Viande rouge : malgré les conditions climatiques favorables, les prix restent au-dessus des 100 DH/kg
Après plusieurs années de sécheresse sévère, le retour des pluies et des pâturages constitue un soulagement majeur pour les éleveurs. Mais cette situation ne semble pas impacter les prix des viandes rouges, toujours au-delà de 100 DH chez le boucher.
« La situation des éleveurs est impeccable »
Invité de l’émission Le 12/13 de Médias24 le mercredi 21 janvier, Rachid Benali, président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural (Comader), a résumé la situation des éleveurs comme suit : « il y a de l’eau, il y a du pâturage, les éleveurs vont très bien aujourd’hui, la situation est impeccable ».
Selon lui, la décision prise l’année dernière d’annuler le rituel de l’abattage à l’occasion de Aïd al-Adha a été déterminante. « C’était une excellente décision. Elle a permis de rompre avec sept années consécutives de sécheresse. On a arrêté de dépeupler et on a pu repartir sur de bonnes bases », nous a-t-il expliqué lors de l’émission.
Cette pause a également permis d’alléger la pression financière sur les éleveurs, lourdement affectés ces dernières années par l’achat massif d’aliments composés importés. « Aujourd’hui, grâce aux pâturages, ils sont sauvés pendant quelques mois », a-t-il ajouté.
Rachid Benali regrette toutefois que cette situation ne fasse pas baisser les prix de la viande rouge au niveau des bouchers, d’autant que la majorité des indicateurs sont au vert.
Des prix à la production bas… mais une viande chère pour le consommateur
En effet, cette amélioration de l’offre aurait dû, logiquement, se traduire par une détente des prix. Mais, sur le terrain, la réalité est tout autre. « Nous avons eu de la viande à moins de 100 DH, aussi bien ovine que bovine, pendant plusieurs années », a rappelé le président de la Comader. « Aujourd’hui, malgré le repeuplement et un cheptel de plus de 30 millions de têtes, les prix continuent d’augmenter ».
Selon lui, « le prix sortie ferme de la viande rouge est pourtant très bas. Le kilogramme de viande vive se situe entre 40 et 45 DH, ce qui devrait donner un prix de viande nette compris entre 75 et 80 DH/kg. Avant, cette viande était vendue à 85 ou 90 DH sur le marché. Aujourd’hui, on la trouve à 100 DH, voire plus. C’est un phénomène que même nous, agriculteurs, ne comprenons pas », reconnaît-il.
Contacté par nos soins, le secrétaire général des commerçants du marché de gros de Casablanca confirme que les prix sont globalement stables depuis un certain temps, notamment grâce à l’importation du Brésil et de l’Uruguay.
« Au niveau des abattoirs, les prix varient entre 70 et 92 DH/kg pour la viande bovine. Dans le détail, les prix sont autour de 70 DH pour les viandes importées du Brésil et d’Uruguay, tandis que les viandes locale et espagnole se positionnent dans les segments les plus élevés, et se vendent donc à des prix plus élevés ».
Mais « une fois arrivée chez le consommateur final, la viande est affichée entre 110 et 120 DH/kg. Des marges de plus de 15 DH/ kg sont donc appliquées par les bouchers ».
Le prix de la viande ovine avoisine pour sa part les 115 DH/ kg au niveau des abattoirs. En y ajoutant une marge minimale de 10 DH/kg chez les bouchers, elle revient à au moins 125 DH/kg pour le consommateur.
Spéculation, intermédiaires et désorganisation du marché
Ainsi, malgré les mesures mises en place et l’amélioration de la production, les niveaux élevés des prix perdurent depuis près de deux ans. Une situation jugée incompréhensible, y compris par les éleveurs eux-mêmes.
En effet, les résultats du recensement national du cheptel, dévoilés en août 2025, ont démontré que le cheptel national s’établissait à plus de 32,8 millions de têtes, traduisant une augmentation globale. La situation n’a cessé de s’améliorer depuis. Rachid Benali la juge même « excellente » pour ce qui est des ovins.
En revanche, en ce qui concerne les bovins et les camelins, une baisse a été enregistrée lors du recensement. Pour les bovins, le cheptel s’établissait à 2 millions de têtes, alors que la moyenne habituelle se situe entre 3 et 3,2 millions. Une situation qui s’explique par la durée plus longue du cycle de reproduction. « Le bovin, ce n’est pas comme l’ovin », a souligné notre interlocuteur. « La gestation est plus lente, ce qui fait que la reconstitution prendra beaucoup plus de temps ».
Pour les professionnels du secteur joints par nos soins, les causes de la persistance des prix élevés sont connues et récurrentes. « Cette situation est notamment due à la multiplication des intermédiaires, à la spéculation et à la désorganisation du circuit de commercialisation », nous explique-t-on. « Le bétail est souvent vendu plusieurs fois avant d’atteindre le marché de gros, ce qui gonfle artificiellement les prix. Les marges appliquées sont élevées, malgré des prix faibles à la ferme ».
À cela s’ajoute « le manque d’organisation structurelle des marchés de gros ». L’absence de certificats de naissance et de décès du bétail et le manque de réglementation claire encadrant l’ensemble du circuit sont autant de failles qui alimentent la spéculation.
Concernant les ovins, l’abondance est bien réelle, mais les éleveurs préfèrent actuellement conserver leur cheptel en prévision de Aïd al-Adha. « Les éleveurs gardent leurs bêtes pour bénéficier du soutien ministériel et des bonnes conditions climatiques qui ont réduit les coûts de l’élevage et anticipent ainsi de meilleurs profits », nous fait savoir l’un de nos interlocuteurs.
Une situation anormale qui appelle des mesures urgentes
En définitive, la persistance des prix élevés de la viande rouge, malgré un contexte agricole favorable et des mesures publiques ambitieuses, révèle un dysfonctionnement profond du marché.
Une situation jugée anormale, qui pénalise directement le consommateur final sans pour autant bénéficier pleinement aux éleveurs.
Pour les professionnels, une réforme structurelle du circuit de commercialisation, une meilleure organisation des marchés de gros et un encadrement strict des intermédiaires s’imposent désormais comme des priorités. À défaut, les efforts consentis pour la reconstitution du cheptel risquent de ne jamais se traduire par une véritable stabilisation des prix.




