Saïd Naciri : “Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad”

Sarcasme et répartie. Ce sont les mots d’ordre de cette audience du vendredi 23 mai, durant laquelle Saïd Naciri a répondu, point par point, aux accusations portées contre lui ; y compris celle relative au trafic de drogue.

Nationalité marocaine pour le Malien, mouvements suspects sur son compte bancaire, transferts d’argent au WAC… Saïd Naciri a livré sa version des faits sur l’ensemble des éléments évoqués à l’audience.

Il réfute toutes les accusations de Hadj Ben Brahim, dément les propos de Latifa Raafat et explique que les millions sur son compte et sur celui de son fils émanent en partie de donateurs au profit du WAC. Voici ses explications en détails.

Le Malien qui voulait devenir Marocain

10h05. Dès le démarrage de l’audience, le président Torchi appelle Saïd Naciri à la barre pour poursuivre son audition. Il commence par une question directe : Avez-vous promis la nationalité marocaine à Hadj Ben Brahim ?

“Non, c’est même inconcevable”, répond Saïd Naciri. Mais devant la police judiciaire, Hadj Ben Brahim déclare qu’en 2013, “il vous a dit qu’il avait besoin de la nationalité marocaine et que vous lui avez répondu qu’il fallait avoir une attestation du cheikh de la zaouia naciria. Et que tout serait réglé dans un délai de 3 mois”.

“Saïd Naciri m’a demandé de l’aider dans sa campagne électorale. J’ai demandé à ma fiancée, Latifa Raafat, de venir avec son groupe musical pour organiser une célébration à Zagora”, lit le président Torchi en rapportant les propos du Malien.

“Il m’a remis un document qui est toujours chez mon ex-épouse, dans un coffre. Lorsqu’elle avait vu le document, elle m’avait dit qu’il ne va pas m’aider. Et c’est bien ce qu’il s’est passé. Pourtant, je lui ai offert une voiture, une Hyundai i10. Et une autre à Z. Naciri (fils de Saïd Naciri, ndlr)”, poursuit Ben Brahim.

Mais selon Saïd Naciri tout ceci est faux. “Ce sont encore des contradictions. Il dit que le document est toujours chez son ex-femme. Il faut que Latifa Raafat vienne et nous dise s’il voulait la nationalité marocaine ou seulement un certificat d’honneur pour attester qu’il a visité la zaouia naciria. Même moi, je suis Marocain et j’ai reçu le même certificat”.

Le président Torchi lui demande alors : Qui a dit au cheikh de la Zaouia que la mère du Malien est marocaine ?

Saïd Naciri : Lui-même.

-Président Torchi : Vous l’avez entendu ?

-Said Naciri : Tout ceci est le fruit de l’imagination de Ben Brahim. Il est aidé dans ce sens par Latifa Raafat (…). Ben Brahim ne fait que parler.

-Président Torchi : Vous aussi, vous ne faites que parler. Tout le monde parle !

Le magistrat lui demande ensuite d’expliquer qui est Redouane N., dont il présente les déclarations consignées dans un PV de la police judiciaire.

“C’est le cheikh de la zaouia naciria”, répond Saïd Naciri.

Selon lui, Said Naciri rend régulièrement visite à la zaouia. “Alors qu’il était encore parlementaire, il est venu au festival avec un citoyen Malien. Il l’a ensuite emmené chez moi pour déjeuner et m’a demandé de rédiger à la main un certificat. Il m’a dit que la mère du Malien est marocaine d’une descendance ‘Naciria’. Le Malien m’a remis une Hyundai i10, sans la transférer à mon nom”, indique Redouane N. à la police judiciaire.

Said Naciri semble mal comprendre ce qui lui est lu. Au départ, il confirme les propos de Redouane N., puis se ravise, après explication du juge Torchi. Lorsqu’il comprend enfin ce qu’a dit Redouane N., il réfute ses propos et affirme ne lui avoir jamais dit que la mère du Malien était marocaine.

10h31. Le président Torchi revient sur le sujet des voitures importées de Chine par la société de Ben Brahim. Certains de ces véhicules ont été saisis en 2015, transportant de la Chira. C’est ce qui a conduit à la chute de Ben Brahim et, par ricochet, à celle des accusés dans cette affaire.

Une autre partie de ces voitures a été entreposée dans le club du WAC. Chose que l’ancien président du club ne nie pas. Cela dit, il assure que c’était pour rendre service à un ami qui a acheté ces voitures de chez Ben Brahim. Ces faits sont qualifiés de recel.

