Comment fonctionne l’unique OPCVM marocain indexé sur l’or

Le cours de l’or a atteint un sommet historique en avril 2025, franchissant les 3.500 dollars l’once. Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, l’inflation persistante et l’incertitude autour des taux d’intérêt, le métal jaune s’impose à nouveau comme une valeur refuge.

Pour l’investisseur marocain, une question revient avec insistance. Comment s’exposer à l’or aujourd’hui ? L’achat de métal physique est-il une solution suffisante ? Existe-t-il d’autres options, plus accessibles et mieux adaptées à une gestion de portefeuille diversifié ?

Pour mieux comprendre les enjeux, Médias24 a interrogé Wafa Gestion, société de gestion d’actifs du groupe Attijariwafa bank. Elle livre son éclairage sur l’attractivité de l’or et sur les solutions disponibles, en particulier à travers un produit encore peu connu du grand public qu’est l’OPCVM indexé sur l’or.

Un accès moderne à l’or, sans en détenir physiquement

Investir dans l’or ne passe pas forcément par l’achat de lingots ou de pièces. Il existe aujourd’hui des solutions plus souples, intégrées au système financier classique, qui permettent de s’exposer à l’évolution du cours de l’or sans en posséder physiquement. C’est le cas de l’OPCVM indexé sur l’or, un véhicule financier dont la performance suit celle du métal jaune.

« Un OPCVM indexé sur l’or est un fonds d’investissement dont la performance reproduit l’évolution du cours de l’or. Ce type de produit permet à un investisseur de profiter de la croissance du cours du métal précieux sans avoir à en acheter physiquement », explique Wafa Gestion.

Contrairement à l’achat d’or physique, qui implique une logistique de conservation, des risques de vol et une liquidité parfois incertaine à la revente, l’OPCVM indexé sur l’or permet de s’en affranchir. Il évite les contraintes de stockage et facilite l’achat comme la vente à travers un simple compte-titres.

« L’OPCVM, à l’inverse, est un produit qui n’expose à aucune des contraintes citées. Ce type de véhicule reste liquide, facile à acheter et à vendre à tout moment, à travers un compte-titres. C’est une approche plus moderne et flexible, qui permet de diversifier ses risques financiers et de profiter tout autant de la performance de l’or, sans en détenir », ajoute Wafa Gestion.

Ce type de produit reste encore peu répandu sur le marché marocain. À ce jour, le marché marocain ne compte qu’un seul OPCVM indexé sur l’or, Attijari Gold, lancé en 2012 

Le fonds est accessible au grand public et proposé via le réseau bancaire Attijariwafa bank, ainsi que sur les plateformes Attijari Mobile et Wafa Bourse.

Son objectif est de reproduire en dirhams la performance de l’indice de référence London Gold Fixing. Une clause contractuelle garantit une proximité de rendement. « Attijariwafa bank s’engage à minimiser l’écart entre le rendement du fonds et celui de l’indice, dans une limite maximale de 1% par an », précise Wafa Gestion.

À qui s’adresse ce type de placement 

L’OPCVM indexé sur l’or s’adresse à une large typologie d’investisseurs. « Historiquement, c’est une catégorie de produit qui a attiré autant les investisseurs institutionnels que les particuliers », indique Wafa Gestion. Cette diversité de profils s’explique par les atouts du fonds : accessibilité, simplicité d’utilisation et exposition à un actif refuge sans contrainte matérielle.

Ce positionnement en fait un outil de diversification pertinent pour les investisseurs à la recherche d’un équilibre entre stabilité et performance potentielle, sans devoir gérer les spécificités logistiques liées à l’or physique.

Historique de la performance

Bien qu’il suive l’évolution du cours du métal jaune, le fonds Attijari Gold affiche ses propres rendements, calculés à partir de sa valeur liquidative hebdomadaire.

Selon les données publiées par l’ASFIM (Association des sociétés de gestion et fonds d’investissement marocains), la performance du fonds s’est établie à +18,7% depuis le début de l’année 2025 [données arrêtées au 13 juin, ndlr].

Sur un an glissant, le rendement atteint +17,8%, traduisant un léger essoufflement après les fortes hausses précédentes. Sur des horizons plus longs, les performances cumulées s’élèvent à +34,2% sur deux ans, +59,4% sur trois ans, et +84,7% sur cinq ans [disclaimer : les performances passées sont données à titre indicatif et ne permettent pas de prédire des performances futures].

