Marché obligataire : la hausse des rendements reste technique, liée à la contraction de la liquidité

Les rendements obligataires marocains affichent une légère remontée. D’ailleurs, ce constat a commencé depuis la fin du mois de septembre, après plusieurs mois où la tendance était clairement orientée à la baisse.

Or, ce mouvement reste contenu, mais suffisamment présent pour retenir l’attention des investisseurs, d’autant qu’il intervient dans un environnement marqué par une inflation faible et un taux directeur stable.

Est-ce que cette hausse est toujours technique, liée à un ajustement des conditions du marché en fin d’année ? La tendance de fond demeure-t-elle baissière, et quels éléments expliquent ces mouvements ?

Des mouvements haussiers confirmés

Les dernières adjudications du Trésor confirment une remontée progressive des rendements. Lors de l’adjudication du 19 novembre 2025, une première tension haussière a été constatée, en particulier sur la maturité 2 ans, dont le rendement a augmenté d’environ +16 points de base. Par ailleurs, le marché secondaire a également enregistré de légères hausses sur plusieurs maturités, confirmant un début de mouvement ascendant sur la courbe des taux.

Quelques jours plus tard, la nouvelle adjudication du 25 novembre a prolongé cette tendance haussière. En effet :

Ainsi, entre les deux séances, le court terme (26 semaines) reste globalement stable, mais avec une légère inclinaison haussière. Le segment 1 an (52 semaines) enregistre la hausse la plus notable entre les deux dates. Le 2 ans, déjà en hausse le 19 novembre, poursuit son mouvement ascendant le 25 novembre, ce qui traduit une tension continue sur cette partie de la courbe.

Les causes fondamentales : contraction de la liquidité et accélération des besoins du Trésor

« Il s’agit tout d’abord d’un arbitrage clair de la part des investisseurs. Sur le marché actions, on a vécu une petite correction, qui s’est traduite par une hausse des rendements obligataires, chose qui est normale », explique un analyste de salle de marché.

« Alors oui, cette remontée des rendements obligataires observée depuis fin septembre trouve son origine dans un ensemble de facteurs essentiellement techniques, liés à l’exécution budgétaire et au fonctionnement du marché primaire ».

« Il y a une contraction progressive de la liquidité institutionnelle à partir d’octobre. Cette situation s’explique par un recours plus important du Trésor au financement intérieur en fin d’année. En effet, le taux de réalisation de certains instruments, notamment les financements innovants, ne s’élevait qu’à 11% à fin septembre, ce qui a nécessité un rattrapage plus marqué au dernier trimestre », explique AGR.

Ainsi, selon notre analyste de salle de marché, « la contraction de la liquidité se traduit davantage par une sélectivité accrue des investisseurs. En fin d’année, une partie de leurs ressources est mobilisée par d’autres opérations : IPO, émissions de dette privée ou arbitrages internes, ce qui réduit la marge disponible pour absorber pleinement l’offre du Trésor. Dans ce contexte, les institutionnels continuent de participer aux adjudications, mais à des niveaux de rendement plus élevés, ce qui explique la hausse observée malgré des volumes demandés significatifs ».

Parallèlement, le besoin de financement brut du Trésor s’est sensiblement accru. À fin octobre, le déficit budgétaire a atteint 60,3 MMDH, contre 47,4 MMDH un an auparavant, reflet d’une progression des dépenses plus rapide que celle des recettes. Les dépenses globales ont augmenté de 56,3 MMDH (+16,6%), alors que les recettes ordinaires n’ont progressé que de 43,4 MMDH (+14,9%).

Les dépenses de biens et services ont particulièrement augmenté (+39,5 MMDH), tout comme les intérêts de la dette (+7,3 MMDH). Même si certaines composantes, comme la compensation, ont reculé (-5,4 MMDH), cela n’a pas suffi à compenser le rythme des autres charges. Cette évolution a mécaniquement renforcé les besoins de financement du Trésor, qui atteignent 73 MMDH à fin octobre.

« Le Trésor doit donc simultanément rembourser des volumes élevés et lever de nouveaux montants, ce qui accroît sa présence sur le marché primaire et exerce une pression supplémentaire sur la liquidité. Cet assèchement relatif de la liquidité a induit de légères tensions haussières sur les Taux. Néanmoins, nous croyons que ce mouvement demeure technique et limité dans le temps. La poursuite de la désinflation, les anticipations de normalisation du TD à MT et le retour des tombées du Trésor à des niveaux normatifs après le pic d’octobre devraient soutenir la tendance de fond baissière des taux », explique l’expert d’AGR.

