Juste avant de recevoir le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu mercredi 15 février à la Maison Blanche, Donald Trump avait déjà semblé reculer. En effet, vendredi 10 février, il affirmait au quotidien israélien Israel Hayom qu'il réfléchissait "très sérieusement" à déplacer la chancellerie américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, mais que cette décision, "pas facile", n'était pas encore prise.
Rompant avec la position historique des Etats-Unis, le candidat Trump avait pourtant promis de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et d'y installer l'ambassade, au grand dam des Palestiniens et de la majeure partie de la communauté internationale.
Elu, le 45e président des Etats-Unis avait enfoncé le clou en nommant en décembre comme prochain ambassadeur en Israël, un avocat américain juif, David Friedman, partisan de la colonisation et de l'annexion par Israël de parties de la Cisjordanie.
L'Etat hébreu considère l'ensemble de Jérusalem comme sa capitale indivisible. Quelque 200.000 Israéliens se sont installés dans des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est. Les Palestiniens, qui représentent environ un tiers de la population de la ville, veulent, quant à eux, faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.
Officiellement, Benjamin Netanyahu continue d'affirmer que Jérusalem "réunifiée" (comprenant Jérusalem-Est) est la "capitale éternelle d'Israël". "L'ambassade des Etats-Unis doit se trouver ici à Jérusalem" et non à Tel-Aviv, avait-il martelé fin janvier.
Mais officieusement, le transfert de l'ambassade ne semble pas être la priorité des priorités du Premier ministre israélien. Experts et commentateurs en Israël et aux Etats-Unis pensent plutôt qu'un feu vert, même tacite, du nouveau président américain à la poursuite de la colonisation en Cisjordanie est bien plus important dans l'immédiat.
D'après le New York Times de lundi 13 février, M. Trump a d'ores et déjà reculé sur l'ambassade, M. Netanyahu ayant fait savoir qu'une décision aussi lourde en symboles – avec la réaction qu'elle provoquerait chez les Palestiniens et dans les pays arabes – n'était pas la priorité numéro un.
L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) a menacé la semaine dernière de "révoquer la reconnaissance de l'Etat d'Israël le jour même" de l'éventuel transfert de la chancellerie. Et avant de quitter la tête de la diplomatie américaine fin janvier, John Kerry avait prévenu d'un risque d'"explosion absolue" au Proche-Orient.
Robert Satloff, analyste au Washington Institute for near east policy et partisan du déplacement de l'ambassade, pense que Donald Trump temporise. "Le calendrier du déménagement est crucial: si le président s'engage à le mettre en œuvre, il doit le faire rapidement, dans les prochaines semaines", presse-t-il.
Mais dès le lendemain de l'investiture du président Trump, la Maison Blanche avait exclu toute annonce précipitée sur le sujet.
Un des compromis évoqués par des diplomates à Washington serait plutôt d'installer symboliquement le bureau du prochain ambassadeur des Etats-Unis au consulat américain de Jérusalem-Ouest, tout en conservant l'ambassade à Tel-Aviv.
(Avec AFP)