Gaz naturel : le Maroc accélère ses importations et prépare la montée en puissance de la demande

Les importations marocaines en gaz naturel ont enregistré une évolution annuelle de 4,5%, d’après le dernier bulletin de la société espagnole de réserve stratégique de produits pétroliers (CORES). Durant le mois de novembre 2025, le Maroc a constitué la principale destination des exportations gazières espagnoles, constituant une part de 41,5%.

En 2026, le rôle du gaz devrait évoluer alors que la demande en énergie continuera à croître, portée par de nouvelles demandes énergétiques et un contexte géopolitique incertain, dont une possible attaque américaine contre l’Iran qui pourrait bouleverser le Moyen-Orient.

Bien que plusieurs risques subsistent, S&P Global estime que la nouvelle année se matérialisera par une forte augmentation de l’offre de gaz naturel liquéfié (GNL) prévue sur le marché jusqu’à l’horizon 2030.

L’évolution de la demande nationale en gaz naturel

Au Maroc, la demande en gaz naturel est principalement soutenue par le secteur électrique. Ce dernier représente une part de 3,7% dans la consommation énergétique nationale, soit l’équivalent de 840.751 tonnes d’équivalent pétrole (TEP), mobilisant une puissance installée gazière de 860 MW en 2024.

S’agissant des approvisionnements extérieurs, sur la période allant de décembre 2024 à novembre 2025, les importations de gaz depuis l’Espagne ont totalisé 10,114 TWh, enregistrant ainsi une progression de 2,6%.

Parallèlement, la demande industrielle, notamment celle en gaz naturel comprimé (GNC), a connu des fluctuations liées à la production locale. Dans le bassin du Gharb, l’exploitation menée par la compagnie britannique SDX/ONHYM, qui approvisionnait plusieurs industriels, a vu sa production décliner progressivement. Alors qu’elle atteignait une moyenne annuelle de 50 millions de mètres cubes par le passé, elle n’a pas dépassé les 17 Mm³ en 2024.

En revanche, le gisement de Meskala continue de faire preuve de stabilité en fournissant un volume moyen d’environ 30 Mm³, exclusivement destiné à couvrir les besoins énergétiques du groupe OCP à Youssoufia.

À court terme (2026), de nouvelles alternatives sont en cours de développement pour relancer la production nationale. Parmi les projets les plus prometteurs figurent celui de Guercif, actuellement en phase de certification, et celui du Loukos, en cours de relance. Ces initiatives devraient permettre, à terme, d’augmenter à nouveau l’offre de gaz naturel pour l’industrie.

Augmentation progressive de la demande en gaz naturel au Maroc (source : MTEDD).

À l’horizon 2028, la concrétisation de la première phase des infrastructures gazières marquera un tournant majeur. Elle permettra de porter la demande annuelle à 5 milliards de mètres cubes. Cette hausse sera tirée par l’entrée en service de la centrale à gaz de Nador, ainsi que par la satisfaction de la demande industrielle de Mohammédia et de Kénitra, qui seront reliées via l’extension du gazoduc Maghreb-Europe (GME).

À l’horizon 2030, la demande en gaz naturel devrait grimper à 12 MMm³ grâce à la seconde phase de développement de l’infrastructure gazière. Celle-ci visera notamment à renforcer les capacités de réserve des centrales électriques à gaz et à assurer le raccordement du pôle industriel de Jorf Lasfar.

Un engagement américain à moyen terme pour le doublement de ses exportations de GNL

Certes, la production nationale ne peut actuellement satisfaire les besoins énergétiques du Maroc. Cependant, plusieurs opportunités internationales émergent et constituent justement le moteur de la feuille de route nationale du gaz (2024-2030).

L’année 2025 marque ainsi une étape importante dans l’épopée gazière de plusieurs pays africains. C’est le cas du Sénégal et de la Mauritanie, qui ont démarré la première phase d’exploitation du gisement GTA, tandis que le Sénégal s’apprête également à développer son champ de Yakaar-Teranga.

Outre-Atlantique, les États-Unis sont déterminés à consolider leur position de premier fournisseur mondial de gaz naturel liquéfié. La capacité totale de liquéfaction opérationnelle du continent américain s’élève déjà à 141,93 Mt/an. Ce chiffre considérable sera rapidement augmenté par les 85,73 Mt/an en cours de construction, avec un objectif total avoisinant 305,71 Mt/an, soit plus du double de la capacité américaine actuelle à l’échelle de 2033.

Cet engagement financier massif dans de nouvelles capacités de liquéfaction, qui se développe de manière intensive depuis une décennie à travers les Amériques, ne représente pas un simple cycle de prospérité éphémère. Il s’agit d’une transformation structurelle du marché mondial de l’énergie. Avec des centaines de millions de tonnes de nouvelles capacités prévues pour entrer en service entre 2025 et 2033, notamment dans le golfe du Mexique, le continent est en train de réécrire la carte énergétique mondiale.

C’est dans ce contexte que le Maroc entend tirer parti de cette dynamique. Grâce à sa position géographique par rapport à ces routes stratégiques du GNL, le développement des ports de Dakhla Atlantique et d’un terminal atlantique complémentaire (sur le site de Mohammédia ou de Jorf Lasfar), en plus du projet Nador West Med, permettra au pays de bénéficier de ces investissements américains massifs et de sécuriser ses approvisionnements.

Stratégie marocaine : flexibilité des approvisionnements face à la volatilité mondiale

L’essor exponentiel des terminaux d’importation et d’exportation de GNL, porté notamment par les États-Unis, ne diminue en rien la pertinence des projets de gazoduc. Pour preuve, deux banques américaines sont actuellement en pourparlers pour financer, à hauteur d’un milliard de dollars, un gazoduc transcontinental porté par des producteurs argentins.

Dans cette même dynamique, le projet titanesque du gazoduc Afrique Atlantique (GAA) prévoit une capacité de 30 MMm³ par an. Sur ce volume, 15 MMm³ seront destinés à l’Europe, tandis que l’autre moitié soutiendra la souveraineté énergétique de 13 nations, dont trois pays africains enclavés.

La viabilité économique du projet a d’ores et déjà été confirmée par des études techniques et financières réalisées par des cabinets internationaux. L’année 2026 marquera un virage stratégique avec la finalisation du financement et la boucle des décisions finales d’investissement (FID). Le début des travaux est estimé à 2027, pour une mise en service et un « premier gaz » (first gas) attendus en 2029 ou début 2030.

La première phase consistera, d’une part, à relier le Sénégal au Maroc et, d’autre part, à étendre le West African Gas Pipeline pour connecter le Nigeria à la Côte d’Ivoire. La seconde phase permettra ensuite d’interconnecter ces deux tronçons nord et sud, y compris avec les pays enclavés.

Cette dynamique s’inscrit dans un intérêt mondial continu pour le gaz en tant qu’énergie de transition. Les États-Unis, premier fournisseur mondial, illustrent cette tendance en continuant d’investir massivement dans les infrastructures d’exportation et dans l’exploration de nouveaux champs, notamment de gaz de schiste (gaz non conventionnel).

Au niveau national, l’exploration gazière au Maroc devrait poursuivre son développement. Si les projets avancent comme prévu en 2026, ils viendront renforcer davantage la stratégie marocaine du Gas-to-Power. À cet effet, la relance du champ d’Anchois pourrait jouer un rôle catalyseur. Son démarrage est susceptible d’attirer de nouveaux investissements, d’autant que la zone recèle d’autres potentiels gaziers. Ces réserves restent toutefois à confirmer par des forages, seule méthode capable de certifier la présence et la productivité réelle d’un gisement.

Métaux de transition énergétique : la flambée des cours, une aubaine stratégique pour le Maroc

La tendance haussière de l’argent se confirme, mais elle ne concerne pas uniquement ce métal. D’autres métaux stratégiques devraient suivre la même trajectoire, portés par des risques croissants de pénuries d’approvisionnement et des crispations géopolitiques observées depuis janvier, qui pourraient encore gagner en ampleur dans les mois à venir.

Malgré sa position de premier producteur limitée à quelques métaux spécifiques, le Maroc bénéficie d’une diversité minière qui lui permet de tirer parti de la conjoncture favorable des marchés des métaux. Outre ses productions de cuivre, cobalt, zinc et manganèse, il développe activement de nouvelles ressources stratégiques telles que le lithium, l’étain, l’antimoine, le nickel et le graphite…

Face à la montée du protectionnisme et aux restrictions d’exportation, les cours des métaux ont connu une forte hausse. Cette tendance devrait perdurer en 2026, surtout pour le cuivre, considéré comme le nerf de l’économie, et le cobalt, essentiel aux batteries lithium-ion. De même, l’étain poursuit sa hausse, porté par les besoins en soudures électroniques pour les réseaux 5G et l’émergence rapide des data centers.

Le cuivre a dépassé le seuil de 13.000 dollars la tonne

À la Bourse des métaux de Londres (LME), le cuivre a franchi la barre des 13.000 dollars la tonne ce mardi 6 janvier 2026, confirmant une tendance haussière amorcée en novembre dernier au-delà du seuil des 11.000 dollars. Bien que le cours ait connu un léger repli ce 9 janvier pour se stabiliser autour de 13.000 dollars, le niveau demeure historiquement élevé et plusieurs indicateurs laissent présager de nouvelles envolées au cours de l’année.

Évolution des cours du cuivre dans le marché des métaux de Londres.

Selon les estimations de Bloomberg, le marché du cuivre devrait basculer en 2026 vers un déficit structurel où l’offre sera, pour la première fois, très serrée pour répondre à la demande mondiale. Ce resserrement marque une rupture avec l’année 2025 durant laquelle l’offre restait légèrement excédentaire malgré des fermetures temporaires de grandes mines ayant contenu la production. Outre les besoins liés à la transition énergétique, l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle et des centres de données crée un nouveau segment de consommation massive qui ne fait que commencer.

Au Maroc, l’année 2025 a constitué un tournant avec l’entrée en service de la mine de Tizert. Avec une projection de 110.000 tonnes, ce site permet au groupe Managem de doubler sa production nationale de cuivre. L’ambition du groupe va plus loin avec le projet de construction d’une fonderie destinée à valoriser cette production locale par la fabrication, pour la première fois dans le Royaume, de cathodes de cuivre.

