ZLECAf : plaidoyer de la CGEM pour un « Made in Africa compétitif »

Lors de la deuxième édition du Forum d’affaires sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui se tient ces jeudi 11 et vendredi 12 décembre à Marrakech, Mehdi Tazi, vice-président général de la CGEM, a insisté sur le rôle stratégique du secteur privé pour renforcer l’intégration économique du continent.

La démographie et l’urbanisation africaines imposent de répondre à une demande massive en infrastructures, biens industriels, services modernes et emplois, a souligné Mehdi Tazi. Les Nations unies estiment que l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, dont la moitié aura moins de 25 ans, et près de 70% vivront en ville, contre 40% en 2020.

Pour le vice-président de la CGEM, l’Afrique fait face à un paradoxe : un continent riche en ressources naturelles et doté d’un capital humain jeune, mais dont les économies restent insuffisamment industrialisées et peu intégrées. « Aujourd’hui encore, l’Afrique exporte l’essentiel de ses matières premières sans transformation locale : 70% du coton africain sont exportés bruts, 80% des composants pour batteries sont assemblés ailleurs, et plus de 60% des médicaments consommés sur le continent sont importés », a-t-il précisé.

Dans ce contexte, la ZLECAf constitue un levier majeur. « Avec un marché commun de 1,5 milliard de consommateurs, elle offre une occasion historique de créer un véritable Made in Africa, capable de rivaliser sur les marchés internationaux tout en répondant aux besoins du continent », a affirmé Mehdi Tazi.

La CGEM, en collaboration avec la Banque africaine de développement, a réalisé une étude sur les complémentarités entre les chaînes de valeur africaines. L’étude, qui analyse plus de vingt filières prioritaires, a identifié plus de soixante opportunités concrètes de co-investissement et de co-production. « Quatre chaînes de valeur prioritaires peuvent porter le Made in Africa : l’agro-industrie, le textile, l’automobile et les industries électrique et électronique », a détaillé Mehdi Tazi. Ces secteurs pourraient générer des centaines de milliers d’emplois qualifiés et créer des hubs industriels régionaux intégrés.

Des défis à relever

Le vice-président général de la CGEM a énuméré les défis à relever :

– L’infrastructure : le coût logistique reste 60% plus élevé que la moyenne mondiale, et les besoins annuels en infrastructures du continent sont estimés entre 130 et 170 milliards de dollars, dont seulement la moitié est financée. Modernisation des corridors logistiques, connectivité portuaire, réseaux électriques et développement des énergies renouvelables sont prioritaires.

– Le financement : fonds de garantie, cofinancement public-privé et lignes de crédit pour les chaînes de valeur et les PME sont essentiels pour soutenir l’investissement et favoriser l’émergence de champions africains.

– Le numérique : la connectivité insuffisante et les infrastructures digitales limitées freinent la compétitivité ; l’investissement dans ces infrastructures par des partenariats public-privé est crucial.

– La libre circulation des personnes : entrepreneurs, experts et travailleurs doivent pouvoir se déplacer facilement pour développer les chaînes de valeur régionales et diffuser les compétences.

– La formation : doter la jeunesse africaine des compétences nécessaires à l’économie et aux métiers de demain est indispensable.

– La communication : les entreprises doivent comprendre clairement les mécanismes de la ZLECAf, notamment les règles d’origine et les procédures, afin de tirer profit du marché unique africain.

Mehdi Tazi a rappelé que, sous la vision du Roi Mohammed VI, le Maroc a fait de l’intégration africaine un axe stratégique de sa politique extérieure et économique. « Grâce à ses infrastructures logistiques (Tanger Med, Dakhla Atlantique, Nador West Med), sa connectivité aérienne, sa présence financière dans plus de 26 pays et son écosystème d’investissement, le Maroc présente une plateforme au service du Made in Africa« .

Le secteur privé marocain travaille en synergie avec les organisations patronales africaines et les bailleurs de fonds pour concrétiser des projets à fort impact dans un esprit de co-développement et de partenariat. « Le développement de l’Afrique est indissociable d’un engagement et d’une action collectifs. Ce forum est une opportunité unique de mobiliser nos forces, de créer de nouvelles synergies et de renforcer nos partenariats publics-privés afin que la ZLECAf devienne un véritable levier pour une Afrique économiquement souveraine », a conclu Mehdi Tazi.

