Séisme au Portugal, le plus important hors des limites des plaques (Fida Medina)

À chaque fois que la terre tremble au large du Portugal, les craintes d’un tsunami surgissent. Cela a encore été le cas ce lundi 26 août, où un séisme de magnitude 5,4 a été enregistré au sud-ouest de la péninsule ibérique. Le phénomène a été ressenti au Portugal, en Espagne, mais aussi au Maroc.

Le tremblement de terre, qui a eu lieu à 5h11 en haute mer, à une profondeur de 21 kilomètres, a été documenté par l’Association marocaine des géosciences (AMG), qui précise que « la faille active probable est celle de Sines », du nom d’une ville portugaise du district de Setúbal, située au sud-ouest du pays.

« On s’y attendait » (scientifique)

La particularité de ce tremblement de terre réside dans le fait qu’il s’agit du « plus important de la région hors des limites des plaques (à l’intérieur des plaques tectoniques, loin des frontières où les plaques se rencontrent, ndlr) », nous explique le président de l’AMG, Fida Medina, professeur-chercheur émérite en géologie. Selon notre interlocuteur, ce séisme n’est pas surprenant. Il était attendu par la communauté scientifique, notamment au Portugal.

En effet, une étude parue cette année explique que « la cohérence géométrique a dominé la croissance et la liaison des 26 failles offshore cartographiées dans le sud-ouest de la péninsule ibérique. Par conséquent, elles sont susceptibles de se réactiver en tant que réseau de failles cinématiquement cohérent ».

“Elles forment des structures longues de 100 à 250 km, dont les plus longues pourraient générer des tremblements de terre avec une magnitude de moment de 8,0″, poursuit l’auteur de l’étude, Tiago M. Alves. Le Sud-Ouest du Portugal est donc particulièrement surveillé.

Par le passé, cette région sismique a marqué l’histoire à travers le séisme de Lisbonne en 1755, provoquant un tsunami qui a fortement affecté les côtes marocaines.

Tsunami: Des panneaux de signalisation ont été installés à El Jadida

Cela dit, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour le moment. Le tremblement de terre survenu ce lundi n’a pas donné lieu à une alerte tsunami. Un réseau basé sur des bouées sous-marines communes entre le Maroc, le Portugal et l’Espagne a été mis en place il y a plusieurs années. Lorsqu’un tsunami se produit, les bouées détectent la pression et donnent l’alerte, soutenues par le système d’alerte international, auquel participe l’Institut national de géophysique (ING).

De plus, le Maroc est entré dans une phase active afin de se prémunir des dangers d’un tsunami. Par exemple, dans la ville d’El Jadida, des panneaux de signalisation relatifs à l’évacuation des plages en cas d’alerte précoce de vagues de tsunami ont été mis en place.

Le Centre national de recherche scientifique et technique (CNRST) confirme que cette démarche s’inscrit dans le cadre d’un projet scientifique du CNRST réalisé en partenariat avec l’Université Chouaib Doukkali d’El Jadida et sous la supervision de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

« L’objectif de ce projet est de réduire les dommages que les vagues de tsunami pourraient causer à la population des plages de la ville d’El Jadida et à ses visiteurs, en sensibilisant et en prenant des mesures pour limiter leurs impacts », assure le CNRST dans un communiqué. Ce projet vise également à établir des plans d’urgence à mettre en œuvre dans toutes les institutions locales.

La ville d’El Jadida a été choisie comme zone pilote pour la mise en œuvre de ce projet, où le port de Jorf Lasfar a été équipé l’année dernière d’un appareil de mesure du niveau de la mer (maregraphe), avec l’ajout prévu d’une station sismique et de sirènes d’alerte. Des itinéraires préétablis ont également été mis en place pour accéder aux lieux sécurisés.

« La mise en place des panneaux de signalisation sur les plages de la ville d’El Jadida constitue une étape importante dans la réalisation de ce projet, avec l’objectif de généraliser progressivement ces mesures sur toutes les plages du Royaume, tant sur les côtes atlantiques que méditerranéennes », conclut la même source.

« La baisse du niveau de la mer n’a aucun lien avec un risque de catastrophe naturelle », rassure la Météo

Selon la DGM, la baisse du niveau de la mer sur les côtes marocaines est principalement attribuable aux forces d’attraction de la Lune et du Soleil, combinées à un alignement particulier de la Terre, de la Lune et du Soleil lors de la pleine lune. « Ce phénomène est bien connu et n’a rien d’inhabituel, » précise la DGM dans un post sur LinkedIn. Contrairement au tsunami, qui résulte d’une secousse sismique sous-marine provoquant un déplacement soudain du fond de l’océan, cette baisse du niveau de la mer n’a aucun lien avec ce phénomène destructeur.

