Le premier débat opposant Hillary Cinton et Donald Trump a eu lieu lundi 26 septembre. Cela ressemblait a une lutte d'endurance de 90 minutes, sans autre pause dans les escarmouches et les esquives que les questions d'un modérateur passablement dépassé par l'ampleur de la tâche.
La candidate démocrate et son rival républicain s'affronteront dans deux autres débats avant la présidentielle du 8 novembre.
Curieusement, Hillary Clinton était vêtue de rouge, la couleur du parti républicain, alors que Trump affichait une cravate bleue, la couleur des démocrates.
Elle n'a jamais appelé son adversaire que Donald, alors que lui – qui dans les réunions électorales la surnomme "Hillary la crapule" – lui a donné ici du "Madame la Secrétaire (d'Etat)".
La première femme candidate d'un grand parti à la fonction suprême s'est montrée calme, posée et ferme pour l'essentiel de l'affrontement. Toujours – ou presque – souriante, n'élevant que rarement la voix.
"Donald c'est bon d'être avec vous", a-t-elle lancé en guise d'ouverture. Elle n'a suscité qu'un demi-sourire de la part de son adversaire, mais une réaction amusée de la salle.
Tout au long de la soirée, elle a tendu quelques pièges au milliardaire pour essayer de le faire sortir de ses gonds.
D'entrée de jeu, elle fait allusion au sérieux coup de pouce de 14 millions de dollars que Donald Trump a reçu de son père pour bâtir son empire, bien plus qu'il ne l'admet en général.
Le républicain a mordillé à l'hameçon: "Mon père m'a prêté une toute petite somme et j'ai bâti une immense fortune !"
"Mensonge raciste"
En général prompt à s'emporter ou à se lancer dans une dithyrambe, il a réussi à adopter un ton égal pour une bonne partie de la joute, tout en interrompant sans cesse son adversaire. Ce n'est qu'au bout d'une heure qu'il a montré son irritation, levant parfois les yeux au ciel.
Hillary Clinton a su mettre en valeur son expérience, montrer sa maîtrise des dossiers, se présentant comme la voix de la raison, comme l'ancienne secrétaire d'Etat qui comprend la marche des affaires du monde. Mais elle s'est aussi montré cassante: "Donald vous vivez dans un monde à part !". Plus tard, elle l'accuse de "mensonge raciste" sur la nationalité du président Obama.
Trump est resté dans son rôle de populiste, répétant des slogans polis et calibrés au fil des meetings électoraux sur les thèmes qui plaisent à ses électeurs, qui veulent dynamiter l'establishment de Washington.
Souvent les accrochages ont été rugueux.
"Elle n'a pas l'énergie" pour être présidente, "Hillary a de l'expérience mais c'est une mauvaise expérience", a mitraillé Trump, accusant l'ancienne secrétaire d'Etat d'être responsable "du chaos" au Moyen-Orient, pour faire bonne mesure.
Les deux adversaires ont aussi su faire rire la salle, parfois à leur détriment.
Après un vif échange sur l'économie, Hillary Clinton lance indignée: "j'ai l'impression que d'ici ce soir on va m'accuser de tous les maux". "Pourquoi pas ? " réplique Trump du tac au tac.
"Je pense que mon meilleur atout, et de loin c'est mon caractère", a lancé Donald Trump provoquant des rires dans la salle et "woah, OK" de Mme Clinton, ponctué d'un roulement des yeux.
C'est à la toute fin des 90 minutes que Donald Trump a dit quelque chose qu'il n'avait jamais dit auparavant. Quand on lui a demandé s'il allait accepter le jugement des urnes il a répondu: "Si elle gagne, je la soutiendrai, évidemment".
Voici les principales déclarations du premier débat lundi opposant Hillary Cinton et Donald Trump:
– Clinton: "Un pays va devenir le super-pouvoir des énergies propres du XXIe siècle. Donald pense que le changement climatique est un canular monté par les Chinois. Je pense que c'est très réel. (…) Il est important qu'on se saisisse de ce problème, tant chez nous qu'à l'étranger".
– Donald Trump: "Je vais montrer ma déclaration de revenus, contre l'avis de mes avocats, dès qu'elle rendra publics les 33.000 emails qu'elle a effacés".
– Hillary Clinton: "Je n'ai aucune raison de croire qu'il rendra jamais publiques ses déclarations de revenus, parce qu'il a quelque chose à cacher".
– Clinton: "Je pense que Donald vient de me critiquer parce que j'ai préparé ce débat. Oui, je l'ai préparé. Et vous savez pour quoi d'autre je me suis préparée? Je me suis préparée à devenir présidente. Et c'est une bonne chose".