Au 13 juin 2025, l’actif net sous gestion du fonds Attijari Gold s’élevait à 93,3 MDH

Le rendement que l’on peut attendre

« Tout comme des classes d’actifs traditionnelles, il est difficile de prédire le rendement de ce type de produit », rappelle Wafa Gestion.

Historiquement, le cours de l’or a montré une forte capacité à se valoriser dans les périodes de turbulence. Il a joué ce rôle lors de la crise des subprimes en 2008, de la crise de la dette en zone euro en 2011, ou encore des tensions boursières de 2013. Durant cette période, l’once est passée d’environ 600 dollars en 2007 à plus de 1.300 dollars fin 2012, soit une performance de plus de 100% en cinq ans.

L’évolution du métal jaune est aussi négativement corrélée aux taux d’intérêt

Lorsque les rendements obligataires baissent, l’or devient plus attractif car il ne souffre pas du manque de rendement relatif. Ce fut le cas durant la pandémie de Covid-19, période durant laquelle le cours de l’or a dépassé les 2.000 dollars l’once.

Plus récemment, les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont alimenté l’incertitude mondiale et poussé l’or vers de nouveaux sommets. Au 27 décembre 2024, l’indice London Gold Fixing enregistrait une performance annuelle de près de +28%, cumulant +80% sur cinq ans. Et entre janvier et mars 2025, la hausse a été fulgurante : +58% en trois mois, avec un pic à près de 3.500 dollars l’once.

Malgré ces performances impressionnantes, Wafa Gestion rappelle qu’ »il est important de souligner que les performances passées ne peuvent garantir une performance future. L’or reste un actif qui peut fluctuer à court terme ».

L’or, un outil de diversification qui améliore le profil rendement/risque sur le long terme

L’intérêt principal de ce type de produit reste donc la diversification stratégique. « C’est avant tout un instrument à intégrer dans une logique de placement et de conservation à long terme, car il joue un rôle structurel dans l’optimisation du profil rendement/risque d’un portefeuille », précise la société.

Les professionnels recommandent généralement une allocation comprise entre 5% et 10% du portefeuille global, en fonction du profil de risque et des conditions de marché

Une étude menée par State Street Global Advisors sur la période 2005–2024 confirme cet intérêt. Elle montre qu’une exposition modérée à l’or (2%, 5% ou 10%) permet :

Frais, liquidité, risques : ce qu’il faut savoir

Les conditions d’investissement dans un OPCVM indexé sur l’or sont similaires à celles d’un produit financier classique. « Les frais associés à ce type de produit sont comparables à ceux des actions en bourse. Ils oscillent autour de 0,5% à l’entrée et à la sortie« , précise Wafa Gestion.

La liquidité constitue également un point fort. Comme tout OPCVM, ce type de fonds peut être racheté selon une fréquence prédéfinie, le plus souvent hebdomadaire. « Le capital investi peut donc être récupéré facilement et rapidement« , souligne la société de gestion.

Sur le plan des risques, l’exposition à l’or reste bien réelle. Le fonds suit la performance du métal jaune et subit donc ses fluctuations, notamment à court terme, ainsi que la volatilité du dollar. « Un OPCVM indexé sur l’or continue d’exposer à une partie des risques liés à l’évolution du cours du métal« , reconnaît Wafa Gestion.

Mais, en contrepartie, il permet de s’affranchir de nombreux inconvénients propres à l’or physique. « L’OPCVM permet de dévier les risques inhérents à la détention physique tels que le vol, les frais de stockage ou encore le risque d’illiquidité à la revente », conclut la société.

Pourquoi l’or redevient un placement stratégique 

Dans un environnement mondial instable, l’or retrouve une place centrale dans les stratégies patrimoniales. Son statut de valeur refuge séduit autant les particuliers que les institutions.

« L’or est perçu comme une réserve de valeur. En période de crise, de forte inflation ou de volatilité des marchés financiers, les investisseurs se tournent habituellement vers l’or », explique Wafa Gestion. Contrairement à une monnaie ou un actif financier, son offre est tangible et limitée, ce qui renforce sa stabilité.

Son intérêt va au-delà de la protection : l’or contribue aussi à équilibrer un portefeuille. « Détenir de l’or dans un portefeuille permet de diversifier ses risques et ainsi d’être plus résilient en phases de volatilité », souligne la société.

