Libération de 25 Marocains séquestrés au Myanmar

Dans un communiqué publié ce vendredi 5 juillet 2024, la commission a appelé à ce que les personnes revenant des camps de détention à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande soient soumises à des expertises médicales et légales.

Elle a également demandé l’ouverture d’une enquête sur le dossier des victimes et sur les plaintes des familles contre ceux qui ont contribué à les leurrer pour se rendre dans ces régions.

La commission a salué dans son communiqué les efforts des services du ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, ainsi que des appareils sécuritaires.

Elle a enfin exhorté l’ambassade du Maroc en Thaïlande à mettre à disposition un traducteur assermenté et à fournir tous les documents nécessaires pour assister les personnes concernées dans le processus d’identification des victimes de la traite des êtres humains devant les autorités thaïlandaises.

Cyber-escroquerie forcée au Myanmar : une forme de criminalité qui constitue une menace mondiale

Après avoir été séquestré au Myanmar, un rescapé marocain raconte

Traite d’êtres humains et escroquerie : une menace mondiale qui touche aussi les Marocains, exemple du Myanmar

Marocains séquestrés au Myanmar : encore 18 ressortissants à libérer

« Après la libération d’une dizaine de personnes séquestrées, il en reste dix-huit. C’est le chiffre dont nous sommes sûrs », indique à Médias24 une source de l’ambassade du Maroc en Thaïlande concernant les ressortissants marocains séquestrés au Myanmar.

Les autorités marocaines « poursuivent leurs efforts et s’activent à tous les niveaux », ajoute notre source. Elle précise que ces efforts sont fournis auprès d’ »organisations internationales et d’associations, mais aussi des autorités et même de l’armée thaïlandaises ».

LIRE AUSSI 

https://medias24.com/2024/05/29/apres-avoir-ete-sequestre-au-myanmar-un-rescape-marocain-raconte/

Après avoir été séquestré au Myanmar, un rescapé marocain raconte

Le calvaire se passe au Myanmar, un pays en guerre qui partage ses frontières terrestres avec la Chine et la Thaïlande, entre autres. C’est cette dernière qui servira à la fois d’appât et de passage pour des ressortissants marocains, mais aussi d’autres étrangers rêvant d’une vie meilleure.

Ces personnes sont généralement “invitées” par des connaissances, voire des amis, qui leur proposent de faire “comme eux” et de s’installer en Thaïlande où une société leur versera un salaire important en contrepartie d’un travail légal.

Pour commencer, passage obligé par la Malaisie qui ne requiert pas de visa pour les Marocains. C’est là qu’ils obtiennent leur visa pour la Thaïlande. En tout cas, il en était ainsi au moment des faits. Car à partir du 1er juin 2024, les Marocains seront exemptés du visa pour la Thaïlande.

Ces Marocains se retrouvent finalement piégés, puisque la réalité ne correspond pas au rêve qu’on leur a vendu. Conduits contre leur gré au Myanmar, ils sont livrés à des groupes armés qui les séquestrent dans une sorte de forteresse bien gardée.

Ils sont alors forcés à commettre des arnaques. À défaut, ils sont torturés. C’est ce qu’a vécu ce Marocain de 22 ans qui, contacté par Médias24, décrit trois mois de séquestration vécus comme “90 ans de détention”.

Une offre de travail sur mesure

Tout commence en décembre 2023. Celui que nous appellerons “Hassan”, pour préserver son anonymat, réside à l’époque aux Émirats arabes unis. Il décide de se rendre en Thaïlande pour une nouvelle aventure professionnelle, après qu’un ami marocain rencontré aux Émirats lui a parlé de son expérience réussie dans cette contrée aux paysages époustouflants.

Cet “ami” indique travailler en Thaïlande pour une société chinoise opérant dans la cryptomonnaie. Il lui fait savoir que cette société recherche un graphic designer qui maîtrise l’anglais, en contrepartie d’un salaire alléchant.

