Bijoux confiés et perdus : Barid Al-Maghrib épinglé par la Justice
Très suivi sur les réseaux sociaux, le bijoutier Hassan Oudaoud se retrouve aujourd’hui au centre d’un litige sensible impliquant Barid Al-Maghrib. En toile de fond, plusieurs envois de bijoux qu’il avait confiés à l’opérateur public sont arrivés altérés, ou n’ont jamais atteint leurs destinataires, laissant planer un soupçon de vol.
La Cour d’appel commerciale de Casablanca vient de trancher ce dossier où commerçant et transporteur se renvoient la responsabilité des disparitions, soulevant un débat inédit autour de la charge de la preuve et du rôle du service postal face à des marchandises de valeur.
Entre 2022 et 2023, le bijoutier — connu du grand public à travers sa marque Gold Oudaoud — expédie cinq colis via Amana Express vers Marrakech, Tanger et Rabat. Deux clients affirment n’avoir jamais reçu leurs bijoux. Deux autres ont bien reçu un paquet, mais le contenu ne correspondait pas aux pièces achetées : des bijoux de pacotille auraient remplacé les articles authentiques. Un cinquième envoi ne figure dans aucun suivi. Après des réclamations restées sans suite satisfaisante, Oudaoud saisit le tribunal de commerce de Rabat. En mars 2025, la juridiction rejette sa demande.
Epaulé par Me Soukaina Rizky, le commerçant interjette appel et provoque un revirement favorable. La Cour de commerce entamera son examen par les extraits de suivi versés aux débats : numéros, dates, destinations, montants indiqués lors du dépôt. Barid Al-Maghrib reconnaît les avoir remis elle-même. Pour les juges, cette seule reconnaissance établit la prise en charge des colis et l’existence d’un contrat de transport. À partir de là, expliquent-ils, la charge de la preuve s’inverse : c’est au transporteur, tenu d’une obligation de résultat, de démontrer que les envois ont été livrés.
Transport, une obligation de résultat
C’est ici que se cristallise le nœud juridique du dossier : Soutenu par Me Ibrahim Cherkaoui, l’opérateur soutient que l’envoi d’objets précieux est strictement encadré, voire interdit sans déclaration explicite de la nature et de la valeur. Selon lui, le commerçant aurait manqué à cette obligation, ce qui exclurait toute responsabilité du transporteur. L’enjeu ? Si cette règle était établie et opposable, elle ferait basculer la responsabilité sur l’expéditeur, transformant une affaire de disparition en manquement à des conditions d’acceptation.
Mais la Cour écarte cet argument. Les documents invoqués — note interne de 2010, conditions générales — n’ont pas été produits. Ils sont donc inopposables. Les juges rappellent que le débat ne peut pas reposer sur des règles non communiquées. Ils reviennent au droit commun : une fois la prise en charge établie, le transporteur doit prouver la livraison. À défaut, sa responsabilité est engagée.
L’examen individualisé des envois confirme cette conclusion. Deux colis, destinés à Tanger (26.500 DH) et Rabat (13.000 DH), ne sont assortis d’aucune preuve de distribution. La Cour condamne Barid Al-Maghrib à verser 39.500 DH, avec intérêts légaux. Pour les deux envois parvenus à Marrakech, aucune preuve n’étaye la substitution alléguée : la demande est rejetée. Le cinquième envoi, absent des relevés de suivi, est écarté pour défaut de preuve.
En statuant ainsi, la Cour d’appel commerciale de Casablanca rappelle une règle essentielle : lorsqu’un transporteur reconnaît avoir pris en charge un colis, il lui appartient d’établir sa livraison. À défaut, sa responsabilité est automatique. Dans l’affaire Oudaoud, les deux envois restés sans trace suffisent à entraîner la condamnation de Barid Al-Maghrib, dans l’attente d’un éventuel pourvoi. Selon nos informations, les deux parties comptent prolonger le dossier en cassation.