Si l'atonie globale du secteur immobilier n'est plus un secret, le marché du locatif résidentiel affiche une meilleure mine, justement en raison des difficultés que connaît le premier segment.

"La taille du marché locatif est toutefois inférieure à celle du marché de l'acquisition", nous explique William Simoncelli, Directeur général de l'agence Carré Immobilier. "La tendance au Maroc est globalement à l'acquisition. Cela étant, il y a un intérêt croissant de la demande pour la location, en conséquence de la cherté des prix de l'acquisition", indique-t-il.

Notre interlocuteur rappelle que les prix de l'immobilier résidentiel à l'achat ont globalement augmenté ces dernières années, sans que le niveau des revenus des résidents ne suive.

Othman Benhallam, directeur de l'agence Guy Hoquet au Maroc confirme avoir également observé l'engouement croissant pour la location, et ce sur tous les segments: "Les personnes qui ne peuvent pas acheter se rabattent automatiquement sur la location. De leur côté, les propriétaires qui n'arrivent pas à vendre mettent leurs biens en location en attendant une reprise de la demande", explique-t-il. Notre interlocuteur ajoute qu'au niveau de son agence, de plus en plus de biens immobiliers sont mis en location.

La croissance de la demande pour la location n'a toutefois pas engendré une envolée des prix des loyers: "Les prix de la location sont restés stables ces dernières années. Bien évidemment, tout dépend de la qualité du bien, les appartements neufs et bien entretenus se louent à des prix plus chers", ajoute M.Benhallam.

Du côté de l'agence Carré Immobilier, William Simoncelli constate plutôt une baisse des prix à la location pour habitation, estimant que l'arbitrage des propriétaires en faveur de la location plutôt que la vente conduit à "une offre conséquente".

La tendance est toutefois différente selon les villes: "Des villes comme Casablanca ou Rabat sont naturellement plutôt orientées vers la location, vu que ce sont des marchés plus matures", explique M.Simoncelli.

Louer en attendant des jours meilleurs

Il faut dire que sur de multiples fronts, la location semble avantageuse dans des temps où l'acquisition pour les demandeurs, aussi bien que la vente pour les propriétaires, semblent ne pas être des options financièrement intéressantes.

C'est surtout le cas pour les éventuels acquéreurs qui, à l'heure actuelle, ne disposent pas de suffisamment de moyens pour acheter: "Lorsque vous êtes jeune par exemple, il faut se constituer un capital pour pouvoir acheter, et en attendant la location se présente comme un choix intéressant", explique William Simoncelli.

Il ajoute: "Au Maroc, nous sommes un peu éduqués à penser qu'il faut absolument acheter, et que la location est de l'argent perdu, jeté par les fenêtres, ce qui est une image erronée. Le montant du loyer peut correspondre des fois au montant de la traite en cas d'acquisition. Mais il faut avoir une approche plutôt financière et non émotive ou affective".

Notre interlocuteur affirme que la demande pour l'achat n'est pas près de redécoller et que "l'immobilier reste difficilement accessible", en dépit de différentes incitations pour le redynamiser.

La frilosité et l'attentisme des éventuels acquéreurs, en plus du ralentissement économique, expliquent l'atonie du marché à l'acquisition. Mais notre interlocuteur estime que la vraie problématique n'est autre que la capacité de financement des acquéreurs.

"Les gens n'ont pas les moyens d'acheter" avance-t-il. "Les chiffres officiels indiquent qu'il y a une demande estimée à 1,5 million de logements, avec une augmentation structurelle d'à peu près 200.000 unités par an. C'est quand même beaucoup. Mais sur cette demande, près de 75% porte sur des budgets inférieurs à 140.000 Dhs".

M. Simoncelli conclut: "En dépit d'une baisse constante des taux des crédits, ces derniers restent chers. Les gens n'arrivent pas à emprunter et ne peuvent même pas se constituer un capital. La solvabilité de la demande est un réel problème".