La marée est un mouvement oscillatoire qui provoque une élévation (marée haute) et une baisse (marée basse) du niveau de la mer. Ce phénomène complexe résulte de plusieurs facteurs, principalement de l’attraction gravitationnelle de la Lune et du Soleil sur la Terre.

Les marées suivent un rythme quotidien, mensuel et saisonnier :

– Rythme quotidien : Sur les côtes marocaines, les marées sont de type semi-diurne, avec deux marées hautes et deux marées basses par jour, séparées par un intervalle d’environ 12 heures et 25 minutes en moyenne.

– Rythme mensuel : La superposition des mouvements de la Lune et du Soleil entraîne les plus fortes marées pendant la nouvelle lune et la pleine lune.

– Rythme saisonnier : Les équinoxes et solstices affectent également les marées, avec les marées les plus hautes et les plus basses se produisant lors des équinoxes de printemps et d’automne.

Le modèle de prévision des marées de la DGM a enregistré le niveau le plus bas de la mer pour le mois de juillet 2024 sur l’ensemble des côtes marocaines le mardi 23 juillet 2024, coïncidant avec la pleine lune (16 Muharram 1446). Les hauteurs enregistrées ont été de 0,15 m à 0,20 m en Méditerranée et de 0,60 m dans l’océan Atlantique.

« C’est un phénomène naturel que nous connaissons régulièrement pendant les équinoxes d’été et d’hiver », rassure la DGM. Ces variations du niveau de la mer, qui sont des occurrences naturelles liées aux cycles lunaires et solaires, ne devraient pas susciter d’inquiétudes.

https://medias24.com/2024/07/27/fact-checking-y-a-t-il-reellement-un-recul-du-niveau-de-la-mer-au-maroc/

Le Pr Fida Medina : « À Rabat, il y a encore des traces du passage du tsunami de 1755 »

Depuis le puissant séisme du vendredi 8 septembre 2023, qui a fait trembler le Haut Atlas et plusieurs villes du pays, l’éventualité qu’un tsunami dévastateur balaie les côtes marocaines est réapparue, suscitant crainte et inquiétude auprès des Marocains.   

Si les prévisions qui ont inondé les réseaux sociaux relèvent plus des fake news que d’un constat scientifique, il n’en reste pas moins que la menace n’est pas totalement à écarter, d’autant que les experts s’accordent à dire que « là où il y a eu un tsunami, il y aura un autre tsunami ».

Or, le Maroc a été concerné à deux reprises par cette terrible manifestation naturelle. Le 1er novembre 1755, à la suite du séisme de Lisbonne, et quasiment deux siècles plus tard, en 1946, à cause d’un tremblement de terre dans l’Océan Atlantique, bien que ce dernier soit passé quasiment inaperçu. 

Il faut d’abord noter que le terme « tsunami » est le résultat de la contraction de deux mots japonais : « tsu » (port) et « nami » (vague). Concrètement, c’est une onde provoquée par le rapide mouvement d’un grand volume d’eau dans l’océan ou en mer. « Ce mouvement est généré par l’activité sismique, les éruptions volcaniques, les glissements de terrain ou la chute de météorite », précise à Médias24 Fida Medina*, professeur-chercheur émérite en géologie. 

Oui, il y a un risque de tsunami au Maroc

Le temps d’un entretien riche et passionnant, le président de l’Association marocaine des géosciences a partagé avec Médias24 ses connaissances en matière de tsunami, sans jamais oublier à chaque fois de citer ses pairs et confrères.

Généralement, quand on pense « tsunami », on se remémore les images de la catastrophe survenue dans l’Océan Indien en décembre 2004 (200.000 morts) et du cataclysme qui a frappé les côtes japonaises le 11 mars 2011. Le Maroc est-il autant à risque que ces pays ? Comment s’en prémunir et quelle attitude adopter ? Le point avec l’éminent scientifique. 

Médias24 : Le risque qu’un tsunami frappe les côtes marocaines revient avec insistance. Est-ce que c’est une hypothèse envisageable à court terme ? 

Fida Medina : Oui, il y a un risque. D’ailleurs le sujet a été discuté à plusieurs reprises, notamment lors de la réunion internationale de l’Organisation du monde islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO), à Rabat en novembre 2018, à laquelle ont assisté les responsables de l’alerte au tsunami du Maroc, d’Espagne et du Portugal, entre autres. 

La difficulté est que pour les tsunamis d’origine tectonique, la prévision est celle des séismes – soit quasiment nulle–, avec la difficulté supplémentaire que la faille est sous-marine, et donc qu’il est difficile d’en faire le suivi. 