Coopération douanière en Afrique : lancement du programme « AfriDou@ne »

Le programme « AfriDou@ane » ambitionne de favoriser le partage d’expériences et de bonnes pratiques afin de renforcer la coopération douanière entre les pays africains, indique l’ADII dans un communiqué.

Dans le cadre de cette initiative, le Maroc se propose d’échanger son expertise en matière de modernisation des services douaniers, de simplification des procédures, de digitalisation et d’alignement sur les standards internationaux, ajoute la même source.

Le lancement dudit programme intervient à un moment où le rôle des administrations douanières africaines se révèle essentiel pour parachever la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale Africaine (ZLECAf) et atteindre les objectifs d’intégration économique tracés dans l’agenda du continent, notamment à travers le développement des échanges commerciaux intra-africains.

Une rubrique dédiée a été créée au niveau du site institutionnel, qui comprend les modalités pratiques de déploiement du programme « AfriDou@ne ».

Les échanges commerciaux Maroc-Afrique ont atteint près de 52,7 MMDH en 2023 (Hjira).

Le Maroc en pole position pour concrétiser les objectifs de la Zlecaf

Organisé par le ministère de l’Industrie et du commerce et la Confédération marocaine des exportateurs (Asmex), ce forum vise à offrir un espace de réflexion sur les opportunités et les défis du commerce intra-africain, renforcer l’intégration régionale et stimuler les échanges commerciaux au sein du continent africain. « Commerce intra-africain : perspectives et opportunités » est le thème choisi pour cette première édition.

Intervenant lors de l’événement, Mene Wamkele Keabetswe, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), a salué le « positionnement stratégique du Maroc en tant que moteur de croissance pour l’Afrique ». « Fort de sa diversification économique et de ses succès dans des secteurs comme l’automobile, l’aéronautique et le textile, le Royaume pourrait capitaliser sur le marché de 1,4 milliard de consommateurs de la Zlecaf », a-t-il souligné.

Omar Hejira, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie et du commerce, a quant à lui réaffirmé l’engagement du Maroc à concrétiser les objectifs de la Zlecaf, notamment par la mise en place d’un comité national dédié et une stratégie d’implémentation. Il a également souligné le rôle de l’Alliance Atlantique, initiative marocaine regroupant 23 pays africains, comme vecteur de paix, stabilité et développement.

De son côté, Hassan Sentissi El Idrissi, président de l’Asmex, a plaidé pour des investissements permettant de développer des chaînes de valeur continentales et de renforcer la résilience face aux défis globaux. Il a proposé la création d’une union africaine des exportateurs et d’un fonds de soutien aux exportateurs privés.

Chaînes de valeurs industrielles. « Il y avait beaucoup de complémentarité sur le continent à exploiter” (Abdou Diop)

Abdou Diop s’est livré, durant cet échange, réalisé dans le cadre de la 2ème édition de la Journée nationale de l’Industrie, à propos d’une étude sur la complémentarité des chaînes de valeurs africaines, les défis que rencontre le continent et l’avenir de la ZLECAF.

Le président de la Commission Afrique de la CGEM s’est prêté au jeu des questions-réponses sur le plateau de Médias24, délocalisé à l’Université Mohammed VI Polytechnique – Benguérir pour l’occasion. Interview.

Médias24. Le président de la CGEM a mentionné une étude qui a été faite sur la complémentarité des chaînes de valeurs africaines dont les résultats allaient bientôt être révélés. Vous avez coordonné cette étude. Que pouvez-vous nous en dire ?

Abdou Diop. Le point de départ est un constat : sur beaucoup de chaînes de valeurs industrielles où le Maroc s’est positionné sur le plan mondial, il y avait beaucoup de complémentarités sur le continent, mais non exploitées. Le Maroc est en train de prôner le Made in Africa, la co-construction, le co-développement, mais nous nous rendons compte que sur des chaînes de valeurs comme l’automobile, le textile ou autres, nous avons la capacité de renforcer les complémentarités sur le continent, mais on ne l’exploite pas. Prenons l’exemple du textile. Aujourd’hui, il y a du coton sur le continent, malheureusement, nos industries s’approvisionnent ailleurs.