Mais le point qui intéresse le président Torchi aujourd’hui, c’est de savoir si Saïd Naciri est intervenu de quelque manière que ce soit pour permettre l’obtention d’assurances, permettant à ces voitures de circuler.

Le président Torchi lit les déclarations de Taoufik Z., directeur de la société importatrice de ces voitures : “Je me suis rendu à Casablanca pour prendre des attestations d’assurance (W18) de l’assurance Attaoune”.

Saïd Naciri contre-argumente : “Le directeur de l’assurance, Ahmed A. a affirmé que je n’avais rien à voir avec cette histoire, même s’il me connait. Il a même envoyé son salarié Saïd B. pour témoigner. Et selon ce dernier, c’est lui-même qui s’est rendu à Rabat pour remettre ces documents au responsable d’un showroom sur place. Voici le PV de ses déclarations. C’est un document officiel, mais personne n’y a prêté attention”.

Le tant attendu volet du trafic de drogue

10h39. Après avoir permis au greffier de consigner les références de ce document, le président Torchi annonce que l’audition va désormais se concentrer sur un autre chef d’accusation : le trafic de drogue.

Le magistrat commence par rappeler les propos de Ben Brahim. D’après ce dernier, Saïd Naciri occupait le poste de “coordinateur du réseau de trafic de drogue”, assumant le rôle de “responsable n°1 de la logistique et des relations extérieures”. Un vocabulaire aux accents professionnels pour désigner des activités illicites.

Mais pour Saïd Naciri, tout ceci est faux. “C’est encore son imagination qui parle”.

Le président Torchi confronte Saïd Naciri aux données de localisation téléphonique du 15 août 2023, qui indiquent la présence de Abdenbi Bioui, Belkacem Mir et de lui-même à Rabat.

“Oui, j’étais bien avec Belkacem Mir ce jour-là”, reconnaît Saïd Naciri. “Je lui avais demandé de me restituer un chèque. Il m’a même sollicité pour régler une somme liée aux impôts, mais j’ai refusé, car cela ne me concernait pas. Je ne l’avais pas revu depuis 2019. En revanche, Abdenbi Bioui n’était pas avec nous. Peut-être était-il à Rabat le même jour, mais rien d’anormal à cela, puisqu’il y travaille et y possède même un logement”.

Le président Torchi confronte alors Saïd Naciri aux déclarations de Latifa Raafat devant la police judiciaire. La chanteuse affirme s’être rendue à Casablanca avec son fiancé de l’époque, Hadj Ben Brahim.

Celui-ci s’est arrêté pour rencontrer Saïd Naciri, qui leur a “présenté plusieurs alliances”. Latifa Raafat explique avoir refusé, préférant choisir elle-même sa bague de mariage. Elle ajoute que son fiancé a, par la suite, remis à Saïd Naciri un sachet contenant une importante somme d’argent.

Face à ces accusations, Saïd Naciri relativise. “C’est ce qu’elle a déclaré à la police judiciaire, mais devant le juge d’instruction, elle dit tout autre chose. Elle précise ne pas avoir assisté à la scène et que ces faits lui ont été rapportés par son ex-mari. Alors, qui doit-on croire ? Latifa Raafat version police judiciaire ? Celle entendue par le juge d’instruction ? Ou celle qui s’exprime dans la presse, sans être encore venue devant la Cour ? Il n’y aurait aucun mal à ce qu’elle vienne s’expliquer. Si elle se contredit, c’est bien parce que ses propos sont faux”.

Me Jadoui, avocat de Saïd Naciri, demande au président d’afficher les déclarations de Latifa Raafat devant le juge d’instruction.

“Voilà, elle dit n’avoir jamais vu Ben Brahim me remettre quoi que ce soit”, s’exclame Saïd Naciri en découvrant l’extrait à l’écran.

“Elle affirme que je lui ai présenté des alliances… Est-ce que je suis bijoutier ?”, ironise-t-il. “Elle décrit son ex-mari comme quelqu’un incapable de subvenir à ses besoins, et c’est pourtant lui qui m’aurait remis, soi-disant, 2 millions de dirhams à blanchir ?”.

Et d’ajouter : “Hadj Ben Brahim affirme avoir commis des actes et n’en est même pas inquiété”.

108 MDH de mouvements bancaires douteux

11h14. Une pause de dix minutes est réclamée par les juges. Et dès la reprise de l’audience, le président Torchi passe aux choses sérieuses : les comptes de Saïd Naciri.

