Automobile : surconsommation de carburant et vice caché, ce qu’en dit la justice
Après l’achat d’un véhicule neuf, comment réagir lorsque la consommation réelle de carburant est largement supérieure aux taux affichés dans les brochures publicitaires ? Un cas réel a fait l’objet d’un récent litige devant la justice commerciale de Casablanca.
L’acheteur, qui avait attaqué son concessionnaire pour « vice caché », a été débouté sur un point précis : il n’a pas suffisamment prouvé ses allégations. Et pour cause, l’intéressé s’est contenté de verser une photo du tableau de bord de sa voiture, une « preuve légale insuffisante », selon les juges.
Les faits remontent à 2022. Un acheteur acquiert une voiture de marque chinoise, séduit, dit-il, par le rapport qualité-prix et par un taux de consommation d’essence présenté à 5,9 l/100 km en conduite mixte (route et ville). Ce chiffre théorique sera toutefois démenti par les faits. Le petit SUV se révélera beaucoup plus gourmand, atteignant jusqu’à 10,5 l/100 km en zone urbaine.
Constatant cet important écart, l’intéressé sollicite son concessionnaire pour un éclairage. Ce dernier attribue d’abord la consommation à la période de rodage (période d’effraction), puis soumet le véhicule à ses experts internes, qui ne livreront pas davantage d’explications. Comme lot de consolation, le client aura néanmoins droit à un bon d’essence de 5.000 DH. Pas de quoi le dissuader d’une action judiciaire.
L’acheteur saisit le tribunal de commerce de Casablanca. Il y réclame un dédommagement total de 107.000 dirhams pour vice caché. Selon lui, la consommation excessive du véhicule constitue une grave anomalie, non apparente au moment de l’achat, et contraire aux données techniques fournies par le vendeur.
Pour étayer ses propos, l’acheteur présente, d’une part, une photo du tableau de bord de la voiture censée illustrer la consommation en question, et, d’autre part, une réponse du concessionnaire dans laquelle il attribue la surconsommation à des facteurs spécifiques, notamment la période de rodage.
Ces arguments, jugés insatisfaisants, seront rejetés par le tribunal de commerce. Débouté en première instance, l’acheteur décide d’interjeter un recours devant la cour d’appel de commerce de Casablanca. En appel, l’acheteur maintient sa position sans convaincre les juges, qui finissent par confirmer la décision de première instance.
Pourquoi deux rejets successifs ?
Dans son arrêt rendu fin 2024, et dont Médias24 détient copie, la cour d’appel rappelle les conditions strictes et bien établies en droit marocain et en jurisprudence pour engager la responsabilité du vendeur sur le fondement de la garantie des vices cachés ou de l’absence des qualités promises. Selon ces principes, l’acheteur doit prouver l’existence du vice allégué en respectant les critères légaux précis. En particulier, il doit démontrer que :
– Le vice est inhérent à la substance même de la chose vendue.
– Il diminue la valeur de la chose par rapport à l’usage auquel elle est destinée.
– Le vice est caché, c’est-à-dire non apparent à l’acheteur, et ne pouvait pas être découvert par un examen normal et diligent du produit. L’acheteur peut, bien sûr, invoquer l’existence de ce vice si le vendeur a affirmé son absence ou l’a sciemment dissimulé par fraude.
Dans le cas d’espèce, l’acheteur a soutenu que le vice résidait dans la non-conformité de la consommation du véhicule par rapport aux spécifications annoncées dans la brochure. Toutefois, la cour d’appel souligne que l’acheteur n’a pas fourni de preuve satisfaisante pour soutenir cette allégation.
En effet, le principal élément de preuve avancé était la photographie du tableau de bord du véhicule. Cependant, la cour d’appel rappelle que ce tableau ne fournit que des informations relatives à la consommation de carburant dans des conditions de conduite spécifiques, et ces données sont susceptibles de varier en fonction du mode de conduite adopté par le conducteur.
« La seule photo du tableau de bord ne suffit pas à établir la réalité du vice allégué, car elle ne montre que des informations variables selon le mode de conduite et ne permet pas de prouver que le véhicule ne correspond pas aux caractéristiques annoncées par le vendeur », nous dit la juridiction commerciale.
De même, la réponse du concessionnaire à la lettre de réclamation de l’acheteur n’a pas été interprétée comme un aveu de l’existence d’un vice caché. Le concessionnaire avait pourtant expliqué que la consommation élevée relevée par l’acheteur était normale et attribuable à la période de rodage du véhicule, également appelée « période d’effraction ». Selon la cour, cette réponse ne vaut pas reconnaissance de non-conformité, mais plutôt une justification technique de la situation.
Conséquence, la cour d’appel conclut que l’acheteur n’a pas prouvé l’existence d’un vice caché dans le véhicule. D’où la confirmation du jugement de première instance. À ce stade, l’affaire n’a pas encore été portée devant la Cour de cassation.