« La tendance de fond du marché obligataire reste orientée à la baisse. Les hausses observées ces dernières semaines relèvent surtout d’ajustements techniques liés aux conditions de liquidité et au calendrier budgétaire de fin d’année. Elles ne remettent pas en cause la trajectoire globale des taux, qui demeure dominée par un environnement de désinflation et d’assouplissement monétaire », conclut notre analyste de salle de marché.

Levées internationales. Le Maroc envisage une ouverture vers le marché asiatique

Dans le cadre de sa stratégie de financement et de levée, « le Maroc peut désormais explorer le marché asiatique », a déclaré Mohammed Tarik Bachir, directeur par intérim du Trésor, lors d’un panel à l’occasion de la conférence annuelle de l’ASFIM.

« Avec les conditions d’un pays qui a l’investment grade, peut-être maintenant on peut explorer le marché asiatique, qui peut offrir une nouvelle voie de financement et diversifier nos sources. Je crois que le marché asiatique peut désormais offrir au Maroc une belle perspective de financement ».

« Le Trésor couvre 75% de ses besoins sur le marché domestique ». Ainsi, une émission de 2 milliards d’euros a été réalisée en mars 2025.

En 2026, le plafond des emprunts extérieurs selon le PLF 2026 reste fixé à 60 milliards de dirhams, comme l’année précédente. Le fait de conserver ce niveau donne au Trésor une marge pour organiser et calibrer ses éventuelles émissions sur les marchés internationaux.

Subventions étatiques. À fin mars 2025, 24 partis politiques ont restitué 35,92 MDH (Cour des comptes)

La première partie de ce rapport présente les résultats généraux de l’audit, y compris le suivi de la restitution au Trésor public des montants du soutien, qu’ils soient indus, non utilisés, utilisés à des fins autres que celles pour lesquelles il a été octroyé, ou dont l’utilisation n’a pas été appuyée par les pièces justificatives légales, indique un communiqué de la Cour des comptes.

Cette partie présente également les résultats du suivi de la mise en œuvre des recommandations formulées par la Cour dans son rapport précédent, notamment celles se rapportant aux études et recherches engagées dans le cadre du soutien annuel supplémentaire accordé au titre de l’année 2022 et à la transmission des livrables desdites études à la Cour, précise le communiqué, notant que la deuxième partie présente les résultats de l’audit afférents à chaque parti politique, de manière individualisée.

S’agissant de la production des comptes annuels à la Cour, 27 partis sur un total de 33 ont produit leurs comptes, dont 22 dans le délai légal, tandis que 6 partis n’ont pas produit leurs comptes, fait savoir la même source.

Parmi les comptes 27 partis, 23 sont certifiés par un expert-comptable inscrit à l’Ordre des experts-comptables : 19 comptes ont été certifiés sans réserve et 4 avec réserve. En revanche, 4 partis ont déposé leurs comptes sans qu’ils soient appuyés par un rapport de certification.

La Cour a également relevé que 7 partis n’ont pas produit l’ensemble des tableaux constituant l’état des informations complémentaires prévu à l’annexe 2 du plan comptable normalisé des partis politiques. De plus, 3 partis n’ont pas présenté tous les relevés bancaires afférents aux comptes ouverts en leur nom.

Par ailleurs, 3 partis n’ont pas présenté l’inventaire détaillé des dépenses engagées au titre de l’année 2023, ni l’état des rapprochements bancaires. Concernant l’examen de la validité des ressources, la Cour a relevé des insuffisances en matière de justification de l’encaissement des ressources propres, pour un montant de 1,72 million de dirhams, ce qui représente 1,64 % du total des ressources déclarées au titre de l’année 2023 par les partis politiques (104,25 millions de dirhams).

Ces observations ont concerné 8 partis sur 27 et se répartissent entre des ressources dont l’encaissement n’a pas été appuyé par les pièces justificatives requises, pour un montant de 853.164,60 dirhams, et des ressources perçues en numéraire, pour un montant de 865.900,00 dirhams, en dépit du dépassement du plafond légal fixé pour les encaissements en numéraire par la loi organique n°29.11 relative aux partis politiques.

