La Cour des comptes a rendu public un rapport sur la mission de contrôle de la gestion de la CDG. Cette mission a porté principalement sur la gouvernance et la stratégie, la mobilisation et l’investissement des ressources ainsi que la politique de filialisation des activités. Elle a couvert la période 2007-2017. 

Le rapport concerne donc la précédente direction de la CDG et dont les conclusions ont été anticipées par la nouvelle stratégie, 2017-2022, lancée par Abdellatif Zaghnoun, DG de la Caisse.

La Cour des comptes a consacré tout un chapitre à la stratégie d'investissement et de mobilisation des ressources de la Caisse, relevant plusieurs dysfonctionnements et anomalies sur la période observée. En voici les principales conclusions. 

"Une structure d’actifs déséquilibrée"

L’examen de l’emploi des ressources par la CDG a permis de relever des observations liées notamment au processus de prise de décision, au cadrage des opérations d'investissement, ainsi qu’aux conditions de gestion et au rendement des différents portefeuilles. 

«Malgré la particularité de ses ressources, CDG investit dans différentes catégories d’actifs (actions cotées et non cotées, obligations, actifs fonciers et immobiliers, prêts et avances aux filiales et participations, etc.), en l’absence d’une allocation appropriée de ses ressources optimisant le rapport risque/rendement», note le rapport.

«Par conséquent, ses choix ont abouti à une situation déséquilibrée de la structure de ses actifs en faveur des "actions" et "avances et prêts", caractérisés par des risques plus élevés que ceux liés à l’investissement en "obligataire".

"Cette politique a amené CDG à consommer de façon accélérée ses fonds propres économiques censés couvrir en permanence les risques qu’elle encourt», indique le rapport.

Participations directes :  29,8 milliards de dirhams investis entre 2006 et 2017

Les filiales et participations directes détenues par CDG sont gérées dans le cadre d’un portefeuille dénommé "portefeuille des participations directes". A fin 2017, ce portefeuille s’élève à 41,3 MMDH, composé de 90% d’actions non cotées et 10% d’actions cotées, soit respectivement 37,2 MMDH et 4,1 MMDH. 

Selon la Cour des comptes, ce portefeuille a connu, de 2006 à 2017, un investissement additionnel de 29,8 MMDH, soit une augmentation significative de 259% imputée en grande partie à la progression importante des investissements au niveau des participations non cotées (un investissement additionnel de 26,5 MMDH). En revanche, l’investissement en participations cotées a évolué d’un montant additionnel de 3,3 MMDH.

Prises de participation et création de filiales "non systématiquement autorisées" 

Notons que l’examen du processus de prise de participation d’un échantillon de filiales et participations par la Cour des comptes a permis de relever des cas de non-respect par la CDG de l’obligation d’obtenir l’autorisation du transfert d'entreprises publiques au secteur privé (le cas de CG Parking, Immolog, Med Resort et Arribat Center).

De même, la Cour des comptes note une insuffisance sur le plan de la rationalisation et de la diversification du portefeuille de CDG tenant compte de ses missions, ses orientations stratégiques et les périmètres d’intervention réservés aux filiales métiers. 

Le rapport souligne également que la structure du portefeuille "filiales et participations" est dominée par neuf entités sur un total de 70 à fin 2017, concentrant à elles seules 76% de l’encours global exprimé en valeurs comptables. En outre, 90% des investissements additionnels engagés, entre 2006 et 2017, soit environ 26,8 MMDH, ont été concentrés sur huit participations et filiales dont l’encours est passé de 6 MMDH à 32,7 MMDH.

Un rendement du portefeuille en baisse 

Par ailleurs, une tendance baissière du rendement des participations a été relevée, et ce, depuis 2008. Le taux de rendement est passé de 6,6% en 2008 à 2,5% en 2014, puis à 5,6% en 2015. En 2011, la CDG avait constaté des dividendes importants de près de 1,6 MMDH, ce qui a permis d’afficher un taux de rendement de 5,8%, indique le rapport.

«La performance du portefeuille participations de CDG est impactée par plusieurs facteurs dont principalement la situation financière difficile dont souffrent certaines participations importantes telles que CMVT International, Acacia participations et d’autres comme les ex. hôtels du CIH ou la BNDE», note la Cour des comptes.

Amenuisement des plus-values latentes 

En outre, l’examen de l’évolution de la valorisation des participations cotées détenues par la caisse à fin 2017, révèle une baisse notable des plus-values latentes par rapport à 2007. À fin 2007, les participations cotées affichaient une plus-value latente de 6,5 MMDH contre 1,2 MMDH à fin 2017.

A l'exception d'Attijariwafa bank et de Ciments du Maroc, toutes les valeurs cotées détenues par la CDG se sont dépréciées entre 2010 et 2017 comme présenté dans le tableau suivant.

Source: La Cour des comptes

Investissement et participations directes : les recommandations de la Cour des comptes

Ainsi, sur le plan des investissements, la Cour des comptes recommande à la CDG ce qui suit :

> suivre, de manière régulière, l’adéquation entre le montant des fonds propres et les risques encourus afin de s’assurer en permanence d’un niveau adapté au profil de risques; 

> prendre les mesures appropriées pour rééquilibrer la part des différentes catégories d’actifs (actions, obligations, foncier et monétaire) pour une allocation optimisant le rapport risque/rendement et en assurer un suivi et un reporting réguliers ; 

> améliorer la qualité des hypothèses et fiabiliser les données retenues pour le calcul du capital économique et en informer la Commission de surveillance; 

> déployer plus d'efforts pour réduire l’exposition de CDG au risque de taux et de liquidité à travers un pilotage adéquat de l’équilibre ressources/emplois;

> procéder à la mise en conformité des filiales et participations non autorisées avec les dispositions de la loi n°39-89 et de l’arrêté du ministre des Finances du 1er avril 1960; 

> combler le déficit enregistré dans le suivi de certaines filiales et participations.

Une synthèse du rapport est consultable ici