Il est important qu’en tant que secteur privé, nous prenions le dessus pour d’abord identifier à travers des exemples ces potentialités et les mettre à la disposition de nos confrères du secteur privé des autres pays. D’où l’idée de cette étude. Nous avons choisi quatre secteurs où nous avons étudié des complémentarités et à l’occasion d’un événement, nous les mettrons à disposition des autres acteurs du secteur privé panafricain pour discuter de la manière d’avancer et de travailler sur la production concrète de projets de transformation industrielle.

Prenons l’exemple du textile. Aujourd’hui, il y a du coton sur le continent, malheureusement, nos industries s’approvisionnent ailleurs

Nous avons choisi en fait quatre secteurs qui sont des quick wins en termes de potentiel. Le textile, l’automobile, l’agro-alimentaire et l’électrique sont les secteurs clés de l’étude que nous avons menée pour identifier des complémentarités. Nous allons présenter tout cela le 3 décembre lors d’un forum de la PME africaine que nous tiendrons inchallah à Rabat.

– Il est connu que le continent ne transforme pas assez cette matière première dont il regorge et que nous perdons beaucoup de valeurs à exporter des produits bruts, pour ensuite les réimporter transformés. Pourquoi n’avons-nous pas entamé cette démarche auparavant ?

– Je pense que sur le continent africain, nous étions dans une logique d’exportation des matières brutes. Depuis l’indépendance, c’était la solution la plus facile, les personnes qui produisaient du coton l’exportaient brut, ainsi que ceux qui produisaient du phosphate ou ceux qui avaient d’autres minerais. Avec le Covid, il y a une dynamique qui a commencé à shifter où les gens ont commencé à revenir sur l’importance de la souveraineté industrielle. Il y a désormais une prise de conscience qu’il faut plus de valeurs ajoutées locales.

Les pays ont compris que la valeur ajoutée se faisait ailleurs, donc ces pays sont plus ouverts à faire un saut industriel et c’est le moment que nous avons choisi pour le faire. Il y a un saut qualitatif qui a été fait en termes de disponibilité énergétique dans un certain nombre de pays et sur la logistique. Les conditions sont un peu plus favorables à l’industrie. Pourquoi nous ne l’avons pas fait avant ? Disons qu’aujourd’hui en tout cas le moment est venu.

– Lorsque vous allez présenter l’étude, est-ce que vous allez présenter des projets ou des opportunités ? 

– Il s’agit d’un projet complet où nous analysons des complémentarités avec les plus et les moins. Ensuite, le choix des sous-segments de chaque secteur où il y a possibilité de complémentarité entre les pays à potentiel pour aboutir à des fiches projets.

L’idée c’est de présenter les conclusions lors d’une plénière et ensuite de travailler sur des ateliers thématiques où nous allons nous concentrer sur des projets concrets.

C’est vraiment à la manière du secteur privé, il ne s’agit pas uniquement de faire des études mais il s’agit de concrétiser les choses.

– Nous parlons d’Afrique, il est essentiel de faire un point  sur l’avancement de la ZLECAF – la zone de libre-échange africaine. Où est-ce qu’on en est aujourd’hui ?

– La ZLECAF, sans faire de bruit, avance. Il y a 27 pays qui commercent dans ce cadre. Dorénavant, nous avons un certain nombre d’outils qui nous permettent sur un certain nombre de nomenclatures de pouvoir commercer dans le cadre de la ZLECAF. Toutefois, il s’agit d’une phase test.

