été produites. Acheminée via 87 km de conduites opérationnelles, ces eaux ont permis d’arroser les jardins publics de la ville ocre, 15 golfs et surtout la palmeraie Oulja.

Colmatage des fuites d’eau et installation de compteurs

Partant du principe que le réchauffement climatique et la pénurie d’eau sont amenées à s’aggraver dans le pays et en particulier dans le bassin hydraulique du Tensift, il s’agira de poursuivre sur cette lancée. « Il sera capital d’assurer le colmatage des fuites d’eau et d’installer des compteurs d’eau sur les puits et des horloges sur les pompes de puits », souligne M. El Hilali.

À moyen terme, des limiteurs de pression seront également installés, avec une optimisation de l’usage de l’eau traitée achetée de la RADEEMA. Outre la mise en place d’un observatoire de la consommation durable, à plus long terme, il est prévu une mise à niveau du réseau de distribution d’eau, une amélioration du traitement tertiaire d’eau usée traitée, ainsi que la création de petites entreprises locales spécialisées dans la détection de fuites. Ces structures seront accompagnées par les équipes de la RADEEMA, de l’ONEE et de l’ABHT. 

Comment le Maroc se prépare aux risques de crues et d’inondations

Après les feux de forêt, le Maroc doit se préparer au risque de crues et d’inondations. Ce risque est permanent en automne, saison des orages. Il est fortement amplifié dans le monde entier et au Maroc en raison des changements climatiques. Le tragique décès de deux jeunes filles de 17 ans, dans la soirée du 1er septembre 2022, emportées par la crue du Oued Tersal, dans la commune de Aït Bou Oulli, relevant de la province d’Azilal, est venu nous rappeler ce risque.

Ce drame corrobore tristement les données illustrées par la cartographie des sites à risque d’inondation prioritaires, publiée par le ministère de l’Eau et de l’environnement en 2008, où sont localisées deux zones à risque élevé de crues, dans les environs d’Azilal.

“Les zones montagneuses sont propices aux crues rapides et intenses” confirme à Médias24, Abdellah Bourak, directeur de l’Agence du bassin hydraulique (ABH) d’Oum Rabii, dont relève l’Oued Tersal.

Des orages d’été concentrés dans le temps et l’espace

Les inondations rapides correspondent à des crues « charriant des roches, pierres et de la végétation, causées par des orages d’été concentrés dans le temps et l’espace, à l’image de la crue de Oued Tersal, qui a éclaté au pied d’une montagne en l’espace de quelques minutes et dans une zone très limitée, hors de notre système de détection” explique-t-il.

Ce système de détection et de suivi en temps réel est appelé Système de prévision et d’alerte aux crues (SPAC). Il est composé de plusieurs instruments qui mesurent la pluviométrie, le niveau des cours d’eau et leur débit.

“Les instruments sont principalement installés dans les grands oueds, comme Oued Laabid, Oued Ahensal, Oued Oum Rabii et Oued Lakhdar” indique  le directeur de l’ABH d’Oum Rabii.

“Nous avons lancé la phase d’étude pour compléter notre SPAC avec des postes pluviométriques dans les zones montagneuses isolées, en collaboration avec le ministère de l’Intérieur,” ajoute  Abdellah Bourak.

L’Agence du bassin hydraulique de Tensift possède pour sa part un Système de prévision et d’alerte complet, dont la mise en place s’est imposée depuis les inondations meurtrières de 1995, qui avaient  fait plus de 230 morts dans la vallée de l’Ourika.

Lancé en 2002 et étendu en 2013, en étroite collaboration avec l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), le SPAC de la vallée d’Ourika, repose sur plusieurs éléments :

-La prévision météorologique ;

-La collecte des données hydrologiques ;

-Le traitement des données, la prévision, l’émission et la distribution des avis de crues ;

-Le déclenchement de l’alerte ;

-L’exécution de l’évacuation.