La production du cuivre au Maroc est assurée par d’autres acteurs auxquels apparait la mine de Jbiel aux environs de Kelaa de Seraghna par l’entreprise Kharouba Copper Mining (KCM) qui produit environ 1.000 tonnes de concentré, alors que la mine d’Oumejrane, cédée par Managem, est actuellement objet d’un redéveloppement en vue de son redémarrage proche.

S’ajoute à cela, le projet d’une mine en cours de développement par la Compagnie minière de Touissit (CMT) sur le gisement de Tabaroucht, dans la province d’Azilal. Celui-ci devrait à son tour ouvrir une nouvelle voie de production de cuivre pour le pays.

Cobalt : une flambée des cours exacerbée par les tensions sur l’offre mondiale

Le cours du cobalt a enregistré une progression spectaculaire, passant d’environ 24.300 dollars la tonne début 2025 à près de 55.800 dollars, soit une hausse annuelle d’environ 130 %. Cette flambée s’explique principalement par les restrictions à l’exportation imposées par la République Démocratique du Congo (RDC). Bien que ce pays ait récemment levé certaines interdictions, les volumes autorisés restent très limités, laissant présager une offre mondiale contrainte tout au long de cette année.

Évolution du cobalt dans le marché des métaux de Londres.

Dans ce contexte, le groupe Managem s’apprête à lancer en 2026 sa nouvelle usine de production de sulfate de cobalt à Guemassa. Ce projet industriel permettra de mieux valoriser le minerai issu de Bou Azzer, l’unique mine de cobalt active au Maroc, en visant une capacité annuelle de 3.500 tonnes de sulfate de qualité batterie.

Cependant, contrairement à d’autres métaux stratégiques, les projets d’exploration dédiés au cobalt demeurent rares. L’exploration se concentre essentiellement sur les travaux menés par l’ONHYM, qui s’efforce de développer certains périmètres prometteurs afin de « dérisquer » l’investissement futur dans cette filière.

L’étain s’approche du seuil de 50.000 dollars la tonne

Le cours de l’étain a connu une progression significative, passant d’environ 30.000 dollars la tonne en janvier 2025 à près de 44.500 dollars, grâce à une hausse soutenue amorcée dès novembre 2025, soit une augmentation annuelle de 48 %.

L’évolution annuelle du cours de l’étain dans le marché de Londres LME.

Ce métal se caractérise par une forte volatilité due à un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande, une tension qui propulse actuellement sa valeur vers le seuil symbolique des 50.000 dollars la tonne.

Contrairement au cuivre ou au cobalt, le Maroc ne produit pas encore d’étain bien qu’il dispose, près de Khémisset, du gisement d’Achmmach. Ce site est considéré comme l’un des cinq plus grands projets d’étain non développés au monde avec des ressources estimées à 39,1 millions de tonnes à une teneur de 0,5 %, soit un potentiel de 213.000 tonnes de métal pur.

L’ancien opérateur a toutefois cédé cet actif à Xingye, une entreprise chinoise spécialisée dans les métaux non ferreux. Le repreneur devra engager un redéveloppement complet nécessitant du temps et des investissements pour la construction d’une mine souterraine, tandis que l’acquisition parallèle de la mine d’El Hammam pourrait offrir des perspectives d’exploitation à ciel ouvert.

Outre une offre mondiale restreinte, la consommation d’étain est appelée à croître avec le déploiement rapide de la 5G et le rôle stratégique que ce métal pourrait jouer dans les futures générations de batteries. Au-delà du projet Achmmach, le sous-sol marocain recèle d’autres indices prometteurs qui se trouvent encore à un stade précoce de développement.

Comment la flambée des cours des métaux stimule l’investissement dans l’exploration

À l’échelle mondiale, cette dynamique de marché est stratégique pour les juniors miniers qui retrouvent ainsi des marges de manœuvre financières. Cette conjoncture profite directement au Maroc grâce à sa diversité minière, car elle stimule l’investissement dans l’exploration d’un territoire riche en indices encore sous-explorés.

Les investisseurs s’intéressent particulièrement aux anciennes exploitations fermées ou aux sites d’activité artisanale qui constituent des cibles de départ idéales.  Si l’exploration était plus incertaine il y a quelques décennies, les chances de découvrir des gisements sont aujourd’hui décuplées par l’apport des nouvelles technologies à condition de disponibilité d’investissement financier qui, dans le secteur minier, est plus ou moins risqué.

L’utilisation de la géophysique pour détecter les anomalies en profondeur ainsi que le recours à l’intelligence artificielle pour le ciblage permettent d’optimiser les recherches et de réduire considérablement les délais d’analyse.

Pour accompagner cet essor, le ministère de la Transition énergétique devrait lancer le cadastre minier numérique avant mars 2026. Cet outil aura pour double fonction de dématérialiser les processus d’obtention des permis d’exploration auprès de l’administration et d’aider à prospecter plus efficacement les zones les plus opportunes pour la découverte de nouveaux métaux.

GNL : deux appels à concurrence internationaux pour le futur réseau gazier marocain

Après un appel à manifestation d’intérêt (AMI) achevé en juillet 2025, le ministère de la Transition énergétique et du développement durable (MTEDD) passe à la seconde étape. Il a lancé, ce vendredi 5 décembre, deux appels à la concurrence internationaux pour le développement de la première phase de l’infrastructure gazière nationale.

L’investissement prévu pour la station d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) de Nador connectée au gazoduc Maghreb-Europe (GME) s’élève à environ 273 millions de dollars. Le tronçon de gazoduc entre le GME et Mohammedia nécessitera quant à lui environ 638,7 millions de dollars, auxquels s’ajoutent 42,5 millions de dollars pour un réseau secondaire d’approvisionnement en gaz naturel des zones de Kénitra et Mohammedia, portant l’investissement total à 954,2 millions de dollars.

Compte tenu de son caractère stratégique et de son cadre en partenariat public-privé (PPP), la procédure inclut une préqualification des candidats pour un appel d’offres international restreint, conformément à l’article 4 de la loi nᵒ 86-12. Le lancement de cet appel d’offres, qui constitue la troisième étape du processus, est prévu avant le premier trimestre 2026.

Le premier appel à la concurrence vise à sélectionner les meilleurs candidats pour la conception, la construction, le financement et l’exploitation des gazoducs reliant, d’une part, le port de Nador West Med (NWM) au gazoduc Maghreb-Europe (GME) et, d’autre part, le GME aux zones industrielles de Kénitra et Mohammedia.

Le second appel concerne la location (affrètement à temps) d’un terminal gazier flottant (FSRU) pour le port de Nador. Au-delà de la fourniture du navire, l’opérateur sélectionné sera chargé de réaliser les installations techniques sur la jetée avant de les céder à l’autorité portuaire de Nador West Med.

Dans le cadre de la feuille de route gazière 2025-2030, le ministère a réalisé une étude de faisabilité pour cette première phase de l’infrastructure nationale. Le port de Nador West Med sera ainsi dimensionné pour accueillir des méthaniers de type Q-Flex, dont la capacité maximale atteint 215.000 mètres cubes, ce qui permettra d’assurer une regazéification nominale de 5,1 milliards de mètres cubes par an, extensible à 7,5 milliards en période de pointe.

Augmentation progressive de la demande en gaz naturel au Maroc (source : MTEDD).

Pour ce projet, dont le démarrage est prévu initialement à l’horizon 2027, la sélection des candidats intégrera, au-delà du respect des délais, des critères de solidité technique et financière, la transparence de leur offre et de responsabilité sociale et environnementale, afin d’en assurer la viabilité et les bénéfices durables du projet.

L’aboutissement de cette première phase, consacrant Nador comme première porte d’entrée du GNL, doit impérativement se faire dans les délais impartis. Cette célérité est indispensable pour aligner l’offre sur la demande croissante, conformément à l’orientation stratégique du Maroc qui substitue progressivement le gaz naturel aux énergies plus polluantes comme le charbon et le fioul.

La demande devrait passer de 1,2 milliard de m³ actuellement à 8 milliards de mètres cubes à l’horizon 2027, parallèlement à la conversion au gaz de plusieurs centrales (accompagnée d’une augmentation de leurs capacités). À l’horizon 2030, elle pourrait même atteindre 12 milliards de mètres cubes, année prévue pour l’ouverture du terminal Atlantique (à Mohammedia ou Jorf Lasfar) qui constituera le second point d’importation de GNL après celui de Nador.

Du charbon aux métaux stratégiques : l’évolution du modèle minier marocain depuis l’indépendance

La transition énergétique a imposé une course accélérée vers les métaux critiques et stratégiques, permettant à des pays comme la Chine et l’Australie, qui disposent de diverses réserves importantes de ces métaux, de mieux profiter de cette dynamique.

Quant au potentiel du sous-sol marocain, il n’a pas encore été pleinement exploité. Le Royaume cherche désormais à intensifier la prospection pour mieux se positionner dans cette course et permettre à son industrie d’en bénéficier, notamment dans le domaine des batteries électriques, où le pays a commencé à développer sa chaîne d’approvisionnement locale.

Il est généralement bien connu que le secteur minier est largement porté par l’industrie des phosphates, qui représente environ 90% de la valeur de la production minière. Consciente de son rôle stratégique, cette dernière tente également de se positionner dans la transition énergétique via des projets de nouvelle génération, susceptibles d’élever la chaîne de valeur des phosphates à travers des produits à haute valeur ajoutée comme le fluor, élément de base de sels de lithium des batteries.

Outre les phosphates, le secteur minier a longtemps maintenu des positions de premier plan pour plusieurs métaux stratégiques, tels que l’argent, le cuivre, le zinc, le plomb ou la barytine.

De même, le segment hors phosphate devrait lui aussi s’inscrire dans cette course. Cela permettrait, d’une part, de réduire l’écart avec l’industrie phosphatée et, d’autre part, de renforcer la souveraineté industrielle du Maroc, particulièrement dans les filières liées à la transition énergétique.

En comparaison aux phosphates, dont notre pays dispose de réserves abondantes, celles des autres minerais restent modestes ou en cours de développement. Elles représentent néanmoins une opportunité stratégique majeure grâce au déploiement de technologies de valorisation.

