Formation par apprentissage. De 25.000 à 100.000 apprentis par an, le gouvernement quadruple l’ambition
La formation par apprentissage était au centre d’une récente réunion entre le ministre de l’Emploi, Younes Sekkouri, et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Il s’agit d’un thème d’une grande importance au regard de ce que révèlent les données relatives au chômage, en particulier chez les jeunes.
« La CGEM accorde à ce sujet une importance particulière. L’apprentissage est l’un des leviers les plus efficaces pour préparer une main-d’œuvre opérationnelle, employable et compétitive. Lorsqu’un jeune est formé par l’entreprise, au plus près des réalités du terrain, l’adéquation formation-emploi n’est plus un problème », a souligné le président de la CGEM, Chakib Alj lors de cette réunion.
Les limites du dispositif actuel de formation
Pour Chakib Alj, le modèle actuel de formation par apprentissage souffre de plusieurs limites liées à la structure du tissu entrepreneurial marocain.
« Notre tissu économique, composé à plus de 95% de TPME, ne peut absorber la demande en apprentissage sans mécanismes adaptés, sans visibilité claire et sans soutien opérationnel. Entre 2020 et 2024, la formation en milieu professionnel a chuté de 26%, passant de 119.000 à 88.600 jeunes. L’alternance a reculé de 30%, l’apprentissage de 16% », a-t-il rappelé.
Pour ce qui est du programme Tadaroj, Chakib Alj s’est montré sûr que l’objectif de formation sera atteint « sans doute ». « Le programme national Tadaroj est au cœur de cette dynamique. L’objectif de former 100.000 stagiaires par an d’ici 2026 est un bel objectif que nous atteindrons », a affirmé le président de la CGEM.
Il a aussi souligné des mesures qu’il considère comme des signaux encourageants. « La revalorisation des subventions à 5.000 DH, l’augmentation des indemnités des formateurs à 300 DH et la subvention de l’équipement à hauteur de 25% sont de bonnes initiatives ».
Un autre souci exprimé par Chakib Alj est la reconnaissance officielle des expériences d’apprentissage dans le supérieur, déjà menées mais sans statut. « Il est essentiel d’étendre l’apprentissage à l’enseignement supérieur. Plusieurs secteurs mènent déjà des expérimentations très prometteuses avec les ENCG, les FST ou d’autres établissements, mais ces parcours ne bénéficient d’aucune reconnaissance officielle », a-t-il conclu.
Le fonctionnement de la formation par apprentissage
L’apprentissage est un mode de formation diplômant destiné essentiellement à des personnes qui n’ont pas forcément pu continuer leurs études dans des conditions normales, des personnes qui ont abandonné l’école également, soit à la fin du primaire, du collège ou même au lycée. « C’est un mode de formation qui est diplômant et qui peut se dérouler aussi et surtout à l’intérieur de l’entreprise », a expliqué le ministre de l’Emploi, Younes Sekkouri.
Pour lui, la réunion avec la CGEM a deux objectifs. La mobilisation de la CGEM à travers les fédérations pour accueillir les apprentis, et la création des centres de formation par apprentissage (CFA).
« Le premier objectif, c’est la mobilisation de la CGEM à travers la fédération pour pouvoir accueillir avant d’insérer les jeunes qui vont faire l’apprentissage. Et puis le deuxième, qui est un peu plus organique et un peu plus lourd, c’est la création des centres de formation par apprentissage », a-t-il souligné.
Sekkouri décrit de manière concrète l’architecture de la formation en alternance, fondée sur un temps partiel en centre et un temps majoritaire en entreprise, avec prise en charge financière.
« L’apprentissage peut se faire dans l’entreprise, à l’intérieur de l’usine, sous autorisation du ministère de l’Emploi, afin de délivrer des formations autour de 20% du temps. Les 80% restants sont destinés au travail. Il y a des exemples actuels dans le textile, l’automobile et l’aéronautique. Une autre façon d’assurer l’apprentissage est dans des centres de formation privés, moyennant une subvention de 5.000 DH par personne. Parce que la formation doit être gratuite », poursuit-il.
Répondre à l’urgence de la déperdition scolaire
Le ministre justifie l’urgence de développer le dispositif de la formation par l’apprentissage par l’ampleur du décrochage scolaire annuel et la faiblesse du dispositif de « rattrapage » existant.
« L’apprentissage est important parce que, comme vous le savez bien, nous avons une déperdition scolaire aux alentours de 290.000 personnes par an, ce qui est énorme comme chiffre. Et beaucoup de jeunes qui sortent de l’école n’ont aucun moyen de se rattraper. L’école de la deuxième chance, qui est pilotée par le ministre de l’Éducation, fonctionne à hauteur d’environ 22.000 personnes par an », a-t-il précisé.
« Quand vous comparez les 22.000 bénéficiaires au stock des chômeurs non diplômés, qui avoisine les 900.000, et quand vous rajoutez la déperdition scolaire, vous comprenez tout de suite que nous sommes face à une problématique d’échelle que nous n’allons pas régler moyennant des petits pilotes », poursuit le ministre.
Le ministre rappelle aussi que le gouvernement a fait le choix explicite de changer d’échelle, en multipliant quasiment par quatre le nombre annuel de bénéficiaires.
« Donc, le gouvernement a pris cette décision de façon consciente d’aller de pratiquement un peu plus de 25.000 personnes que nous formons par an, tous secteurs confondus, à 100.000 par an. J’ai pris l’initiative, avec le Secrétaire général du gouvernement et les ministres concernés, de signer des conventions d’exécution avec chacun des ministères », a affirmé le ministre.