S’agissant de l’appui des dépenses par les pièces justificatives légales, la Cour des comptes a relevé plusieurs insuffisances ayant porté sur les dépenses de gestion d’un montant global de 5,73 millions de dirhams, soit 6,27 % du total des dépenses déclarées par les partis politiques (91,37 millions de dirhams). Ce taux reste inférieur à celui enregistré en 2022, qui s’élevait à 26 %.

Ces insuffisances ont concerné 17 partis sur 27 et se répartissent comme suit : des dépenses non appuyées par les pièces justificatives légales, pour un montant de 5,34 millions de dirhams ; des dépenses appuyées par des pièces justificatives insuffisantes, pour un montant de 308.745,54 dirhams ; et des dépenses justifiées par des pièces non établies au nom du parti concerné, pour un montant de 74.688,73 dirhams.

Concernant le suivi de la restitution au Trésor public des montants du soutien indu, non utilisé, utilisé à des fins autres que celles pour lesquelles il a été octroyé, ou dont l’utilisation n’a pas été appuyée par des pièces justificatives légales, en application des dispositions législatives et réglementaires en vigueur, la Cour a relevé que 24 partis ont procédé, au cours de la période allant de l’année 2022 jusqu’à la fin du mois de mars 2025, à la restitution d’un montant global de 35,92 millions de dirhams.

Ce montant se répartit comme suit : 28,71 millions de dirhams au titre de la contribution de l’État au financement des campagnes électorales organisées lors de scrutins antérieurs, 2,42 millions de dirhams relatifs à la participation de l’État à la couverture des frais de gestion des partis, et 4,79 millions de dirhams correspondant au financement des missions, études et recherches.

En revanche, la Cour a constaté que 15 partis n’avaient pas encore restitué au Trésor public un montant de 21,96 millions de dirhams, étant précisé que le processus de restitution se poursuit de manière continue et fait l’objet d’un suivi annuel par la Cour.

Ce montant se répartit comme suit : 2,41 millions de dirhams relatifs à la contribution de l’État au financement des campagnes électorales des scrutins des années 2015 et 2016, concernant 3 partis ; 18,13 millions de dirhams afférents au scrutin de 2021, concernant 7 partis ; ainsi que 1,42 million de dirhams correspondant à la participation de l’État à la couverture des frais de gestion pour les années 2017, 2020, 2021, 2022 et 2023, concernant également 7 partis.

Gestion financière et comptable des partis politiques

En ce qui concerne la gestion financière et comptable des partis politiques, la Cour des comptes a relevé plusieurs observations relatives à la tenue de la comptabilité de 23 partis sur 27. Ces observations portent principalement sur : l’absence de comptabilisation des montants du soutien devant être restitués au Trésor public (15 partis) ; des erreurs dans l’imputation de diverses opérations comptables aux comptes appropriés (11 partis) ; le non-respect des modèles des tableaux constituant l’état des informations complémentaires prévus par le Plan comptable normalisé des partis politiques (8 partis) ; le non-respect de certaines règles ou principes comptables (4 partis) ; ainsi que des erreurs dans le report des soldes de clôture de l’exercice précédent (2 partis).

Dans le cadre du suivi des recommandations formulées par la Cour, notamment celles relatives à la présentation des livrables des études et recherches réalisées dans le cadre du soutien annuel supplémentaire alloué au titre de l’année 2022, la Cour a constaté que 3 partis lui ont produit les livrables des études ayant fait l’objet de conventions conclues avec des bureaux d’études au cours de ladite année.

Par ailleurs, 4 partis ont procédé à la restitution au Trésor public d’un montant non utilisé de ce soutien, s’élevant à 2,03 millions de dirhams. Les partis concernés ont ainsi régularisé leur situation à l’égard du trésor au titre du soutien supplémentaire. Le rapport d’audit susmentionné, ainsi que ses synthèses en langues arabe et française, peuvent être téléchargés à partir du site officiel de la Cour des comptes à l’adresse suivante : www.courdescomptes.ma.

Taux primaires en chute : la prudence du Trésor redessine le marché

Le marché primaire des bons du Trésor s’est détendu, emporté par le souffle de la dernière décision de politique monétaire. À la mi-mars, Bank Al-Maghrib abaissait son taux directeur à 2,25%, amorçant un cycle plus accommodant, attendu mais redouté pour ses implications sur les rendements obligataires. Le 25 mars, le marché a donné sa réponse : nette, rapide et sans ambiguïté.