L’évolution historique du secteur minier marocain éclaire sa dynamique récente, impulsée par l’attractivité du pays, et permet d’envisager les conditions d’une nouvelle ère de prospérité de ce secteur.

La refondation du secteur minier après l’indépendance : gérer l’héritage colonial pour convenir à la souveraineté

Dans une logique mercantile de s’approprier des richesses naturelles, la période du colonialisme français et espagnol a permis la découverte de plusieurs exploitations minières, notamment la mine d’Imini (manganèse), Ouixane (fer), Bounjniba (phosphate), Jerada (charbon), Bou-Azzer (cobalt), Sidi Bou Othmane (zinc et plomb)…

Après l’indépendance, le défi de l’État était de faire fructifier cette activité minière pour développer le secteur industriel. La production minière était portée, outre les phosphates, par le fer avec une production qui a atteint 1,5 million de tonnes, le charbon avec une production importante à l’époque de 500.000 t. Ce dernier, en plus de fournir la demande en électricité domestique, répondait également à la demande énergétique des grandes mines.

La production minière était principalement constituée, par ordre d’importance, des ressources suivantes : fer, charbon, manganèse, plomb, zinc, cobalt, cuivre, antimoine, barytine, bentonite, argile smectitique et étain.

En ce qui concerne les exportations hors phosphates, les principaux produits générateurs de recettes étaient le manganèse, le plomb, le fer, le zinc et le charbon.

Le nombre de jours de travail du secteur minier hors phosphates était alors de près de 5,6 millions de jours, représentant environ 63% du nombre de jours de travail de l’ensemble du secteur.

En termes de valeur, les richesses minières exportées valaient presque la moitié de celle des exportations phosphatées. L’ensemble représentait presque la moitié de celle des exportations marocaines pour les premières années après l’indépendance, soit environ 64 milliards de francs.

Pour la valorisation, elle concerne trois principaux secteurs :

Dans la région d’Oujda, la fonderie de plomb d’Oued Himer, qui avait une capacité de traitement annuelle de 70.000 t, permettait de produire du concentré de plomb, des lingots d’argent, des tuyaux de plomberie, de plomb doux, des scories grises…

En ce qui concerne l’or, la découverte en 1946 de la mine de Tiouit, la seule mine active d’or du Maroc actuellement, a permis de produire une centaine de kilogrammes par année, avant la chute des réserves un an après l’indépendance. Sa relance en 1980 a permis de doubler la capacité de production de l’époque du protectorat français jusqu’en 1995. L’or a été également produit dans plusieurs mines mais comme sous-produit.

Adapter le cadre minier à de nouvelles réalités : la réforme de 1996 face à l’épuisement des ressources

À partir des années 1990, et plus particulièrement en 1996, la production de charbon a diminué de moitié, marquant le début de l’épuisement des réserves.

Cette baisse est intervenue dans un contexte où les prix de l’anthracite devaient dépasser le seuil de 40 dollars à partir des années 2000.

Parallèlement, la production de fer a chuté pour atteindre seulement une dizaine de milliers de tonnes, alors qu’elle se situait aux alentours d’un million de tonnes par an sur une longue période. Le fer ne représentait plus durant cette phase que 2,91% de la production minière, contre plus de 60% auparavant.

Face à ce changement, la structure de la production minière a évolué avec l’émergence de nouveaux minerais : la barytine (utilisée pour les boues de forage pétrolier), le zinc, le plomb et la fluorine.

Quant au charbon, malgré sa diminution en volume, sa part dans la production minière nationale a doublé, avant son déclin à partir du début des années 2000.

En raison de l’épuisement de plusieurs ressources, la valeur du secteur minier a chuté, ne représentant que moins de 30% des recettes d’exportation, désormais dominées par les phosphates. À travers le plan de développement minier de 1996, l’État a décidé de se désengager progressivement du secteur en privilégiant l’investissement privé, considéré comme plus à même de prendre les risques liés à l’exploration de nouvelles zones.

Malgré ce nouveau cadre, le secteur minier n’a pas connu de mutations significatives. Le statut des exploitations minières familiales a maintenu une production modeste, tandis que l’écart de performance avec l’industrie des phosphates n’a cessé de se creuser.

Le changement n’a débuté que récemment avec l’adoption de la loi 33-13, à travers un cadre minier très clair – malgré quelques imperfections persistantes –, spécifiant les engagements de l’État et de l’investisseur minier.

Que faut-il penser du secteur minier hors phosphates ?

Par rapport aux périodes précédentes, le secteur hors phosphates est aujourd’hui porté par le cuivre, dont la production a considérablement augmenté, et par l’argent, le Maroc étant le premier producteur africain et s’apprêtant cette année à doubler sa production. Ces deux métaux sont devenus les chefs de file de ce segment, d’autant qu’une grande partie des travaux d’exploration les ciblent principalement.

S’ajoutent à cela des travaux visant des métaux jamais produits auparavant au Maroc, comme le lithium, le graphite et les terres rares. Bon nombre de ces projets présentent un potentiel intéressant, soutenu par une ère où les technologies de prospection sont de plus en plus accessibles et par des financements attirés par la diversité du sous-sol marocain et son cadre juridique clair.

À l’horizon 2030, la région de Drâa-Tafilalet se dotera d’une grande mine produisant des concentrés de plomb et de zinc enrichis en or et en argent. Avec un investissement total prévu de 425 millions de dollars, ce projet permettra à terme de renforcer la position du Maroc sur quatre métaux et de développer une expertise en valorisation minière, grâce à des procédés déployés pour la première fois.

Si ce projet semble désormais bien engagé, d’autres peinent à se concrétiser malgré leur fort potentiel. C’est le cas de la mine d’étain d’Achmmach, aux environs de Khémisset, dont la construction n’a toujours pas démarré, malgré la flambée des prix due à la forte demande en circuits imprimés, initialement pour la technologie 4G et désormais pour la 5G.

À l’exception de la valorisation des phosphates, les projets dans ce domaine n’ont guère évolué depuis l’indépendance. On compte uniquement une fonderie de plomb à Oujda, aujourd’hui fermée, et des valorisations au complexe de Guemassa pour plusieurs métaux dont le zinc et le cobalt.

Dans le cadre de sa stratégie 2025-2030, le groupe Managem, via sa nouvelle filiale Mana Green, contribuera à réduire la dépendance aux importations d’éléments essentiels à la fabrication de batteries. Et ce, grâce à des projets de fonderies de cuivre et de valorisation du cobalt, du manganèse et du graphite.

Afin de saisir les opportunités, notamment les marges importantes générées par la valorisation, un autre projet de raffinerie de lithium est en cours de développement par un consortium regroupant le coréen LG et le chinois Yahua. Il permettra de produire pour la première fois du lithium à haute teneur, utilisable dans les industries de haute technologie, notamment pour les batteries.

Dans l’attente d’autres projets de valorisation minière, ces initiatives sont très stratégiques. Elles permettront non seulement de se positionner dans la chaîne de valeur des batteries, mais aussi de développer des compétences dans un segment dont les technologies sont largement dominées par la Chine.

Cependant, le secteur minier attend toujours une réforme qui lui insufflerait un nouveau souffle, via notamment une liste de minerais stratégiques et critiques. Cela permettrait d’orienter une partie ou la totalité de la production minière vers l’industrie nationale, et d’établir un cadre d’investissement plus éclairé, porté par des normes ESG mieux développées et en supprimant l’obligation d’obtenir une licence minière pour lancer un projet de valorisation.

Par rapport aux périodes précédentes, le financement des projets miniers est facilité ; une occasion saisie par les investisseurs étrangers, tandis que le Maroc se distingue en Afrique avec ses projets d’énergie renouvelable permettant d’ouvrir la voie aux financements verts.

Le Royaume entre ainsi dans une nouvelle ère minière. Son succès lui permettra de se prémunir contre des chocs de prix de plus en plus soudains et imprévisibles, de mieux se positionner en tant que hub régional pour les industries vertes de la transition énergétique, et de garantir sa compétitivité internationale et sa durabilité.

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PLF 2026 : Benali expose le bilan du chantier de la transition énergétique

En présence de la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, la commission des Infrastructures, de l’Énergie, des Mines, de l’Environnement et du Développement durable de la Chambre des représentants a discuté, les mardi 3 et mercredi 4 novembre 2025, le projet de budget sectoriel 2026 de la Transition énergétique.

Cette discussion a été l’occasion de discuter le bilan et le programme de ce département, dont le secteur constitue un segment stratégique sur lequel le Maroc compte énormément pour l’impulsion de son développement économique et social.

Entre réalisations, chantiers en cours et également des retards, voici où en est le chantier de la transition énergétique au Maroc.

« Je suis pro-énergie nucléaire, mais, en raison de la gouvernance que nous avons dans le secteur de l’énergie au Maroc et parce que celui-ci n’est pas encore considéré comme un secteur souverain, je ne permettrai pas que le nucléaire entre au Maroc avant que nous ayons réformé notre gouvernance. Je l’ai dit avant et je le répète : c’est la même chose pour le secteur des métaux si nous n’améliorons pas sa gouvernance », a déclaré Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du Développement durable.

La part du renouvelable dans le mix énergétique stagne malgré des investissements colossaux

Dans le domaine des énergies renouvelables, le Maroc a atteint 45% de capacités installées et vise l’objectif de 52% avant 2030, voire au-delà. En plus des engagements climatiques du Maroc, cette ambition a pour but de réduire le coût de la facture énergétique, d’encourager l’efficacité énergétique et de promouvoir la décentralisation de la production énergétique.

Depuis 2021, le gouvernement a doublé ses investissements, atteignant 800 millions de dollars annuellement, et compte désormais dépasser le milliard de dollars d’investissement. Ce montant devrait augmenter davantage si le taux de croissance atteint 6 %, a précisé Leila Benali.

Grâce à ces investissements mobilisés, la dépendance énergétique a diminué de 97% en 2008 à moins de 87 % en 2024. Jusqu’au mois d’août 2025, le gouvernement a intégré 12 gigawatts de puissance installée sur le réseau émanant d’énergie solaire, éolienne et du gaz.

Cependant, malgré ces puissances installées, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique se situait, en 2024, entre 12 et 20 % en raison de leur intermittence.