         – Doit-on s’inquiéter d’un tsunami méditerranéen ou atlantique ? 

-Les deux façades maritimes sont concernées. En Atlantique, le séisme de Lisbonne en 1755 en témoigne. Il a été fatal pour le Portugal et a affecté les côtes marocaines. Il y a encore des traces de son passage, avec les méga-blocs visibles sur la côte de Rabat. Ils y sont certainement liés car aucune tempête majeure n’a pu les faire bouger. À noter qu’il y a également eu un petit tsunami au Maroc en 1941. 

Fida Medina devant les roches charriés par le tsunami de 1755
Les méga-blocs visibles sur la côte de Rabat proviennent certainement du tsunami de 1755 car aucune tempête majeure n’a pu les faire bouger.

Pour la Méditerranée, le risque est dû aux glissements sous-marins plus qu’à la magnitude des séismes. J’en ai fait mention lors de la réunion de l’ISESCO en 2018. D’ailleurs, plusieurs thèses scientifiques et des rapports de la Banque mondiale évaluent ce risque, dont certaines compagnies d’assurance en tiennent compte. 

– Est-ce que le possible effondrement d’un flanc du volcan La Cumbre Vieja pourrait occasionner un tsunami sur les côtes marocaines ? 

– Oui, si l’on en croit l’hypothèse catastrophiste de Ward & Day. Mais il n’y a pas encore d’indices de ce phénomène (suivi par GPS par exemple). J’ai suivi de près l’activité volcanique des Canaries grâce aux informations fournies par les collègues de l’Institut géographique national espagnol, en particulier lors de la dernière éruption du volcan La Cumbre Vieja qui a fait l’objet d’un monitoring quotidien. 

D’ailleurs, il y aura une prochaine réunion scientifique à Lanzarote (île de l’archipel des Canaries) à ce sujet. Il faut savoir que ce volcan est cerné par deux digues (Dykes) volcaniques entre lesquels il y a des coulées poreuses où s’accumule l’eau. Donc s’il y a une activité qui augmente la température de l’eau, il y a un risque d’explosion. 

Mais c’est une hypothèse catastrophiste. S’il y avait un réel danger, les Espagnols seraient les premiers à évacuer la zone. Or ce n’est pas le cas. Tant qu’il y a le monitoring précis, il n’y a rien à craindre. Et s’il y a un tsunami dû à ce phénomène, c’est la côte est du continent américain qui serait concernée. De notre côté, les îles Canaries vont amortir la puissance du tsunami. 

– En cas de tsunami, les habitants disposent généralement de quel délai avant l’impact des vagues sur les côtes et quelle distance peut-il parcourir ?  

– Il y a un délai entre le mouvement à la source et l’arrivée des vagues. Sachant que la vitesse des ondes est de 700 km/h et que la faille active du fer à cheval dans le golfe de Cadix se trouve à 1.000 km, on dispose d’une heure environ pour l’évacuation des zones basses côtières. 

Concernant la distance que le tsunami pourrait parcourir en terre, cela dépendra de la hauteur des vagues et de la topographie. En général, les vagues atteignent jusqu’à 15 mètres de hauteur. La valeur de la pente sera importante. Si la pente est faible, le tsunami peut atteindre jusqu’à 5 kilomètres à l’intérieur des terres. 

– Quelles sont les attitudes à adopter face à un tel phénomène? 

– Lors d’un tsunami, il y a un délai entre le mouvement à la source (séisme) et l’arrivée des vagues. Il faut savoir qu’il y a un système d’alerte international (au Maroc, c’est l’Institut national de géophysique), et donc il faut se déplacer rapidement vers les zones élevées. 

Si, face à un séisme, l’attitude à adopter est d’abord individuelle, en cas de tsunami, il faut adopter une attitude de société afin d’opérer une évacuation organisée. En somme, la société doit adopter un comportement scientifique, se rappeler en permanence que nous vivons sur une frontière de plaques. Il faut exclure les concepts de fatalité et de punition divine, et éviter l’oubli dû au long intervalle entre ces manifestations naturelles intenses. 

– Le Maroc semble d’ores et déjà disposer d’un système de détection en attendant le déploiement d’un système d’alerte au tsunami sur les côtes atlantiques, notamment à El Jadida…

– En effet, c’est un réseau qui se base sur des bouées sous-marines communes entre le Maroc, le Portugal et l’Espagne. Quand il y a un tsunami, les bouées détectent la pression et donnent l’alerte. Sans oublier le système d’alerte international, auquel participe l’Institut national de géophysique. 