La ZLECAF, sans faire de bruit, avance. Il y a 27 pays qui commercent dans ce cadre

D’une part, il faut une accélération industrielle des pays africains pour que nous puissions avoir plus de produits à mettre sur la table. Si nous voulons commercer sur le continent africain, il ne faut pas que ce soit uniquement les gros pays industriels actuels à savoir le Maroc, l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Kenya ou la Côte d’Ivoire qui en bénéficient. Il faut que tout le continent en bénéficie. Il faut que nous travaillions davantage pour sortir la propriété intellectuelle industrielle et pour protéger les investissements. C’est très important puisque nous avons encore des entreprises qui ont peur d’envoyer des produits dans certains pays, de peur que ce soit copié sans qu’ils ne puissent rien faire. La ZLECAF a été lancée depuis trois ans. Je pense qu’il est encore tôt pour tirer des bilans mais les gens commencent à commercer.

Nous sommes dans une phase d’entraînement pour permettre progressivement aux différents pays de rentrer dans la danse pour que d’ici une dizaine d’années nous puissions vraiment avoir une ZLECAF opérationnelle.

Selon moi, il faut lui donner 10 à 15 ans. Donc rendez-vous entre 2031 et 2035 pour vraiment qu’elle soit opérationnelle.

Douanes : adoption d’une tarification pour le certificat d’origine de la ZLECAf

L’Administration des douanes et impôts indirects a publié, le 15 mars dernier, une circulaire pour informer que le prix de vente du certificat d’origine de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est fixé à 3 dirhams par imprimé. Cette mesure a pris effet à compter du 11 mars 2024.

https://medias24.com/2024/01/24/zlecaf-la-douane-detaille-le-plan-de-demantelement-tarifaire-pour-une-premiere-liste-de-marchandises/

La 44e session du Conseil exécutif de l’UA se poursuit à Addis-Abeba avec la participation du Maroc

La délégation marocaine est composée notamment de l’ambassadeur représentant permanent du Royaume auprès de l’UA et la CEA-ONU, Mohamed Arrouchi, de l’ambassadeur, directeur général de l’Agence marocaine de la coopération internationale, Mohamed Methqal, et du directeur du Grand Maghreb, Affaires de l’UMA et de l’UA au ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Hassan Boukili.

Les ministres des Affaires étrangères des 54 pays membres de l’UA vont procéder lors cette session à l’examen du rapport de la 47e session ordinaire du Comité des représentants permanents, le rapport annuel sur les activités de l’Union, de ses organes et des leaders désignés.

Les ministres des Affaires étrangères se pencheront également sur le rapport des activités du thème de l’année 2023 « Accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf » et sur l’examen de la feuille de route du thème de l’année 2024 « Éduquer une Afrique adaptée au 21e siècle : construire des systèmes éducatifs résilients pour un accès accru à un apprentissage inclusif, qualitatif, tout au long de la vie et pertinent pour l’Afrique ».

L’examen du rapport du président de la Commission de l’UA sur l’opérationnalisation du fonds pour la paix de l’UA, du rapport du Conseil des ministres de la zone continentale africaine de libre échange (Zlecaf) et le rapport sur la situation du Parlement panafricain, figure également à l’ordre du jour de cette session. Le Conseil exécutif de l’organisation panafricaine se penchera aussi sur l’élection, entre autres, de dix membres du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, l’élection et la nomination de dix membres du Conseil spatial africain, de son président et de son vice-président.

(Avec MAP)

Réunion du Conseil exécutif de l’Union africaine à Addis-Abeba

Les ministres des Affaires étrangères des 54 pays membres de l’UA vont procéder lors cette session à l’examen du rapport de la 47e session ordinaire du Comité des représentants permanents, le rapport annuel sur les activités de l’Union, de ses organes et des leaders désignés.

Les ministres des Affaires étrangères se pencheront également sur le rapport des activités du thème de l’année 2023, « Accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf », et sur l’examen de la feuille de route du thème de l’année 2024 « Éduquer une Afrique adaptée au 21e siècle : construire des systèmes éducatifs résilients pour un accès accru à un apprentissage inclusif, qualitatif, tout au long de la vie et pertinent pour l’Afrique ».

Le Conseil exécutif procédera aussi à l’examen des rapports sur la participation de l’UA au G20, la préparation de l’élection des membres de la Commission de l’UA qui aura lieu en février 2025, la constitution du groupe d’éminentes personnalités chargé de superviser la présélection des candidats aux postes de membres de la Commission, le projet stratégique et le projet de cadre d’orientation pour les partenariats de l’UA.

