Gaz naturel : le Maroc accélère ses importations et prépare la montée en puissance de la demande
Les importations marocaines en gaz naturel ont enregistré une évolution annuelle de 4,5%, d’après le dernier bulletin de la société espagnole de réserve stratégique de produits pétroliers (CORES). Durant le mois de novembre 2025, le Maroc a constitué la principale destination des exportations gazières espagnoles, constituant une part de 41,5%.
En 2026, le rôle du gaz devrait évoluer alors que la demande en énergie continuera à croître, portée par de nouvelles demandes énergétiques et un contexte géopolitique incertain, dont une possible attaque américaine contre l’Iran qui pourrait bouleverser le Moyen-Orient.
Bien que plusieurs risques subsistent, S&P Global estime que la nouvelle année se matérialisera par une forte augmentation de l’offre de gaz naturel liquéfié (GNL) prévue sur le marché jusqu’à l’horizon 2030.
L’évolution de la demande nationale en gaz naturel
Au Maroc, la demande en gaz naturel est principalement soutenue par le secteur électrique. Ce dernier représente une part de 3,7% dans la consommation énergétique nationale, soit l’équivalent de 840.751 tonnes d’équivalent pétrole (TEP), mobilisant une puissance installée gazière de 860 MW en 2024.
S’agissant des approvisionnements extérieurs, sur la période allant de décembre 2024 à novembre 2025, les importations de gaz depuis l’Espagne ont totalisé 10,114 TWh, enregistrant ainsi une progression de 2,6%.
Parallèlement, la demande industrielle, notamment celle en gaz naturel comprimé (GNC), a connu des fluctuations liées à la production locale. Dans le bassin du Gharb, l’exploitation menée par la compagnie britannique SDX/ONHYM, qui approvisionnait plusieurs industriels, a vu sa production décliner progressivement. Alors qu’elle atteignait une moyenne annuelle de 50 millions de mètres cubes par le passé, elle n’a pas dépassé les 17 Mm³ en 2024.
En revanche, le gisement de Meskala continue de faire preuve de stabilité en fournissant un volume moyen d’environ 30 Mm³, exclusivement destiné à couvrir les besoins énergétiques du groupe OCP à Youssoufia.
À court terme (2026), de nouvelles alternatives sont en cours de développement pour relancer la production nationale. Parmi les projets les plus prometteurs figurent celui de Guercif, actuellement en phase de certification, et celui du Loukos, en cours de relance. Ces initiatives devraient permettre, à terme, d’augmenter à nouveau l’offre de gaz naturel pour l’industrie.

À l’horizon 2028, la concrétisation de la première phase des infrastructures gazières marquera un tournant majeur. Elle permettra de porter la demande annuelle à 5 milliards de mètres cubes. Cette hausse sera tirée par l’entrée en service de la centrale à gaz de Nador, ainsi que par la satisfaction de la demande industrielle de Mohammédia et de Kénitra, qui seront reliées via l’extension du gazoduc Maghreb-Europe (GME).
À l’horizon 2030, la demande en gaz naturel devrait grimper à 12 MMm³ grâce à la seconde phase de développement de l’infrastructure gazière. Celle-ci visera notamment à renforcer les capacités de réserve des centrales électriques à gaz et à assurer le raccordement du pôle industriel de Jorf Lasfar.
Un engagement américain à moyen terme pour le doublement de ses exportations de GNL
Certes, la production nationale ne peut actuellement satisfaire les besoins énergétiques du Maroc. Cependant, plusieurs opportunités internationales émergent et constituent justement le moteur de la feuille de route nationale du gaz (2024-2030).
L’année 2025 marque ainsi une étape importante dans l’épopée gazière de plusieurs pays africains. C’est le cas du Sénégal et de la Mauritanie, qui ont démarré la première phase d’exploitation du gisement GTA, tandis que le Sénégal s’apprête également à développer son champ de Yakaar-Teranga.
Outre-Atlantique, les États-Unis sont déterminés à consolider leur position de premier fournisseur mondial de gaz naturel liquéfié. La capacité totale de liquéfaction opérationnelle du continent américain s’élève déjà à 141,93 Mt/an. Ce chiffre considérable sera rapidement augmenté par les 85,73 Mt/an en cours de construction, avec un objectif total avoisinant 305,71 Mt/an, soit plus du double de la capacité américaine actuelle à l’échelle de 2033.
Cet engagement financier massif dans de nouvelles capacités de liquéfaction, qui se développe de manière intensive depuis une décennie à travers les Amériques, ne représente pas un simple cycle de prospérité éphémère. Il s’agit d’une transformation structurelle du marché mondial de l’énergie. Avec des centaines de millions de tonnes de nouvelles capacités prévues pour entrer en service entre 2025 et 2033, notamment dans le golfe du Mexique, le continent est en train de réécrire la carte énergétique mondiale.
C’est dans ce contexte que le Maroc entend tirer parti de cette dynamique. Grâce à sa position géographique par rapport à ces routes stratégiques du GNL, le développement des ports de Dakhla Atlantique et d’un terminal atlantique complémentaire (sur le site de Mohammédia ou de Jorf Lasfar), en plus du projet Nador West Med, permettra au pays de bénéficier de ces investissements américains massifs et de sécuriser ses approvisionnements.
Stratégie marocaine : flexibilité des approvisionnements face à la volatilité mondiale
L’essor exponentiel des terminaux d’importation et d’exportation de GNL, porté notamment par les États-Unis, ne diminue en rien la pertinence des projets de gazoduc. Pour preuve, deux banques américaines sont actuellement en pourparlers pour financer, à hauteur d’un milliard de dollars, un gazoduc transcontinental porté par des producteurs argentins.
Dans cette même dynamique, le projet titanesque du gazoduc Afrique Atlantique (GAA) prévoit une capacité de 30 MMm³ par an. Sur ce volume, 15 MMm³ seront destinés à l’Europe, tandis que l’autre moitié soutiendra la souveraineté énergétique de 13 nations, dont trois pays africains enclavés.
La viabilité économique du projet a d’ores et déjà été confirmée par des études techniques et financières réalisées par des cabinets internationaux. L’année 2026 marquera un virage stratégique avec la finalisation du financement et la boucle des décisions finales d’investissement (FID). Le début des travaux est estimé à 2027, pour une mise en service et un « premier gaz » (first gas) attendus en 2029 ou début 2030.
La première phase consistera, d’une part, à relier le Sénégal au Maroc et, d’autre part, à étendre le West African Gas Pipeline pour connecter le Nigeria à la Côte d’Ivoire. La seconde phase permettra ensuite d’interconnecter ces deux tronçons nord et sud, y compris avec les pays enclavés.
Cette dynamique s’inscrit dans un intérêt mondial continu pour le gaz en tant qu’énergie de transition. Les États-Unis, premier fournisseur mondial, illustrent cette tendance en continuant d’investir massivement dans les infrastructures d’exportation et dans l’exploration de nouveaux champs, notamment de gaz de schiste (gaz non conventionnel).
Au niveau national, l’exploration gazière au Maroc devrait poursuivre son développement. Si les projets avancent comme prévu en 2026, ils viendront renforcer davantage la stratégie marocaine du Gas-to-Power. À cet effet, la relance du champ d’Anchois pourrait jouer un rôle catalyseur. Son démarrage est susceptible d’attirer de nouveaux investissements, d’autant que la zone recèle d’autres potentiels gaziers. Ces réserves restent toutefois à confirmer par des forages, seule méthode capable de certifier la présence et la productivité réelle d’un gisement.