Ça tombe bien, c’est son domaine d’activité. Et la langue ? Pas de problème ! Plus aucun obstacle pour entamer cette nouvelle aventure. Mais avant d’arriver en Thaïlande, il fait un arrêt en Malaisie. C’est au niveau de l’ambassade de Thaïlande qu’il dépose sa demande de visa. Aussitôt reçu, il décolle vers sa nouvelle vie.

Mais dès son arrivée, il remarque des comportements douteux. D’abord, il se fait escorter à l’aéroport. En fait, on ne le laisse pas se déplacer seul. Peut-être en raison du prestige de la société ? Après tout, c’est ce qui lui a été vendu par son “ami”. Donc rien d’alarmant jusque-là.

À sa sortie de l’aéroport, un chauffeur le récupère et roule en direction de la ville de Mae Sot. Ils s’y arrêtent et Hassan pense être enfin arrivé à destination. Erreur ! Il doit remonter en voiture, où il s’endort. Pensant se rendre au siège de son employeur, il réalise trop tard que la voiture a roulé vers le Myanmar, où il est livré à un groupe armé.

Pris au piège

“Je me retrouve dans une situation non enviable. Je n’avais pas le choix. J’étais seul face à une mafia. Il n’y avait rien à faire”, confie-t-il.

Selon Hassan, le groupe armé lui confisque son téléphone. Il leur en remet un et cache le second. Ensuite, il est forcé à traverser une rivière et est livré à un autre groupe armé. Celui-ci l’embarque dans une voiture, escortée par un autre véhicule dans lequel se trouvent plusieurs hommes armés. Selon lui, il s’agit de soldats.

“On arrive dans une sorte de petit village, protégé par un mur très haut. À l’intérieur, se trouvent des entreprises et des résidences”. C’est là qu’il est enfermé.

“Il était interdit d’en sortir. De toutes les façons, il était impossible d’y accéder. Tout était sécurisé par des soldats armés. Il n’y avait pas comment faire. Même si l’on arrivait à sortir, à l’extérieur c’était la guerre. L’on pouvait facilement se faire tirer dessus”, poursuit Hassan.

Arnaqueur forcé

Commence alors le “travail”. Un ordinateur lui est fourni avec un dossier présentant plusieurs personnalités fictives, en plus d’un script pour le guider au fil des jours. Le guider à jouer la comédie, faire semblant d’être une de ces personnalités fictives sur les réseaux sociaux, en montrant qu’il mène une vie de rêve dans le but d’attirer les futures victimes. Il s’agit des abonnés de ces comptes sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok.

“On se rend vite compte qu’il s’agit d’escroquerie. Le principe est d’échanger avec les followers de ces comptes fictifs pour les convaincre – de manière indirecte – d’investir leur argent via un site web ou une application. On les persuade que c’est grâce à ces plateformes que l’on a réussi à faire fortune. Or, en réalité, ces sites et applications appartiennent à la société qui nous fait travailler. Elle peut faire croire aux victimes qu’ils gagnent de l’argent, avant de les arnaquer et de prendre tout leur argent”. Selon Hassan, des sommes astronomiques sont soutirées via cette méthode.

“La victime pense échanger avec une personne réelle, alors qu’en réalité elle parle à une grande ‘société’ organisée”, explique Hassan qui dit être forcé à atteindre des objectifs financiers chaque deux jours, chaque semaine et chaque mois.

“Si l’on n’atteint pas ces objectifs, on se fait torturer. Finalement, on se rend compte que l’on se fait torturer et battre quotidiennement”. À moins d’adhérer à cette bande criminelle… Mais ce n’était pas le cas de Hassan qui indique avoir subi plusieurs sévices, notamment des coups et des électrocutions.

“J’ai vu deux Marocains prendre goût à tout cela. En fait, ça leur rapportait de l’argent”, explique notre interlocuteur.

Bien mal acquis

Il était possible de gagner de l’argent en piégeant d’autres personnes. Certains n’avaient pas de conscience et attiraient leurs proches pour les piéger à leur tour. Il était possible d’être libéré après en avoir ramené un certain nombre (5 ou 6). Ou bien, il était possible de recevoir de l’argent en contrepartie. Entre 10.000 et 30.000 DH.