L’examen du rapport du président de la Commission de l’UA sur l’opérationnalisation du fonds pour la paix de l’UA, du rapport du Conseil des ministres de la zone continentale africaine de libre échange (Zlecaf) et du rapport sur la situation du Parlement panafricain, figure également à l’ordre du jour de cette session.

Le Conseil exécutif de l’organisation panafricaine se penchera aussi sur l’élection, entre autres, de dix membres du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, et l’élection et de la nomination de dix membres du Conseil spatial africain, de son président et de son vice-président.

Les explications d’Abdou Diop sur la mise en œuvre de la ZLECAf au Maroc

Le 22 janvier 2024, l’Administration des douanes et impôts indirects (ADII) a publié la circulaire n° 6530/223 qui annonce la mise en œuvre, sur le plan douanier, de l’accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) au Maroc.

La circulaire présente la mise en œuvre du protocole sur le commerce des marchandises et du démantèlement tarifaire du droit d’importation et de la taxe parafiscale à l’importation. Quelles sont les implications concrètes de cette circulaire ? Quelles sont les étapes suivantes ?

Contacté par Médias24, Abdou Diop, président de la commission Afrique de la CGEM, nous apporte un précieux éclairage sur la récente circulaire de la Douane et plus généralement la ZLECAf qui constitue l’un des projets prioritaires de l’Union africaine.

« Cette transposition au niveau de la réglementation douanière marocaine des premiers résultats des négociations de la libéralisation des marchandises, longuement attendue, marque le démarrage effectif des échanges commerciaux dans le cadre de la ZLECAf pour le Royaume », nous explique d’emblée  Abdou Diop. 

Appliquer le principe de réciprocité entre les pays

La ZLECAf a été créée en 2018 et est entrée en vigueur le 30 mai 2019 avec pour but la mise en place d’un marché continental africain entre les pays signataires, dont fait partie le Maroc.

Ce marché commun, couvre différents volets, notamment le commerce des marchandises, le commerce des services, les investissements, les droits de propriété intellectuelle, la politique de la concurrence, le commerce électronique ainsi que l’inclusion des jeunes et des femmes africaines dans le commerce. « L’ambition est de mettre en place, à terme, une union douanière africaine », rappelle Diop. 

De ce fait, chaque pays signataire se doit de transposer ses engagements pris au niveau de l’accord dans sa législation et réglementation interne en vigueur. C’est dans ce cadre qu’intervient donc la circulaire de l’ADII.

Cette première circulaire porte, comme nous l’explique Abdou Diop, sur le volet commerce des marchandises de manière spécifique en définissant les trois axes suivants : premièrement, les principes directeurs et le périmètre de la mise en place des concessions tarifaires accordées par le Maroc ; ensuite, la liste des produits concernés par lesdites concessions, les règles d’origine y afférent et les principes de leur acquisition et de leur contrôle ; enfin, les modalités de démantèlement tarifaires pour différents groupes de pays.

Sur le volet des concessions tarifaires accordées par le Maroc, le démantèlement tarifaire porte non seulement sur les droits d’importation, mais aussi sur la taxe parafiscale d’importation ; en d’autres termes, les impôts directs qui greffent un produit importé par le Royaume. 

Cela dit, Abdou Diop soulève un détail important, à savoir « le principe de réciprocité ». « Ce principe est appliqué de manière systématique. Si un autre pays membre de la ZLECAf n’accorde pas de concessions tarifaires au Maroc, l’exportateur de ce pays ne bénéficiera pas des avantages accordés en ce sens au niveau national », assure-t-il. 

Le démantèlement tarifaire démarre immédiatement pour 90% des produits

Le deuxième axe de la circulaire présente la liste des produits bénéficiant des concessions tarifaires.

Laccord de la ZLECAf retient trois listes : A, B et C.

« La liste A, objet de la circulaire marocaine, porte sur 90% des lignes tarifaires dont le démantèlement tarifaire démarre dans l’immédiat », explique Abdou Diop. 

