Maroc-Tunisie, la défense centrale des Lions au cœur des préoccupations
La fin de saison est plus que jamais chargée pour Walid Regragui. Le sélectionneur national et son staff ont du pain sur la planche, notamment pour tester de nouvelles associations en défense centrale en vue de la Coupe d’Afrique des nations 2025. Dans ce contexte, le duel face à la Tunisie, ce vendredi 6 juin au complexe sportif de Fès (21 h), s’annonce comme un test intéressant.
Tout comme le Maroc, la Tunisie est en tête de son groupe (H) après six journées de qualifications pour le Mondial 2026. Certes, les Aigles de Carthage ne sont pas irrésistibles offensivement et le groupe convoqué par Sami Trabelsi (nommé en février dernier) est remanié, mais il ne manque pas de qualité.
C’est le cas de Khalil Ayari (Stade tunisien), qui honorera sans doute sa première sélection, mais aussi de Hamza Khadhraoui (Club africain) ou encore du prometteur Youssef Snana, prêté cette saison par le Club africain à l’Espérance sportive de Zarzis.
En face, le Maroc sera privé à coup sûr de Brahim Diaz et très probablement de Abdessamad Ezzalzouli.
Plus embêtant encore, Nayef Aguerd est également sur le flanc. En son absence, il sera difficile pour le staff de l’équipe nationale de poursuivre sa quête d’un complément idéal en charnière, entamée il y a quelques mois. Idéalement, le technicien marocain aurait souhaité partir au combat lors de la CAN 2025 avec une défense centrale composée de Nayef Aguerd et de Chadi Riad.
Mais ce dernier a été victime d’une grave blessure qui l’a tenu éloigné des terrains pendant plusieurs mois, et rien ne garantit qu’il sera prêt pour la joute continentale. Dès lors, Regragui doit dénicher un complément crédible à Nayef Aguerd. Reste à savoir quels sont les ingrédients d’une charnière centrale qui tient la route.
Passé sur le banc de plusieurs clubs français, Jean-Marc Nobilo est actuellement le directeur technique de l’académie du Raja Club Athletic. Il a également été sélectionneur du Bénin (2010). Sans intention de s’immiscer dans les décisions du sélectionneur, M. Nobilo évoque trois critères clés pour une défense centrale performante :
– La taille ;
– Le pied fort ;
– La complémentarité des profils.
Au regard de la majorité des défenses centrales de très haut niveau, que ce soit en club ou en sélection, le premier critère fait sens. « Une charnière centrale solide, c’est souvent deux joueurs d’au moins 1 m88, voire 1 m90 ou plus », affirme-t-il. Raison pour laquelle notre interlocuteur insiste sur la pertinence des choix du sélectionneur national, puisque le plus petit des joueurs convoqués par Walid Regragui pour occuper ce secteur de jeu culmine à 1,88 m, Abdel Abqar en l’occurrence.

Ensuite, le deuxième critère à prendre en considération concerne le pied fort des joueurs qui composent l’axe central. « L’idéal, c’est d’avoir un droitier et un gaucher pour avoir plus de facilités en termes de relance et d’orientation du corps. Mais avoir deux droitiers, c’est assez courant et pas du tout contraignant », précise-t-il. En revanche, les défenseurs centraux gauchers sont si rares que la question de leur complémentarité se pose rarement.
Bien sûr, il existe toujours des exceptions. Le duo Saïss-Aguerd en est une parfaite illustration. Très performants pendant la Coupe du monde, ils maîtrisaient tous deux la relance avec les deux pieds. De plus, ils se complétaient parfaitement sur d’autres aspects, notamment grâce à l’expérience et au vécu de Romain Saïss, qui ont permis à Aguerd de jouer plus libéré et sûr de lui.
Enfin, le dernier critère repose sur un savant équilibre entre puissance physique et sciences tactiques. « Il faut que l’un des deux soit un joueur d’impact, solide dans le duel, explosif et capable de bien gérer la profondeur, tandis que l’autre doit exceller dans le placement, la lecture du jeu, l’anticipation et la première relance. C’est cette répartition des rôles qui crée une charnière équilibrée », avance M. Nobilo.
En infographie, nous avons tenté d’évaluer la complémentarité de plusieurs charnières centrales, en prenant Abdel Abqar comme constante et six indices clés de performances (ICP) :
– Duels défensifs gagnés ;
– Duels aériens gagnés ;
– Tacles glissés réussis ;
– Récupérations par 90’ ;
– Passes réussies ;
– Passes longues réussies.
En attendant le retour de Nayef Aguerd, seule la charnière composée de Abdel Abqar et de Abdelhak Assal ne semble pas répondre aux critères précités, leurs profils étant assez similaires, du moins sur le papier. Mais la complémentarité des profils ne fait pas tout : le vécu commun est tout aussi essentiel pour créer des automatismes.
Normalement, cela prend du temps. « Mais en sélection, il n’y a que des joueurs de très haut niveau. Il est possible d’avoir des automatismes en deux ou trois rassemblements. L’osmose peut se créer rapidement si les profils sont bien choisis. Ce qui semble être le cas », conclut Jean-Marc Nobilo.
À charge désormais aux joueurs sélectionnés par Walid Regragui de prouver qu’ils sont à la hauteur des attentes. À commencer par le derby maghrébin, où l’équipe nationale peut creuser un peu plus son avance historique : 16 victoires, 9 défaites et plus d’une vingtaine de matchs nuls.
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