L'étude menée par l'association Constitution Project, qui épingle en premier lieu l'administration de George W. Bush mais couvre aussi des « actions » prises sous l'ère de Bill Clinton et sous l'actuel gouvernement de Barack Obama, souligne que la torture était « conduite à l'intérieur et à l'extérieur du pays ». Elle conclut que « la torture a eu lieu à plusieurs reprises et à travers un large éventail de lieux » et n'était en aucun cas limitée aux trois détenus soumis à des simulations de noyade dans des prisons de la CIA et aujourd'hui enfermés à Guantanamo (Khaled Cheikh Mohammed, Abou Zoubayda et Abd al-Rahim al-Nachiri).

Le rapport de 577 pages, conduite par une équipe de 11 personnes, accuse les « plus hauts responsables du pays -civils et militaires- de porter une part de responsabilité pour avoir autorisé et contribué au déploiement de la torture ».

En premier lieu, les conventions de Genève, « instrument vénérable pour assurer un traitement humain par temps de guerre, ne s'appliquent pas aux membres d'Al-Qaïda ou des talibans en captivité en Afghanistan ou à Guantanamo ».

En outre, le président Bush avait autorisé la CIA à utiliser des « techniques brutales » pour un certain nombre de détenus, dans des prisons secrètes créées par la Centrale de renseignement et baptisées « sites noires » en Thaïlande, Pologne, Roumanie et Lituanie.

Après avoir été utilisées à Bagram, en Afghanistan, le secrétaire à la Défense de l'époque, Donald Rumsfeld, avait approuvé « les techniques d'interrogatoire » musclées à Guantanamo, comme les privations de sommeil, les positions de stress, la nudité ou des menaces avec des chiens.

Mais « la plupart des tortures perpétrées à Guantanamo, en Afghanistan et en Irak n'ont jamais été explicitement autorisés », relève le rapport.

Les avocats du ministère de la Justice avaient fourni « des conseils juridiques » et les « mémos » rédigés alors pour justifier ces méthodes « constituent une aide potentielle aux régimes répressifs » ailleurs dans le monde. La tendance s'est inversée, souligne le rapport, avec « la révélation des atrocités d'Abou Ghraib en 2004 » en Irak et « la condamnation qui a suivi à l'intérieur et à l'extérieur du pays » accompagnée par un phénomène de « honte parmi les Américains ».