Dans un long article consacré aux “avatars du terroriste jihadiste en Espagne“ qui reprend la problématique terroriste jihadiste sur la péninsule ibérique après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington DC, puis après ceux du 11 mars 2004 à la gare d’Atocha de Madrid, Reinares décrit une évolution qui mène à la concentration de deux pôles jihadistes visant les intérêts espagnols.
Selon Reinares, sur l’enclave espagnole voisine de Tétouan, les opérations policières antiterroristes ciblent de jeunes Espagnols souvent d’origine marocaine et de deuxième génération. A Sebta, le quartier d’El Principe, ses centres culturels et ses mosquées font l’objet d’une surveillance étroite. Plusieurs jeunes, hommes et femmes, du quartier ont tenté ou ont réussi à rejoindre la Syrie depuis 2014.
A Barcelone, la mouvance jihadiste est marocaine, maroco-espagnole et pakistanaise principalement, mais ce sont les caractéristiques de la nébuleuse terroriste de Sebta qui attirent le plus l’attention.
Reinares fait le lien avec ce qui se passe en France et en Belgique depuis deux ans. L’explosion de réseaux terroristes de jeunes de deuxième et troisième générations implantés au cœur de l’Europe, le terrorisme homegrown ou “maison“, étroitement lié au terrorisme exogène, celui qui s’organise au départ de la Syrie et de l’Irak.
Pour Reinares, “l’expérience de la France où s’est produite une insolite irruption jihadiste parmi les jeunes de l’immigration musulmane, avec le salafisme comme modèle de rupture avec le tissu social et avec les valeurs des sociétés ouvertes, constitue un sérieux avertissement pour l’Espagne“.
Sebta qui se trouve à quelques dizaines de km Tanger et de Tétouan, est notamment réputée pour ses réseaux jihadistes liés à des groupes actifs à Fnideq et à Mdiq à quelques kilomètres du poste-frontière de Bab-Sebta. Depuis 2014 et le début de l’internationalisation de la guerre civile syrienne, les opérations antiterroristes maroco-espagnoles conjointes sont devenues régulières.
Plus de 1.500 jeunes Marocains et un peu moins d’un demi-millier de jeunes Espagnols d’origine espagnole ont voyagé vers la Syrie pour prendre part à la guerre civile du côté de Da'ech ou des pro-Al Qaida de Jabhat al Nosra.
Pour les seules six premières semaines de cette année, deux opérations antiterroristes d’envergure ont eu lieu à Sebta, le plus souvent impliquant des jeunes Marocains et/ou des jeunes Espagnols de parents marocains. A Tanger et à Tétouan, des arrestations se sont également produites lors d’opérations conduites par le BCIJ.
L’avertissement de Reinares sur les avatars du mouvement terroriste jihadiste espagnol indique, par ailleurs, que la problématique de l’assimilation et de l’intégration des populations musulmanes dans les pays européens est loin d’être résolue. Reinares, dans cet article, avertit sur les risques pour l’Espagne et son diagnostic est franc: les jeunes de la deuxième génération, le salafisme et le recrutement online et offline constituent un cocktail détonnant pour le futur.
Aux Pays-Bas, Etat confronté à une problématique similaire, l’Ordre des avocats dénonce cette semaine à la veille des élections législatives cruciales, des programmes politiques qui violent les droits de l’homme.
Ces partis politiques, dont ceux de Gerd Wilders et du Premier ministre Mark Rutte, ont des propositions animées par la peur et la crainte de la concrétisation du risque terroriste. C’est le seul discours qu’entend une majorité de l’opinion publique aujourd’hui en Europe.