“Un Marocain a ramené 25 personnes à lui seul. Il a, au minimum, gagné 250.000 DH en contrepartie. Cet argent facile en a attiré certains qui ont rejoint la bande criminelle qui les récompensait. Ceux qui n’y adhèrent pas finissent par souffrir”.

Hassan, lui, a refusé de faire subir à quelqu’un d’autre ce qu’il était en train de vivre. Il a tenté, durant ces trois mois, de communiquer en cachette avec les autorités marocaines, les associations locales, etc.

C’est ce qui animait le peu d’heures de répit dont il bénéficiait après 17 à 18 heures de travail forcé quotidien. De toutes les façons, les conditions n’étaient pas propices au repos. Ils étaient plusieurs à vivre dans une seule chambre, une vingtaine pour une douche qui manquait d’eau… Les conditions d’hygiène étaient désastreuses.

Les soins médicaux aussi. “En cas de maladie, ils laissaient mourir les gens qui ne rapportaient pas d’argent. Ceux qui étaient productifs pour eux étaient soignés par un médecin militaire”, raconte Hassan.

Libre mais détruit

Ses différentes tentatives de communication avec l’extérieur ont fini par porter leurs fruits. En fait, ses bourreaux ont découvert qu’un Marocain essayait de prévenir du monde. Ils l’ont torturé avant de lui demander de payer, via sa famille, une rançon de 6.000 dollars en contrepartie de sa libération.

Après trois mois de souffrance, Hassan est libéré et reconduit à Mae Sot. C’est là qu’une association thaïlandaise, qui œuvre en faveur des victimes de la guerre du Myanmar, lui vient en aide.

À son retour au Maroc, Hassan se sent “détruit psychologiquement”. Il a du mal à créer des liens avec les gens. “Je suis devenu solitaire et renfermé sur moi-même. La majorité du temps, je préfère être seul car j’ai peur de tout le monde, et j’ai l’impression que n’importe qui peut me vouloir du mal”.

Hassan a collaboré avec les autorités en étant séquestré, mais aussi à son retour sur le territoire national. Il nous indique avoir déposé plainte et apporté plus de précisions sur ce qui se passe là-bas.

Selon lui, 20 Marocains au moins se trouvaient exactement au même endroit que lui. Mais le complexe résidentiel compte 32 résidences. Il lui est donc impossible de quantifier exactement les ressortissants marocains sur place. “Rien qu’à Burma, il y avait 220.000 étrangers séquestrés, dont la majorité sont des Sri Lankais et Éthiopiens”.

Aujourd’hui, les familles des Marocains séquestrés au Myanmar continuent d’appeler les autorités à l’aide. Ces dernières ont annoncé l’ouverture d’une enquête le 15 mai dernier. Pour l’instant, aucune communication n’a suivi.

LIRE AUSSI 

https://medias24.com/2024/05/18/traite-detres-humains-et-escroquerie-une-menace-mondiale-qui-touche-aussi-les-marocains-exemple-du-myanmar/

La Thaïlande exempte les Marocains de visa à partir du 1er juin

Bien que cette exemption de visa pour 93 nationalités engendrera des pertes annuelles de 12,3 milliards de bahts (environ 350 millions de dollars), le porte-parole du gouvernement a déclaré que cette mesure contribuera à relancer le tourisme et l’économie thaïlandais, durement touchés par la pandémie de Covid-19. Elle renforcera également la compétitivité internationale du pays. « Nous voulons aussi attirer des groupes à fort potentiel, tels que les digital nomads, pour qu’ils résident et travaillent en Thaïlande ».

Selon le site d’information local Pattaya Mail, la nouvelle politique d’exemption de visa de 60 jours a plusieurs conséquences. « Il ne sera plus nécessaire pour les ressortissants des 93 pays de demander une prolongation d’un mois après les premiers 30 jours auprès des bureaux locaux de l’immigration, ce qui leur évitera de payer les 1.900 bahts (environ 50 USD) actuellement imposés », souligne le média thaïlandais.