Durant l’année 2025, le ministère a autorisé 56 projets d’énergies renouvelables, représentant une capacité totale de 2,6 gigawatts. Parmi eux, 28 projets, de plus grande envergure, ont été approuvés dans le cadre de la loi 13-09 pour une capacité de 2,3 GW, tandis que les 28 autres, de plus petite taille, totalisent 338 mégawatts.

En 2026, la ministre prévoit la mise en service du projet Noor Atlas, d’une capacité de plus de 300 mégawatts, ainsi que celle de plusieurs parcs éoliens totalisant 665 mégawatts.

Récemment, le gouvernement a adopté un nouveau décret définissant les procédures administratives pour obtenir le statut d’autoproducteur. En raison de la nécessité de coordonner avec d’autres ministères, la ministre n’a pas donné d’échéances précises concernant les autres décrets d’application relatifs à l’autoproduction, qui devraient permettre le véritable démarrage de cette filière, notamment en fixant le prix de l’électricité autoproduite et les modalités de révision du seuil de 20% d’autoproduction.

Gaz naturel : lancement de l’appel d’offres d’infrastructures gazières en novembre 2025

En tant qu’énergie de transition, le gaz naturel voit sa part augmenter progressivement dans le mix énergétique marocain. Cette stratégie vise à faciliter, à terme, sa substitution par l’hydrogène vert, une fois que les technologies associées auront atteint leur maturité.

À l’horizon 2030, dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route « Gaz naturel 2024-2030« , la demande marocaine devrait atteindre 12 milliards de mètres cubes, contre 1,2 milliard actuellement, soit une multiplication par dix.

La ministre de la Transition énergétique a annoncé que l’appel d’offres relatif à la première phase de développement de la plateforme d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL) au port de Nador West Med, ainsi que les nouvelles extensions du gazoduc Maghreb-Europe vers Kenitra et Mohammedia, devraient être lancés en novembre 2025.

La ministre a également indiqué que plus de 80 entreprises avaient manifesté leur intérêt suite à l’appel à manifestations d’intérêt (AMI). Le financement de cette première phase de l’infrastructure gazière nationale devrait s’effectuer dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), dont la forme exacte est en cours de finalisation en concertation avec le ministère de l’Économie et des Finances (MEF).

En parallèle à ce projet stratégique, la loi relative au gaz naturel devrait être remise sur le circuit législatif avant la fin de l’année en cours. Très attendue, cette loi vise à offrir un cadre plus structuré, anticipant la future augmentation de la demande en gaz naturel.

Secteur minier : le cadastre minier finalisé en mars 2026

En ce qui concerne le secteur minier, les opérateurs attendent encore l’aboutissement de la réforme de la loi minière 33-13. À l’image de la loi sur le gaz naturel, Leila Benali a déclaré que cette réforme devrait entrer dans le cycle d’adoption avant la fin de l’année 2025.

Tentant d’expliquer ce retard, la ministre a indiqué que son département a pris trois ans dans le réexamen de cette loi, rappelant que parmi ses premiers dossiers après sa nomination figurait la mort de cinq mineurs à Taous suite à un effondrement d’une mine artisanale, et qu’elle assumait la responsabilité de ce retard afin que le nouveau cadre ne permette pas qu’un tel drame se reproduise.

Pour mémoire, la version d’avant-projet remise précédemment pour consultation publique contient plusieurs nouvelles dispositions notamment le statut d’employé minier, la liste des minerais critiques et stratégiques, cadre ESG mieux détaillé et développé , accompagnement de l’activité minière artisanale…

La réforme minière attendue vise particulièrement à renforcer le positionnement du Maroc sur le marché mondial des métaux critiques à travers le développement de nouvelles industries de transformation. Elle vise également à adapter les chaînes de valeur minières pour les rendre plus résilientes et intégrées, à améliorer la protection du secteur contre les fluctuations des marchés mondiaux, mais surtout à stimuler l’investissement national et international en renforçant la gouvernance et la transparence.

Afin d’encadrer davantage les exploitations minières au niveau du domaine public maritime, l’adoption du décret qui concerne les démarches pour l’obtention et le renouvellement de l’exploitation des sables et autres matériaux présents dans les cordons dunaires du littoral est imminente.

En ce qui concerne l’organisation institutionnelle, une loi-cadre, récemment examinée en commission parlementaire, acte la transformation de l’ONHYM en société anonyme. Cette mesure vise à donner un nouvel élan à l’organisme en augmentant significativement sa capacité d’investissement.

Dans le cadre de ces réformes institutionnelles, les rôles de l’Agence marocaine d’efficacité énergétique (AMEE) devront être élargis pour encadrer également l’efficacité des ressources naturelles, notamment hydriques, a annoncé Leila Benali.

Dans le cadre de la simplification des procédures et de l’octroi de plus de transparence au secteur minier, le ministère de la Transition énergétique finalise la mise en œuvre du cadastre minier national qui devrait être opérationnel en mars 2026.

À terme, il permettra de simplifier les procédures administratives, de réduire le nombre de documents demandés, en particulier aux petites entreprises minières, de réduire les délais/charges administratives, de renforcer l’efficacité dans la gestion de cette activité minière et de faciliter l’accès à l’information.

Ce cadastre permettra notamment de numériser plus de 40 procédures administratives relatives à la demande, à l’octroi et au suivi des licences minières.

L’autoproduction électrique au Maroc, une révolution au ralenti

Depuis 2021, le Maroc a accru ses investissements publics dans les énergies renouvelables, ce qui a permis d’augmenter, d’année en année, la part de ces énergies dans le mix électrique national. Cependant, l’effort public ne suffit pas et doit être impérativement complété par une mobilisation du secteur privé.

L’élément attractif principal réside sans doute dans le développement de l’autoproduction. En effet, une politique volontariste dans ce domaine ne permet pas seulement d’attirer les investisseurs du secteur de l’énergie, mais également l’ensemble des investisseurs internationaux en quête d’une destination d’investissement « verte ».

Adoptée en 2023, la loi 82-21 reste à ce jour inapplicable, en attendant les derniers textes d’application qui doivent donner le feu vert à l’autoproduction. Le décret adopté lors du dernier Conseil de gouvernement définit quant à lui les trois procédures pour obtenir le statut d’autoproducteur.

Un autre décret a été reporté, qui vise à augmenter le seuil de 20% initialement fixé par la loi 82-21.

De là, la volonté gouvernementale de donner naissance à ce statut est indiscutable, mais les retards incompréhensibles risquent de minimiser les retombées recherchées.

Après avoir présenté dans un premier article une analyse à chaud de ce décret, nous poussons le débat en décortiquant objectivement ce chantier stratégique, susceptible d’impulser une nouvelle dynamique à la stratégie nationale des énergies renouvelables.

Ce que l’autoproduction peut apporter

Dès que le décret deviendra applicable, un particulier pourra produire de l’électricité pour son foyer en suivant des procédures simplifiées si la capacité de son installation ne dépasse pas 11 kW. Cette capacité est largement suffisante pour une utilisation domestique et le pompage d’une parcelle agricole.

Théoriquement, ce déblocage du statut d’autoproducteur permettra de réduire, voire de neutraliser, la facture énergétique d’un foyer tout en assurant la conformité avec le distributeur d’énergie concerné.

Pour les entreprises, dont la demande en énergie est plus importante, elles doivent demander un accord de raccordement si la capacité installée est comprise entre 11 kW et 5 MW. Au-delà de 5 MW, une autorisation de l’administration chargée de la Transition énergétique est requise.

Théoriquement encore une fois, cette procédure permettra de promouvoir le foncier industriel vert et même des plateaux de bureaux à énergie neutre, favorisant concrètement l’attractivité du Maroc en tant que destination d’investissement. L’apparition de ce type de bâtiments contribuera à diversifier l’offre commercialisée.

Mais le statut d’autoproducteur ne se limite pas à son aspect économique. Il pourrait permettre notamment aux collectivités de promouvoir des projets de production d’énergie générateurs de revenus et d’emplois. Cependant, un obstacle majeur apparaît : le seuil de 20% est-il suffisant pour qu’une collectivité ait intérêt à investir dans de tels projets ?

Ailleurs, afin de promouvoir l’autoproduction, la France a instauré l’obligation d’achat. Par ce dispositif, les entreprises de distribution sont chargées d’acheter la production renouvelable des particuliers et des professionnels. Le prix d’achat est fixé périodiquement. Il se situe entre 0,04 et 0,0617 €/kWh pour la vente du surplus et de 0,0912 à 0,1049 €/kWh pour la vente totale, alors que le tarif de l’électricité en France avoisine les 0,20 €/kWh.

De même, le Royaume-Uni a mis en place en 2020 un dispositif nommé Smart Export Guarantee (SEG), qui impose à certains fournisseurs d’électricité de rémunérer les petits producteurs. Les prix de vente varient de 4 pences à 21 pences selon le distributeur. C’est ainsi qu’en 2024, les ménages britanniques ont perçu un total d’environ 30,7 millions de livres sterling par leur vente d’électricité autoproduite.

Plusieurs avis considèrent que l’impact de l’autoproduction sera minime, mais la réalité est tout autre. À l’image de la France, la vente de la totalité de la production (contre la vente uniquement de 20% du surplus de production au Maroc) pourrait ouvrir la voie à des opportunités socio-économiques importantes pour les collectivités territoriales, et même pour le développement de coopératives en milieu rural. Cela est d’autant plus stratégique que le milieu rural a été affaibli par sept années de sécheresse consécutives.

Capacité du réseau : un prérequis technique en cas de raccordement au réseau

Le nouveau décret a fixé les délais administratifs pour l’obtention de l’autorisation ou de l’accord de raccordement, tandis que le régime de déclaration relatif aux capacités inférieures à 15 kW non raccordées au réseau national électrique est purement déclaratif.

Si le demandeur est raccordé au réseau électrique, la procédure de raccordement de son installation d’autoproduction, dont la capacité est inférieure à 11 kW, est possible au courant basse tension. Elle est soumise à une déclaration pour la réalisation de l’installation et à une autre pour l’exploitation.

Le gestionnaire du réseau est tenu de statuer sur ces déclarations par ordre d’arrivée des demandes, et ce, en fonction des capacités du réseau. La réalisation de l’installation ne doit pas dépasser douze mois à compter de la réception de l’accord, sous peine de caducité de la déclaration.

