Avant de présenter le bilan du marché de gestion d’actifs au Maroc, Mme Mriouah précise avant tout que cette 2e édition du forum a pour objectif d’apprécier l’apport de la gestion d’actifs au niveau national et de s’inspirer de l’expérience des marchés développés, afin de déterminer les perspectives d’évolution.
« Nous devons à nos clients (investisseurs, nldr.) une vision objective et une lecture critique de la notion de la valeur ajoutée afin de les accompagner dans leur développement futur », souligne-t-elle.
Une bonne gestion d’actifs nécessite un focus sur les besoins des investisseurs
La DG estime que l’encours des actifs sous gestion d’OPCVM a crû significativement sur la période 2009-2017 en réalisant une croissance annuelle moyenne aux alentours de 10% pour atteindre plus de 420 MMDH, soit 40% du PIB marocain.

Source: Présentation, CDG Capital
Néanmoins, la question qui se pose est de savoir si la gestion répond aux besoins des investisseurs. Sur ce point, Mme. Mriouah pense qu’il est impératif d’orienter l’attention vers les besoins spécifiques de chaque catégorie d’investisseurs en premier lieu. Elle détaille :
-Pour les compagnies d’assurances, elles agissent dans un cadre réglementaire appelé à évoluer et qui a donc besoin de solutions d’optimisation en termes de consommation en fonds propres;
–Les caisses de retraite, quant à elles, ont des pressions actuarielles et des déséquilibres financiers. Ainsi, les attentes en termes de produits de gestion vont concerner à la fois les produits relatifs aux couvertures des engagements du passif et les produits de génération d’une performance à long terme;
-Concernant les organismes de prévoyance sociale tels que les mutuelles, leurs prestations sont censées s’élargir en parallèle avec un accroissement des engagements du passif. Cela implique que la gestion de leurs avoirs devrait intégrer toutes les contraintes liées à la liquidité et à la désensibilisation des portefeuilles;
– Pour les «Corporates» qui disposent généralement d’une trésorerie fluctuante, le besoin réside dans une gestion monétaire dynamique;
-Enfin, pour la catégorie des particuliers, il s’agit de la recherche d’un rendement absolu avec une protection du capital garantie.
Ainsi, « nous déduisons que derrière la diversité des investisseurs, il existe forcément des enjeux et des attentes différents », conclut Ouafae Mriouah.
Dans ce sens, une autre question se pose : Y a-t-il une diversité des stratégies d’investissement qui accompagne l’évolution de l’encours des actifs sous la gestion d’OPCVM ?
CDG Capital Gestion a procédé à l’appréciation, quoi que relativement, de cette diversité des stratégies d’investissement à travers deux facteurs: la disparité de la performance des gestionnaires et l’allocation d’actifs.
Les résultats démontrent une corrélation entre la disparité de la performance et la variation du marché et son ampleur. Notons que, sur le marché obligataire, cette corrélation est beaucoup plus prononcée que sur le marché actions (voir graphiques ci-dessous).

Concernant le deuxième facteur lié à l’allocation d’actifs, Mme. Mriouah a souligné que la structure du marché a faiblement évolué sur les 10 dernières années malgré la forte croissance en volume, avec une faible croissance de la classe «diversifiée» et une quasi-absence des fonds contractuels. Elle conclut que la dimension d’allocation d’actifs n’a aucun impact sur la différentiation des stratégies.
Quels freins pour le développement du marché de la gestion d’actifs au Maroc ?
Ouafaa Mriouah estime que la réponse réside déjà dans la taille «critique» du marché de la gestion, puisqu’il représente 40% du marché des BDT, plus de 60% de la dette privée et plus de 30% de la capitalisation boursière flottante.
Face à une stagnation de la capitalisation boursière, un ralentissement des émissions de dette privée et l’insuffisance du «papier neuf», le marché est donc confronté à un problème de profondeur, ce qui limite les alternatives de différenciation des stratégies, explique-t-elle.
Enfin, la DG de CDG Capital Gestion cite quelques priorités pour un meilleur développement du marché à savoir la gestion de la liquidité, le développement des produits dérivés, la finance responsable et durable ainsi que les OPCI comme nouvelle classe d’actifs.
S’agissant du style de gestion à adopter (active ou passive), elle estime qu’il ne faudrait pas effectuer un choix mais combiner intelligemment les deux.