La séance d’adjudication organisée ce jour-là a été marquée par un appétit remarquable des investisseurs. Plus de 6,7 MMDH ont été proposés, signe d’un engouement renforcé par l’ancrage de nouvelles anticipations monétaires.

Le Trésor, en revanche, s’est montré extrêmement sélectif : seuls 850 MDH ont été retenus. Ce décalage entre l’offre et la demande a mécaniquement provoqué une chute des rendements sur toutes les maturités servies.

Les replis sont significatifs. Le taux du 30 ans est passé de 4,22% à 3,86%, en baisse de 36 points de base. Sur 20 ans, le recul atteint près de 19 points, avec un rendement désormais à 3,53%.

Le « 10 ans », quant à lui, enregistre un repli de 27 points de base à 2,89%. Même les maturités les plus courtes s’ajustent à la baisse : le « 26 semaines » ressort à 2,18%, contre 2,39% précédemment.

Cette évolution marque une rupture avec le régime de taux observé depuis 2022. Après plusieurs mois de tension alimentée par les incertitudes inflationnistes, la courbe des BDT s’aplatit à grande vitesse, ce qui montre une confiance renouvelée dans la stabilité des équilibres macroéconomiques.

La dynamique de détente s’est poursuivie la semaine suivante, sans pour autant donner lieu à de nouvelles levées. Lors de la séance d’adjudication du 2 avril, le Trésor est resté totalement en retrait : malgré une demande de 1,4 MMDH, aucun montant n’a été retenu.

Dans ces conditions, les taux observés lors de l’adjudication du 25 mars demeurent les dernières références effectives sur le marché primaire.

Le marché absorbe sans difficulté les nouvelles conditions monétaires. L’abondance de la demande et la faiblesse de l’offre renforcent cette dynamique.

Le Trésor, de son côté, donne le tempo. En levant peu et en se concentrant sur les maturités longues, il consolide une stratégie de refinancement à moindre coût, tout en alimentant la détente des taux. Son attitude mesurée conforte l’idée d’un pilotage fin de ses besoins, en phase avec l’amélioration de la situation budgétaire.

Quelles implications pour le Trésor ?

Cette détente des taux est bénéfique au Trésor, qui lève de l’argent pour moins cher qu’auparavant. Mais au-delà de l’allègement du coût de la dette, elle reflète surtout un positionnement stratégique dans un environnement macroéconomique favorable.

Après avoir sécurisé l’essentiel de ses ressources en devises, l’État peut désormais moduler avec précision son recours au marché domestique, sans créer de tension sur les rendements.

À fin mars 2025, le Maroc a déjà couvert l’ensemble de ses besoins de financement extérieur prévus pour l’année, comme l’a récemment confirmé le ministère des Finances.

L’émission obligataire internationale de 2 milliards d’euros, réalisée dans d’excellentes conditions, et le recours au FMI pour près de 500 millions de dollars ont permis de remplir le plafond autorisé de 60 MMDH prévu par la loi de finances. Ce matelas donne au Trésor une liberté de manœuvre précieuse, y compris sur le marché intérieur.

Sur le domestique, le besoin net du Trésor est en baisse sensible, estimé à 55,7 MMDH en 2024, contre 73,3 MMDH l’année précédente.

Cette trajectoire est appuyée par une amélioration marquée des recettes fiscales (+110% de taux de réalisation en 2024) et une gestion rigoureuse des dépenses, notamment de compensation. Selon Attijari Global Research, cette dynamique permet au Trésor de « réajuster sa stratégie de financement » sans exercer de pression sur le marché.

Ce choix se traduit par une baisse du taux de réalisation des besoins (passé de 135% à 103% en un an) et un taux de satisfaction modéré de la demande en BDT (41% en 2024).

En d’autres termes, le Trésor choisit de lever uniquement ce qui est strictement nécessaire, au moment opportun, et à des conditions optimisées. C’est ce qui s’est produit lors de l’adjudication du 25 mars : avec plus de 6,7 MMDH proposés, il n’a retenu que 850 MDH.

Comme le souligne AGR dans son dernier rapport, le Trésor bénéficie d’un alignement rare des conditions : finances publiques solides, détente des taux, et accès sécurisé aux marchés internationaux. Il n’est donc pas contraint de forcer la main au marché domestique, ce qui lui permet de piloter sa courbe de financement avec une grande agilité.

Cette prudence s’inscrit aussi dans une logique de gestion de la structure de la dette. Le Trésor continue d’allonger la durée moyenne de son encours (7,4 ans à mi-2024) en favorisant les levées sur le long terme.