En effet, cette capacité d’accueil n’est pas statique. En application de l’article 23 de la loi 82-21, chaque gestionnaire de réseau de distribution d’électricité (les sociétés régionales multiservices) doit communiquer la capacité d’accueil disponible dans sa zone de distribution au gestionnaire du réseau électrique national de transport (l’ONEE) au plus tard le 30 novembre de chaque année. Ce dernier procède au calcul de la capacité d’accueil et à sa mise à jour, tandis que l’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) est chargée de l’approuver et de la publier avant le 31 janvier de l’année suivante.

Concernant les installations d’une capacité comprise entre 11 kW et 5 MW, celles-ci peuvent se raccorder au réseau basse ou moyenne tension.

La procédure correspond à un régime d’accord de raccordement de la part du gestionnaire de réseau concerné. Toujours sous la condition des capacités du réseau, le soumissionnaire, pour réaliser l’équipement, doit présenter un dossier administratif et un dossier technique comprenant une étude d’impact sur l’environnement.

Cette fois, le paiement des frais de l’étude technique est la condition nécessaire pour réserver provisoirement la capacité demandée. Une fois l’équipement réalisé dans les délais prévus par la loi (ne dépassant pas 48 mois), le soumissionnaire peut solliciter l’accord pour l’exploitation.

Au-delà de 5 MW, le soumissionnaire doit demander une autorisation pour se raccorder, cette fois, soit à la moyenne, soit à la haute tension. Les obligations restent quasiment les mêmes (dossier administratif, dossier technique, réservation temporaire de capacité, demande d’exploitation).

Le décollage est-il freiné ?

Dans sa forme actuelle, le décret ouvre la voie à l’autoconsommation et conditionne la connexion au réseau en fonction de la capacité du réseau. Cet axe est important pour réduire la facture énergétique nationale, mais c’est la vente du surplus qui permettra de booster l’autoproduction au Maroc. 

Le nouveau décret ouvre également la voie aux grandes capacités pour l’accès à la moyenne et haute tension. Cependant, les installations de capacités supérieures à 11 kW nécessitent des investissements importants pour établir les procédures techniques et acquérir les équipements. D’autant que le surplus pouvant être vendu ne dépasse pas 20%, ce qui allonge considérablement le retour sur investissement. De ce fait, cela ne stimule pas une demande suffisante, ni ne favorise l’émergence de formes de financements incitatifs.

La mise en vigueur de ce décret nécessitera un délai supplémentaire de trois mois suivant sa publication au Bulletin officiel. Il serait plus pertinent que l’ANRE fixe rapidement les prix de vente du surplus, afin de donner le feu vert à cette commercialisation simultanément au démarrage de l’octroi des autorisations et des agréments ; bien qu’il s’agisse en réalité d’un « démarrage en côte« , en l’absence des autres textes d’application de la loi 82-21.

En effet, le décret nᵒ 2.25.01, dont la discussion a été reportée à une date ultérieure, permettra d’adopter un mécanisme pour revoir le seuil de 20%. Il est très attendu par les professionnels, car sa mise en œuvre effective est un facteur essentiel pour garantir la survie et le développement de l’autoproduction au Maroc.

En effet, ce décret n’ouvre pas la voie à l’augmentation systémique du seuil, mais fixe les dispositions pour négocier, au cas par cas, l’augmentation du seuil.

Également, il y manque un texte important relatif à l’installation d’un stockage d’énergie et à la possibilité de bénéficier des services de stockage conformément à l’article 15 de la loi relative à l’autoproduction. La mise en œuvre de stockage permettra d’augmenter les capacités d’autoconsommation au Maroc.

Il reste cependant les seuils de capacité nominale prévus par l’article 7 de la loi 82-21, à savoir le seuil maximum pour le raccordement d’une installation au réseau moyenne tension et celui pour le raccordement à la haute tension.

À ce jour, la loi 82-21 compte deux décrets d’application majeurs, notamment sur les compteurs intelligents, les certificats d’origine et, avec ce nouveau texte, les procédures pour devenir autoproducteur. Le législateur a fixé un délai de quatre ans pour compléter l’ensemble des textes d’application. Avec la cadence de l’adoption de ces trois textes d’application, ce délai déjà élargi suffira-t-il ?

Le temps gouvernemental suffira-t-il à parachever l’ensemble des textes d’application restants pour finaliser ce cadre d’autoproduction ? Les limites de l’offre actuelle peuvent-elles vraiment encourager l’autoproduction ? Une volonté institutionnelle n’est-elle pas nécessaire pour donner plus de liberté à l’autoproduction ?

Ce qu’il faut savoir sur l’autoproduction au Maroc :

Mines. Le zinc, un atout stratégique pour le Maroc à l’heure de la transition énergétique

Le prix du zinc continue d’augmenter depuis avril, aux côtés de celui du cuivre, lequel n’est pas loin de ses sommets historiques en raison des perturbations d’approvisionnement dans les grandes mines.

Selon une analyse récente de Bloomberg, la Chine, qui cumule les plus grandes capacités des fonderies, devra accroître davantage ses parts de marché.

Grâce à ses propriétés physiques, le zinc intègre plusieurs segments de l’industrie verte et se positionne comme un métal stratégique de plus en plus demandé par plusieurs industries (transport, énergie, chimie, alliages…). Dans les énergies renouvelables, sa dimension stratégique se manifeste avec force :

Ces chiffres illustrent l’évolution de la demande future et la criticité potentielle du zinc. Dans cette course, le Maroc, avec ses importantes réserves de zinc, dispose d’un atout minier stratégique. Ce potentiel demeure paradoxalement dans l’ombre, nécessitant d’être hissé au rang de pilier de sa souveraineté industrielle et énergétique.

Précédemment, nous avons exploré le potentiel de plusieurs minerais critiques pour renforcer la souveraineté industrielle du Maroc, parmi lesquels le lithium, le manganèse, le cobalt, le cuivre, le nickel et l’antimoine. Nous nous intéressons désormais au zinc, un minerai qui, malgré son abondance, est classé comme critique par les États-Unis et le Royaume-Uni.

Le zinc marocain : une production minière qui ne reflète pas sa vraie valeur

Le Maroc abrite d’importants gisements de zinc et se classe au 4ᵉ rang des producteurs africains. Le groupe Managem est le principal producteur de zinc au Maroc, avec une production qui a totalisé 37.376 tonnes de zinc provenant de ses mines de Draa Sfar, de Koudiat Aicha et de Hajar.

De son côté, la Compagnie minière de Touissit (CMT) assure une production annuelle d’environ 3.110 tonnes de concentré de zinc à partir de sa mine de Tighza, située près de la ville de Mrirt.

La production marocaine de zinc ne se limite pas à ces grandes mines ; elle est également assurée par d’autres petites exploitations et par une activité minière artisanale dans les régions du Tafilalet et d’Errachidia. Cette activité est gérée par la Centrale d’Achat et de Développement de la Région minière du Tafilalet et de Figuig (CADETAF). Cependant, pour ces types d’exploitation, y compris dans le cas de la CADETAF, le problème de la commercialisation se pose en l’absence d’une valorisation chimique du produit.

Au-delà des exploitations ouvertes, le Maroc recèle un potentiel important non encore découvert, qui se manifeste par une centaine d’indices miniers dans le Centre et le Nord, et principalement dans le Sud-Est marocain.

Carte montrant la répartition des indices de zinc dans le sous-sol marocain (source : données MTEDD).

Situé aux environs de Tinejdad, le projet polymétallique de Boumadine, en cours de développement par Aya Gold & Silver, recèle, outre des ressources argentifères, une minéralisation plombo-zincifère estimée à 615.000 tonnes de zinc, associées à un potentiel de 76,8 millions d’onces d’argent.

Enfin, dans le cadre de sa stratégie de promotion minière, l’ONHYM promeut cinq projets miniers abritant des minéralisations zincifères, dont le gîte de Tiouli dans la région de l’Oriental, qui abrite des ressources estimées à 2.950.000 tonnes à une teneur de 2,4 % d’équivalent zinc.

La valorisation, le puzzle manquant de la chaine de valeur du Zinc

Le zinc est au cœur de plusieurs segments de l’industrie, allant de la construction à l’automobile, en passant par les engrais, l’électronique et les énergies renouvelables… 

La recherche scientifique estime également que ce métal, souvent dans l’ombre, pourrait être la clé d’une nouvelle technologie de batteries à base de manganèse et de zinc aussi efficiente que celles au lithium-ion.

Si ces utilisations multiples et la production nationale importante offrent de nombreuses opportunités de développement pour l’industrie nationale, l’absence d’une fonderie dédiée à ce métal empêche de saisir ces débouchés. En effet, l’industrie, notamment celle de haute technologie, nécessite des formes purifiées plutôt que des concentrés pouvant contenir des impuretés et dont la teneur est faible, obligeant ainsi à orienter l’ensemble de la production vers l’exportation.

De plus, la valorisation ouvre la voie à la récupération d’autres sous-produits mieux monétisés et très prisés mondialement, comme l’indium, le gallium, le germanium et d’autres sous-produits tels que le cuivre, l’argent et l’acide sulfurique

Actuellement, le prix du concentré est aux alentours de 450 dollars par tonne à la bourse de Shanghai. À l’image de plusieurs métaux, la valorisation du métal permet d’augmenter les marges de bénéfices, d’autant que le prix du produit raffiné stagne actuellement autour de 3. 150 dollars par tonne selon la Bourse des métaux de Londres (London Metal Exchange), soit sept fois le prix du concentré.

Courbe des prix du zinc raffiné négocié à la Bourse des métaux de Londres (LME).

En mars 2022, son prix a soudainement dépassé le seuil de 4.000 dollars la tonne en raison de perturbations dans la production. La suspension de la production des grandes mines et les réductions de production dans les fonderies, combinées à l’augmentation des coûts de traitement, ont créé des tensions sur le marché.

Un autre aspect de la valorisation réside dans le recyclage des déchets électroniques, qui s’avère avantageux dans le cas du zinc, car ce métal peut être recyclé à l’infini sans perdre ses propriétés chimiques ou physiques.

Dans le cadre de la mise en œuvre du 1ᵉʳ corridor africain OTC (Opérer, Transformer, Certifier), le ministère de la Transition énergétique a récemment annoncé la mise en place imminente d’une plateforme numérique qui permettra de rendre le secteur minier national plus intégré, en créant un espace pour relier les infrastructures, les institutions financières et les unités industrielles et de transformation.