Les montants sont affichés sur les écrans de la salle 8 (détail ci-dessous). Ils concernent la période allant de 2014 à 2023, durant laquelle un total de 89.910.934 DH a été déposé sur le compte personnel de Saïd Naciri.

Il convient de noter que sur les écrans, il est possible de voir le montant total, la durée examinée (2014-2023) et le détail des montants annuels, sauf pour l’année 2023, faute d’espace sur l’écran.

“Il faut préciser que chacune de ces sommes s’étale sur douze mois. Ce ne sont pas des dépôts directs. Et il ne faut pas oublier que ces chiffres commencent en 2014, mais qu’à l’époque j’avais 45 ans, j’avais déjà mes sociétés, etc. Ce que je dois vous expliquer, c’est d’où vient cet argent et où il va. Et c’est ce que je vais faire. Mais d’abord, je vous présente un document d’un compte bancaire où je suis déficitaire à hauteur de 81.000 DH. Et je précise qu’avant 2014, mon compte était normal”, explique l’accusé.

“Entre 2015 et 2023, j’ai déposé 52 millions de DH sur les comptes de l’association du Wydad Athletic Club. Et puisque la société sportive n’a été activée qu’en 2019, j’ai déposé, entre 2020 et 2025, 32 millions de DH sur le compte de la société sportive. Soit un total de 84 millions de DH”, explique-t-il.

“Tout l’argent sur mon compte bancaire est allé au Wydad. Voici les documents bancaires qui le prouvent…”, poursuit l’accusé, qui est interrompu par le magistrat. Celui-ci lui demande d’abord de préciser “pourquoi ces dépôts ont été effectués sur le compte personnel de Saïd Naciri au lieu du compte de l’association du WAC”.

Aboulghali, Aït Manna, Bendou… 50 donateurs du WAC

“Avant de me présenter à la présidence, la situation du club était connue de tous. Le président sortant avait dit qu’il voulait quitter mais il y avait une lourde dette. Je ne pouvais pas travailler sans argent. J’ai donc rassemblé plusieurs amis, 50 ou 55, chez un autre ami qui a organisé un dîner. Je peux vous donner les noms de tous ceux qui étaient présents. Il y avait Abderrahim Bendou qui m’a remis 250.000 DH”, explique Saïd Naciri.

Le président insiste et demande : “n’y avait-il pas de compte bancaire de l’association en 2014 ?”.

“Il était bloqué en raison des dettes”, indique Saïd Naciri qui enchaîne aussitôt sur la liste de ses donateurs : “Karim N., Salaheddine Aboulghali, Hicham Aït Manna”. S’il n’a cité que ces noms, Saïd Naciri précisera plus tard, qu’ils sont bien plus nombreux. Il indique également qu’ils étaient tous adhérents du Wydad, sauf quelques uns.

-Président Torchi : “Mais quelle est la relation de votre fils avec le Wydad ? Sur son compte, il y a eu 18.546.070 DH entre 2014 et 2023”.

-Saïd Naciri : “J’ai rassemblé tout cet argent lors du dîner. C’est mon fils. Et j’avais un mandat pour gérer son compte. À l’époque, il avait 18 ans et si je ne peux pas avoir confiance en lui, en qui pourrais-je avoir confiance ?”.

Saïd Naciri tente ensuite de justifier les paiements qu’il a effectués personnellement pour le compte du Wydad. Il explique avoir réglé, depuis son propre compte bancaire, des dépenses qui auraient normalement dû transiter par celui du club, en raison de la situation financière délicate du WAC à ce moment-là.

Il s’agit, précise-t-il, de paiements liés au recrutement de joueurs comme Bilal Asoufi (KAC), Noussair Abdellatif (MAS) ou encore Yassine Lakhal. Il évoque également le règlement d’un hébergement à l’hôtel Golden Tulip pour loger un membre de l’encadrement. Pour étayer ses propos, Saïd Naciri présente des justificatifs bancaires à l’appui.

“La liste est longue. Si je devais tout détailler sur cette période, il me faudrait deux jours”, lance-t-il, provoquant un éclat de rire dans la salle.

Interrogé sur la traçabilité comptable de ces opérations, il répond : “Tout a été réglé par chèque. Vous savez, même au restaurant, je paie par carte ou par chèque. Je n’ai jamais remis de cash à un joueur”.

-Président Torchi : “Quelle est votre relation avec Abderrahim Benddou ?”

-Saïd Naciri : “Il m’a fait un don de 250.000 DH pour le Wydad”.