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* Né à Tétouan en 1955, Fida Médina, enseignant-chercheur émérite, président de l’Association marocaine des géosciences. Après avoir obtenu son baccalauréat au lycée Hassan II à Rabat, il fréquente les bancs de la faculté des sciences puis ceux de l’Université Paris VI pour son doctorat. Par la suite, il est nommé professeur au département de Géologie de l’Institut scientifique de Rabat, entre autres fonctions. Actuellement membre de l’EAGE (European Association of Geoscientists and Engineers) et de la Sociedad Geológica de España.

L’étude de la mise en place d’un système d’alerte au tsunami confiée à Omazine Consulting

Sis à Kénitra, Omazine Consulting est un bureau d’études, de conseil, d’ingénierie et de formation fondé en 2011. De source sûre, nous apprenons que le ministère de l’Equipement et de l’eau lui a confié la mise en place d’un système d’alerte au tsunami, dont le coût était estimé à 1.572.480 DH lors du lancement de l’appel d’offres. 

Le bureau d’études sera accompagné dans sa mission par un groupement d’enseignants-chercheurs marocains. En l’espace de 420 jours, cet attelage aura pour mission : 

– le diagnostic et l’état des lieux exhaustifs (90 jours) ;

– le benchmarking international (60 jours) ;

– l’étude d’exposition au risque de tsunami (90 jours) ;

– l’étude de pertinence de la mise en place d’un système d’alerte au tsunami (60 jours) ;

– la formulation d’un processus d’alerte et d’un guide d’établissement d’un plan d’urgence territorial (90 jours) ;

– le dossier d’appel d’offres et du coût financier de la mise en place du système d’alerte au tsunami au Maroc.

La position géographique du Royaume l’expose aux tsunamis, même si ces derniers sont assez rares. En témoigne celui du 1er novembre 1755. Provoquée par un tremblement de terre survenu au Portugal, à Lisbonne, la vague avait dévasté les côtes atlantiques, causant d’énormes dégâts humains et matériels.

Pour gagner du temps et sauver des vies en cas de tsunami, le Maroc a souhaité renforcer sa résilience à ce phénomène naturel. El Jadida a par ailleurs été désignée par l’Unesco pour représenter le continent africain dans le cadre du programme “Tsunami Ready”, au même titre que la ville d’Alexandrie, en Egypte. 

A noter que le terme “tsunami” est composé de deux termes japonais : “tsu” (port) et “nami” (vague). Il désigne une onde provoquée par le rapide mouvement d’un grand volume d’eau dans l’océan ou en mer. Ce mouvement est généré par l’activité sismique (88%), l’activité volcanique, les glissements de terrain (10%) et l’activité météorologique (2%). 

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Crash du marché obligataire : l’éclairage du président de l’ASFIM

Le vendredi 6 janvier 2023 sera une journée inoubliable pour les gestionnaires de fonds obligataires, investis principalement en bons du Trésor. Ce jour-là, les taux des bons du Trésor ont connu une hausse brutale et sans précédent dans l’histoire du marché. Conséquence : une chute vertigineuse de la valorisation des fonds obligataires qui ont accusé des pertes estimées, selon nos calculs, à au moins de 20 milliards de dirhams (rien que sur les fonds obligataires et sans compter les portefeuilles bancaires et ceux des institutionnels). Des milliards qui se sont évaporés en une seule journée !

Dans cette interview, Réda Hilali, qui s’exprime ici en sa qualité de président de l’Association des gestionnaires de fonds (ASFIM), revient sur ce ‘vendredi noir’ au sein du marché. Il nous explique les raisons qui ont conduit à cette hausse des taux, son impact sur les fonds sous gestion, et la façon dont les gestionnaires comptent rattraper les pertes subies en ce début d’année.

Le marché marocain a déjà connu des périodes de hausse de taux similaires, notamment entre 2007 et 2008, puis entre 2011 et 2013.

Médias24 : Le marché obligataire a connu un grand choc en ce début d’année, avec une hausse brutale des taux des bons du Trésor le 6 janvier. Comment s’explique cette situation ?

Réda Hilali : Cette hausse est liée d’abord au contexte économique et financier. Or, on ne peut comprendre ce qui se passe aujourd’hui sans rappeler les faits marquants de l’année 2022, qui a été une année exceptionnelle à plusieurs égards.

Après avoir surmonté une pandémie et un ralentissement de la croissance, l’économie mondiale a enregistré une forte reprise de la demande, qui a été confrontée à des ruptures de chaîne d’approvisionnement et s’est traduite par une hausse de l’inflation. Cette dernière a ensuite été exacerbée par le conflit russo-ukrainien et les impacts majeurs qu’on lui connaît sur les prix de l’énergie en 2022. L’inflation a, de cette façon, atteint des niveaux sans précédent, avec des pics à 9,1% aux Etats-Unis à fin juin, autour de 8,3% au Maroc à fin septembre, et jusqu’à 10,6% en Europe à fin octobre.

