Des usines de fabrication de munitions ou une rue transformée en chaîne de production de voitures piégées: au fur et à mesure que les troupes irakiennes progressent dans la région de Mossoul, elles découvrent l'ampleur de l'industrie de l'armement des terroristes.

En plus de deux ans de mainmise sur de larges pans du territoire irakien, le groupe Da'ech a établi un système extrêmement bien organisé et jamais égalé par un autre mouvement d'insurrection, assurent des experts.

Ces capacités de production ont été l'un des principaux atouts des combattants pour maintenir leur emprise sur les territoires conquis en 2014 en Irak, mais aussi en Syrie.

La lumière jetée sur ces coulisses au gré de l'avancée des troupes irakiennes et kurdes, soutenues par une coalition internationale, procure des renseignements précieux qui pourraient aider à déjouer de futures attaques dans des pays occidentaux.

"En termes d'échelle, d'organisation, de centralisation du commandement et de précision dans la fabrication, c'est une nouveauté", affirme à l'AFP James Bevan, directeur du groupe basé au Royaume-Uni Conflict Armament Research.

"Je ne connais aucun autre groupe armé qui fabrique (de l'armement) à cette échelle et avec ce degré de coordination", poursuit celui qui, avec ses équipes, s'est rendu en Irak pour répertorier la production d'armes de Da'ech.

Leurs travaux, rendus publics mercredi 14 décembre, mettent au jour un système sophistiqué d'assemblage de dizaines de milliers d'obus de mortier, de roquettes et d'engins explosifs, dont la qualité était régulièrement contrôlée.

Sur le terrain, Hachim Ali, un démineur de l'armée irakienne, détaille les découvertes faites le long de la rue Mart Chmoni, à Qaraqosh. Cette ville, reprise à Da'ech en octobre, est située au sud-est de Mossoul, le fief de Da'ech visé par une offensive des forces progouvernementales.

"Très organisés"

Da'ech s'était emparé de Qaraqosh en 2014, poussant la population majoritairement chrétienne à la fuite, et avait transformé la rue en une usine de production d'armes redoutables.

Là où, avant, des files de camions déchargeaient leurs cargaisons de produits turcs dans les échoppes, les combatants fabriquaient à la chaîne leur arme la plus redoutable: les voitures piégées.

Dans un premier bâtiment, ils démontaient les véhicules. Dans un second, il découpaient des plaques de métal pour leur blindage. Un peu plus loin, les combattants fabriquaient des explosifs, puis les chargeaient par dizaines de kilos dans des véhicules garés plus haut dans la rue.

Les terroristes, affirme Hachim Ali à l'AFP, sont "très organisés" et "dès qu'on leur laisse un peu de temps, ils trouvent un nouveau moyen pour nous surprendre".

De fait, les troupes irakiennes sont visées quotidiennement par ces véhicules fous, dont les carcasses jonchent le nord irakien.

Les armes artisanales étaient fabriquées dans des usines prises par Da'ech, avec des équipements qui s'y trouvaient déjà. Ainsi, dans une ancienne cimenterie d'al-Arej, au sud de Mossoul, les machines présentes avaient été utilisées pour fabriquer des mortiers et des roquettes. Ailleurs, c'est un ancien hangar de stockage de carburant qui avait été transformé en centre de production d'engins explosifs.

Pour donner une touche finale et signer leur production, Da'ech apposait son logo sur ses armes.

(Avec AFP)