L’arsenic, la face cachée mais stratégique de l’industrie minière marocaine
Le Maroc abrite une production importante de plus de cinq métaux critiques (phosphate, cobalt, manganèse, cuivre, zinc) et dispose du potentiel de développer d’autres ressources stratégiques comme le graphite et le lithium.
À ces ressources s’ajoute l’arsenic, souvent perçu comme une source de pollution plutôt qu’une richesse minière. Rivalisant avec la Chine, le Maroc est le troisième producteur mondial de ce métalloïde. Sa demande future est promise à la croissance, portée par ses applications diversifiées, notamment dans les industries de haute technologie.
Bien que son prix soit actuellement sous-évalué, il pourrait potentiellement augmenter, à l’image de l’antimoine, en raison de la guerre commerciale qui s’amplifie entre la Chine et les États-Unis, le secteur des semi-conducteurs étant un enjeu majeur de ce conflit.
Quelles sont les utilisations stratégiques de l’arsenic dans l’industrie ?
L’arsenic, au-delà de sa toxicité et de son usage historique dans les pesticides, est un élément stratégique dont les applications technologiques et industrielles sont variées. Il est particulièrement valorisé pour ses propriétés dans les domaines de pointe et les alliages.
L’arsenic de haute pureté est utilisé pour fabriquer des semi-conducteurs à base d’arséniure de gallium, des composants essentiels pour les industries militaire, spatiale et des télécommunications. L’émergence de la technologie 5G a particulièrement favorisé l’utilisation des puces en arséniure de gallium au détriment du silicium. En effet, ce matériau génère moins de bruit dans les hautes fréquences, offre une vitesse des électrons cinq fois plus élevée et permet d’atteindre des fréquences de fonctionnement bien supérieures.
L’arsenic est incorporé en faibles quantités dans divers métaux afin d’en améliorer significativement les caractéristiques physiques et chimiques. Dans l’industrie automobile, particulièrement pour les véhicules thermiques, il est intégré aux alliages de plomb utilisés dans la fabrication des batteries de stockage. Au-delà des batteries, l’arsenic est également employé pour accroître la dureté et la résistance à la corrosion d’autres alliages métalliques.
Sur le plan chimique, l’arsenic intervient, bien qu’en quantités désormais faibles et strictement réglementées, dans la composition de certains produits finis. Des composés arsénicaux sont historiquement et parfois encore utilisés dans la production de pigments et de colorants. Ces substances chimiques ne se limitent pas à conférer des couleurs spécifiques ; elles améliorent également la stabilité des produits. Ces applications concernent notamment des secteurs comme l’industrie textile et la production de papier.
Le potentiel marocain en arsenic
Le Maroc est le troisième producteur de ce minerai, se classant derrière le Pérou et la Chine, et ce, malgré l’absence d’une mine dédiée exclusivement à l’extraction de l’arsenic.
Le marché américain représente un débouché d’exportation important dont il dépend, notamment pour la fabrication des semi-conducteurs, un secteur où les États-Unis se placent en tête mondiale.
Au Maroc, le trioxyde d’arsenic est produit au niveau du complexe métallurgique de Guemassa, aux environs de Marrakech, en tant que sous-produit minier. De même, en Chine (premier producteur mondial), les stocks de résidus d’exploitation minière, en particulier ceux des mines d’or et de cuivre, sont traités pour extraire l’arsenic métallique qu’ils contiennent.
L’arsenic est un élément largement répandu qui est souvent associé aux minerais de cuivre, d’or, de plomb et à d’autres métaux non ferreux. La diversité minière marocaine offre plusieurs opportunités pour l’exploitation de ce métalloïde en tant que sous-produit, notamment à partir des gisements plombo-zincifères qui peuvent abriter l’arsénopyrite, par exemple.
Quand l’arsenic dans la production minière représente-t-il un danger ?
Au Maroc, il existe plusieurs anciens sites miniers qui ont été impactés par le drainage minier acide, notamment par la contamination à l’arsenic, qui constitue une source de pollution importante. Les exemples notoires sont la mine abandonnée d’Aouli dans la région de Midelt et celle de Kettara aux environs de Marrakech.
Ce risque de pollution n’est pas dû au simple fait qu’une roche puisse contaminer naturellement l’eau, ni ne peut être évité par l’interdiction de projets miniers. Il est, en grande partie, la conséquence de l’absence de l’obligation de réhabilitation minière au cours du siècle dernier.
Avec la prolifération de plusieurs projets miniers, il serait donc plus opportun de développer la valorisation des produits arsénifères qui pourraient être exploités dans divers secteurs industriels. Leurs prix devraient augmenter sur le marché mondial en raison d’un nombre limité de producteurs et de leurs utilisations vitales, notamment dans l’industrie technologique.
De là émerge un énorme potentiel, encore sous-exploité, dans le secteur minier, notamment celui de la valorisation des sous-produits. Cette opportunité se présente alors que l’attente est longue d’une prochaine réforme de la loi 33-13 sur les mines, qui promet plusieurs nouvelles dispositions majeures :
- Renforcer l’aspect environnemental de l’exploitation minière à travers l’instauration d’un nouveau cadre de critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) afin de minimiser l’impact environnemental des mines.
- L’établissement d’une liste de minerais critiques est prévu, permettant potentiellement de réserver une partie ou la totalité de la production à l’industrie nationale.
- La suppression prévue de l’obligation de détenir une licence minière pour établir une unité de valorisation. Cette mesure pourrait augmenter progressivement le nombre d’unités de valorisation minière, actuellement limité, mais dont le développement est essentiel compte tenu de la diversité et de la nature des produits miniers marocains.