Stations de pluviométrie et de pluie-débit

Clé de voûte du SPAC, la prévision météorologique relève de l’ABH de Tensift et non de la Direction générale de la météorologie (DGM). L’Agence possède en effet un ensemble d’instruments permettant d’évaluer les risques de précipitations, notamment par satellite, cinq à six heures avant leur début.

Si le risque de précipitation est élevé, les stations de pluviométrie prennent le relais, pour évaluer la quantité d’eau tombée sous forme de précipitations en un temps et un lieu déterminés. Elles sont au nombre de quatre, disséminées dans diverses localités de la vallée de l’Ourika : Agouns, Amaddouz, Lhadjamen et l’Oukaïmden.

Les stations pluie-débit, équipées de radars, sont également des instruments essentiels dans ce processus car elles permettent “de calculer le débit de l’eau, associés à des pylônes qui envoient les données à un serveur” nous explique-t-on au sein de l’ABH de Tensift.

Amenzal, Tiourdiou, Tazzitount, Tourcht, Aghbalou et Aljamaane sont les localités qui accueillent ces stations dans la vallée de l’Ourika.

Une fois l’ensemble des éléments modélisés et calculés, des pré-alertes sont envoyées aux autorités locales. “Une quinzaine de minutes après les premières précipitations, nous savons s’il y aura une crue ou pas” indique l’ABH de Tensift.

Vitesse de réaction et campagne de sensibilisation 

En cas de crue, un fax est envoyé aux autorités locales et au Gouverneur. Et si la situation s’avère inquiétante, la décision est prise de faire retentir la sirène. Les populations qui longent le cours du Oued Ourika se préparent donc pour l’évacuation.

Les sirènes, connectées à des postes d’alarmes, bordent l’Oued Ourika. Trois d’entre elles se situent dans la localité d’Aghbalou. Iraghf en compte cinq, auxquelles s’ajoutent deux à Setti Fatma et une à Tazitount.

La survie des habitants dépend de leur vitesse de réaction. De fait, il n’y a aucune place à l’hésitation. Raison pour laquelle plusieurs campagnes de sensibilisation sont menées auprès des populations situées dans les zones à risques.

Des exercices de simulation sont régulièrement organisés, avec la participation des élèves, d’éléments de la Gendarmerie Royale et des Forces auxiliaires. L’objectif est de maîtriser la marche à suivre pour atteindre les espaces et camps d’évacuation sans perdre de temps.

“Les habitants ont à leur disposition plusieurs panneaux de signalisation pour les mener au camp d’évacuations. Ces panneaux préviennent également les automobilistes sur l’importance de garer leurs voitures en direction de Marrakech, afin d’éviter d’éventuels embouteillages susceptibles de ralentir les opérations d’évacuations,” conclut l’ABH de Tensift.

Reboisement et vigilance 

Bien que le risque d’inondation et de crues ne puisse jamais être totalement annihilé, il peut tout de même être réduit. Le reboisement et le rétablissement de la végétation sont des solutions efficaces.

Par ailleurs, l’écoulement est plus lent dans les zones naturelles de stockage de l’eau, comme les lacs et les marécages, ou des zones artificielles de stockage. Les crues y sont moindres que dans les bassins dépourvus de ces influences modificatrices.

“Mais l’élément le plus important réside dans la prise de conscience par les populations quant aux dangers des crues et inondations” insiste Abdellah Bourak. Le directeur de l’Agence du bassin hydraulique d’Oum Rabii regrette “l’inconscience de certaines personnes et automobilistes qui croient pouvoir traverser un Oued en crue”.

Moulouya, Oum Er Rbia et Tensift : le détail du plan d’urgence pour l’eau potable

Le stock d’eau actuellement disponible au niveau des barrages nationaux permettra de sécuriser les besoins en eau potable de toutes les grandes villes dans des conditions normales, à l’exception de celles desservies par les bassins de la Moulouya, de l’Oum Er-Rbia et du Tensift, a expliqué Nizar Baraka lors de ces différentes interventions les 2 et 4 mars.