Sur l’ensemble de l’année dernière, 46% des émissions ont porté sur des maturités longues, contre seulement 7% deux ans plus tôt. Une réorientation qui permet d’étaler les tombées, de lisser les besoins futurs et de sécuriser durablement le coût de la dette.

Quelles implications pour les investisseurs ?

La détente des taux obligataires n’est pas sans conséquence pour les investisseurs. Si elle allège les charges de l’État, elle rogne mécaniquement les marges de manœuvre des porteurs de titres, notamment ceux à la recherche de rendement.

Dans un environnement où la visibilité économique s’améliore, mais où les taux reculent rapidement, les choix de placement deviennent plus complexes et plus engageants.

Le principal effet de cette dynamique est visible dans la réallocation progressive des portefeuilles vers les maturités longues.

Selon les données compilées par Attijari Global Research, 83% de la demande en BDT en 2024 s’est concentrée sur le segment moyen et long terme, contre seulement 43% un an plus tôt. Cette réorientation traduit un double mouvement : une meilleure lisibilité des perspectives macroéconomiques, et une volonté de préserver du rendement malgré la compression des taux.

Cette logique s’est encore confirmée lors de l’adjudication du 25 mars 2025. Les lignes à 10, 20 et 30 ans ont concentré l’essentiel de la demande.

À l’inverse, le court terme devient moins attractif : les maturités de 13 à 26 semaines offrent désormais des rendements très proches de ceux des maturités longues, sans offrir la même visibilité ou la même valeur temps.

Cette tendance est renforcée par le mouvement général d’aplatissement de la courbe des taux, documenté par AGR. Entre 2023 et 2024, les taux longs ont reculé en moyenne de plus de 80 points de base, alors que la baisse a été plus modérée sur le court terme. Ce phénomène réduit l’intérêt relatif des arbitrages de duration, obligeant les gérants à redoubler de prudence.

Dans ce contexte, plusieurs stratégies se dessinent. Certains investisseurs institutionnels, notamment les sociétés de gestion, poursuivent leur exposition sur les BDT, encouragés par un environnement fondamentalement stable : inflation maîtrisée (0,9%), réduction du déficit budgétaire, et baisse anticipée du taux directeur de Bank Al-Maghrib vers 2% d’ici fin 2025. L’encours des OPCVM obligataires a d’ailleurs progressé de 14% en 2024, atteignant 510 MMDH selon AGR.

D’autres opérateurs, en revanche, commencent à envisager des arbitrages plus diversifiés : recours au marché secondaire pour capter du spread, réallocation vers des unités de compte ou des produits en devises, voire stratégie de portage en prévision d’une nouvelle détente des taux à l’international.

Lancement d’une opération d’échange de valeurs du Trésor de 614,4 MDH

Cet échange s’inscrit dans le cadre des opérations de gestion active de la dette intérieure, l’objectif étant le lissage de l’échéancier de la cette dette à travers la réduction des pics de remboursement, indique la Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE) dans un communiqué.

Rachetés à un taux de 3,7%, les bons du Trésor (BDT) de 2 ans ont porté sur un montant de 247,7 MDH, précise la même source.

L’opération a également porté sur les BDT de 5 ans, rachetés à un taux de 2,5% pour un montant de 366,7 MDH.

Quant aux lignes de remplacement, elles ont concerné les maturités 10 ans, note la même source.

Dette. La sortie du Maroc à l’international sera probablement en euros (Nadia Fettah)

L’émission d’obligations que le Maroc prévoit de lancer sur le marché international devrait être libellée en euros, rapporte Bloomberg, citant la ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah. « Aujourd’hui, nous avons davantage besoin d’euros que de dollars », a-t-elle déclaré, soulignant que le pays était « prêt à tout moment », mais attendait des conditions de marché plus favorables.

Selon les sources de Médias24, une émission internationale dont le processus devait démarrer en janvier a été reportée en raison du contexte géopolitique mondial qui accroît la volatilité et risque de tirer les taux vers le haut. Le gouvernement avait alors préféré attendre un contexte plus propice.

Cette sortie attendue sera la première depuis 2023 où le Maroc avait levé 2,5 milliards de dollars. Si elle se fait en euros, ce sera une première depuis 2020 pour cette devise, année durant laquelle le Trésor avait levé un milliard d’euros.

