La phrase choque. La phrase interpelle. La phrase est signée Manuel Valls. "Ma laïcité, c'est celle de Caroline Fourest et d’Elisabeth Badinder". L’ancien Premier ministre l’a lancée lors du débat de l’entre-deux-tours, diffusé mercredi 25 janvier.
Une position donc prise par l'ancien n°2 du gouvernement, alors que son rival, Benoît Hamon, avait affirmé que Caroline Fourest a une "ligne douteuse" sur le sujet.
Erreur de la part de Manuel Valls. Certainement, et ce, pour deux raisons.
La première, la définition de la laïcité n’est pas la même que celle posée par l’essayiste et journaliste française.
La laïcité repose sur trois principes, comme le rappelle le gouvernement français sur son site Internet. La liberté de conscience et la liberté de culte, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions.
La laïcité, un fondamental en France depuis 1905. Elle garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions (…), le libre exercice des cultes et la liberté de religion, comme il l'est souligné.
Caroline Fourest, auteur du "génie de la laïcité", est plutôt un écrivain aux positions "déchirées". La preuve avec un exemple récent: le 11 octobre 2016 au micro de France Inter à l'occasion de la sortie de son livre.
Après les questions posées par le journaliste-présentateur Patrick Cohen, vient le tour des auditeurs. Une directrice d’école interroge Fourest sur un cas concret d’une maman accompagnant les sorties scolaires, intégralement voilée. Réponse de l'invitée: "Je comprends qu'on puisse souhaiter que ses enfants, même dans les sorties pédagogiques, soient encadrés par des gens qui correspondent plutôt à sa philosophie, mais je pense qu'on ne peut pas aller jusque-là, pour une raison de générosité qui vise à faire comprendre la laïcité." Et enchaîne: "Là, nous laïques, nous devons faire un geste. Si vous pouviez en faire un en face pour arrêter de raconter que la laïcité vous opprime et est islamophobe, on avancerait peut-être tous dans la bonne direction".
Autre exemple, autre sujet: Le burkini. Il a fait polémique cet été en France, après des arrêtés pris par quelques mairies dont une partie se trouvait sur la Côte d’Azur.
Dans l’une ses chroniques dans un média, Fourest explique qu'"interdire le burkini à la plage, alors que d’autres s’y baignent habillés, n’est pas très cohérent, ni très efficace".
Quelques lignes plus bas, son ton change et devient quasi extrême. "Toute personne un tantinet féministe ou simplement inquiet du radicalisme se sentirait mal à l’aise à l’idée de se baigner à côté d’une femme ou d’un groupe de femmes en burkini. Porter ce maillot intégriste sur la plage revient à dire aux autres qu’ils sont indécents ou que leur semi-nudité vous obsède. Fatigant. Quand on va à la mer, c’est pour se détendre, pas pour se prendre les problèmes psychologiques ou les convictions idéologiques des autres en pleine figure. Si quelqu’un est si mal à l’aise avec son corps et croit en la pudeur, il peut tout simplement éviter de se baigner en public et choisir des espaces plus pudiques… Comme une piscine privée ou sa baignoire." Est-ce réellement cela la laïcité? Le respect de toutes les religions, mais pas à proximité de soi…
Même si Manuel Valls a évoqué juste après le nom d’Elisabeth Badinter, l’ancien ministre de l’Intérieur sous le gouvernement de Hollande I, a fait une erreur. Les téléspectateurs, les auditeurs, les lecteurs ne vont retenir que le nom de Caroline Fourest.
Des électeurs, inscrits à la primaire de la gauche, qui vont d’abord voter pour le second tour dimanche 29 janvier, risquent de ne pas glisser son nom dans l’urne. Les valeurs humanistes et le respect ont toujours été des valeurs ancrées à gauche, la gauche de Jaurès…
Et si Valls arrive tout de même à l’emporter, certains de ses adversaires lors de l’élection présidentielle risquent de reparler de la position de l’ancien Premier ministre. Les politiques vont des choix. Les mots, les noms utilisés ont tous un sens. Manuel Valls a fait un choix. Son choix.