Si le prix actuel du zinc ne permet pas de pleinement visualiser les opportunités offertes à l’industrie, la prochaine réforme de la loi minière permettra de créer un cadre plus propice à l’investissement dans les unités de valorisation, en exemptant ces projets de la nécessité d’avoir une licence minière.

De plus, la création d’une commission qui fixera périodiquement la liste des minerais critiques et stratégiques donnera droit à l’administration des mines d’imposer aux entreprises minières de consacrer tout ou partie de leur production de minéraux stratégiques et critiques à la satisfaction des besoins de l’industrie nationale.

Le Maroc minier entre dans l’ère de la valorisation et de la transition énergétique

Le secteur minier marocain a récemment évolué, non seulement en exploration et exploitation, mais aussi en valorisation minière. Cette dynamique est parallèle à un marché mondial de plus en plus demandeur de matières premières et à un tissu industriel national qui migre de plus en plus vers les hautes technologies, notamment celles des batteries électriques.

À cela s’ajoute une loi minière claire qui encadre les droits et les obligations de l’entreprise minière et de l’État. Cet engagement mutuel est d’autant plus pertinent qu’une réforme est en cours pour mettre à profit les acquis et renforcer l’attractivité et la compétitivité du secteur, notamment en promouvant une exploitation minière verte et sobre en carbone.

Cependant, il est également vrai qu’à ce jour, les bénéfices du secteur minier sont largement dominés par l’industrie des phosphates. Si le secteur minier hors phosphates était auparavant figé dans la simple extraction, l’ensemble des entreprises minières, y compris les petites et moyennes entreprises (PME), ont désormais assimilé l’enjeu stratégique de la valorisation. Cette dernière permet de mieux monétiser le produit extrait, mais aussi de pérenniser la durée de vie de leur entreprise, notamment via la valorisation chimique.

La période récente a vu le lancement de nouveaux projets miniers ambitieux, qui témoignent d’une évolution stratégique et profonde du secteur. Si l’on prend l’exemple de la Chine, sa force ne réside pas seulement dans le nombre important de ressources minières, mais également dans son savoir-faire en valorisation et raffinage des minerais, à l’instar du lithium.

Panorama des principaux acteurs de l’industrie

Au-delà du secteur des phosphates, le paysage minier marocain s’est élargi et diversifié. Il est largement dominé par de petites exploitations, les grandes mines étant pour le moment peu nombreuses et principalement opérées par le groupe Managem. Ce dernier est actif dans l’extraction de l’argent à Imiter, du cuivre à Bleida, Akka et Tizert, ainsi que du cobalt à Bouazzer, et du plomb et du zinc à Drâa Sfar et Hajjar.

La répartition des principales mines du Maroc.

 

La Compagnie Minière de Touissit (CMT) exploite le gisement de Tighza, près de Mrirt, qui est le plus important gisement de plomb argentifère du pays.

Cédée par Managem, la société Purple Hedge, devenue Ayrad Group, redéveloppe actuellement la mine de cuivre d’Oumejrane, près de Zagora, en vue d’une reprise prochaine de l’activité.

Près de Marrakech, la société Kharrouba Copper Mining extrait du cuivre en quantités modestes, mais dispose d’un potentiel prometteur pour le cobalt.

En ce qui concerne l’or, la mine de Tiouit maintient une faible production grâce au retraitement d’anciens résidus miniers, ce qui en fait actuellement la seule mine d’or en activité au Maroc.

À ces sites s’ajoutent deux grands projets miniers aux réserves certifiées, mais dont l’ouverture reste en suspens. Le premier projet concerne la mine d’étain d’Achemmach, que l’opérateur initial, Atlantic Tin, a récemment décidé de céder au groupe chinois Xingye pour des raisons financières.

Le second concerne la mine de potasse de Khémisset, dont le projet est bloqué en raison de la non-conformité de l’étude d’impact environnemental présentée par la compagnie britannique Emmerson. Cette dernière a décidé, en mai 2025, de lancer une procédure d’arbitrage contre le gouvernement devant le CIRDI.

La transparence : facteur clé de la réussite pour Aya Gold & Silver

Cotée à la Bourse de Toronto, la compagnie minière canadienne Aya Gold & Silver a su s’intégrer parfaitement au contexte minier marocain. Son investissement permanent dans la mine de Zgounder a non seulement permis de relancer la mine, mais cette relance portera également ses fruits en production nationale dès cette année par le doublement de la production d’argent au Maroc.

L’ascension rapide de la compagnie canadienne s’est accompagnée d’une transparence de l’ensemble de ses activités. Depuis 2020, Aya a produit plus de 10 millions d’onces d’argent et a foré 231.000 mètres, ce qui a permis de déchiffrer l’empreinte minière du gisement.

Cette année, elle compte produire 5 millions d’onces d’argent, soit la moitié de sa production des cinq dernières années, et ce, grâce à la mise en service rapide et réussie de son usine de traitement.

La structure initiale de la mine de Zgounder comporte des réserves d’au moins 100 millions d’onces d’argent, ce qui permet une durée de vie initiale de 11 ans, tandis que d’autres perspectives de développement se concrétisent.

À Zgounder, les travaux d’exploration ont déjà identifié plusieurs cibles prometteuses nécessitant des développements supplémentaires pour révéler leur plein potentiel. Certaines ont par ailleurs démontré des indices intéressants en argent, mais aussi en cuivre et en or, permettant d’augmenter la durée de vie initiale de Zgounder.

En 2024, Aya a réalisé 39,1 millions de dollars de revenus tirés des ventes d’argent de Zgounder et a consacré jusqu’à 30 millions de dollars aux travaux d’exploration et de mise en valeur de ses projets.

Aya est en train de finaliser un rapport technique mis à jour sur Zgounder. Elle y inclut une mise à jour des ressources, ainsi qu’un nouveau plan minier qui intégrera à la fois les activités à ciel ouvert et souterraines.

De même, la compagnie prépare, avant la fin de l’année, une évaluation économique préliminaire (PEA) pour estimer la viabilité de son deuxième projet minier prévu au Maroc.

La réussite d’Aya a montré la voie à d’autres investisseurs miniers canadiens qui se sont associés à Aya dans le cadre d’une nouvelle entité dédiée à l’exploration de l’or, Mx2mining. Aya conserve une participation majoritaire de 42% dans ce projet. Actuellement, Mx2mining travaille sur l’acquisition de nouveaux portefeuilles miniers aurifères.

Managem œuvre à intégrer davantage le secteur minier à l’industrie nationale

De son côté, le groupe Managem a orienté sa stratégie en faveur d’une intégration industrielle, concrétisée par la création en 2025 d’une nouvelle filiale : Mana Green. Cette entité valorisera les minerais essentiels à la transition énergétique. Elle mobilisera des investissements massifs pour renforcer l’approvisionnement local et rendre compétitives les industries de batteries en cours de développement.

Elle vise notamment à redynamiser la Stratégie industrielle 2030 en sécurisant l’approvisionnement en métaux stratégiques essentiels à la transition énergétique, notamment ceux utilisés dans la fabrication de batteries.

Dans le cadre de cette stratégie, le groupe minier marocain s’apprête à ouvrir pour la première fois la voie à l’exploitation du graphite aux environs de Marrakech, un minerai de base pour la fabrication des anodes de batteries électriques.

Ce projet s’accompagnera du développement, avec l’ONHYM, du premier projet d’exploration avancée des terres rares. Bien qu’à un stade encore précoce pour une exploitation, les indices découverts sont prometteurs.

Pour Managem, la future mine de Tizert permettra de doubler la capacité de production minière en cuivre. La nouvelle mine intègre les dernières technologies, notamment par l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) visant à améliorer les performances des machines et l’optimisation permanente des processus et du stock (avec le déploiement du premier jumeau numérique [Digital Twin] minier au Maroc). Cette mine matérialise la production durable par la réutilisation des eaux non conventionnelles d’Agadir et l’intégration des énergies renouvelables au réseau.

Auparavant, le Maroc produisait du concentré de cuivre que l’industrie ne pouvait pas utiliser directement sans traitement, obligeant ainsi les industriels à importer pour satisfaire leur demande en cathodes ou fils de cuivre.

À cette fin, l’étude de faisabilité du projet de la première fonderie de cuivre est en voie d’achèvement, avant le lancement de la construction qui nécessitera un investissement important de 10 à 15 milliards de DH.

Au terme de la Stratégie 2030, Managem devrait débloquer de nouvelles exploitations de minerais essentiels pour les industries, notamment deux projets de graphite (en cours de certification) et de terres rares (si les réserves de ces dernières s’avèrent économiquement exploitables).

De plus, cette valorisation en aval permettra de mieux contrôler la chaîne d’approvisionnement de plusieurs minerais stratégiques comme le cuivre, le cobalt, le manganèse et le graphite, offrant une marge de bénéfice importante pour Managem, renforçant la compétitivité de l’industrie nationale et favorisant la commercialisation des produits des petites exploitations minières.

Le groupe OCP développe de nouveaux horizons stratégiques

Fort de ses grandes réserves de phosphates, le groupe OCP développe de nouvelles orientations stratégiques axées sur la haute valorisation. Il est capable d’augmenter sa production d’acide phosphorique pour l’utiliser dans les composés des batteries électriques, notamment la technologie LFP (Lithium-Fer-Phosphate).

InnovX, filiale de l’UM6P, est au cœur de cette démarche et pilote deux projets stratégiques visant à exploiter les sous-produits non commercialisés : Fluoralpha pour la production du fluor et Uranext pour l’extraction de l’uranium contenu dans les phosphates.

Le développement mené par Fluoralpha a déjà mené au lancement de trois projets de production de produits fluorés, dont un partenariat notable avec le chinois Tinci pour la fabrication du sel de lithium. Parmi les autres pistes explorées, l’extraction des terres rares à partir du phosphogypse, un sous-produit de la production phosphatée. La société Rainbow Rare Earths a d’ailleurs signé un accord-cadre avec OCP et l’UM6P en août 2022 pour étudier cette technique.

Toutefois, ce programme nécessitera un délai plus long en raison de la faible teneur en terres rares dans les phosphates sédimentaires et de la complexité du processus, dont chaque étape doit s’avérer économiquement viable.