« L’absence de ces ressortissants dans les bureaux de l’immigration réduira également les files d’attente, bien qu’il demeure obligatoire de signaler l’adresse en Thaïlande dans les deux premiers jours suivant l’arrivée, soit en personne, soit via l’enregistrement de hôtel », conclut-on.

Séquestration de Marocains au Myanmar : ce que l’on sait

Le ministère des Affaires étrangères et des Marocains résidant à l’étranger suit de très près la situation de ressortissants marocains bloqués au Myanmar par des bandes et réseaux criminels, apprend Médias24.

Les victimes ont été recrutées par des pseudo-entreprises basées à la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande, opérant dans le domaine de l’escroquerie cybernétique, ou « scamming », explique notre source. « Elles ont été attirées par de fausses offres d’emploi dans le commerce électronique, avec des propositions professionnelles lucratives comprenant des billets d’avion et des frais d’hébergement ».

L’opération de recrutement s’effectue depuis le Maroc par l’intermédiaire de concitoyens servant de relais à d’autres Marocains recrutés au Myanmar. Les personnes recrutées sont en général chargées à leur tour d’ »attirer des personnes de leur pays d’origine dans différentes arnaques, via de faux profils, parfois sous la forme de prétendus portails d’investissement, de faux sites de jeux de hasard et parfois de menaces d’atteinte à la vie privée ».

Ces victimes se rendent en Thaïlande pour être ensuite transférées par vol vers Mae Sot, une ville limitrophe du Myanmar contrôlée par des milices ethniques rebelles et armées qui profitent de l’instabilité politico-sécuritaire dans la région. Actuellement, 14 Marocains sont bloqués dans cette zone.

La même source poursuit : « Un certain nombre de ressortissants marocains auraient accepté de travailler dans lesdites entreprises moyennant des rémunérations intéressantes et ne se considèrent pas comme des victimes d’un trafic d’êtres humains, tandis que d’autres ont pu quitter les centres en question moyennant une rançon ». Des cas de maltraitance ainsi que des menaces de mort ont été rapportés.

L’ambassade du Maroc à Bangkok suit de près ce dossier. Elle a entrepris des démarches auprès des autorités thaïlandaises et myanmaraises, qui se mobilisent pour la libération des Marocains séquestrés.

L’ambassade de Thaïlande à Rabat a été approchée par les familles des ressortissants marocains le 2 mai dernier pour obtenir des informations sur le sort de leurs proches détenus dans la zone précitée. Des familles ont également été reçues au ministère des Affaires étrangères à Rabat (direction des Affaires consulaires et sociales) pour s’informer de la situation des ressortissants marocains.

Le ministère des Affaires étrangères suit de très près cette question, à travers ses services à Rabat et les ambassadeurs dans les pays concernés, ainsi qu’avec les ambassades de ces derniers à Rabat, poursuit notre source.

L’ambassade de Thaïlande à Rabat exprimé dans un communiqué la prédisposition des autorités thaïlandaises à coopérer avec celles des pays dont les ressortissants sont kidnappés.

L’ambassade souligne dans sa communication que ce phénomène, « relativement récent », concerne plusieurs ressortissants africains, dont des Marocains, ajoutant qu’il est encore difficile d’identifier les nationalités ainsi que le lieu d’incarcération des victimes. « Cela fait l’objet de plusieurs enquêtes ouvertes par les autorités judiciaires », indique-t-elle.

Par ailleurs, la représentation diplomatique thaïlandaise a déclaré avoir pris des mesures exceptionnelles dans les procédures d’octroi des visas de sorte à prémunir davantage des touristes africains face au risque d’arnaque par les réseaux criminels.

Le Groupe africain à Bangkok, ainsi que des représentants des organisations internationales, dont l’Organisation internationale de la migration, tiendront une réunion de coordination afin de s’entretenir des moyens de libération des ressortissants africains victimes de réseaux de trafic humain au Myanmar.