-Président Torchi : “Quelle garantie avait-il que vous alliez réussir ?”

-Saïd Naciri : “Notre amitié ! Nous avons fait beaucoup d’opérations commerciales ensemble”.

-Président Torchi : “C’est par amour du WAC ou parce que vous êtes du même parti politique ?”

-Saïd Naciri : “Benddou est un Rajaoui…”

-Président Torchi : “Laissez le Raja, là on parle du Wydad”.

-Saïd Naciri : “Il y a plus de 2 millions de chèques entre Benddou et moi. Des chèques de 250.000 voire même 500.000 DH par jour”.

-Président Trochi : “Qui est Karim N. ?”

-Saïd Naciri : “C’est le fils d’un ami à mon père. Son père était agriculteur. Il m’a donné 100.000 DH dont 50.000 DH était sous forme de prêt mais il y a renoncé par la suite”.

-Président Torchi : “Quelle est votre relation avec Salaheddine Aboulghali ? Selon ses déclarations, vous lui auriez demandé de se rendre à votre domicile à Casablanca, quartier Californie. Une fois sur place, vous lui avez présenté une déclaration sur l’honneur, comportant son nom, prénom, et le numéro de sa CIN, ainsi qu’une somme d’argent remise en 2014. Vous lui avez ensuite demandé de faire légaliser ce document directement chez vous”.

Saïd Naciri confirme : “Tout cela est vrai. J’ai l’habitude de collaborer avec lui dans le cadre de mon activité. J’ai même servi de médiateur entre lui et Benddou”.

-Président Torchi : “Pourquoi la déclaration sur l’honneur date de 2023 alors que l’argent a été remis en 2014 ?”

-Saïd Naciri : “Car la police voulait connaître l’origine de ces sommes”.

-Président Torchi : “Et quel est son rapport avec le Wydad ?”

-Saïd Naciri : “Il est adhérent du WAC à ce jour”.

“Si j’étais impliqué dans le trafic de drogue, je ne lui aurais même pas répondu”

12h27. Le magistrat présente à l’accusé la retranscription d’un appel entre lui et Hadj Ben Brahim datant du 13 juillet 2021.

Après un échange cordial, vous lui dites “après ce mois”. De quoi vous parlez ?, demande le président Torchi.

“Du transfèrement !”, indique Saïd Naciri qui poursuit : “Vous avez dit qu’il s’agit d’un appel de juillet 2021. Il dit ensuite que j’ai une relation avec le ministre de la Justice, mais les élections ont eu lieu en septembre 2021 et le gouvernement n’a été constitué qu’en octobre 2021. Lui et Fadwa ont composé le gouvernement eux-mêmes !”. Nouvel éclat de rire dans la salle, alors que le ton sarcastique de l’accusé détend brièvement l’atmosphère.

-Président Torchi : “Le 26 juillet 2022, vous avez discuté au téléphone avec une personne inconnue au sujet de Ben Brahim. Mais quelle est votre relation avec lui pour qu’à chaque fois une personne différente vous appelle à son sujet ?”

-Saïd Naciri : “Je lui parlais sans mauvaise intention. La preuve c’est qu’il m’a répété pendant longtemps qu’il devait de l’argent à Abdenbi Bioui, il me parlait de 50.000 ou 70.000 DH et du jour au lendemain, en 2023, il me parle de 3 millions de DH. Vous voyez dans la retranscription de l’échange que ma réaction est spontanée. Je lui ai dit : ‘mais que t’a-t-il vendu ou que lui as-tu vendu pour avoir une dette de 3 millions de DH ?’. Si j’étais au courant, je ne lui aurais pas posé la question. J’ai aussi continué à lui parler alors qu’il avait porté plainte contre moi, sans que je le sache. Si j’étais impliqué dans le trafic de drogue, je ne lui aurais même pas répondu”.

12h55. Le président Torchi lève l’audience et fixe la prochaine comparution de Saïd Naciri au 30 mai.

Abderrahim Bioui : « Les trafiquants de drogue, je leur souhaite la peine de mort »

« Je n’ai aucun lien avec le trafic de drogue. Je suis totalement opposé à cette pratique. Les trafiquants ne méritent pas dix, vingt ans de prison. Ils méritent la peine capitale ». Jugé aux côtés de son frère aîné, Abdenbi Bioui, dans l’affaire dite de l' »Escobar du Sahara », Abderrahim Bioui a été interrogé ce vendredi 21 mars par la chambre criminelle de Casablanca.