La seconde liste, B, concerne les produits sensibles, représente 7% des lignes tarifaires et dont le démantèlement démarrera cinq ans après la date du démarrage arrêtée. La troisième liste, C, regroupe 3% des lignes tarifaires et porte sur les produits exclus de l’accord. 

« Ainsi, chaque pays établit ses trois listes en fonction de sa politique commerciale et de ses contraintes internes », poursuit Abdou Diop. 

« Pour le moment, au niveau du Maroc, seule la première liste a fait l’objet de transposition sur le plan douanier national à travers cette circulaire. Les autres listes devront en principe être publiées pour compléter le cadre réglementaire en la matière« , précise-t-il. 

Ainsi, dautres circulaires seront publiées par le Maroc pour présenter le plan douanier pour les produits des listes B et C.

Protéger les produits agricoles et l’élevage marocains

L’analyse d’Abdou Diop de la liste A des produits soumis au démantèlement tarrifaire, montre que « l’approche adoptée par le Maroc est totalement alignée sur sa politique commerciale et sa stratégie de développement ».

Il nous explique que ne figurent pas dans cette liste « les produits agricoles et de l’élevage qui restent protégés, notamment par les droits de douanes, en raison de l’importance de ces activités sur les plans économique et surtout social, dans un pays à forte dimension agricole comme le Maroc, soumis à des contraintes de stress hydrique ». 

Dans ce même cadre, ne figurent pas, « à titre d’exemple, les animaux vivants et leurs viandes issues des races bovines, ovines, caprines, les volailles ainsi que leurs viandes ».

« Le lait et les produits laitiers ne sont pas encore concernés par cette libéralisation immédiate. En revanche, les animaux reproducteurs et les poussins d’un jour (inférieurs à 185 g) font partie des produits de la liste, puisqu’ils ne sont pas destinés à la consommation mais plutôt au renforcement de la production« , ajoute la même source.

Pour ce qui est des fruits et légumes, les produits à caractère stratégique et qui sont cultivés localement « ne démarreront pas leur processus de démantèlement, en tout cas pas dans l’immédiat. Il s’agit par exemple du blé et de l’orge, des légumineuses, des produits exportés comme les fruits rouges, l’avocat ou encore les olives ». 

Pour les produits agricoles non ou faiblement cultivés au Maroc « comme le thé ou le café par exemple, leur démantèlement est prévu dans l’immédiat dans leur format brut mais ne figurent pas dans la liste dans leur format valorisé, à l’instar du thé conditionné en emballage ou encore du café torréfié », poursuit Abdou Diop.

Les produits transformés de la mer sont exclus

Cette même logique a été appliquée pour les produits de la mer, poussée par la raréfaction de la ressource. « En effet, le poisson frais bénéficiera du démarrage de la libéralisation tandis que les produits transformés comme la conserve en sont exclus pour le moment. »

« Cette approche devrait également inciter à une plus grande intégration des chaînes de valeur africaines et permettra aux industriels nationaux du secteur halieutique de gagner en compétitivité grâce à la réduction de leurs coûts d’approvisionnement, induite par la baisse des droits de douane à l’importation. »

Pour ce qui est des secteurs pharmaceutique et celui de la chimie, « l’essentiel des produits est inscrit dans la liste A des produits à libéraliser. Enfin, sur le plan des produits industriels, les principaux intrants figurent dans la liste alors que plusieurs produits ouvragés en sont exclus », précise encore notre interlocuteur.

Des produits « made in Africa »

Le troisième axe de la circulaire concerne les règles d’origine, les principes de leur acquisition et de leur contrôle et les règles applicables pour l’obtention de l’origine de chaque produit.

Ainsi, « les produits agricoles doivent bénéficier majoritairement de l’entière obtention ; c’est à-dire que le produit doit être cultivé localement en Afrique ou que les matières utilisées pour sa production le soient également« , nous explique Abdou Diop.

