«La montée du protectionnisme dans le monde est un risque non négligeable pour nous», a affirmé Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, lors du dernier point de presse trimestriel de la banque tenu ce 19 juin à Rabat.

Le gouverneur de la Banque centrale s’exprimait par rapport aux dernières tensions commerciales à l’international, initiées par les Etats-Unis à travers les barrières douanières imposées par  Donald Trump sur divers produits importés de Chine, du Canada et, plus récemment, d'Europe.

«Nous suivons de près ce qui se passe à l’international afin d’établir notre appréciation de la conjoncture économique globale. Ce sont des données importantes pour notre analyse et pour les décisions que nous prenons», a indiqué M.Jouahri, avant d'ajouter que des stress tests sont effectués dans ce sens afin de cerner les pires scénarios.

Le Wali de Bank Al-Maghrib s’inquiète des éventuelles conséquences des manœuvres du président Trump, surtout que «dès lors que vous entamez une guerre commerciale, c’est une guerre des monnaies qui s’en suit, avec de multiples dévaluations compétitives face auxquelles il est difficile d’agir», explique notre interlocuteur.

Plus particulièrement, M. Jouahri s’inquiète des répercussions des nouvelles barrières douanières américaines sur la performance économique de l’Europe, notre principal partenaire commercial : «Cette petite reprise que les pays européens affichent, et qui permet avec elle un redressement de la demande adressée au Maroc, est menacée. Notre pays en sera directement impacté», regrette Abdellatif Jouahri.

Dans la zone euro, Bank Al-Maghrib prévoit une progression du PIB de 2,3% en 2018 avant de décélérer à 1,8% en 2019, «impactée par le durcissement prévu des conditions monétaires».

Ce 20 juin, l’Union européenne a annoncé qu’elle commencera à imposer des droits d’importation de 25% sur une série de produits américains à partir de ce Vendredi, en réponse aux tarifs américains imposés sur l’acier et l’aluminium de l’UE au début du mois.

Une décision qui confirme un conflit qui pourrait aboutir à une guerre commerciale complète, en particulier si le président américain Donald Trump menace de pénaliser les voitures européennes, selon de multiples observateurs.

«Le monde devient de plus en plus imprévisible avec cette présidence américaine», regrette Abdellatif Jouahri. «Il y a également plus de volatilité, vu que les marchés prennent tout de suite peur».

Le gouverneur de la Banque centrale marocaine a également fait allusion au dernier sommet  du G7 où le commerce a été le principal point litigieux, et à l’issue duquel la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a déclaré que les risques pour l’économie mondiale augmentent à mesure que les grandes nations industrialisées aggravent les menaces d’une guerre commerciale.

Un constat partagé également par le milliardaire américain George Soros, qui affirmait lors d’une réunion du Conseil européen des relations internationales tenue à Paris en Mai dernier, que la montée des sentiments anti-Union européenne, la perturbation de l’accord avec l’Iran, l’envolée du dollar et le retrait des investisseurs des marchés émergents sont autant de mauvaises nouvelles pour l’économie mondiale.

D’une autre part, Abdellatif Jouahri a ajouté qu’avec la normalisation de la politique monétaire américaine, et les dernières hausses perpétuelles du taux directeur de la Réserve fédérale, «les emprunts sur le marché international se feront à des conditions plus lourdes, qui pèseront sur notre charge de la dette extérieure», a-t-il indiqué.

Bank Al-Maghrib s’attend par ailleurs à ce que la Fed relève davantage son taux directeur, qui se situe actuellement à 2%.