Ces trois bassins devraient connaître quelques difficultés au vu du faible stock d’eau dans leurs barrages. Pour faire face à cette situation, un plan d’urgence a été mis en place par le ministère, pour un coût de 2,042 milliards DH (MMDH) répartis comme suit :

Moulouya : baisse de 77% des apports en eau

Selon le ministère de l’Equipement et de l’eau, du 1er septembre 2021 au 28 février 2022, la moyenne des précipitations au niveau du bassin hydraulique de la Moulouya a atteint à peine 36 millimètres (mm), contre une moyenne annuelle de 119 mm, soit un déficit de 70%.

Une diminution de 77% des apports en eau a été enregistrée durant la même période dans les grands barrages relevant de ce bassin. Rappelons que ce dernier se trouve dans la partie nord-est du pays et couvre quasi totalement la région administrative de l’Oriental (provinces de Nador, Figuig, Jrada, Oujda-Angad, Berkane-Taourirt), ainsi que les provinces de Khénifra, Taza et Boulemane.

Sur une capacité totale de 797,9 millions de m3 (Mm3), les retenues des plus grands barrages de ce bassin, au 28 février, avaient atteint 70,9 Mm3, soit un taux de remplissage de 8,9%, contre un taux de 30,6% à la même période de l’an passé (244,15 Mm3). Autant dire qu’ils sont vides ou presque, puisque c’est surtout de la vase.

« La situation de l’eau étant jugée alarmante au niveau dudit bassin, de nombreuses réunions ont été tenues avec les distributeurs, notamment l’ONEE, pour s’accorder sur les scénarios de répartition d’eau à retenir et pour suivre de près les indicateurs hydroclimatiques. »

Le budget qui sera alloué au bassin de la Moulouya dans le cadre du plan d’urgence servira ainsi à :

– Réaliser des études de suivi de la situation des barrages relevant du bassin de la Moulouya. Pour l’instant, seules les études de suivi du barrage Mohammed V, où les retenues d’eau sont passées de 12 Mm3 à 1,13 Mm3, ont été achevées. Les études des autres barrages sont en cours.

– Développer des systèmes pour profiter des eaux des lacs isolés situés au niveau du barrage Mohammed V pour 10 MDH. Cette étape attendra d’abord la fin des études de suivi de la situation des barrages du bassin.

– Mettre en place des barges flottantes pour exploiter les parties inférieures du barrage Machraa Hammadi pour 10 MDH. Ce marché est en cours d’attribution.

– Explorer les eaux souterraines pour fournir de nouvelles ressources en eaux à Oujda – Angad, Taourirt, Berkane, Guersif, Nador, Driouch et Figuig. Ce projet, qui a été approuvé par le chef du gouvernement, coûtera 10MDH.

– Equiper cinq forages dans la ville de Guercif avec un débit de 60 litres/seconde, pour 37 MDH.

– Préparer les puits pour améliorer l’alimentation de la ville d’Oujda en eau, avec un débit de 150 l/s via l’ONEE. Le coût de ce projet s’élève à 23,5 MDH.

– Préparer les puits pour améliorer l’alimentation de la ville d’Oujda en eau, avec un débit de 90 l/s via la RADEEO (Régie autonome intercommunale de distribution d’eau et d’électricité d’Oujda), pour 9,5 MDH.

– Forage de trois points d’eau pour améliorer l’approvisionnement en eau de Taourirt avec un débit de 60l/s, ainsi que la ville de Laâyoune et les régions rurales voisines avec un débit de 40 l/s. Le coût du projet est estimé à 40 MDH.

– Exploiter l’eau des stations de pompage de Moulay Ali pour approvisionner les provinces de Nador, Driouch, Berkane, et les régions voisines en cas de pénurie. Selon le ministère, l’exploitation de l’eau de la station Oulad Settout a été lancée le 20 février 2022 pour alimenter Nador et Driouch en eau potable, avec un débit de 1.300 l/s. L’eau de la station Moulay Ali a été utilisée pour alimenter Berkane, Saidia et Ras El Maa, avec un débit de 500 l/s.