Enfin, bien que ces projets soient stratégiques, leur concrétisation dépendra non seulement des investissements mobilisés, mais aussi du développement de ressources humains qualifiés et l’acquisition des licences de technologies de production, souvent détenues par la Chine.

Qu’en est-il de la petite exploitation minière ?

Si les grandes entités citées réalisent des travaux importants, le secteur minier reste majoritairement dominé par la petite exploitation. Celle-ci peine souvent à commercialiser ses produits à un prix équitable, ce qui compromet la viabilité économique de ses projets et favorise la spéculation, entraînant une sous-valorisation du minerai.

Le développement récent des projets de valorisation devrait offrir de nouvelles perspectives. Il permettra aux petites et moyennes exploitations de mieux commercialiser leurs produits, en particulier pour celles qui détiennent des minerais stratégiques et critiques.

Un des atouts majeurs de la prochaine réforme de la loi sur les mines est d’ailleurs de donner aux entreprises le droit d’obtenir des licences de valorisation sans l’obligation de posséder une licence d’exploitation minière.

Actuellement, la commodité la plus prisée au Maroc est l’antimoine. L’incertitude géopolitique mondiale a conduit à une ascension record de son prix, passant de 5.500 dollars la tonne en 2019 à un prix de 56.000 dollars la tonne en septembre 2025, soit une multiplication par dix. Alors que ce métal est principalement exploité par les petites exploitations minières marocaines à ciel ouvert, plusieurs investisseurs étrangers s’intéressent davantage à ce type d’exploitation, car ils estiment que le marché sera de plus en plus demandeur.

Cependant, comme pour les autres minerais, l’exploitation du minerai brut seul n’est pas opportune en l’absence de valorisation et de raffinage. Le développement de cette commodité, en plus du cuivre et de l’argent, peut également ouvrir la voie à l’industrie des panneaux photovoltaïques.

Le Maroc n’exploite pas encore pleinement l’énorme potentiel de la valorisation minière. L’engagement du pays envers la neutralité carbone est un atout additionnel qui permettra aux minerais marocains d’être plus compétitifs sur le marché international.

À cet effet, le ministère de la Transition énergétique et du développement durable (MTEDD) mettra en œuvre prochainement une plateforme numérique pour son projet de premier corridor africain « Origine, Transit, Certification » (OTC).

Après l’avoir initialement déployée pour ses propres mines, le ministère étendra cette plateforme à l’échelle africaine, permettant ainsi aux exploitations minières du continent de bénéficier de son écosystème intégré, qui comprend les infrastructures, les institutions financières, ainsi que les unités industrielles et de transformation.

Tendrara et au-delà, ce qu’il faut retenir des projets de développement gazier au Maroc

Le démarrage imminent du champ de Tendrara devrait ouvrir la voie à de nouvelles découvertes gazières. Ce jalon est stratégique, non seulement pour maintenir la dynamique d’exploration, mais aussi pour convaincre les compagnies pétrolières, en particulier les majors, de venir investir au Maroc.

En parallèle à cette découverte, le Maroc a choisi le gaz naturel comme énergie fossile de transition, car il est moins émetteur de gaz à effet de serre et substituable à terme par l’hydrogène vert, une fois que ce dernier aura atteint sa maturité.

Dans le cadre de la feuille de route Gaz naturel (2025-2030), la demande en gaz naturel devrait passer de 1,2 milliard de mètres cubes actuellement à 8 milliards de mètres cubes à l’horizon 2027. Cette augmentation coïncidera avec la mise en service du port Nador West Med et la migration (ainsi que l’augmentation de capacité) de plusieurs centrales vers le gaz.

La demande atteindrait même 12 milliards de mètres cubes à l’horizon 2030, année prévue pour l’ouverture du Terminal Atlantique (à Mohammédia ou Jorf Lasfar), le second point d’importation de GNL après celui de Nador.

Augmentation progressive de la demande en gaz naturel au Maroc (source : MTEDD).

Ainsi, cette demande, qui devrait être multipliée par dix d’ici 2030, impose de sécuriser les ressources, d’autant que l’approvisionnement en gaz est actuellement de plus en plus complexe.

L’importance stratégique du gazoduc Afrique Atlantique

Avec la mise en service du champ de Tendrara, il est évident que sa production ne pourra couvrir la demande actuelle, car il ne devrait livrer que 400 millions de mètres cubes annuellement après la finalisation de la phase 2.

Le Maroc mise sur le gazoduc Afrique Atlantique pour couvrir l’augmentation de sa demande en gaz à l’horizon 2030. Avec la création récente d’une entreprise dédiée au projet, le gazoduc Nigeria-Maroc se dirige vers la structuration finale du projet et la sécurisation des financements.

Les projets de développement de l’infrastructure nationale gazière prévue par la feuille de route actualisée de gaz naturel (2025-2030).

À cet effet, les décisions finales d’investissement (FID) de la première phase du projet (1A et 1B) sont attendues d’ici fin 2025 ou début 2026 pour un « first gas«  (première alimentation en gaz) prévu entre 2029 et 2030.

Cette première phase concerne le lancement simultané de la construction du tronçon sud (qui relie le Nigeria, le Ghana et la Côte d’Ivoire) et celle du tronçon nord (Sénégal, Mauritanie et Maroc). Grâce au gazoduc Maghreb-Europe (GME), le tronçon nord devrait ainsi assurer une liaison au réseau européen d’ici 2030 au plus tard en attendant la connexion progressive avec les tronçons du centre et du sud.

Durant le World Power-to-X Summit, tenu les 1ᵉʳ et 2 octobre 2025, Oumy Khaïry Diao Diop, secrétaire permanente à l’Énergie de la République du Sénégal, a indiqué que le Sénégal est mobilisé pour développer les infrastructures gazières, parmi lesquelles figure le projet de gazoduc Afrique Atlantique qui va permettre de commercialiser avantageusement le gaz qui est produit avec la Mauritanie au niveau du champ offshore GTA.

Gaz de Tendrara : cap sur l’augmentation des réserves

Les réserves de gaz du champ de Tendrara pourraient augmenter, car plusieurs structures potentielles n’ont pas encore été complètement décryptées.

Historique des puits forés dans les licences d’Anoual et de Tendrara.

Mana Energy, l’opérateur du projet, mise sur deux prospects pour potentiellement débloquer des ressources probables estimées entre 12 et 25 milliards de mètres cubes (selon des estimations de succès moyen et faible).

À cette fin, Mana Energy prévoit de forer deux puits d’exploration : SBK-1 (sur la licence de Tendrara) et M5 (sur la licence d’Anoual). Des négociations sont actuellement en cours pour obtenir une nouvelle plateforme de forage, dans l’attente des autorisations du ministère de la Transition énergétique.

Capitalisant sur la découverte faite à Tendrara, le forage M5 dans la licence d’Anoual vise une structure piège similaire située dans le même réservoir appelé TAGI. Ce réservoir argilo-gréseux est l’équivalent de celui qui a donné lieu à d’énormes champs gaziers en Algérie. Bien que les chances de succès y soient plus modestes, une découverte gazière pourrait débloquer un potentiel d’au moins 9 milliards de mètres cubes de gaz initialement en place (ressources probables non encore découvertes).

La structure du prospect M5 dans la licence Anoual présente les mêmes caractéristiques que celles des découvertes de gaz au niveau de Tendrara.

Cependant, le puits SBK-1, situé dans la licence de Tendrara, présente de plus grandes chances de réussite. Il avait déjà produit du gaz en surface lors de tests réalisés en 2000, mais dans un emplacement jugé sous-optimal.

À la suite d’une réévaluation, le nouvel emplacement de forage devrait cibler un réservoir gazeux beaucoup plus prometteur. En cas de succès, ce puits présente un potentiel de gaz récupérable d’au moins 3,9 milliards de mètres cubes.

Le potentiel prometteur des licences offshore Lixus et Rissana

De son côté, la compagnie britannique Chariot met en œuvre une nouvelle stratégie qui vise un développement redimensionné du champ d’Anchois pour une mise en exploitation accélérée. De plus, elle a initié un processus de farmout pour les licences offshore Lixus et Rissana, ainsi que celle de Loukous en onshore, afin de trouver un nouveau partenaire pour relancer et redynamiser l’exploration gazière au Maroc.

Au sein de la licence de Lixus, et plus près de la côte, le prospect gazier d’Anguille représente un potentiel de 14 milliards de mètres cubes. Il est en attente d’un forage qui permettra de prouver la présence et l’exploitabilité du gaz. Si cette découverte est confirmée, elle pourrait constituer une source d’approvisionnement additionnelle en gaz qui permettrait de mieux valoriser le champ d’Anchois.

Dans la licence Rissana, Chariot examine deux prospects. Le premier, situé au niveau d’un cône alluvial du même âge que celui d’Anchois, et le second, situé au large de Kénitra, ciblent des réservoirs d’âge plus ancien. Tous deux présentent un potentiel de plusieurs milliards de mètres cubes d’hydrocarbures, mais seul le forage permettra de confirmer leur présence et leur exploitabilité.

Rappelons que le changement de statut de l’ONHYM en société anonyme permet à cet organisme, auparavant limité à un rôle de promotion, d’endosser une fonction plus active en investissant dans des projets d’exploration et en partageant les risques. Cette évolution devrait encourager davantage d’opérateurs à investir au Maroc.

Ce qu’il faut retenir : 

Leila Benali : « Le port de Nador West Med sera le premier point d’entrée du GNL au Maroc »

Avant l’inauguration officielle de la 5ᵉ édition du Power-to-X Summit, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, a accordé une interview à l’émission podcast PTX Visionaries. Elle y a dressé un bilan chiffré des principaux acquis du Maroc en matière de transition énergétique.

« Lorsque ce gouvernement a démarré en 2021, nous avons mené un exercice très simple : déterminer les chiffres nécessaires pour investir dans les infrastructures énergétiques – réseaux, gaz, etc. – afin de maintenir une croissance business as usual, simplement pour garder les lumières allumées et le carburant dans les voitures », a déclaré Leila Benali.