L’actif bénéficie également d’une liquidité mondiale. « L’or est un actif négocié partout dans le monde, ce qui permet de l’acheter ou de le vendre sans difficulté ».

Cette dynamique concerne aussi les banques centrales. Depuis 2022, leurs achats nets dépassent les 1.000 tonnes par an, contre une moyenne historique de 600 tonnes, signe d’une stratégie assumée de diversification et d’indépendance monétaire.

Wafa Gestion remporte le « Thomson Reuters Lipper Fund Award 2019 »

Wafa Gestion a remporté cette distinction pour la seconde fois consécutive. Quatre fonds ont été primés pour la régularité de leurs performances ajustés du risque, dans les catégories taux et diversifié.

Ces consécrations, viennent récompenser l’expertise d’une société de gestion leader sur son marché, disposants de moyens importants et des processus d’investissements éprouvés.

Liaison fixe Europe-Afrique : l’ONU vante les atouts du projet

Le projet de liaison fixe Europe-Afrique constituera un hub intercontinental, grâce à sa position de "porte d'entrée" de la Méditerranée, souligne mardi un rapport des Nations Unies transmis par le Secrétaire général de l'ONU au Conseil économique et social (Ecosoc), qui se tient régulièrement informé sur le développement des études relatives à ce projet.

La liaison apparaît comme "le point d'articulation stratégique" dans l'optique d'une intégration économique régionale à même de contribuer au "développement durable, à la paix et à la stabilité dans la région" ajoute le même document qui dresse notamment le Cadre géostratégique général du projet aux plans intercontinental, bilatéral et local.

Il multipliera les potentiels de développement en devenant une plateforme logistique de premier ordre au niveau mondial, à travers son intégration aux réseaux de transport transeuropéens et maghrébins et leurs extensions vers les régions et pays voisins, ajoute le document.

L'Ecosoc s'intéresse à ce projet depuis la décision prise par les gouvernements du Maroc et de l'Espagne dans le cadre d'un accord bilatéral de coopération adopté le 24 octobre 1980 afin d'étudier ensemble sa faisabilité, rappelle-t-on.

Pour l'ONU, cette perspective (plateforme logistique) est "conforme aux grands objectifs de la politique des transports euro-méditerranéenne dans le cadre de différents programmes de coopération, notamment le Plan d'action régional de transport (Part), étalé sur la période 2007-2013 et approuvé à Bruxelles en mai 2007 par le Forum euro-méditerranéen des transports, et le programme de l'Union pour la Méditerranée (UPM), qui ont mis en exergue l'importance du développement du transport dans cette région".

A l'échelle des pays riverains, le Maroc et l'Espagne, la liaison fixe est un atout dans le programme de développement de leurs réseaux de transport ferroviaires à grande vitesse et autoroutiers. La continuité de ces réseaux permettrait d'augmenter et de diversifier l'offre de services, d'assurer leur régularité et de réduire le temps de traversée.

Ce lien "laisse présager le développement d'une demande potentielle de transport importante", relève le rapport établi par les secrétaires exécutifs de la Commission économique pour l'Europe et de la Commission économique pour l'Afrique.

Au plan local, poursuit-on, le projet s'inscrit dans un schéma plus général de développement régional, en particulier au niveau portuaire. Les ports de Tanger-Med et d'Algésiras sont en phase d'extension et d'augmentation de leur capacité, briguant ainsi une place stratégique dans le réseau de transport international.

La liaison fixe apportera ainsi une "valeur ajoutée et une complémentarité à ces infrastructures portuaires, pouvant devenir un véritable accélérateur du développement local" et peut, de ce fait, "servir de catalyseur pour un cycle d'émergence de l'économie marocaine, dont l'Espagne pourrait également tirer profit, si des mesures d'accompagnement stratégiques sont préconisées".

Compte tenu de sa position géographique stratégique, de l'ampleur de l'investissement et de la complexité de sa réalisation, il apparaît clairement, ajoute le document, que les enjeux du projet dépassent de beaucoup le simple cadre d'un ouvrage de transport transfrontalier à travers un bras de mer, et que l'importance de ces enjeux, qui s'inscrivent à différentes échelles, ne peut être fondamentalement saisie qu'à la lumière du contexte géostratégique, relève ce rapport.