– Installer des unités mobiles de dessalement d’eau saumâtre dans les aquifères de Berkane, Nador et Driouch, afin d’obtenir un débit total de 350 l/s. Ce projet, en cours de réalisation par l’ORMVAM (Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya), coûtera 160 MDH.

– Réaliser un canal pour puiser l’eau à partir du barrage Machraa Hammadi, afin d’alimenter les villes de Nador et Driouch en eau potable avec un débit de 1.800 l/s. Ce projet, en cours de réalisation par l’ORMVAM, coûtera 310 MDH.

– Réaliser un canal pour puiser l’eau à partir du barrage Machraa Hammadi, afin d’alimenter les villes de Saidia, Berkane et Ras El Maa en eau potable, avec un débit de 820 l/s. Ce projet, en cours de réalisation par l’ORMVAM, coûtera 380 MDH.

– Mettre en place de nouveaux points d’eau pour alimenter la ville de Midelt pour 17 MDH. 

– Fournir des camions citernes (50MDH).

– Réaliser la première tranche des petits barrages et des barrages collinaires (11 barrages au total). Ce projet coûtera 254 MDH. L’accord de réalisation est en cours d’approbation par le ministère de l’Intérieur.

– Réétudier la mise en place d’une station de dessalement de l’eau de mer à Nador pour 7 MDH. Le cahier des charges de ce projet est en cours d’élaboration par la Direction générale de l’eau.

Oum Er-Rbia : les barrages du bassin remplis à 10,3% seulement

Le bassin hydraulique de l’Oum Er-Rbia est également très touché par la sécheresse cette année, la moyenne des précipitations ayant enregistré un déficit de 74% entre le 1er septembre 2021 et le 28 février 2022. Durant cette période, celles-ci ont atteint à peine 66 mm contre une moyenne annuelle de 255 mm.

Quant aux apports en eau, ils ont diminué de 80% par rapport à la moyenne annuelle, avec 328 Mm3 enregistrés durant la même période.

Les retenues au niveau des grands barrages relevant de ce bassin, dont les principaux sont Bin El Ouidane et Al Massira, sont estimées, au 28 février, à 508,19 Mm3 sur une capacité totale de 4.955 Mm3, ce qui représente un taux de remplissage de 10,3% contre 20% (991 Mm3) à la même période de l’an passé.

Pour faire face à cette situation, une liste de mesures d’urgence a été mise en place pour la gestion du complexe El Hansali-Al Massira, dont les ressources en eau sont passées à 255 Mm3 au 26 février 2022, contre 367 Mm3 une année auparavant. Il s’agit notamment de :

– l’arrêt de l’irrigation à Beni’Amir depuis le 18 octobre 2021 ;

– le renforcement de la capacité du barrage Al Massira de 40 Mm3 à partir du barrage Bin El Ouidane ;

– le transfert des retenues du barrage Ahmed Al-Hansali vers le barrage Al Massira (100 Mm3) ;

– la satisfaction des besoins en eau potable du barrage Al Massira avec un volume de 180 Mm3 ;

– la révision du volume d’eau industrielle alloué à OCP.

D’autres mesures sont également prévues dans le cadre du plan d’urgence mis en place par le ministère, notamment :

– L’accélération de l’exploitation de la première partie du canal reliant le réseau d’eau potable du nord de Casablanca au réseau du sud de la ville, et la programmation de la deuxième partie afin d’atteindre un débit de 4 m3/s. Ce projet coûtera 180 MDH. Le taux de réalisation de la première partie de ce canal est estimé à 99%, et sa mise en service est prévue en mars 2022. Le marché relatif au second canal est en cours de lancement.

– La mise en place de barges flottantes pour exploiter les parties inférieures du barrage Al Massira, pour 14 MDH. L’opérationnalisation de ce projet est prévue pour avril 2022.

– L’amélioration de l’utilisation des eaux souterraines en explorant de nouvelles sources.

