Hillary Clinton et Donald Trump débattaient mercredi dans une atmosphère glaciale et sérieuse pour la troisième et dernière fois de la campagne présidentielle américaine, la pression pesant sur les épaules du républicain, pour qu'il endigue sa baisse dans les sondages.

Le débat, à l'Université du Nevada à Las Vegas, s'est ouvert sur la même note que lors du second duel, le 9 octobre: sans poignée de mains entre les deux candidats, une rupture historique de protocole dans ces rendez-vous traditionnels de la course à la Maison Blanche.

La marionnette de Poutine

Après une demi-heure de débat de fond, Hillary Clinton déplace la conversation sur la Russie, accusée d'espionnage et de piratage contre les Etats-Unis.

Donald Trump défend sa volonté de rétablir des relations normales avec Vladimir Poutine, le président russe. "Il ne la respecte pas. Il ne respecte pas notre président", se lamente-t-il.

"C'est parce qu'il préfère avoir une marionnette comme président des Etats-Unis", réplique Hillary Clinton.

"C'est vous la marionnette!" se défend Donald Trump.

Mais le républicain refuse d'attribuer à Moscou les piratages répétés contre les démocrates, comme l'a fait le gouvernement américain. "Je n'ai jamais rencontré Poutine. Ce n'est pas mon meilleur ami. Mais si les Etats-Unis s'entendaient avec la Russie, ce ne serait pas si mal".

Trump et les femmes

A la 48e minute, le sujet des accusations d'attouchements et de baisers forcés de Donald Trump sur des femmes surgit, mais le républicain a une réponse préparée: "elles veulent être célèbres ou bien c'est son équipe à elle" qui les a incitées à l'accuser, dit-il en désignant Hillary Clinton.

La démocrate répond en récitant les commentaires désobligeants de Donald Trump sur les femmes. "Donald pense qu'en rabaissant les femmes, il se grandit".

Plus tard, en fin de débat, il coupe son adversaire d'un: "Quelle femme méchante". Hillary Clinton ne daigne pas répondre.

"Personne n'a plus de respect pour les femmes que moi", ajoute Donald Trump, déclenchant des rires, pourtant interdits parmi l'auditoire.

Hillary sans frontières?

Les propres mots d'Hillary Clinton sont revenus la hanter, repêchés dans les messages piratés de son proche conseiller John Podesta et divulgués par WikiLeaks.

"Elle veut des frontières ouvertes", dit Donald Trump, en citant un discours jusqu'à récemment resté confidentiel d'Hillary Clinton où elle plaidait pour un hémisphère américain unifié.

La démocrate affirme qu'elle parlait… d'énergie et de réseau électrique.

Le suspense du 8 novembre

Mais le moment le plus mémorable arrive au bout d'une heure, quand le modérateur Chris Wallace demande à Donald Trump s'il acceptera les résultats de l'élection présidentielle, quoi qu'il arrive.

"Je verrai à ce moment-là", répond Donald Trump. "Je vous laisse dans le suspense", insiste-t-il, relancé, justifiant de possibles fraudes électorales. La phrase rappelle son refus, au début des primaires républicaines en août 2015, de s'engager à respecter le choix des sympathisants du parti.

Du pain bénit pour Hillary Clinton, qui se désole que le candidat d'un des deux grands partis américains puisse ainsi se soustraire à une tradition démocratique. "C'est terrifiant", lâche-t-elle.

Cet échange de 90 minutes regardé par des millions d'Américains représentait sa dernière chance de convaincre les électeurs qu'il avait le tempérament pour être président.

Donald Trump y était arrivé affaibli et sur la défensive, après la controverse sur son comportement avec les femmes.

Hillary Clinton avait déjà gagné les deux premiers débats. Même si elle reste très impopulaire, beaucoup d'Américains doutant notamment de son honnêteté, elle a depuis connu une remontée dans les sondages, désormais à 46,3% des intentions de vote contre 39% pour M. Trump, selon la moyenne des dernières enquêtes d'opinion.

Elle est aussi confortablement en tête dans la plupart des Etats-clés où se jouera l'élection. Un sondage à vif réalisé par CNN l'a donnée gagnante de ce troisième débat à 52% contre 39% à son adversaire.

(Avec AFP)