Afin de contenir cette tendance inflationniste, les banques centrales internationales ont été contraintes de mener des resserrements de politiques monétaires. Ces mesures se sont traduites par des hausses prononcées de taux directeur : de +2,5% en Europe en quelques mois à +4,25% aux Etats-Unis, contre +1% au Maroc entre septembre et décembre 2022. Ces hausses de taux directeur ont eu pour conséquence directe une hausse globale des taux d’intérêt.

La situation des finances du Maroc entre également en jeu. Le Trésor a réussi à boucler un exercice budgétaire compliqué en 2022. L’Etat a augmenté sensiblement l’enveloppe allouée à la compensation afin de contenir la hausse des prix, tout en maintenant un budget d’investissement élevé. Le déficit initialement prévu a tout de même été respecté, grâce à des recettes fiscales en forte progression notamment.

– Quels effets ces changements ont-ils eu sur le marché obligataire ?

– Sur le marché primaire, l’inflation et le resserrement monétaire ont eu pour effet d’orienter la demande des investisseurs essentiellement vers les bons du Trésor à maturité court terme, dans un contexte d’aversion globale au risque. Lors de ses levées, le Trésor a consenti des hausses importantes de taux sur ce segment. Ce dernier a également réussi à financer une partie non négligeable de ses besoins de financement à l’international. Les mécanismes de financement innovants ont, en parallèle, permis aux investisseurs qui le souhaitaient d’investir à long terme, moyennant un taux de rendement relativement élevé, ce qui a réduit davantage leur appétit pour les bons du Trésor à maturité longue.

Cette conjoncture a eu pour conséquence des hausses globales de taux. A titre d’illustration, le taux 2 ans est passé de 1,74% fin 2021 à 3,69% au Maroc au 6 janvier 2023, soit environ +2%, tandis qu’il a bondi de +3% en Europe et de +2,74% aux Etats-Unis en 2022.

Pour ce qui est du taux 10 ans, on a également assisté aux mêmes amplitudes de hausse, avec une progression de +1,88% au Maroc, passant de 2,33% à 4,21% au 6 janvier, contre +2,4% aux Etats-Unis et en Europe en 2022.

Je voudrais rappeler que le marché marocain a déjà connu des périodes de hausse de taux similaires, notamment entre 2007 et 2008, puis entre 2011 et 2013. Durant cette deuxième période plus récente, le taux 10 ans avait notamment progressé de +1,53%. A court terme, les OPCVM obligataires avaient naturellement subi des baisses de prix, à l’image de la conjoncture actuelle.

Puis, les niveaux de taux rehaussés avaient à plus long terme permis de profiter de meilleurs rendements obligataires ; une attractivité qui s’est traduite par une multiplication de la taille des OPCVM taux par deux, passant d’un actif total sous gestion de 212 milliards DH fin 2013 à près de 400 milliards DH fin 2019.

Un nouveau modèle de valorisation

La mise en place d’un nouveau modèle de valorisation a eu pour effet immédiat un ajustement des taux pour tenir compte des nouvelles conditions de marché.

– La hausse des taux est bien sûr due à l’ensemble de ces éléments objectifs et était déjà anticipée. Mais à la différence de l’Europe ou des Etats-Unis, au Maroc, la hausse des taux des bons du Trésor a été brutale et s’est faite sur une seule journée, ce qui lui a donné des airs de tsunami. Que s’est-il passé au juste au cours de cette journée du 6 janvier ?

– Pour expliquer ce qui s’est passé durant cette semaine de janvier 2023, il faut revenir aux fondements historiques du marché obligataire.

Depuis 2004, à l’image de tout marché en progrès constant, le marché secondaire des taux marocain n’a cessé d’optimiser son fonctionnement et son modèle de valorisation des produits de taux. L’écosystème financier marocain restait tout de même conscient des limites du modèle de fixation des taux secondaires, et du manque de réactivité des prix des obligations face aux faibles volumes échangés. Pour perfectionner le fonctionnement de ce marché, tous les efforts ont été fournis dans le cadre de travaux collectifs entre régulateurs, opérateurs de marché et le Trésor.

L’impact sans précédent des événements marquants de l’année 2022 sur les taux a mis en exergue les limites du modèle de valorisation existant et la nécessité de l’améliorer. L’engagement de tous les acteurs a abouti, durant la première semaine de l’année, à la mise en place d’un nouveau modèle, qui a eu pour effet immédiat un ajustement des taux pour tenir compte des nouvelles conditions de marché.