– Trump: "On a besoin de maintien de l'ordre dans notre pays. (…) Dans nos villes des Noirs, des Hispaniques vivent en enfer parce que c'est dangereux. Vous marchez dans la rue, on vous tire dessus. (…) On a des gangs dans les rues, et dans beaucoup de cas, ce sont des immigrés illégaux. Et ils ont des armes, ils tirent sur des gens. Nous devons être très forts, nous devons être vigilants. (…) A l'heure actuelle notre police, dans bien des cas, a peur de faire quoi que ce soit. On doit protéger nos centre-villes, parce que les communautés noires sont décimées par le crime."
– Clinton: "Il (Trump) a vraiment démarré son activité politique sur la base de ce mensonge raciste (selon lequel) notre premier président noir n'était pas un citoyen américain. Il n'y a absolument aucune preuve de cela (mais) il l'a répété, il l'a répété année après année".
– Trump: "Si vous regardez le Moyen-Orient, c'est le chaos total, dans une large mesure sous votre direction. (…) Vous parlez de l'EI, mais vous étiez là et vous étiez secrétaire d'Etat, alors que le groupe n'en était qu'à ses balbutiements. Maintenant il est présent dans plus de 30 pays, et vous allez les arrêter? Je ne le pense pas".
– Trump: "Je veux bien aider tous nos alliés, mais nous perdons des milliards et des milliards de dollars. Nous ne pouvons pas être les gendarmes du monde, nous ne pouvons pas protéger les pays partout dans le monde quand ils ne nous paient pas ce qu'il faut".
– Clinton: "Au moins j'ai un plan pour combattre l'EI".
– Trump: "Non, non, vous dites à l'ennemi tout ce que vous voulez faire".
– Clinton: "Non, ça n'est pas vrai".
– Trump: "Vous dites à l'ennemi tout ce que vous voulez faire. Pas étonnant que vous ayez combattu l'EI pendant toute votre vie d'adulte"
– Trump: "Il y a tellement de choses différentes que vous devez être capables de faire et je ne pense pas qu'Hillary en a l'énergie".
– Clinton: "Quand il aura voyagé dans 112 pays et négocié un accord de paix, un cessez-le-feu, la libération de dissidents (…) ou même qu'il aura passé 11 heures à témoigner devant une commission au Congrès, il pourra me parler d'énergie".
– Trump: "Je veux rendre sa grandeur à l'Amérique. Je serai capable de le faire et je ne pense pas qu'Hillary le pourra. Mais si elle gagne, je la soutiendrai totalement".
Les premiers commentaires et de premiers sondages sur le vif, certes imprécis, donnaient l'avantage à Hillary Clinton. La chaîne CNN a interrogé 521 électeurs potentiels qui ont trouvé à 62% contre 27% qu'Hillary Clinton avait gagné.
Seuls sur scène, debout derrière un pupitre, face au modérateur, le journaliste Lester Holt, Hillary Clinton a évoqué son programme, en avançant des propositions concrètes, soulignant les progrès accomplis ces huit dernières années.
Donald Trump, très critique de l'administration Obama, a interrompu régulièrement sa rivale qu'il a décrite comme une "politicienne typique. Des discours, pas d'action". "Vous avez fait ça pendant 30 ans, pourquoi commencez-vous à penser à ces solutions maintenant"?
Mais il a souvent été sur la défensive, Hillary Clinton plus précise, connnaissant beaucoup mieux ses dossiers. Et sur la fin du débat, qui a duré 90 minutes, les attaques se sont faites plus personnelles. "Elle n'a pas l'énergie (…) Pour être président de ce pays, vous avez besoin d'une énergie phénoménale", a déclaré Donald Trump.
"Quand il aura voyagé dans 112 pays et négocié un accord de paix, un cessez-le-feu, la libération de dissidents (…) ou même qu'il aura passé 11 heures à témoigner devant une commission au Congrès, il pourra me parler d'énergie", a répondu Hillary Clinton.
Clinton domine
Mme Clinton, qui a déjà participé à plus de 30 débats politiques depuis 2000, a cherché à imposer une stature plus présidentielle dans la partie du débat consacrée à la politique étrangère et à la sécurité, cherchant notamment à rassurer les alliés des Etats-Unis.
"Vous n'avez pas tant vu une performance parfaite d'Hillary Clinton qu'une performance aussi imparfaite que possible de son opposant", a commenté après le débat John Hudak, de la Brookings Institution à l'AFP. "Clinton a dominé du début à la fin".
"Aucun des candidats n'a fait de grosse erreur, Trump a raté plus d'opportunités que Clinton. Elle a semblé présidentielle, ce n'est pas une surprise", a déclaré pour sa part Timothy Hagle, professeur de sciences politiques à l'université d'Iowa.
Deux autres débats présidentiels sont prévus les 9 et 19 octobre.
(Avec AFP)