Partant de ce diagnostic, la ministre a indiqué que le Maroc « avait triplé ses investissements annuels dans l’ensemble des chaînes de valeur : réseaux, stockage, infrastructures gazières… »

« Avant 2021, nous investissions environ 400 millions de dollars par an. Depuis 2021, ce rythme dépasse un milliard de dollars annuellement, aussi bien dans les grands projets que dans les projets de moindre envergure », a-t-elle précisé.

 

Énergies renouvelables : quel bilan ?

S’appuyant sur la stratégie énergétique royale lancée en 2009, la ministre a résumé les progrès autour d’un « triangle très simple » :

« Je crois en un concept économique très simple : les économies d’échelle. Si nous réalisons un choc d’investissement dans notre système, nous pourrons garantir des projets d’infrastructures et d’énergies renouvelables à grande échelle qui réduiront les coûts », a-t-elle expliqué.

« Aujourd’hui, le coût de l’électricité au Maroc avoisine 100 dollars le mégawatt-heure. Celui des renouvelables, en particulier dans le sud du pays, est très compétitif. Lors des derniers appels d’offres, nous avons observé des prix nettement inférieurs à 40 dollars par MWh », a ajouté Leila Benali.

« Lorsque nous aurons atteint 52 % de capacité issue des renouvelables – et nous y parviendrons avant 2030 –, il faudra gérer l’intermittence. Cela ne pourra pas se faire avec du charbon ou d’autres combustibles fossiles », a-t-elle souligné.

Gaz naturel : précisions sur l’AMI et le GNL

La ministre a insisté sur le rôle stratégique du gaz pour l’économie nationale : « Toutes les pièces du puzzle se mettent en place pour que le gaz joue son rôle, non pas comme une simple énergie de transition, mais pour qu’il joue son rôle dans notre tissu économique et social. »

Concernant l’infrastructure d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL), une décision a été prise : « Le port de Nador West Med sera le premier point d’entrée du GNL au Maroc. J’espère pouvoir partager de bonnes nouvelles le 1ᵉʳ octobre au Power-to-X, au sujet des derniers appels d’offres et de la loi sur le gaz. »

En avril 2025, le ministère de la Transition énergétique a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le développement de l’infrastructure gazière nationale. La prochaine étape sera le lancement d’une demande de cotation durant le troisième trimestre de 2025 et qui sera suivie par l’appel d’offres prévu pour le premier trimestre de 2026.

Abordant le gazoduc Atlantique Afrique (GAA), la ministre a confirmé l’avancement accéléré du projet : « La plupart des études techniques et environnementales sont achevées. Concernant les ‘quicks wins‘ avec nos premiers partenaires, le Sénégal et la Mauritanie, les discussions sont également très positives. Ils réfléchissent à la meilleure façon de monétiser leurs ressources et il est plus économique d’exporter son gaz par pipeline que d’avoir recours à des unités flottantes de GNL, très coûteuses »

Leila Benali a également souligné l’ambition du Maroc de faire de Dakhla un hub énergétique régional : « Nous voulons que la région devienne un centre majeur, non seulement pour l’énergie, mais aussi pour l’acier vert. Nous avons aussi lancé la stratégie du corridor OTC dans le secteur minier, afin de positionner le Maroc comme corridor de premier plan pour l’origine, le transit et la certification des minéraux stratégiques et critiques ».

La course à l’hydrogène vert : naviguer entre rupture technologique et complexité du marché

La ministre a ensuite évoqué l’hydrogène vert : « L’autre choc d’investissement dont nous avons besoin est celui que nous procure l’offre hydrogène vert, fournie ou d’autres grands projets d’infrastructure comme la Coupe du monde de football… »

Elle a détaillé l’approche marocaine, insistant sur la prudence et le partenariat public-privé : « La manière dont l’offre marocaine en hydrogène vert est structurée vise à ce que l’État prenne des risques éclairés, de concert avec le secteur privé, et que nous avancions main dans la main, de manière graduelle. Il faut rester prudent face aux évolutions technologiques, car dans la plupart des chaînes de valeur des cleantech, la Chine détient déjà 70 à 80% des parts de marché« .

La diversification des risques est au cœur de la stratégie, ainsi que l’importance des négociations internationales : « C’est pourquoi, pour l’hydrogène vert, nous avons présenté une gouvernance spécifique l’année dernière. Les discussions avancent très bien avec les entreprises sélectionnées, et d’autres viendront. L’objectif est de diversifier les risques : géographiques, technologiques et commerciaux. »

En conclusion, Leila Benali a fixé un objectif clair en matière d’échelle : « L’essentiel est de créer un écosystème et des économies d’échelle. Si nous parvenons à construire ne serait-ce qu’une fraction des 20 GW de capacité d’électrolyse prévus, en mutualisant les risques de ces projets, ce sera un succès majeur. »

Gaz naturel. Energean justifie son retrait du projet d’Anchois et évoque un retour au Maroc

Dans un entretien accordé à la plateforme Petroleum Economist en marge de l’événement Africa Invest, organisé à Paris les 11 et 12 mai 2025, Mathios Rigas, PDG et actionnaire principal d’Energean, a indiqué un possible retour de la compagnie au Maroc. Cette annonce intervient après la rétrocession par Energean de ses parts dans les blocs offshore Lixus et Rissana, situés au nord du Maroc, en raison de résultats jugés insatisfaisants.

En Afrique, et plus particulièrement en Égypte où Energean est déjà présent, Mathios Rigas a confirmé que la compagnie envisageait également un retour au Maroc. Il a d’ailleurs souligné que le Royaume constitue un terrain d’opérations idéal en Afrique du Nord. Bien qu’aucun pays n’ait été spécifiquement cité, le PDG d’Energean a fait savoir que la compagnie devrait décider du choix d’un nouveau projet africain dans les prochains mois.

Rigas a précisé que la société continuait d’évaluer des opportunités en Afrique du Nord, et ce, malgré la rétrocession récente de ses actifs offshore marocains à Chariot. Toutefois, son attention se porte désormais plus activement sur l’Afrique de l’Ouest, région qui présente selon lui un potentiel de croissance majeure.

« Nous disposons d’un atout unique, qui s’avérera très précieux pour l’Afrique de l’Ouest, mais aussi pour l’ensemble de la région africaine. Energean est une entreprise dotée de capacités d’exploitation en eaux profondes qu’aucun autre indépendant ne possède. Nous avons prouvé que nous savons construire des infrastructures pour FPSO, forer des puits en eaux profondes et poser des pipelines dans ces mêmes conditions », a déclaré Mathios Rigas.

La présence d’Energean au Maroc s’est révélée de courte durée, n’ayant pas excédé une année (avril 2024-mai 2025). Cette période s’est achevée peu après le forage du puits Anchois-3 en septembre 2024, lequel a démontré que le gaz dans les zones ciblées était inférieur au modèle géologique pré-forage, limitant les ressources certifiées à 18 milliards de mètres cubes, un volume initialement identifié par Chariot.

Depuis, une absence de visibilité de la part de l’opérateur a entraîné une pause obligatoire, bloquant temporairement le développement du champ gazier d’Anchois dans le bloc offshore Lixus. Bien qu’il ne s’agisse que d’un retard de quelques mois, cette situation contraste avec les ambitions marocaines. En effet, le Royaume souhaite accélérer le développement de ses actifs gaziers récemment découverts, notamment Anchois et Tendrara, conformément à sa feuille de route gazière actualisée pour 2025-2030, dans laquelle le gaz naturel a été désigné comme ressource clé de la transition énergétique nationale.

Au cours de son entretien avec Petroleum Economist, Mathios Rigas a adressé un appel clair aux majors pétroliers : « Ne laissez pas vos actifs inexploités, confiez-les à des entreprises qui en feront bon usage ». Le PDG a rappelé qu’Energean avait adopté la même démarche avec ses actifs au Maroc, en les rétrocédant à Chariot, ces derniers étant trop modestes pour son portefeuille et ne justifiant pas une conservation à long terme.

Il a ajouté qu’Energean cible principalement du gaz déjà découvert (surtout offshore), situé dans une ‘zone idéale’ en termes de taille, se positionnant entre les projets des majors et ceux des juniors, et que l’Afrique regorge d’actifs nécessitant des opérateurs comme Energean pour les développer.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’Energean estime qu’un projet offshore de classe moyenne, tel que celui d’Anchois contenant 18 milliards de mètres cubes, est moins avantageux pour la compagnie, d’autant qu’elle ne détient que 45% des parts dans ce projet.

En revanche, en Afrique de l’Ouest, plusieurs découvertes récentes ont été mises en évidence, notamment le champ de BirAllah en Mauritanie qui abrite des réserves d’environ 1,41 trillion de mètres cubes, sachant que la licence d’exploitation de British Petroleum n’a pas été renouvelée par la Mauritanie.

De son côté, Chariot, redevenu opérateur, reprend le développement du champ d’Anchois qui devrait connaître un développement plus rapide pour rattraper le retard déjà accumulé, et ce, pour fournir davantage de gaz naturel qui sera produit dans le champ onshore de Tendrara situé dans la région de l’Oriental.

Première autorisation délivrée à une entreprise de services énergétiques au Maroc

La première autorisation d’entreprise de services énergétiques (ESCO) au Maroc vient d’être octroyée dans le cadre de l’opérationnalisation du cadre réglementaire encadrant l’efficacité énergétique.

Dans un communiqué, le ministère de tutelle souligne que cette nouvelle génération d’entreprises de services énergétiques permettra de donner une forte impulsion en faveur de l’efficacité énergétique, notamment dans le cadre de contrats de performances, qui constituent un cadre contractuel entre les ESCO et leurs clientèles.

L’octroi de cette première autorisation s’inscrit dans la mise en œuvre des dispositions du décret n°2-24-153 pris pour application de la loi n°47-09 relative à l’efficacité énergétique, publiée au Bulletin officiel en novembre dernier.

Il marque ainsi une étape importante dans l’opérationnalisation du cadre réglementaire relatif à l’efficacité énergétique et s’inscrit dans le prolongement de la mise en œuvre du décret relatif à l’agrément des organismes d’audits énergétiques obligatoires, en vertu duquel le MTEDD a autorisé 25 sociétés à date d’aujourd’hui.

Le ministère affirme être disposé à accompagner toute entreprise souhaitant intégrer ce nouvel écosystème des entreprises de services énergétiques, conclut le communiqué.

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