– La hausse des taux était inéluctable ; personne n’en doute et ce n’est pas tant le problème qui se pose aujourd’hui. Mais la question est de savoir pourquoi avoir attendu tout ce temps pour venir appliquer en une seule journée une hausse aussi brutale.

– Il faut préciser qu’un premier ajustement de ce modèle avait déjà été opéré fin septembre, afin de permettre d’intégrer en partie les conséquences du premier relèvement de taux directeur par Bank Al-Maghrib.

Ensuite, n’oublions pas qu’il s’agissait d’un modèle en place depuis 2004, qui a fait ses preuves et permis au marché obligataire de fortement se développer depuis. La décision d’opérer un changement dans un contexte exceptionnel nécessitait naturellement du temps. Les discussions ont été longues, afin de déterminer le meilleur moyen de corriger le modèle pour appliquer les ajustements nécessaires. Une fois finalisées, les modifications apportées impliquaient des corrections automatiques et immédiates, ce qui explique les mouvements forts en une seule journée.

– Le Trésor refusait en 2022 toutes les offres des investisseurs qui reflétaient la situation réelle des taux, maintenant les taux en déconnexion totale avec la réalité du marché. La hausse du 6 janvier pouvait, selon plusieurs acteurs du marché, être diluée sur l’année 2022. Est-ce un déni de réalité qui nous a menés à la situation actuelle ?

– Le Trésor a pour rôle d’optimiser le coût de financement de l’Etat. Pour ce faire, en plus d’organiser des séances d’adjudication hebdomadaires, celui-ci a mis en place ces dernières années un certain nombre de mécanismes qui ont prouvé leur efficacité. On compte parmi ces mécanismes le placement de ses excédents de trésorerie sur le marché monétaire, ou encore la gestion active de la dette à travers des échanges de titres proposés régulièrement aux investisseurs.

Ensuite, sur le marché des adjudications en 2022, la répartition de la demande et celle des levées du Trésor entre court terme et moyen-long terme étaient quasiment identiques sur l’ensemble de l’année. En effet, un peu plus de la moitié de la demande a été orientée vers le court terme, et cette même proportion était retrouvée au niveau des levées, ce qui témoigne du fait que le Trésor s’est conformé globalement à la structure de la demande des investisseurs.

Enfin, les investisseurs, en plus d’anticiper un resserrement monétaire par la Banque centrale dans un contexte inflationniste, s’attendaient aussi à des levées importantes du Trésor pour combler son besoin de financement. Ces anticipations ont eu pour effet d’augmenter naturellement leur aversion au risque, et d’orienter leur préférence vers des bons du Trésor à horizon court terme. Ainsi, au fil du temps, la proportion de la demande orientée vers le court terme est passée de 25% au premier trimestre à plus de 60% au troisième, et jusqu’à 76% durant le dernier trimestre. Le Trésor a donc dû composer avec cette structure de marché pour se financer, et a validé des hausses de taux sur le segment court terme. Le fait qu’il n’ait pas validé de hausse sur les maturités plus longues résulte en réalité en bonne partie d’un manque de demande sur ce compartiment.

Certains fonds à horizon très court terme ne devraient nécessiter que quelques jours pour rattraper leurs pertes de faible ampleur, tandis que ceux à horizon plus long devraient nécessiter davantage de temps.

– Les OPCVM ont accusé un coup dur après cette hausse. À combien estimez-vous les pertes dues à cette hausse des taux ?

– Il existe une multitude de catégories d’OPCVM. Ces véhicules de placement évoluent différemment suivant leur composition, leur horizon de placement et leur niveau de sensibilité aux mouvements de marchés.

Les OPCVM obligataires sont, de par leur nature, les plus sensibles à l’évolution de la courbe des taux. De manière générale, ces derniers exposent principalement à deux niveaux de risque : un risque émetteur, lié à un risque de défaut (ou non-remboursement de dette) de l’emprunteur ; et un risque de taux, qui se traduit par un risque de variation des prix dû à une variation de taux.

La matérialisation du risque de taux, comme cela a été le cas récemment, impacte les obligations à travers une baisse de prix ponctuelle. Celle-ci n’altère cependant en rien leurs caractéristiques dans la mesure où elles continuent à payer leurs coupons et le principal. Ainsi, ces baisses finissent par être récupérées mécaniquement et progressivement dans le temps. Le délai de récupération varie suivant l’horizon de placement, du plus court pour les OPCVM monétaires au plus long pour les OPCVM obligataires moyen-long terme.

– À combien estimez-vous ces pertes, et en combien de temps peuvent-elles être rattrapées ?

