À Casablanca, adoption de la convention sur les déchets, mais sera-t-elle appliquée de sitôt ?
Lors de la session ordinaire du conseil de la région de Casablanca-Settat tenue ce mardi 02 octobre, la convention relative à la réalisation du centre d’enfouissement et de valorisation des déchets de Casablanca faisait partie des points à l’ordre du jour.
Un point qui a causé trouble et remous lors de la session, tant le projet est clivant.
Quand la politique politicienne s’en mêle
« Le centre d’enfouissement et de valorisation (CEV) est la solution miracle proposée par le bureau actuel de la ville de Casablanca. C’est le bijou de notre plan d’action communal. C’est très grave ce qui se passe autour de ce projet« , nous confie Moulay Ahmed Afilal, vice-président du conseil de la ville de Casablanca, chargé du nettoiement.
« Il s’agit d’un projet d’intérêt général. La solution radicale à une problématique qui n’a que trop duré. On aurait pu, comme les bureaux précédents, exploiter la nouvelle décharge pendant de nombreuses années et laisser des montagnes de déchets derrière nous. Mais nous avons promis de faire aboutir ce projet, qui mettra fin au calvaire des habitants de la ville, notamment ceux de Médiouna », poursuit-il déplorant un blocage d’ordre politique.
Pour le vice-président, la politique s’en est mêlée causant blocage et retard. « Dans l’ancienne décharge fermée, plus de 70 m de déchets s’étaient accumulés. Je ne comprends donc pas le comportement de certains élus de la majorité. Même le PJD, qui est dans l’opposition, a voté en faveur de ce centre, conscient de son importance », commente Afilal.
« Certaines personnes évoquent la piste de l’incinération comme solution de traitement des déchets, sauf que cette technique coûte environ 800 DH la tonne. Actuellement, avec l’enfouissement, nous sommes à environ 130 DH la tonne. Dans le CEV, nous envisageons 10 à 15% d’enfouissement au plus et près de 85% de valorisation, contre 100% d’enfouissement actuellement. Ce traitement nous coûtera un peu plus de 200 DH la tonne« , explique notre source.
« D’autres élus proposent pour leur part de délocaliser ce projet à l’extérieur du Grand Casablanca, à Berrechid notamment. Mais qui nous garantit que d’autres provinces voudront accueillir nos déchets ? En plus, cela engendrera des coûts supplémentaires. Le secteur du nettoiement nous coûte déjà 1 milliard de DH par an, en plus des 243 millions de DH par an convenus après la signature, en mai 2023 en contrepartie de l’amélioration du service ».
Médiouna ne veut plus de la décharge
En effet, lors de la session, il y a eu plusieurs passages critiques d’élus de la majorité, notamment du PAM, et de la province de Médiouna. Ces derniers ont dénoncé le fait que la province a toujours été désignée pour accueillir ce genre de projets, mais aussi le flou qui persiste encore autour du foncier qui devra abriter cette usine.
Dans un courrier adressé en mai 2023 à la maire de Casablanca, le ministère de l’Intérieur l’avait informée que la commune d’Al Majjatia Oulad Taleb ne pouvait pas accueillir le futur CEV, car il ne correspondait pas aux orientations du plan d’aménagement de celle-ci, adopté en 2019.
« Pourquoi c’est à la province de Médiouna d’accueillir ce genre projets ? », déplore un élu du PAM, qui a assuré au président de la région que tous les élus de Médiouna refusaient ce projet.
Et d’ajouter : « Plusieurs questionnements persistent autour de ce projet. Le foncier n’existe pas encore, aucune commune ne veut de ce projet, la participation de la région ne sera pas débloquée de sitôt, et il n’existe aucune étude d’un nouveau foncier pouvant abriter le projet. Qu’est-ce que l’on va voter au juste ? ».
En réponse, Abdellatif Maâzouz avait par la suite expliqué que ce « projet sera voté pour éviter que la région ne soit la raison de son blocage. Toutefois, le déblocage de notre participation sera conditionné par l’identification du foncier notamment ».
Voté à la majorité, le projet a encore du chemin à faire
L’échange sur ce point a été houleux en public et puis en privé lors des discussions menées en privé par Maazouz. La session du 02 octobre a repris après près d’une quinzaine de minutes, à l’issue desquelles Abdellatif Maâzouz a annoncé avoir trouvé un arrangement avec les élus, apaisant ainsi les tensions.
Il a été décidé d’ajouter deux conditions au déblocage de la participation de la région à ce projet :
– Le foncier doit d’abord être identifié ;
– Le CEV peut être construit dans la province de Médiouna ou toute autre province du Grand Casablanca.
Le deuxième point permet de ne pas fixer le projet à Médiouna et laisser une échappatoire à la province. Un bon compromis politique pour débloquer l’adoption de la convention, mais qui risque par ailleurs de compliquer son application.
« Nous n’avons pas le choix, ce projet doit voir le jour à temps »
Cependant, pour M. Afilal, il est évident que ce centre sera construit à Médiouna. « A présent que la convention a été adoptée par le conseil de la région, elle doit être visée par le ministère de l’Intérieur. Une fois les participations des différentes parties débloquées, nous pourrons démarrer les travaux ainsi que le traitement du lixiviat et la réhabilitation de l’ancienne décharge, en parallèle de la construction du CEV ».
Mais la question est de savoir si ce projet sera réalisé dans les délais. Le vice-président du conseil de la ville de Casablanca, chargé du nettoiement s’est montré catégorique : « On ne peut pas se permettre d’avoir du retard. La décharge actuelle n’est encore exploitable que pour un an et demi. Contrairement à l’ancienne, c’est un système de casiers qui y est adopté. Une fois remplis, on ne pourra plus y jeter des déchets. Où est-ce que l’on mettra les 4.000 tonnes de déchets ménagers collectés quotidiennement ? Le CEV doit voir le jour à temps ».
Notons que l’usine nécessitera un investissement de 3,15 MMDH, qui sera financé de la manière suivante :
– ministère de l’Intérieur (DGCT) : 1,98 MMDH répartis sur dix ans (de 2023 à 2032), à raison de 198.2 MDH par an ;
– région de Casablanca-Settat : 272 MDH répartis sur cinq ans (de 2023 à 2027), à raison de 54,4 MDH par an ;
– commune de Casablanca : 894 MDH, financés à travers une gestion déléguée.