Dirigeant de l’entreprise Bioui Travaux et maire de la commune de Aïn Sfa (Oriental), l’accusé a réfuté toute implication dans ce dossier, où il est présenté comme l’une des figures de proue d’un vaste réseau international de trafic de stupéfiants.

L’arrestation de Abderrahim Bioui remonte à octobre 2023. Elle a été déclenchée par le témoignage de l’homme qui a inspiré le nom de l’affaire : El Hadj Ahmed Benbrahim, un ressortissant malien et puissant baron de la drogue en Afrique. Depuis sa cellule de prison à El Jadida, celui que l’on compare au Colombien Escobar avait dénoncé ses connexions au Maroc. Parmi les individus cités, Abderrahim Bioui est décrit comme le gérant du réseau en association avec son frère Abdenbi et avec l’aide de Said Naciri, accusé d’être le logisticien du groupe.

« Je n’ai jamais vu El Hadj Ahmed Benbrahim et il ne m’a jamais vu. Je souhaite qu’on organise une confrontation », répond l’accusé lorsque le juge Ali Torchi lui expose les déclarations du « Malien ». Ce dernier évoque pourtant des rencontres récurrentes entre 2013 et 2014. Au cours de ces six réunions, qui se sont déroulées précisément à Fès, dans un hôtel, Abderrahim Bioui lui aurait remis des sommes allant de 4 à 5 MDH à chaque fois. Ces montants étaient destinés à financer l’exportation de drogue depuis le Maroc vers la Libye, en passant par l’Algérie et le Niger.

En 2015, au moins trois opérations sont évoquées, impliquant 15, 10 puis 40 tonnes de chira. Ce dernier convoi a été intercepté par le BCIJ. Une prise d’envergure. Sur les 40 tonnes, Benbrahim attribue une grande partie aux frères Bioui. Parmi les véhicules saisis, un camion inclus dans une livraison de sept véhicules de marque chinoise que Abdenbi Bioui avait acquis en 2014 auprès du ressortissant malien.

Selon l’enquête, les véhicules restants – qui n’ont jamais été homologués par les autorités – ont été utilisés dans l’exploitation de carrières par la société Co-Fabri Bitumes, une filiale de Bioui Travaux. Ces véhicules sont également soupçonnés d’avoir été employés dans le trafic qui s’est poursuivi encore quelques mois avant le début des arrestations. Convoqué par la BNPJ en octobre 2023, Abderrahim Bioui aurait ordonné à ses employés de transporter les camions dans une ferme à Aïn Sfa. Ils ont alors été privés de leur GPS avant d’être démantelés. Les numéros de châssis ont été détruits à l’aide de chalumeaux.

Une tentative de dissimuler de futures pièces à conviction ? L’homme d’affaires parle plutôt d’une pratique courante pour les véhicules défectueux. « Après deux ou trois accidents, les garder devient plus coûteux que de les démonter en pièces détachées. Celles-ci sont ensuite vendues ou utilisées comme pièces de rechange. Le numéro de série est brûlé pour qu’il ne soit pas réutilisé à des fins malveillantes », explique Abderrahim Bioui. « Les GPS ont été enlevés parce que nous payons un abonnement pour et qu’il n’est plus utile de les conserver dans des camions destinés à la casse », ajoute-t-il.

Sur la période post-2022, l’intéressé a versé, à un rythme quasi quotidien, 2 à 12 MDH sur ses huit comptes bancaires personnels. Confronté à l’origine de ces montants, Abderrahim Bioui répond : « Ces sommes, c’est rien ! Je gagne 100 millions de dirhams par an grâce à la vente de mes produits agricoles. L’activité de bétail me rapporte quant à elle 20 millions de dirhams. Je ne parle même pas des revenus de mon entreprise, Bioui Travaux. Ces cinq dernières années, nous avons fait passer le chiffre d’affaires à 1,7 milliard de DH. Je peux justifier chacun de ces chiffres, expertise à l’appui« .

Depuis 2015, Abderrahim Bioui est le propriétaire et gérant unique de Bioui Travaux, entreprise familiale jusqu’alors dirigée par son frère Abdenbi. Ce dernier s’en était-il retiré concomitamment à son élection à la tête du conseil régional de l’Oriental ? La réponse de Abderrahim laisse suggérer la piste de l’éviction, et non celle d’un élu qui se serait retiré par crainte d’un conflit d’intérêts. « Mon frère était doué pour gagner de l’argent, mais ne savait pas le garder ».