« Pour d’autres produits agroalimentaires ou industriels comme le fromage par exemple, la règle d’origine est obtenue lorsque la valeur de toutes les matières utilisées pour sa production ne dépasse pas 40% ou 60% du prix départ usine. Le niveau de taux de valeur ajoutée créée localement pour obtenir le ‘made in Africa‘ varie en fonction des produits concernés », illustre-t-il.

Par ailleurs, pour certains produits, la règle d’origine « est acquise à travers des règles spécifiques ou encore par combinaison non inclusive de plusieurs règles. C’est le cas notamment des produits chimiques ou du textile« , explique la même source.

En revanche, certaines règles d’origine de certains produits ne semblent pas avoir été arrêtés, « sans doute par manque de consensus entre les pays signataires de l’accord », estime Abdou Diop. « Il s’agit en particulier de certains produits de deux secteurs stratégiques pour le Maroc, à savoir le textile et l’automobile« , ajoute-t-il.

27 pays bénéficieront plus rapidement de l’accès au marché marocain

Le dernier axe de la circulaire présente les modalités de démantèlement tarifaire. Deux groupes de pays ont été retenus. Le premier groupe (P1) pourra accéder au marché marocain de manière totalement libéralisée pour les produits inscrits sur la liste A dans les cinq ans à partir de la date arrêtée de démantèlement tarifaire, soit 20% de baisse des droits de douane par an. 

Le second groupe (P2) porte sur les pays dont la libéralisation sera achevée dans les 10 ans ; soit 10% de baisse des droits de douane annuellement.

« Sur les 40 pays de la liste annexée à la circulaire, 27 pays bénéficieront d’avantages plus rapidement pour l’accès au marché marocain », précise Abdou Diop.

Compte tenu du principe de réciprocité, chacun de ces pays, en fonction de son positionnement dans cette liste, devra appliquer les mêmes conditions pour les exportations marocaines à destination de son marché.

Le démantèlement va de 40% à 80% en 2024

Le président de la commission Afrique nous explique que même s’il s’agit de la première mise en oeuvre du démantèlement tarifaire, la date d’effectivité du démantèlement est celle du 1er janvier 2021. Depuis cette date, le Maroc devait appliquer un démantèlement de 20% ou 10% par an, en fonction des pays. 

De ce fait, pour cette année 2024, « les importations des produits inscrits dans la liste A devraient connaître une réduction significative en termes de coût », prévoit Abdou Diop.

« Le démantèlement devra débuter directement par la quatrième tranche, soit une baisse de 80% des droits de douane pour les produits provenant de la première liste (P1) comme le Sénégal, l’Egypte et l’Ethiopie, et de 40% pour ceux en provenance de la seconde liste (P2) à l’instar de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun », poursuit-il.

« La ZLECAf devrait permettre un meilleur accès aux marchés du continent pour les opérateurs du commerce extérieur nationaux et stimuler la coopération et le co-investissement. Le plus important désormais, c’est d’analyser en profondeur les listes des produits arrêtées dans la réglementation des autres pays du continent afin d’identifier le gain effectif pour les exportateurs nationaux en termes de compétitivité et ainsi de mieux orienter et positionner les exportations nationales », conclut-il.

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ZLECAF : la Douane détaille le plan de démantèlement tarifaire pour une première liste de marchandises

Cette circulaire, qui fait référence à la lettre émanant du ministère de l’Industrie et du commerce en date du 28 décembre 2023, présente les nouvelles mesures et les implications de cet accord.

La circulaire présente la mise en œuvre du protocole sur le commerce des marchandises et précise également que le Maroc a adopté sa Liste A, qui regroupe les produits soumis à un démantèlement tarifaire du droit d’importation et de la taxe parafiscale à l’importation.

Cette liste a été adoptée par le Conseil des ministres du Commerce de la ZLECAf le 31 mai 2023. Les conditions et les durées de démantèlement tarifaire varient en fonction de deux sous-catégories de pays, P1 et P2, présentées dans la circulaire ci-dessous.

La liste A, adoptée par le Maroc, représente 90% des lignes tarifaires du tarif national de chaque État partie, et la libéralisation de ces produits se fera de manière progressive sur une période de 10 ans pour les pays les moins avancés, et de 5 ans pour les pays en voie de développement.