La BCE pourrait ralentir, voire stopper, les baisses de taux cette année, à en croire Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, dans une interview accordée au Financial Times. Citée par la Tribune.fr, elle avance : « Nous nous rapprochons du moment où nous pourrions devoir faire une pause ou arrêter de baisser les taux. Nous devons entamer cette discussion ».

La BCE a réduit ses taux d’intérêt à cinq reprises depuis juin 2023. En décembre 2024, la BCE a baissé son taux de la facilité de refinancement de 3,65% à 3,15%.

En 2024, le Maroc n’était pas particulièrement pressé pour une sortie à l’international. Des experts du marché, comme précisé dans un précédent article, expliquaient que la Direction du Trésor préférait s’endetter sur le marché national plutôt qu’à l’international, puisque « la demande était très forte pour la dette publique au niveau national ».

https://medias24.com/2024/05/02/le-fmi-projette-une-baisse-tres-progressive-de-la-dette-publique/

https://medias24.com/2024/09/11/voici-les-principaux-points-a-retenir-concernant-le-rapport-de-locde-sur-leconomie-marocaine/

Le détail des recettes du Trésor à fin juillet 2024

Au terme des 7 premiers mois de l’année, les recettes ordinaires de l’Etat ont progressé de 8,7% à 198,1 MMDH. Elles ont été principalement tirées par la progression des recettes fiscales de 11,6% à 174,1 MMDH. Parallèlement, les recettes non fiscales ont baissé de 10,9%, selon les chiffres publiés par le ministère des Finances.

Les recettes fiscales ont profité de la bonne progression, sur 12 mois glissants, des recettes de l’IR et de l’IS, en hausse  respectivement de 11,9% et 13,5% à 35 MMDH et 42,1 MMDH.

Les recettes fiscales indirectes ont progressé de 11,1% à 71,2 MMDH, principalement tirées par les hausses des recettes de TVA et de TIC qui ont progressé de 11,8% à 51,6 MMDH et de 9,4% à 19,6 MMDH.

Les recettes non-fiscales, elles, reculent de 10,9% à 21,3 MMDH du fait du recul des recettes en provenance des EEP de près de 34% à 5,1 MMDH.

Les dépenses globales progressent plus rapidement que les recettes à fin juillet. Elles affichent une progression de 12,6% à 238,2 MMDH. Les dépenses ordinaires progressent de 9,5% à 188,7 MMDH. Elles sont poussées par la hausse des dépenses de personnel, mais surtout de biens et services. Cette catégorie affiche une hausse de 30% par rapport à la même période l’an dernier à 56,6 MMDH.

Le poids de la dette publique demeure globalement stable à 22,3 MMDH.

In fine, le solde ordinaire du Trésor reste positif à 9,2 MMDH, en baisse de 5,4%. A titre indicatif, le déficit global, lui, augmente de 37% pour atteindre 40,1 MMDH par rapport à fin juillet 2023.

1,7 MMDH de recettes de privatisation sont également incluses dans les recettes. Selon nos sources, une partie concerne la deuxième tranche du rachat de la Mamounia par OCP.

Stats des Finances et de la TGR, quelle différence?

Le ministère des Finances précise que la situation des charges et ressources du Trésor (SCRT) est le document statistique qui présente, au nom du Ministère de l’Economie et des Finances, les résultats de l’exécution des prévisions de la loi de finances avec une comparaison par rapport aux réalisations de la même période de l’année précédente.

« Pour rappel, alors que la situation produite par la TGR a un caractère fondamentalement comptable, la SCRT appréhende, comme le préconisent les normes internationales en matière de statistiques des finances publiques, les transactions économiques réalisées au cours d’une période budgétaire en décrivant, en termes de flux, les recettes ordinaires, les dépenses ordinaires, les dépenses d’investissement, le déficit budgétaire, le besoin de financement et les financements mobilisés pour la couverture de ce besoin ».

Par exemple, la TGR présente les dépenses qui ont fait l’objet d’émissions. C’est pourquoi, pour les 7 premiers mois, il y a une divergence sur les montants de la compensation:

-Pour la TGR, les dépenses de compensation ont reculé de 42,5%, passant de 14.011 MDh à fin juillet 2023 à 8.059 MDH à fin juillet 2024.

-Pour le ministère des Finances, la charge de compensation ne recule qye de 8,1% à 16,4 MMDH.