Saisie de 94.728 psychotropes et de 3 kg de cocaïne à Ouezzane

Cette opération sécuritaire a été réalisée dans la zone rurale Laktout relevant de la commune Ounnana, près de la ville de Ouezzane, a indiqué la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) dans un communiqué.

La perquisition menée dans un domicile exploité par les deux suspects, âgés de 29 et 41 ans, a permis aussi de mettre la main sur 14 kg de chira, 8 armes blanches et des sommes d’argent en monnaie nationale et en devises, butin éventuel de cette activité criminelle.

Ont été également saisis trois mini-balances, une bombe lacrymogène, 2 talkies walkies et 6 fausses plaques d’immatriculation, ainsi que deux voitures ayant vraisemblablement servi à faciliter ces activités criminelles, ajoute la DGSN.

Les mis en cause ont été placés en garde à vue à la disposition de l’enquête judiciaire menée sous la supervision du parquet compétent, afin de remonter les ramifications de cette activité criminelle et d’interpeller les éventuels complices impliqués dans cette affaire.

Une affaire de kidnapping avec demande de rançon mène à la découverte de 3 tonnes de cannabis

Une nouvelle grosse prise de drogue au Moyen-Atlas survenue dans le sillage d’une enquête sur une affaire de kidnapping avec demande de rançon.

Selon la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), tout avait commencé quand cette bande criminelle, dont les membres sont âgés entre 34 et 68 ans et dont deux femmes, a réussi à attirer dans ses filets une victime qui a été kidnappée avant de demander une rançon à sa famille.

Une enquête a été déclenchée juste après que la famille a remis le montant de la rançon aux ravisseurs, dont un individu avec des antécédents en matière de kidnapping, de séquestration et de trafic de drogues.

Les investigations ont mené à l’arrestation des membres de cette bande à Meknès, à El Hajeb et dans les localités d’Aïn Jri et de Boufekrane.

Selon la DGSN, les perquisitions ont permis la saisie de six voitures utilisées dans des activités criminelles, d’une grande partie du montant de la rançon, des documents personnels de la victime ainsi que des photos d’elle lors de sa séquestration.

Les mêmes perquisitions ont enfin mené à la découverte, dans le domicile de l’un des six prévenus, d’une quantité de drogue de près de trois tonnes.

Les prévenus ont été mis en détention préventive pour les besoins de l’enquête qui se déroule sous la supervision du parquet compétent.

À Sebta, un tunnel souterrain au cœur d’une enquête sur le trafic de drogue

Lors des perquisitions dans la zone industrielle de Tarajal, une cavité de 12 mètres de profondeur a été découverte. Elle menait à un tunnel se dirigeant vers Sebta. Ce passage, dissimulé dans un entrepôt, était construit en bois et a servi au trafic de drogue, indique un communiqué de la Garde civile espagnole.

L’enquête a révélé un réseau utilisant des véhicules de gros tonnage dotés de doubles fonds pour transporter la drogue. Trois camions contenant plus de 6.000 kg de drogue ont récemment été interceptés, ajoute la même source.

Affaire Bioui-Naciri : les aveux accablants d’un faux témoin repenti

« J’ai fait un faux témoignage à la demande de Abdenbi Bioui. J’ai commis une erreur et je regrette ». Ces propos émanent de Benkasou B., accusé dans l’affaire dite de « l’Escobar du Sahara« . Interrogé ce vendredi 3 janvier par la chambre criminelle, l’intéressé a reconnu avoir témoigné dans un ancien dossier en faveur de l’ex-président de la région de l’Oriental.

Dans ce procès, Abdenbi Bioui est présenté comme le chef d’un important réseau de trafic international de drogue. Mais les accusations à son encontre s’étendent également à des faits de spoliation immobilière, de trafic d’influence et de subornation de témoins.

Figure influente à Oujda, l’homme politique et homme d’affaires est suspecté d’avoir usé de ses relations pour provoquer l’arrestation de plusieurs individus dans des conditions douteuses.

Contexte : en 2013, Abdenbi Bioui était visé par une plainte déposée par son ex-épouse, S. M., qui l’accusait de lui avoir extorqué deux biens immobiliers à Oujda et Casablanca. Pour inciter son ancienne compagne à retirer sa plainte, Bioui aurait mis en place un stratagème impliquant l’arrestation de son beau-frère qu’il aurait faussement impliqué dans une bagarre violente.