– L’accélération de la réalisation du projet d’usine de dessalement de l’eau de mer dans la région de Casablanca-Settat. L’appel à manifestation d’intérêt sera lancé le 9 mars.

– L’accélération de la réalisation d’une usine de dessalement d’eau de mer pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable de la ville de Safi.

– L’achèvement de la première partie des petits barrages et des barrages collinaires pour 8 MDH. Un accord de partenariat dans ce sens est en cours d’approbation par le ministère de l’Intérieur.

– Le renforcement du contrôle des prélèvements d’eau non autorisés dans les vallées et les canaux multi-usages.

– L’activation des comités de veille.

Notons que ce bassin inclut le bassin de l’Oum Er-Rbia et les bassins côtiers atlantiques situés entre El Jadida et Safi. Il alimente les provinces de Beni Mellal, Khouribga, Azilal, El Jadida, El Kelaâ des Sraghna, et Safi ainsi qu’une grande partie des provinces de Khénifra et Settat.

Précipitations au Tensift : un déficit de 78% au 28 février

La moyenne des précipitations au niveau du bassin hydraulique du Tensif est estimée à 39 mm entre le 1er septembre 2021 et le 28 février 2022, soit un déficit de 78% en comparaison avec la moyenne annuelle.

A l’instar des bassins de la Moulouya et de l’Oum Er-Rbia, les apports en eau, estimés à 29 Mm3 durant la même période, ont enregistré une baisse de 90% par rapport à la moyenne annuelle.

Quant aux retenues des principaux barrages relevant dudit bassin, elles étaient de 86,8 Mm3 au 28 février, sur une capacité totale de 227,3 Mm3, soit un taux de remplissage de 38,2%, contre 51% un an auparavant (115,9 Mm3).

Pour l’année 2021-2022, il a été décidé de :

– Programmer un seul cycle d’arrosage pour entretenir les arbres dans les régions desservies par ce bassin.

– Arrêter l’irrigation depuis octobre 2021. L’eau est préservée pour l’approvisionnement en eau potable.

– Intégrer les eaux du barrage Moulay Youssef (uniquement destiné à l’agriculture) dans le réseau d’eau pour renforcer l’alimentation en eau potable du Grand Marrakech. Un volume d’eau allant jusqu’à 20 Mm3 a été alloué à la ville de Marrakech.

– Attribuer à la ville de Marrakech un volume d’eau pouvant aller jusqu’à 30 Mm3 à partir du barrage d’Al Massira pour sécuriser son approvisionnement en eau potable. L’exploitation débutera début avril.

D’autres mesures d’urgence sont prévues au niveau de ce bassin dans le cadre du plan d’urgence mis en place par le ministère pour faire à la sécheresse :

– Affectation à la ville de Marrakech d’un volume d’environ 20 Mm3 à partir du barrage Moulay Youssef pour assurer son alimentation en eau potable.

– Achèvement de la première tranche des petits barrages et des barrages collinaires (16 barrages au total) pour 217 MDH. L’accord de mise en œuvre de ce projet est en cours d’approbation par le ministère de l’Intérieur.

– Amélioration du réseau de distribution de la ville de Marrakech pour profiter du volume prélevé à partir du barrage d’Al Massira pour 290 MDH, dont 90 MDH seront alloués à la RADEEMA (Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech). Dans le cadre de ce projet, les travaux topographiques ont été achevés, et l’appel d’offres est en cours d’élaboration, pour une exploitation vers fin 2023, avec un débit de 2,5 m3/s. Un débit de 600 l/s sera utilisé à partir du barrage d’Al Massira au cours du mois d’avril 2022.

– Amélioration de l’utilisation des eaux souterraines en entretenant les points d’eau existants et en explorant de nouvelles sources pour soutenir l’approvisionnement en eau potable dans diverses régions. Ce projet coûtera 15 MDH.

– Renforcement du contrôle des prélèvements d’eau non autorisés dans les vallées et les canaux multi-usages.