Forte hausse des recettes fiscales et baisse des charges de compensation à fin juillet (TGR)

La Trésorerie générale du Royaume a publié le bulletin mensuel de statistiques des finances publiques à fin juillet 2024.

Il en ressort que les recettes ordinaires progressent de 11,4%, à 202,8 MMDH. Parallèlement, les dépenses ordinaires ont augmenté de 7,5%, à 194,6 MMDH.

Les recettes fiscales ont, elles, progressé de près de 12%, à 179 MMDH, poussées par la progression de 13,3% des impôts directs, à 81,6 MMDH. Dans le détail, l’IS et l’IR ont progressé respectivement de 14,2%, à 43,8 MMDH, et 11,8%, à 35,2 MMDH.

Quant aux recettes provenant des impôts indirects, elles ont progressé de 12,4%, à 75,6 MMDH. Elles ont été tirées par la hausse des recettes de TVA (14,3%), à 57 MMDH, et celle de la taxe intérieure de consommation (TIC) de près de 7%, à 18,6 MMDH.

Les dépenses ordinaires progressent moins fortement que le total des dépenses. Elles sont principalement tirées à la hausse par la progression des dépenses de biens et services (+10,2%, à 152 MMDH). Les dépenses de personnel ont légèrement évolué de 5,2%, à 93,3 MMDH, alors que les dépenses de biens et services ont augmenté de 19,3%, à 58,7 MMDH.

La hausse des dépenses provient également de l’alourdissement de l’intérêt de la dette qui progresse de 14,1%, à 26,45 MMDH. Cet alourdissement est principalement causé par la hausse du poids de la dette extérieure. Cette dernière progresse de 45,5%, à 6,27 MMDH par rapport à la même période en 2023. La charge de compensation, elle, recule nettement de 42,5% par rapport à fin juillet 2023, à 8 MMDH contre 14 MMDH.

Le solde ordinaire du Trésor ressort dans le vert à 7,6 MMDH, et le déficit global du Trésor à fin juillet ressort à 35,2 MMDH, en hausse de 27% par rapport à la même période l’an dernier.

Le besoin de financement du Trésor à fin juin atteint 30,5 MMDH, en baisse de 21 % sur 12 mois

Le ministère des Finances a publié la situation des charges et ressources du Trésor à fin juin 2024.

Les recettes ordinaires progressent de 9,4% à 166 MMDH, alors que les dépenses globales augmentent de 7,8% par rapport à fin juin 2023, à 193 MMDH.

La hausse des recettes ordinaires est poussée par la progression des recettes fiscales de 10,9% à 151,7 MMDH. Les impôts directs et indirects affichent une hausse respective de 11,7% et 10,6%.

Les recettes non fiscales ont baissé de 7,5% à fin juin, à 11,8 MMDH.

La charge de compensation [il s’agit ici des charges dues et non des paiements, ndlr] atteint 14,6 MMDH, en retrait de 1,3 MMDH en valeur par rapport à la même période l’année dernière.

Parallèlement, l’intérêt de la dette intérieure a reculé de 13,2% à 12,86 MMDH. L’intérêt de la dette extérieure progresse de 51,9% à 5,5 MMDH.

À fin juin, le Trésor affiche un déficit global de 27,46 MMDH, stable par rapport à la même période en 2023.

Le besoin de financement du Trésor s’élève à 30,5 MMDH en baisse de 20,6% par rapport à fin juin 2023.

Trésor : les recettes de l’Etat augmentent de 13% à 175 MMDH à fin juin 2024

La Trésorerie générale du Royaume a publié son bulletin mensuel sur la situation des charges et des ressources du Trésor à fin juin 2024.

Les recettes ordinaires progressent de 13% à 175,3 MMDH, alors que les dépenses globales régressent légèrement de 1,4% par rapport à fin juin 2023, à 156 MMDH.

Les recettes non fiscales ont progressé de 30,7% à fin juin, à 18,9 MMDH.

La charge de compensation atteint 4,56 MMDH, en retrait de 67,5% à fin juin.

Parallèlement, l’intérêt de la dette a progressé de 9,5% à 21 MMDH. Le poids de la dette intérieure a stagné pour se fixer à 15,5 MMDH. L’intérêt de la dette extérieure progresse de 51,2% à 5,46 MMDH.

À fin juin, le Trésor affiche un déficit global de 20,4 MMDH contre de 28 MMDH à la même période en 2023.

Ci-dessous, le détail de l’évolution des recettes et des dépenses du Trésor.

