La décision d’octroi d’une nouvelle ligne de précaution et de liquidité par le FMI au Maroc a suscité des débats animés lors du point de presse suivant le quatrième conseil trimestriel de Bank Al-Maghrib de cette année, tenu ce 18 décembre à Rabat. Et pour cause, cette nouvelle ligne de financement intervient alors que la Banque Centrale, en plus du gouvernement, tenaient un discours de renonciation à la LPL, en avançant que le Maroc n'en avait plus besoin.

En effet, suite à l'expiration du dernier accord de cette ligne, qui arrivait à échéance en juillet dernier, aucun nouvel accord n'a été envisagé par les autorités financières. Ce qui était souhaité par contre, c'est la négociation d'une ligne de crédit modulable, qui ferait passer le Maroc dans une catégorie supérieure de partenariat avec le FMI.

Pourquoi le Maroc se lance-t-il donc dans un nouvel accord de LPL avec le FMI? Les chocs exogènes, qui feraient que le Maroc bénéficie effectivement des fonds associés à cette ligne, commencent-ils à se profiler? Le recours à une nouvelle LPL n'implique-t-il pas que l'économie marocaine demeure fragile face à ces chocs?

Le Wali de Bank Al-Maghrib Abdellatif Jouahri estime que les caractéristiques de ce financement ne reflètent pas une quelconque fragilité: "La LPL donne droit à un tirage inconditionnel: dans le cas d’un choc exogène, comme par exemple un choc pétrolier qui ferait que le baril de pétrole augmente à 100$, le Maroc pourrait bénéficier des droits de tirages spéciaux sans conditions. Je ne pense pas que de telles facilités reflètent une fragilité du pays".

Par ailleurs, le gouverneur de Bank Al-Maghrib rappelle que la LPL qui vient d’être souscrite, pour un montant avoisinant les 3 milliards de dollars, est inférieure aux trois autres LPL qui ont été signées successivement depuis quelques années: 6,2 milliards de dollars en 2012; 5 milliards de dollars environ en 2014; et 3,5 milliards de dollars en 2016. 

"Cela démontre que la résilience de l’économie marocaine, en plus d’autres éléments comme les réserves de change du pays, se construisent structurellement", argumente Abdellatif Jouahri.

Notre interlocuteur confirme que la Ligne de précaution et de liquidité a un coût mais souligne que ses avantages sont supérieurs: "Il est évident que la LPL est liée à une commission d’engagement. Mais il faut cerner les pour et les contre: Lorsque vous signez la LPL et que vous allez emprunter sur les marchés internationaux, les conditions qui vous seront appliquées seront meilleures. C'est pour cela que c'est intéressant pour nous".

Evoquées par Jouahri comme premiers avantages, ce sont probablement les facilités relatives à l'emprunt sur les marchés internationaux qui font que le Maroc a eu recours à cette  ligne du FMI: Le Trésor prépare en effet un emprunt à l'international en 2019.

Quand il est toutefois interrogé sur le coût global de la LPL, Abdellatif Jouahri estime qu'il s'agit plutôt d'une question budgétaire et qu'il vaut mieux chercher la réponse auprès du ministre des Finances; bien que le Gouverneur de la Banque Centrale précise que la signature de l'accord de cette ligne de financement soit requise auprès des deux autorités, le gouvernement et la Banque centrale.

Sur son site web, le FMI qualifie la LPL d' "aide peu coûteuse pour traverser les périodes difficiles", et explique en théorie les coûts qui y sont liés. Ainsi, le Fonds précise que la LPL est accompagnée d'une commission d'engagement, qui est ensuite remboursée au prorata des tirages effectivement réalisés durant la période considérée.

Le Fonds applique également un taux d'intérêt qui comprend plusieurs éléments; ainsi qu'une commission de tirage de 50 points de base perçue sur chaque montant tiré.

Des réformes structurelles toujours aussi importantes

Bien que la LPL soit attribuée à des pays membres du FMI qui "affichent des paramètres fondamentaux sains et un bilan solide", l'institution de Bretton Woods a émis dans sa dernière décision d'octroi de la LPL quelques réserves liées à l'aboutissement de certaines réformes structurelles au Maroc, notamment en matière d'éducation ou de transparence.

Des réformes qui, selon Abdellatif Jouahri, sont urgentes et nécessaires: "Qu’elles soit préconisées par le FMI ou non, si l'on ne réussit pas ces réformes, notamment celles relatives à l’Education nationale, nous aurions raté un grand tournant", affirme-t-il.

Il ajoute: "Si nous ne continuons pas à cibler les populations avec des filets de sécurité, et si nous n'amorçons pas une véritable redistribution de la richesse, nous aurons de plus en plus de difficultés. Ce sont des réformes sur lesquelles le ministre des Finances s'est engagé au nom du gouvernement pour obtenir la LPL. Il faut donc continuer le ciblage en ce qui concerne la caisse de compensation, il faut terminer la réforme des retraites, de l’Education nationale, etc".

Abdellatif Jouahri estime également qu'il faut raisonner au delà du seul environnement des affaires, souvent tenu en compte par le FMI et autres institutions internationales, pour s'attaquer à une réforme globale de la justice.

"Les réformes structurelles sont beaucoup plus importantes que les objectifs chiffrés. Surtout qu’avec le FMI, vous pouvez dépasser ces objectifs à condition d’avoir réalisé des avancées importantes sur le plan des réformes structurelles", souligne-t-il.