L’enquête a révélé que certains témoins avaient été manipulés pour accuser le beau-frère de Bioui d’avoir été l’agresseur, sur la base de témoignages fabriqués. Ce dernier, incarcéré sur la foi de ces faux témoignages, n’a été libéré que lorsque l’ex-épouse de Bioui a retiré sa plainte.

« J’ai témoigné sans avoir assisté aux faits. J’ai commis une erreur. Je n’en ai pas mesuré les conséquences », a déclaré Benkasou B., l’un des deux faux témoins entendus ce vendredi par le juge Ali Torchi. Devant la police, il avait affirmé que le beau-frère de Bioui avait agressé un certain Issam, également mobilisé par Bioui. Des faits auxquels Benkasou B. n’avait pas assisté.

« Je connais Abdenbi Bioui à travers sa relation avec mon père décédé. Ils étaient amis et faisaient des affaires ensemble. C’est à ce titre qu’il m’a demandé de témoigner », a ajouté l’accusé. Il a précisé n’avoir « obtenu ni promesse ni contrepartie » en échange de son témoignage.

« Vous savez que le faux témoignage est puni ici-bas et dans l’au-delà… », l’a réprimandé le juge Ali Torchi. « Oui, j’ai commis une erreur », a insisté Benkasou B.

Poursuivi en état d’arrestation, il est jugé pour « faux témoignage dans une affaire délictuelle ».

Au moment où nous rédigions ces lignes, le juge avait interrogé cinq accusés dans ce volet de l’affaire, où Bioui est également accusé d’avoir impliqué des membres des forces de l’ordre. L’un d’eux, un gendarme, a été interrogé pour des faits liés à « un acte arbitraire attentatoire à la liberté, ordonné dans un intérêt privé ». Un autre épisode sur fond de vengeance entre Bioui et son ancienne épouse.

Saisie de plus de 8 tonnes de résine de cannabis au port de Safi

Cette opération a permis la saisie de cette cargaison de drogue conditionnée en 199 ballots destinés au trafic international par voie maritime et chargés à bord d’un camion de transport de marchandises immatriculé au Maroc, qui a été immédiatement intercepté à son arrivée au port de Safi-Atlantique, indique un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Les enquêtes effectuées dans le cadre de cette affaire ont abouti à l’interpellation de 21 individus, âgés entre 24 et 48 ans, pour lien présumé avec le réseau criminel impliqué dans ce trafic international, outre la saisie de barils contenant 1.160 litres d’essence ainsi qu’une autre camionnette sur place, ajoute la même source.

Les investigations liées à cette affaire ont duré plusieurs semaines, sur la base d’informations faisant d’état de la planification par un réseau criminel d’une opération de trafic international de drogues, ce qui a nécessité le suivi et traçage en amont de cette cargaison avant qu’elle ne soit saisie et que les personnes impliquées ne soient interpellées, poursuit le communiqué.

Les mis en cause ont été soumis à l’enquête judiciaire menée par la BNPJ sous la supervision du parquet compétent, en vue d’identifier toutes les ramifications locales et internationales de cette activité criminelle et de confondre l’ensemble des individus impliqués dans ce réseau criminel.

(Avec MAP)

Saisie de 467 kg de cannabis au port de Tanger Med

La drogue, dissimulée dans un camion de transport international immatriculé dans un pays européen, était soigneusement cachée dans des cavités aménagées dans la structure métallique du véhicule.

Le chauffeur, un citoyen hongrois âgé de 27 ans, a été immédiatement arrêté. Il est actuellement en garde à vue et fait l’objet d’une enquête judiciaire.

Grosse saisie de cannabis à Casablanca, plus de 10 tonnes

La police judiciaire de Casablanca, sur la base d’informations précises fournies par la Direction générale de la surveillance du territoire national, a déjoué, aux premières heures de ce mercredi 27 mars, une importante opération de trafic international de drogue, saisissant 10 tonnes et 300 kilogrammes de cannabis, annonce un communiqué de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

Les opérations menées dans le cadre de cette affaire, en coordination avec les éléments de la Gendarmerie royale, ont permis de saisir deux véhicules utilitaires sur l’autoroute de Casablanca, chargés de grandes quantités de cannabis. Le conducteur du premier véhicule et son accompagnateur ont été arrêtés au niveau de l’autoroute de contournement, tandis que le conducteur du deuxième véhicule a refusé d’obtempérer et s’est mis à tirer plusieurs coups de feu d’un fusil de chasse, poursuit la même source.