– Certains fonds à sensibilité extrêmement faible aux mouvements de taux n’ont pas enregistré de perte. Pour les autres, les pertes subies ont varié suivant les horizons de placement et les sensibilités. Ceux à horizon très court terme, à l’image des fonds monétaires, ne devraient nécessiter que quelques jours pour rattraper leurs pertes de faible ampleur, tandis que ceux à horizon plus long devraient nécessiter davantage de temps.

A titre d’illustration, l’indice global des obligations d’Etat, le MBI, a accusé une baisse de 4,5% le 6 janvier dernier. Au même moment, son rendement annuel s’est bonifié à 3,9%. Toutes choses étant égales par ailleurs et hors mouvement des taux, cela signifie mécaniquement que la baisse observée durant cette journée devrait pouvoir être récupérée en un peu plus d’un an, laquelle durée est à comparer à l’horizon d’investissement représenté par cet indice qui est de l’ordre de 3 à 5 ans.

Il est aussi très important de noter, comme le montre très clairement l’historique des performances, que plus les risques et les horizons de placement sont élevés, plus les espérances de rendement le sont également. En effet, sur des durées relativement longues, la performance des fonds à horizon d’investissement court est plus faible que celle de fonds à horizon plus long, même sur des cycles comprenant des phases de hausse des taux.

– Quelles leçons peut-on tirer de cette situation, à votre avis ? 

– La situation actuelle rappelle l’importance du respect de l’horizon de placement, lors de tout investissement, pour se prémunir contre la volatilité des prix.

D’autre part, elle nous appelle tous, en tant qu’acteurs au niveau des marchés financiers, à opérer les changements nécessaires afin de garantir en tout temps la réalité des prix et renforcer la liquidité et robustesse du marché des taux.

Enfin, ces évènements nous incitent à poursuivre les efforts engagés afin d’accélérer la mise en place des nouveaux textes réglementaires et infrastructures de marché.

L’appel d’offres pour la faisabilité d’un système d’alerte au tsunami relancé

Le délai global d’exécution du marché est toujours fixé à 420 jours. Son coût est estimé à 1.572.480 DH, selon l’avis d’appel d’offres. Le bureau d’étude sélectionné aura pour missions :

le diagnostic et l’état des lieux exhaustifs (90 jours) ;

le benchmarking international (60 jours) ;

l’étude d’exposition au risque de tsunami (90 jours) ;

l’étude de pertinence de mise en place d’un système d’alerte aux tsunamis (60 jours) ;

– la formulation d’un processus d’alerte et d’un guide d’établissement d’un plan d’urgence territorial (90 jours) ;

le dossier d’appel d’offres et du coût financier de mise en place du système d’alerte aux tsunamis au Maroc.

De par sa position géographique, le Maroc est exposé aux tsunamis. En atteste celui du 1er novembre 1755 : provoquée par un tremblement de terre survenu au Portugal, à Lisbonne, la vague avait dévasté les côtes atlantiques, occasionnant d’énormes dégâts humains et matériels.

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) redoute par ailleurs la survenue d’un tsunami en Méditerranée dans les 30 prochaines années. “Les statistiques montrent que la probabilité d’une vague de tsunami de plus d’un mètre est proche de 100%”, indique l’agence onusienne dans un communiqué.

D’où l’intérêt pour le Maroc de renforcer sa résilience à ce phénomène naturel. A ce titre, les villes d’El Jadida et d’Alexandrie (Egypte) ont été désignées par l’Unesco pour représenter le continent africain dans le cadre du programme “Tsunami Ready”.

Le terme “tsunami” est composé de deux mots japonais : “tsu” (port) et “nami” (vague). Il désigne une onde provoquée par le rapide mouvement d’un grand volume d’eau dans l’océan ou en mer. Ce mouvement est généré par l’activité sismique (78%), l’activité volcanique, les glissements de terrain (10%) et l’activité météorologique (2%).

https://medias24.com/2022/06/30/le-maroc-renforce-sa-resilience-face-aux-tsunamis/

Le Maroc renforce sa résilience face aux tsunamis

Dans le cadre du programme « Tsunami Ready », les villes d’El Jadida et d’Alexandrie (Egypte) ont été désignées par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) pour représenter le continent africain.

Bien qu’elle soit bordée par l’océan Atlantique, El Jadida a été sélectionnée par l’Unesco en raison, d’une part, de sa participation au projet pilote « Coast Wave », porté par la Commission océanographique de l’organisation onusienne ; et d’autre part car le programme « Tsunami Ready » envisage de former, d’ici 2030, l’ensemble des populations côtières susceptibles d’être menacées par cette catastrophe naturelle, y compris les populations du pourtour méditerranéen. Ce programme a d’ailleurs déjà été expérimenté auprès de 40 communautés dans 21 pays des régions des Caraïbes, du Pacifique et de l’océan Indien.

