"Le système est à bout de souffle, à court d’idées, souffle Ali Benflis, chef du parti d’opposition Talaï el-Horriyet, dans une interview à Jeune Afrique. Alors "il s'essaie, comme tous les régimes autoritaires, à une sorte d’exorcisme par les complots extérieurs". Sauf que les complots extérieurs ne sont pas la cause de cette grave crise en l’Algérie, soutient l'ancien Premier ministre (1999-2003) tout au long de l’entretien.

La loi de Finances 2017, une loi injuste?

Depuis novembre, la colère monte peu à peu dans le pays jusqu’à éclater début janvier dans la région de Bejaïa (nord de l’Algérie). Là, les manifestations se sont transformées en émeutes violentes. 

La raison? La loi de Finances 2017 qui est entrée en vigueur le 1er janvier. Une loi drastique. En bref, elle se traduit par une hausse des taxes. Les premières victimes? Les commerçants mais surtout les ménages algériens.

Benflis ne mâche pas ses mots. Il qualifie cette loi de "matraquage fiscal". "Plus d’une vingtaine de taxes ont été modifiées ou créées, détaille-t-il, alors que "l’Etat s’exonère de tout effort, puisque le budget de fonctionnement n’a pratiquement pas bougé."  

Cette politique d’austérité décidée est un véritable coup dur pour le pays. En effet, depuis trois ans, l’Algérie comme tous les autres Etats producteurs de pétrole, a vu le cours de son or noir chuter… Pire, selon le candidat malheureux à l’élection présidentielle en 2004 et 2014: "De tous les pays de l’Opep, l’Algérie reste le seul à ne pas disposer d’une véritable stratégie de riposte". "C’est une faute politique majeure qui aurait été considérée comme impardonnable dans n’importe quel autre Etat digne de ce nom".

Le pouvoir algérien visé

Pour lui, "c’est essentiellement dans des archaïsmes structurels que résident les véritables handicaps de notre économie. S’attaquer à ces archaïsmes suppose une légitimité et une volonté politique que le pouvoir n’a pas." Un Etat actuel qu’il décrit comme "patrimonial, clientéliste et rentier". Et il en est convaincu, le pouvoir comme il l’est à l’heure actuelle, "ne pourra jamais être l’auteur des profondes réformes structurelles dont notre économie a besoin".

Lui, a déjà en tête un plan pour sortir son pays de cette grave crise. En quelques mots, "exactement le contraire de ce qui a été fait jusqu’ici", lance-t-il. Plus explicitement, l'élimination des barrières à l’investissement national ou étranger, la refonte totale du système fiscal, le "combat sans merci contre la corruption, l’évasion fiscale, la fuite des capitaux et les fraudes au commerce extérieur", etc.

Selon cet ancien homme fort à la tête de l’Etat, il y a urgence car "il y a désormais plus grave (que la vacance du pouvoir): l’impasse politique totale et les risques réels qu’elle fait courir à la pérennité de l’Etat nation."

Les relations entre l’Algérie et le Maroc, une question importante

Le sujet du Sahara, point de discorde entre les deux pays, a également été évoqué dans cet entretien. Pour lui, le dossier doit rester entre les mains de l’ONU. "En le maintenant dans ce cadre, il est possible d’aller de l’avant dans le développement des relations algéro-marocaines et dans l’intégration régionale."

Pour ce fervent adepte de la théorie de "zéro problème avec les voisins" comme il le souligne, les deux pays ne se sont pas parlés sérieusement depuis bientôt 15 ans. "C’est une grande anomalie et une singularité affligeante qu’il faut corriger." Le dialogue doit être retrouvé. "Et le plus tôt sera le mieux".