Trésor : les recettes fiscales progressent de 13,5% à fin mai

La Trésorerie générale du Royaume a publié son bulletin mensuel sur la situation des charges et des ressources du Trésor à fin mai 2024.

Dans les grandes lignes, les recettes ordinaires progressent de 10% à 135,3 MMDH, alors que les dépenses globales augmentent de 3,4% par rapport à fin mai 2023, à 153 MMDH.

Les recettes non fiscales ont baissé de 22,8 % à fin mai, à 9,5 MMDH. En 2023, le montant intégrait 5 MMDH au titre des mécanismes de financements innovants. Les recettes en provenance des EEP ont progressé de 809 MDH en valeur pour atteindre 3,7 MMDH.

La charge de compensation atteint 12,9 MMDH en retrait de 9,3% à fin mai.

Parallèlement, l’intérêt de la dette est resté stable à 12,3 MMDH. Le poids de la dette intérieure s’est allégé de 19,7% pour se fixer à 8 MMDH. L’intérêt de la dette extérieure progresse de 78,9% à 4,28 MMDH.

À fin mai, le Trésor affiche un déficit global de 17,6 MMDH, contre un déficit de 25 MMDH à la même période en 2023.

Ci-dessous, le détail de l’évolution des recettes et des dépenses du Trésor.

OPCVM : les investisseurs prennent plus de risques et passent du monétaire à l’OMLT

D’après les dernières données de l’Association des Sociétés de Gestion et Fonds d’Investissement Marocains (ASFIM), l’encours global sous gestion dans les OPCVM à fin mars 2024 a progressé de 3% à 576,7 MMDH.

Cependant, par rapport au mois de février, l’encours sous gestion a reculé de 2,14%. Une baisse qui a été principalement conduite par le recul des OPCVM monétaires de près de 14,8% et des OPCVM obligataires court terme (CT) de 10,3%. Concernant ces catégories d’OPCVM en YTD, leurs encours ont baissé de respectivement 5,49% à 78,9 MMDH et de 12,22% à 75,31 MMDH.

Plusieurs facteurs expliquent cela, dans un contexte de stabilité des taux, notamment une appétence des investisseurs pour plus de risques.

Une transition s’observe du monétaire vers l’OMLT

Contacté par Médias24, un gérant de portefeuille nous explique cette baisse des encours monétaires et OCT depuis le début de l’année. Pour lui, le premier facteur à prendre en compte concerne l’aisance financière du Trésor.

« En dehors de l’anticipation de la baisse des taux, qui n’est presque plus prise en considération par les investisseurs aujourd’hui, ce que nous observons, c’est une situation du Trésor qui a complètement changé. Aujourd’hui, l’argentier de l’État gère bien la situation financière et a pris beaucoup d’avance en termes de levées sur l’année. Il dispose donc de beaucoup de confort à renouveler sa dette », explique-t-il.

Cette facilité à lever auprès des investisseurs fait que les taux sont stables depuis un moment avec de légères pressions baissières sur quelques maturités. « Le marché n’anticipe plus de hausse, hormis une volatilité très contenue sur les taux. Cela fait que le marché aujourd’hui a plus de confiance dans le fait de prendre un peu plus de risque. Il opère des rachats de l’OCT et du monétaire vers des actifs plus risqués, à savoir l’OMLT. C’est ce que l’on constate depuis le début de l’année », poursuit notre interlocuteur. D’ailleurs, à fin mars, la collecte nette des OMLT est de loin la plus importante à 17,56 MMDH, devant les OPCVM contractuels à 2,2 MMDH.

La baisse des exigences des investisseurs provient d’un déséquilibre offre/demande

Cette facilité du Trésor à lever crée de fait un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché et induit une légère pression baissière sur les taux.

« La baisse des exigences des investisseurs provient d’un déséquilibre entre l’offre et la demande. Les vendeurs ne sont pas obligés de concéder des points de base pour aller chercher des maturités plus risquées. C’est davantage l’offre qui est restreinte aux adjudications et qui fait que les investisseurs sont obligés de concéder des points de base pour être servis », explique notre source.

Le Trésor dispose donc de la possibilité de lever aux maturités qui lui semblent intéressantes avec le taux qui lui convient. Cela s’explique également par le fait que l’argentier de l’État dispose d’une duration assez confortable de cinq ans et demi en moyenne. Il s’agit là de la durée moyenne de sa dette.