L’Unesco redoute en effet la survenue d’un tsunami en Méditerranée dans les 30 prochaines années. « Les statistiques montrent que la probabilité d’une vague de tsunami de plus d’un mètre est proche de 100% », indique l’agence onusienne dans un communiqué. 

Une onde provoquée par un rapide mouvement

Le terme « tsunami » est composé de deux mots japonais : « tsu » (port) et « nami » (vague). Il désigne une onde provoquée par le rapide mouvement d’un grand volume d’eau dans l’océan ou en mer. Ce mouvement est généré par l’activité sismique (78%), l’activité volcanique, les glissements de terrain (10%) et l’activité météorologique (2%).

Quand on pense « tsunami », on se souvient des images de la catastrophe survenue dans l’océan Indien en décembre 2004, à l’origine de plus de 200.000 morts, et de celles du cataclysme qui a frappé les côtes japonaises le 11 mars 2011. Les tsunamis peuvent cependant se produire sur toutes les côtes du monde, et pas uniquement dans les régions du Pacifique et de l’océan Indien.

Selon Bernardo Aliaga, spécialiste des tsunamis et expert en océans à l’Unesco, « le principe général, c’est que là où il y a eu un tsunami, il y aura un tsunami ». Le Royaume n’est pas épargné par cette menace. Le Maroc a en effet été confronté à un tsunami en 1755, après le grand séisme qui frappa Lisbonne et dont l’origine fut localisée dans l’océan Atlantique, au niveau de la zone comprise entre le Portugal et le Maroc.

La participation d’El Jadida au programme de l’Unesco tombe donc sous le sens. Nacer Jabour, chef de division à l’Institut national de géophysique (ING), révèle à Médias24 les détails d’un programme qui pourrait être élargi à l’ensemble des villes côtières du pays.

Des normes supplémentaires en matière de tsunamis

Publiée en 2013 dans la revue Natural Hazards and Earth System Science, une étude a évalué les performances de l’infrastructure côtière de défense contre les tsunamis à El Jadida. Les auteurs ont mis en avant « la nécessité d’ajouter des normes supplémentaires en matière de tsunamis, non seulement pour les structures de défense contre la mer, mais aussi pour les habitations côtières et les maisons ».

Afin de remédier à ces manquements, l’application du programme « Tsunami Ready » à El Jadida passera par plusieurs étapes :

– élaborer un plan de réduction des risques de tsunami ;

– identifier et cartographier les zones à risque de tsunami ;

– élaborer des documents de sensibilisation et d’éducation du public ;

– créer des cartes d’évacuation compréhensibles par tous ;

– afficher publiquement toutes les informations utiles sur les tsunamis.

A ce titre, le Maroc a également participé au projet « Coast Wave », destiné à mettre à niveau les procédures d’alerte précoce en cas de tsunami. « Si l’alerte est régionale, la réaction devra être préparée localement sur chaque segment de la côte », explique Nacer Jabour.

« L’objectif du projet est de faire de la ville d’El Jadida un exemple parmi les villes préparées à faire face au risque de tsunami dans la région méditerranéenne », indique notre interlocuteur. « A cet effet, un nouveau marégraphe sera fourni et des messages d’alerte seront envoyés rapidement depuis le siège de l’ING vers les autorités locales d’El Jadida », poursuit-il.

De plus, le ministère de l’Equipement a lancé un appel d’offres pour étudier la mise en place d’un système d’alerte au tsunami dans le pays. Estimée à plus de 1,5 MDH, cette étude doit établir le diagnostic et l’état des lieux, examiner l’exposition au risque de tsunami et la pertinence de la mise en place d’un système d’alerte, et formuler un processus d’alerte et un guide d’établissement d’un plan d’urgence territorial.

Selon nos informations, cet appel d’offres s’est révélé infructueux. Un second sera prochainement lancé à l’international.

La faisabilité d’un système d’alerte au tsunami à l’étude au Maroc

Le coût de cette étude est estimé à 1.572.480 DH. Le délai global d’exécution du marché est fixé à 420 jours, hors délais de validation des rapports, indique l’avis d’appel d’offres.

Le bureau d’étude sélectionné aura pour missions :

– le diagnostic et l’état des lieux exhaustifs ;

– le benchmarking international ;

– l’étude d’exposition au risque de tsunami ;

– l’étude de pertinence de mise en place d’un système d’alerte aux tsunamis ;

– la formulation d’un processus d’alerte et d’un guide d’établissement d’un plan d’urgence territorial ;

– le dossier d’appel d’offres et du coût financier de mise en place du système d’alerte aux tsunamis au Maroc.