Pour repousser cette attaque, un membre de l’équipe de lutte contre le crime organisé a été contraint d’utiliser son arme de service et de tirer quatre coups de semonce. Le cinquième coup a touché le suspect, neutralisant ainsi le danger et l’arrêtant avec son complice. Le suspect est décédé lors de cette intervention, affirme la DGSN.

D’importantes quantités de cannabis ont été saisies à l’intérieur des deux véhicules, totalisant dix tonnes et 300 kilogrammes, qui ont été remises aux services douaniers pour prendre les mesures nécessaires, tandis que le fusil de chasse et les munitions utilisées pour menacer les policiers ont été saisis, ajoute le communiqué.

Les trois suspects ont été placés en détention préventive, tandis que le corps du quatrième suspect, décédé, a été déposé à la morgue en attendant l’autopsie.

Une trentaine de personnes arrêtées pour trafic de drogue et immigration irrégulière à Nador

Les enquêtes menées en coordination avec les services de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) ont révélé l’implication des personnes arrêtées, dont trois éléments des forces publiques, dans l’exploitation des côtes proches de la ville de Nador pour le trafic de grandes cargaisons de drogue et l’organisation d’opérations de migration clandestine en utilisant des bateaux pneumatiques à grande vitesse importés d’Espagne, en échange de sommes d’argent importantes. Des opérations de sécurité simultanées ont permis de les arrêter successivement dans les villes de Nador, Beni Ansar, Jerada et Fès.

Selon une source sécuritaire, les enquêtes menées ont également révélé que les personnes arrêtées travaillaient dans le cadre d’un réseau criminel organisé, activement impliqué dans l’organisation d’opérations de trafic de drogue et de migration illégale selon un schéma criminel impliquant la répartition des rôles entre eux, entre ceux chargés de la médiation pour le recrutement et l’hébergement des candidats et ceux spécialisés dans leur transport et la sécurisation du processus de migration vers les côtes européennes, des opérations parfois organisées au profit d’autres réseaux criminels transfrontaliers.

Les opérations de perquisition menées dans le cadre de cette affaire ont abouti à la saisie de 129 kilogrammes de cannabis, 600 grammes de cocaïne, des quantités de substances psychotropes, neuf voitures portant des plaques d’immatriculation douteuses, un bateau pneumatique équipé d’un moteur marin, des sommes d’argent soupçonnées d’être des revenus de ces activités criminelles, ainsi qu’un groupe de plaques d’immatriculation contrefaites.

Les personnes arrêtées ont été placées en garde à vue sous la supervision du parquet compétent afin de déterminer les actes criminels qui leur sont imputables et de surveiller les liens potentiels de ces activités criminelles localement et internationalement, avant d’être présentées devant la justice samedi 2 mars dernier.

Parallèlement à cela, la brigade nationale de la police judiciaire poursuit des enquêtes approfondies dans le but d’arrêter tous les complices impliqués dans les activités de ce réseau criminel.

Nouvelle saisie de cocaïne au poste frontalier d’El Guergarate

Une opération conjointe entre les éléments de la Sécurité nationale et des Douanes a permis de découvrir cette importante cargaison de drogues, composée de 40 plaques, soigneusement dissimulée dans un système de réfrigération spécial d’un camion de transport international de marchandises immatriculé au Maroc, juste après son arrivée au poste frontalier d’El Guergarate en provenance d’un pays d’Afrique subsaharienne, et l’arrestation du conducteur de ce camion, de nationalité marocaine, âgé de 40 ans, précise une source sécuritaire.

Le conducteur a été soumis à une enquête judiciaire supervisée par le parquet compétent, afin de déterminer les ramifications locales et internationales de cette activité criminelle.

 

La prison de Aïn Sebaâ dément toute tentative d’assassinat du « Malien »

Dans une mise au point publiée en réaction aux informations relayées par certains médias nationaux et étrangers concernant deux tentatives d’assassinat du détenu (A.B.I.), de nationalité malienne, incarcéré à la prison locale Aïn Sebaâ pour des accusations de trafic international de drogue, la direction de cet établissement pénitentiaire a fait savoir que l' »intéressé n’a jamais fait l’objet d’une quelconque tentative de meurtre ou d’agression de la part de qui que ce soit », affirmant que « toutes les allégations formulées à cet égard sont infondées ».

Le détenu en question n’a jamais déposé de plainte auprès de l’administration de la prison concernant une quelconque tentative d’assassinat ou d’agression supposée à son encontre, précise la direction de la prison, notant qu’il « bénéficie de tous les droits qui lui sont légalement accordés, à l’instar des autres pensionnaires de l’établissement ».