Ainsi les pays concernés par le démantèlement de 5 ans (20% par an) sont les suivant : Algérie, Burkina Faso, Burundi, Comores, Égypte, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Lesotho, Malawi, Mali, Maurice, Mauritanie, Niger, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, Sénégal , Seychelles, Sierra Leone, Tanzanie, Tchad, Togo, Tunisie, Zambie.

D’autre part, les pays concernés par le démantèlement de 10 ans (10% par an) sont les suivants : Afrique du Sud, Botswana, Cameroun, Cap-Vert, Congo, Côte d’Ivoire, Eswatini, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Kenya, Namibie, Nigeria.

Le Protocole vise la création d’un marché africain libéralisé pour le commerce des marchandises, par l’élimination progressive des tarifs douaniers et des barrières non tarifaires. Les États parties éliminent progressivement les droits à l’importation ou taxes à effet équivalent sur les produits originaires du territoire d’un autre État partie, conformément à leurs listes de concessions tarifaires. Ainsi, la quatrième tranche correspondant au 1er janvier 2024 sera appliquée directement.

Parmi ses autres objectifs figurent, notamment, le développement du commerce intra-africain, l’amélioration de l’efficacité des procédures douanières, la facilitation des échanges et du transit.

ZLECAf : le Maroc s’engage à finaliser son offre sur le commerce des biens et des services

Lors de cette entrevue, Nasser Bourita a souligné l’importance que revêt l’entrée en vigueur de la ZLECAf pour l’épanouissement commercial et économique du continent, relevant que l’opérationnalisation de cette zone de libre échange s’inscrit parfaitement dans la vision du Roi Mohammed VI pour une « Afrique intégrée et prospère ».

Dans ce sens, le ministre a réaffirmé l’engagement du Maroc à œuvrer pour la finalisation de son offre concernant le commerce des biens et des services, en soutien aux efforts du secrétaire général de la ZLECAf et dans l’optique d’un partenariat solide et durable.

Les deux parties ont également échangé autour de la conclusion de la phase II portant sur les protocoles relatifs à l’investissement, aux droits de propriété intellectuelle, à la concurrence et au commerce électronique, en rappelant le rôle du secrétariat de la ZLECAf dans l’accompagnement des Etats membres afin d’accélérer les négociations de ces instruments.

A cet effet, Bourita et le secrétaire général de la ZLECAf ont affirmé leur volonté commune de fédérer les efforts des États pour parfaire les objectifs tracés dans l’Agenda 2063.

Par la même occasion, Nasser Bourita a mis l’accent sur le respect en termes de recrutement, des principes de répartition géographique et de l’équilibre du genre afin de rester en accord avec l’esprit et la lettre de la réforme institutionnelle de l’Union africaine, auquel le secrétariat de la ZLECAf devrait veiller.

Un fonds AfroChampions dédié à la Zleca

L’objectif est de mobiliser le secteur privé, en Afrique et au-delà, à travers un véhicule de financement mixte destiné à accélérer l’intégration économique du continent, peut-on lire dans un communiqué

Le cadre d’investissement proposé par l’Initiative AfroChampions rassemble beaucoup des propositions formulées lors du Boma AfroChampions sur le financement des infrastructures, organisé en avril dernier à Nairobi.

Considérant que les éléments susceptibles de faciliter la réalisation de la Zleca sont la levée des barrières non tarifaires, le déploiement des réseaux de transports et de connectivité, l’accès à une énergie bon marché, et la montée en gamme des économies africaines vers davantage de valeur ajoutée produite sur le continent, le cadre de travail recense un ensemble d’opportunités prioritaires ainsi que des projets structurants qui pourraient être financés, sous certaines conditions, par le fonds dédié mis en place. 

L’Initiative AfroChampions prévoit également un mécanisme de suivi annuel de ce programme ainsi que des réformes nationales transcrivant la Zleca et permettant aux états d’améliorer leur capacité à effectuer des échanges commerciaux avec leur voisins sur le continent.

La présentation du fonds est prévue pour le 4e trimestre 2019, à l’occasion du prochain Boma AfroChampions.