La réaction virulente de Dilma Rousseff qui a dénoncé un "coup d'Etat parlementaire", et promis une opposition féroce au nouveau "gouvernement putschiste" de son successeur Michel Temer, a clairement illustré qu"il ne fallait pas voir dans la journée historique la fin d'un film.
Tout au plus a-t-on assisté au dernier épisode de la première saison d'une série politique qui ne prendra pas fin avant les prochaines élections législatives et présidentielles de 2018.
Quels scénarios peuvent donc réserver les prochains épisodes?
Dilma Rousseff, le retour?
Héroïne pugnace mais vaincue de la première saison, la protagoniste Dilma Rousseff semblait promise à disparaître du casting après sa destitution, pour prendre à 68 ans une retraite méritée.
Mais si les sénateurs l'ont destituée à une écrasante majorité, ils ne l'ont pas privée de ses droits civiques, comme elle l'avait craint en dénonçant par avance une "condamnation à mort politique".
Elle pourra donc briguer des mandats de députée ou de sénatrice. Mais pas la présidence en 2018, car elle a déjà atteint la limite de deux mandats consécutifs.
"Ce n'est pas un adieu, mais un au-revoir", a-t-elle prévenu mercredi.
Temer, le nouvel homme faible
Le discret et en apparence inoffensif vice-président centriste de Dilma Rousseff est sorti grand vainqueur du premier round de la crise.
Il a attendu le pire moment d'isolement et de faiblesse politique de Dilma Rousseff pour précipiter sa chute au printemps et finalement hériter de la présidence sur un plateau jusqu'en 2018.
Mais son triomphe pourrait être de courte durée, en raison de ses propres faiblesses.
Sa légitimité, formellement indiscutable au plan constitutionnel est de facto très fragilisée par son accession contestée au pouvoir et l'étiquette de "traître", conspirateur" et putschiste" que lui a collée Mme Rousseff.
D'autant que cet homme d'appareil, peu connu des Brésiliens, est tout aussi grandement impopulaire que Mme Rousseff.
Et puis il y a l'épée de Damoclès du scandale de corruption du géant public pétrolier Petrobras et ses rebondissements dévastateurs, qui éclaboussent de plein fouet son parti PMDB.
Il a lui-même été nommément mis en cause par plusieurs inculpés, sans conséquences judiciaires pour le moment.
Deux ans pour réussir
Dans ce contexte difficile, Michel Temer a reconnu mercredi n'avoir que "deux ans pour remettre sur les rails" le pays plongé dans sa pire récession économique depuis des décennies.
"Cela va être difficile", a-t-il reconnu, en se fixant pour priorité la réduction du chômage, qui frappe 11,8 millions de Brésiliens.
Il peut compter pour le moment sur une majorité assez solide au Parlement et la bienveillance des milieux d'affaires.
Michel Temer a promis un sévère ajustement budgétaire et d’engager des réformes forcément impopulaires du système de retraites et du droit du travail.
Pour faire avaler cette purge amère aux Brésiliens, saura-t-il maintenir la cohésion d'une coalition parlementaire de circonstance, forgée sur l'objectif commun de renverser Dilma Rousseff ?
Rien n'est moins évident. Car le parti de M. Temer présentera un candidat à la présidentielle de 2018 pour la première fois depuis 1994.
Pour calmer ses nouveaux alliés du parti de centre-droit PSDB, le rival historique du PT, il a promis qu'il ne briguerait pas lui-même la présidence.
Après quatre élections présidentielles perdues d'affilée face au PT, le PSDB entend bien remporter celle de 2018 et ne pas se faire doubler sur la ligne par le candidat de M. Temer.
(Avec AFP)