Procès de Saïd Naciri : les faits, rien que les faits
Depuis quelques jours, une campagne de soutien à Saïd Naciri prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux, au point de se matérialiser dans les tribunes du stade Mohammed V. Le dimanche 11 mai 2025, le groupe ultra Winners (supporter du WAC) a brandi une banderole explicite : « Justice pour Saïd Naciri ».
Les raisons derrière cet élan de soutien sont inconnues. Est-ce le fruit des déclarations de Saïd Naciri lors de ses auditions devant la cour d’appel, les 18 et 25 avril, puis le 9 mai ? Ou s’agit-il d’un simple élan de nostalgie de certains supporters envers l’ancien président de leur club ? Peu importe, au fond.
À ce stade, Saïd Naciri, comme les autres mis en cause dans cette affaire, bénéficie toujours de la présomption d’innocence tant qu’aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue à son encontre.
Mais, en parallèle de cette mobilisation, des soutiens de Saïd Naciri s’attaquent sur les réseaux sociaux à la chanteuse Latifa Raafat qui se dit même menacée par certains internautes. Bien qu’elle ne soit ni plaignante ni à l’origine de l’enquête, ces derniers l’accusent d’être celle qui a “envoyé Saïd Naciri en prison”.
En réalité et à date, Latifa Raafat a été entendue comme témoin dans ce dossier. D’abord, par la police judiciaire, puis par le juge d’instruction. À ce jour, elle n’a pas encore été entendue par la cour d’appel de Casablanca.
Elle a toutefois été mentionnée par Saïd Naciri au cours de ses auditions, contestant les déclarations qu’elle a faites à la police judiciaire.
L’affaire a pris une plus grande ampleur ces dernières heures, après une sortie médiatique de Latifa Raafat qui a accordé une interview au youtubeur “Touhfa” où elle présente sa version des faits.
Cette cacophonie qui s’empare des réseaux sociaux ne change rien aux faits judiciaires, qui eux seuls doivent guider la compréhension de cette affaire.
Voici donc ce qui a été discuté et retenu jusqu’à présent devant la cour d’appel de Casablanca.
Des accusations multiples
Rappel du contexte. Les audiences publiques ont débuté en mai 2024. Depuis, sur la trentaine de personnes poursuivies dans ce dossier, à peine une dizaine d’entre elles ont été entendues à la barre. Aucun témoin n’a encore été convoqué.
Saïd Naciri, lui, a été appelé pour la première fois à se présenter à la barre le 18 avril 2025. Son audition s’est poursuivie le 25 avril, puis le 9 mai. Chacune de ces audiences a duré environ trois heures. La prochaine est prévue pour le vendredi 16 mai.
Si la cour n’a jusque-là traité que certains éléments du dossier qui concernent Saïd Naciri, il est essentiel de rappeler que l’ancien président du WAC ne comparaît pas uniquement pour des affaires de biens immobiliers ou de véhicules, ayant largement fait le tour des réseaux sociaux. Selon l’enquête préliminaire, il est présenté comme « chef de la logistique », « porte-parole » ou encore « facilitateur » et « chargé des relations publiques », une sorte d’homme à tout faire au centre du présumé réseau de trafic de drogue « dirigé » par Abdenbi Bioui.
En mars 2024, le juge d’instruction a retenu contre lui une série de chefs d’accusation (à consulter en détail ici), allant du “faux et usage de faux” à ”l’exportation de stupéfiants”, en passant par le “trafic d’influence” et “l’escroquerie”. Pour l’instant, seul ce dernier volet a été abordé par la cour.
À ce stade, la formation de magistrats, présidée par le juge Ali Torchi, s’est concentrée sur les litiges liés à certains biens que le Malien Hadj Ben Brahim affirme lui appartenir, et qu’il accuse Saïd Naciri – entre autres – de lui avoir subtilisés. Il s’agit notamment d’une Mercedes-Benz Classe S 350 et d’une villa située dans le quartier de Californie à Casablanca.
Latifa Raafat : un témoin parmi d’autres
C’est dans ce contexte que le nom de Latifa Raafat a été évoqué par Saïd Naciri. Concernant la villa, il a contesté les déclarations de la chanteuse faites devant la police judiciaire. Voici ce qu’il a déclaré à la cour le 25 avril dernier :
“Latifa Raafat dit que je me suis rendu à leur villa à Californie en décembre 2013, et qu’ils m’y ont accueilli alors qu’ils étaient mariés. Or, voici son acte de mariage. Bien qu’il s’agisse d’un document personnel, je le présente pour prouver que leurs propos sont faux. Le document indique qu’ils se sont mariés le 16 janvier 2014”.
Au sujet de la voiture, Saïd Naciri affirme qu’un accord a été conclu avec Hadj Ben Brahim pour échanger cette voiture contre deux appartements. Selon lui, il est impossible que Latifa Raafat ait conduit le véhicule en 2013, comme elle l’aurait déclaré, puisque la voiture en question a été mise en circulation au Maroc en juin 2014. Il précise que cette opération a eu lieu après le divorce du couple Raafat-Ben Brahim.
À ce jour, les propos de Latifa Raafat sont uniquement rapportés par Saïd Naciri lui-même. Sera-t-elle convoquée à son tour pour s’expliquer devant la cour ? Cela reste incertain. En tout cas, Saïd Naciri n’a cessé de réclamer la convocation de ses détracteurs pour les confronter.
Durant ces audiences, Saïd Naciri a également contesté les déclarations d’autres personnes citées dans le dossier. Le 9 mai dernier, il a été confronté à deux d’entre elles à la barre : Fouad Y. et Salima B., également poursuivis dans ce dossier.
La suite du procès s’intéressera à d’autres volets plus lourds, notamment l’accusation de trafic international de stupéfiants qui reste, juridiquement, d’une gravité bien supérieure aux litiges liés à des biens matériels.
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